La 7ème Compagnie, et plus particulièrement le film "Mais où est donc passée la 7ème compagnie ?", est un monument du cinéma français. Cette trilogie, réalisée par Robert Lamoureux, a marqué plusieurs générations de spectateurs. Cependant, au-delà du divertissement, elle suscite des questions quant à sa représentation de la Seconde Guerre mondiale et de la bataille de France.
L'origine du mythe : "Mais où est donc passée la 7ème compagnie ?"
Sorti en 1973, le premier film de la trilogie, "Mais où est donc passée la 7ème compagnie ?", rencontre un succès immédiat. Il met en scène les aventures de trois soldats français, le sergent-chef Chaudard (Pierre Mondy), le soldat Pithivier (Jean Lefebvre) et le soldat Tassin (Aldo Maccione), pendant la débâcle de 1940. Leur maladresse et leurs péripéties cocasses séduisent un large public.
Le film est devenu un classique, régulièrement rediffusé à la télévision. Le 11 mai 2017, TMC a rediffusé le film, attirant près de 2,3 millions de téléspectateurs, soit 10% de la part de marché. Cette audience est plus de deux fois supérieure à la moyenne habituelle de la chaîne, témoignant de l'attrait durable de la 7ème Compagnie.
Les répliques cultes, les situations burlesques et les personnages attachants ont contribué à la popularité du film. Qui n'a jamais entendu ou repris des expressions comme "Qu'est-ce que vous nagez bien chef !" ou "Chef, j'ai glissé…" ?
La forêt de Machecoul : un lieu imaginaire
Le film a popularisé la forêt de Machecoul, en Loire-Atlantique, comme lieu de refuge des trois soldats. La fameuse scène de la "nage du chef" est censée s'y dérouler.
Lire aussi: "Mais où est donc passée la 7ème compagnie ?" : une comédie de guerre à redécouvrir
Pourtant, la réalité est tout autre. Comme le souligne Jean-Louis Templier, un historien local, et Emmanuel Leduc, de l'association Machecoul Histoire, le tournage n'a pas eu lieu dans la forêt de Machecoul. Les scènes ont été tournées dans la forêt de Rambouillet (Yvelines) et en région parisienne. De plus, aucun affrontement n'a eu lieu dans la région de Machecoul en 1940.
Cette confusion a entraîné des situations cocasses. Chaque été, des touristes se rendent à l'office de tourisme de Machecoul, espérant trouver les lieux de tournage. Sandrine Beillevaire, conseillère de séjour, raconte que les employés doivent leur expliquer que le film n'a jamais été tourné dans la région.
Pourquoi alors avoir choisi des noms de lieux du Pays de Retz ? Selon Jean-Louis Templier, Robert Lamoureux aurait passé des vacances dans la région, ce qui l'aurait inspiré.
Les inexactitudes historiques : une source de polémiques
Au-delà de la localisation du tournage, la trilogie de la 7ème Compagnie est critiquée pour ses inexactitudes historiques et sa vision caricaturale de la bataille de France.
Le film véhicule une image d'une armée française maladroite, mal préparée et sans envie. Les soldats sont présentés comme des clowns, les chefs comme des lâches ou des incompétents. Cette représentation a contribué à ancrer des clichés négatifs sur l'armée française de 1940.
Lire aussi: "Mais où est donc passée la 7ème compagnie?": Analyse et critique
Robert Lamoureux retranscrit des sentiments partagés dans les années 1970, une époque où il était encore difficile d'assumer la défaite de 1940. Il ironise sur "l'armée Ladoumègue", celle que Céline décrivait comme "neuf mois de belote, six semaines de course à pied".
Pourtant, depuis les années 1980, les travaux historiques ont nuancé cette vision. Ils insistent davantage sur "l'étrange victoire allemande" que sur la prétendue incompétence de l'armée française. Mais ces conclusions ont du mal à s'imposer dans la mémoire collective, en partie à cause de la popularité de la 7ème Compagnie.
Un succès populaire qui occulte la réalité ?
Les multiples rediffusions des films de la 7ème Compagnie contribuent à maintenir les croyances populaires autour de la campagne de France. Le succès du film occulte-t-il la réalité historique ?
Il est important de rappeler que l'intention de Robert Lamoureux était avant tout de divertir le public, et non de réaliser un documentaire historique. Le film prend des libertés avec la réalité, comme le half-track américain déguisé en dépanneuse allemande ou le North American T-6 Texan maquillé en avion de chasse français.
Cependant, ces erreurs ne sont pas anodines. Elles contribuent à fausser la perception de la Seconde Guerre mondiale et à perpétuer des clichés sur l'armée française.
Lire aussi: Voile et transport : une nouvelle ère?
La 7ème Compagnie : un témoignage de son époque
Malgré ses inexactitudes, la trilogie de la 7ème Compagnie n'est pas sans intérêt historique. Elle témoigne des sentiments et des représentations de la guerre dans les années 1970.
Les acteurs et le réalisateur sont des contemporains de la défaite de 1940. Certains détails du film, comme l'agacement à propos des bandes molletières ou la suspicion envers les espions, sont des témoignages authentiques de cette époque.
La 7ème Compagnie met en scène des personnages simples et attachants, qui se retrouvent confrontés à la guerre. Le film célèbre le courage et l'ingéniosité de ces "héros" ordinaires, qui se battent avec leurs propres moyens.
On a retrouvé la 7ème compagnie : le deuxième opus
"On a retrouvé la 7ème compagnie", sorti en 1975, reprend les mêmes ingrédients que le premier film. On retrouve Chaudard, Pithivier et Tassin en 1940, après leur évasion. Ils se déguisent, se font capturer, s'évadent à nouveau, dans une série de péripéties rocambolesques.
Ce deuxième opus est moins apprécié que le premier par certains spectateurs. L'humour est jugé plus lourd, le scénario moins inspiré. Cependant, il conserve le charme des personnages et quelques scènes mémorables.
Henri Guybet remplace Aldo Maccione dans le rôle de Tassin. Venu du café-théâtre, il apporte une touche différente au personnage, plus "branquignole" que "bronzée".
La 7ème compagnie au clair de lune : le troisième film
"La 7ème compagnie au clair de lune", sorti en 1977, se déroule pendant l'Occupation. Chaudard, Pithivier et Tassin aident une jeune femme à cacher un aviateur anglais.
Ce troisième film est souvent considéré comme le moins réussi de la trilogie. L'humour est plus convenu, l'histoire moins originale. Cependant, il reste un divertissement agréable, avec des acteurs toujours aussi attachants.
Pierre Mondy : l'âme de la 7ème compagnie
Pierre Mondy, décédé le 15 septembre 2012, restera à jamais associé au personnage du sergent-chef Chaudard. Il a incarné ce rôle avec talent et humour, contribuant largement au succès de la trilogie.
Avant la 7ème Compagnie, Pierre Mondy avait déjà une longue carrière au théâtre et au cinéma. Il a notamment joué dans "Le Triporteur" et a mis en scène une soixantaine de pièces, dont la célèbre "Cage aux folles".
Après la 7ème Compagnie, Pierre Mondy a connu un grand succès à la télévision avec la série "Les Cordier, juge et flic". Mais pour beaucoup de Français, il restera avant tout le sergent-chef Chaudard.
Jean Lefebvre : un acteur populaire et un combattant de 1940
Jean Lefebvre, décédé le 9 juillet 2004, a également marqué la 7ème Compagnie avec son rôle de Pithivier. Son talent comique et sa maladresse attachante ont séduit le public.
Jean Lefebvre était un acteur populaire, qui a joué dans de nombreux films et pièces de théâtre. Il a notamment travaillé avec Jean-Paul Belmondo, Louis de Funès et Bernard Blier.
Fait méconnu, Jean Lefebvre a été un authentique combattant de 1940. Il a été emprisonné au Fronstalag de Voves, en Eure-et-Loir.
Robert Lamoureux : un réalisateur aux multiples talents
Robert Lamoureux, décédé le 29 octobre 2011, était un artiste aux multiples talents. Il était à la fois acteur, réalisateur, scénariste, chansonnier et humoriste.
Il a réalisé la trilogie de la 7ème Compagnie, mais aussi d'autres films populaires comme "Papa, maman, la bonne et moi" et "La Chasse à l'homme". Il a également écrit et interprété de nombreuses chansons humoristiques.
Robert Lamoureux était un homme de spectacle complet, qui a marqué son époque avec son humour et sa créativité.