Kid Paddle : L'Odyssée numérique et graphique de Midam

Genèse d'un phénomène éditorial

Kid Paddle est une série de bande dessinée humoristique belge créée par Midam en 1993 pour le magazine Spirou no 2887 avant de paraître en albums, édités à partir de 1996 par Dupuis. En 2010, Midam autoédite sa série chez MAD Fabrik puis en 2014, Kid Paddle est publié par Glénat qui rachète l'éditeur. Michel Ledent, alias Midam, voit le jour en 1963 dans la commune bruxelloise d'Etterbeek. Enfant, il adore les monstres et rêve de devenir camionneur pour pouvoir travailler la nuit et écouter l'émission radio « Les routiers sont sympas » dans son « 30 tonnes ».

Le personnage de Kid Paddle apparaît pour la première fois en 1994 dans le magazine Spirou (no 2887), en marge de la rubrique Shazam présentant les jeux vidéo du moment. Son nom n'est pas donné : on trouve juste un texte à côté de l'illustration : « Qui c'est celui-là ? Dans trois semaines, il apprend à se servir d'une console ! ». La semaine suivante, on le retrouve, toujours en marge de la rubrique Shazam, dans une illustration où il se trouve séparé de sa console de jeux par divers obstacles sortis de divers jeux vidéo (bombes, piques et monstres). Le texte à côté précise : « Il n'a plus que deux semaines pour déjouer tous ces pièges ! » Encore la semaine suivante, on le retrouve, toujours en marge de Shazam, complètement emmêlé dans les fils de sa console. MC Sprite, le personnage de Mauricet qui illustrait jusqu'alors la rubrique, le regarde d'un air narquois et commente : « Et c'est "ça" qui va prendre la relève ?!… ».

En effet, dans le numéro 2890 du 1er septembre 1993, la rubrique Shazam devient : Pas de Joystick pour Kid Paddle, dont chaque planche illustre un des trois jeux vidéo présentés dans la rubrique par Patrick Pinchart. Mais Midam, qui n'est pas un fan de jeux vidéo, prend cette rubrique comme une occasion de se faire un nom car selon lui : « J'aurais pu animer la rubrique cuisine et Kid se serait probablement appelé Kid Chantilly. Tout ce que je voulais, c'était raconter des histoires ». La rubrique sera par la suite renommée Labo Kid, tandis que les planches de Kid Paddle se font de plus en plus indépendantes de la rubrique elle-même qui disparaît de Spirou à partir du numéro 2992, le 16 août 1995. L’enthousiasme grandissant des lecteurs pousse Midam et le rédacteur en chef de Spirou, Patrick Pinchart, à passer de la demi-page à la pleine page.

Une esthétique en mutation constante

Depuis sa première apparition dans Spirou, en 1992, et ce même entre sa première et sa quatrième apparition, le dessin de Kid a changé : les personnages, proportionnés à l'origine, ont progressivement évolué vers le dessin actuel, où la tête est disproportionnée par rapport au corps. Cette évolution stylistique marque l'affirmation de l'identité graphique de Midam, qui a su créer un langage visuel immédiatement reconnaissable. Dans les premiers albums, figurent des références à des jeux qui existent réellement, puis ces références disparaissent dans la suite de la série. Ainsi, Kid a pu s'adonner à des jeux comme SimCity, A Link to the Past, Aero the Acro-Bat, Aladdin, Cool Spot, Tiny Toon Adventures, Ecco the Dolphin, Goblins 3.

Univers et personnages : un quotidien décalé

Cette série présente les aventures d'un garçon d'une dizaine d'années, nommé Kid Paddle, fan de jeux vidéo, qui a tendance à confondre les univers de ses jeux avec le monde réel. Il apprécie particulièrement les jeux vidéo et les films « gores », comme il les qualifie lui-même avec délectation. Régulièrement, Kid et ses acolytes Big-Bang et Horace, tentent d'aller voir des films qui leur sont interdits à cause de leur jeune âge (des films aux titres prometteurs en matière de répugnant comme La crème anglaise était du pus, La cervelle est vivante ou encore Autopsie sur sujet vivant). Ces tentatives témoignent d'une certaine ingéniosité (comme celle de monter les uns sur les autres en dessous d'un long manteau pour mesurer la taille requise) mais se soldent toutes par un échec, causé tantôt par la maladresse d'Horace, tantôt par les bavardages du caissier, tantôt par une mésaventure en rapport avec le sujet du film. Il arrive que ce soit Big-Bang qui monte sur les épaules de Kid.

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Souvent, les trois protagonistes "empruntent" les têtes à coiffer de Carole pour lui faire des opérations chirurgicales ou Horace met son grain de sel (Kid font semblant de sauver la poupée qui a eu un arrêt cardiaque en parlant du pouls et Horace rase la tête de la poupée à cause du "pou"). D'autre fois ils lui cassent sa poupée Cindy (l'équivalent de Barbie dans cet univers) pour tourner des films ou faire semblant de mener une enquête sur le meurtre de la poupée.

Les personnages secondaires structurent l'humour de la série :

  • Big-Bang : un petit génie en chimie et mathématique, meilleur ami de Kid, qui invente tout le temps des gadgets, lesquels ne fonctionnent pas toujours. En réalité, lors de ses premières apparitions (premier gag de l'épisode 2) Big n'était qu'un technicien de pacotille mais au fur et à mesure des tomes, les inventions finissent par fonctionner.
  • Horace Beckett : L'autre meilleur ami de Kid, très naïf et pas franchement une lumière qui se retrouve souvent blessé. Il est fan de Rikiki, un canard rose avec un nœud de papillon et en a des peluches, figurines, posters et DVD ce qui entraîne souvent l'échec à regarder un film d'horreur au cinéma.
  • Mirador : le patron de City Game, très grincheux envers Kid et ses amis, il en avait marre que Kid et ses amis maltraitent le "matériel de haute technologie de cette salle" et a dressé un chien ayant fait l'armée pour les en empêcher.
  • Monsieur Paddle : le père de Kid et Carole, il a une existence trop banale au goût de son fils qui l'imagine souvent en super héros.
  • Carole Paddle : la sœur de Kid, qui le prend pour un débile profond et un décérébré.

Lieux emblématiques et déclinaisons

Le décor est essentiel à la dynamique comique. La maison de Kid est une petite maison tranquille dans une petite banlieue. La maison de Big Bang ressemble à un grand hangar et sert de laboratoire. City Game est une salle d'arcade, lieu de prédilection du trio. Planète Zombie est la boutique de jeux vidéo et de tout ce qui intéresse Kid. Enfin, l'école est le lieu où nos héros passent leurs heures perdues, une matière indigeste que Kid et Horace fuient.

Le succès de l'univers a conduit à de multiples déclinaisons :

  • Game Over : en 2004, une série « spin-off » mettant en scène l’avatar virtuel de Kid Paddle : « Le Petit Barbare ». Pour ce projet, Midam collabore avec Adam Devreux au dessin et s’entoure de divers scénaristes.
  • Produits dérivés : des centaines de produits ont été créés dans les domaines du textile, de la bagagerie, de la papeterie, des jeux vidéo et du jouet.
  • Jeux de société : des titres comme « Blorks Attack » par les Éditions Atlas ou « Game Over » édité par La Haute Roche ont permis d'étendre l'immersion.
  • Gestion centralisée : en 2009, Midam crée MAD Fabrik avec Araceli Cancino et Dimitri Kennes, ancien directeur général de Dupuis, pour reprendre la gestion exclusive de la marque.

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