Kid Paddle : Genèse, Univers et le mystère de Carole

Aux origines du phénomène : de la rubrique Shazam à la consécration

Le personnage de Kid Paddle apparaît pour la première fois le 11 août 1993 dans le magazine Le Journal de Spirou (numéro 2887), en marge de la rubrique Shazam, présentant les jeux vidéo du moment. Son nom n'est pas donné : on trouve juste un texte à côté de l'illustration : « Qui c'est celui-là ? Dans trois semaines, il apprend à se servir d'une console ! ». La semaine suivante, on le retrouve, toujours en marge de la rubrique Shazam, dans une illustration où il se trouve séparé de sa console de jeux par divers obstacles tout droit sortis de divers jeux vidéo (bombes, piques et monstres). Le texte à côté précise : « Il n'a plus que deux semaines pour déjouer tous ces pièges ! ». Encore la semaine suivante, on le retrouve, toujours en marge de Shazam, complètement emmêlé dans les fils de sa console. McSprite, le personnage qui illustrait jusqu'alors la rubrique, le regarde d'un air narquois et commente : « Et c'est 'ça' qui va prendre la relève ?!… ».

Et effectivement, lors du numéro 2890 du 1er septembre 1993, la rubrique Shazam devint « Pas de Joystick pour Kid Paddle ». La rubrique sera par la suite renommée « Labo Kid », tandis que les planches de Kid Paddle se font de plus en plus indépendantes de la rubrique elle-même qui disparaîtra de Spirou à partir du numéro 2992, le 16 août 1995. Entre-temps, le dessin de Kid a changé : les personnages, proportionnés « normalement » à l'origine, ont progressivement évolué vers le dessin actuel, où la tête est disproportionnée par rapport au corps. De plus, lors des représentations de scènes tirées du jeu vidéo, ce n'est plus le dessin de Kid qui représente le héros, comme c'était le cas au début. D’abord coiffé d’une casquette rouge, Kid apparaît par la suite avec une casquette verte. En 1992, l’auteur anime diverses rubriques dans le journal de Spirou, mais ce n’est qu’un an plus tard qu’il renouvelle la rubrique consacrée aux jeux vidéo en créant le personnage de Kid Paddle. L’enthousiasme des lecteurs encouragea Midam et le rédacteur en chef de Spirou à passer de la demi page à la pleine page.

L’univers et les protagonistes : au-delà de la manette

Cette série présente les aventures d'un jeune garçon (Kid Paddle) fan de jeux vidéo, qui a tendance à confondre les univers de ces jeux avec le monde réel. Il apprécie particulièrement les jeux-vidéos et les films « gores », comme il les qualifie lui-même avec délectation. On notera, par exemple, la récurrence des tentatives de Kid, et de ses acolytes Big-Bang et Horace pour tenter d'aller voir des films qui leur sont interdits à cause de leur jeune âge (des films aux noms prometteurs en matière de répugnant comme La crème anglaise était du pus, ou La cervelle est vivante).

Le trio est composé de figures contrastées :

  • Horace Becquet : un autre ami de Kid, très naïf et qui se retrouve toujours blessé, généralement d'une énorme fracture à la tête.
  • Big Bang : le génie bricoleur, dont la chambre ressemble à un grand hangar où il s’adonne à ses expériences.
  • Carole : la (grande ?) sœur de Kid qui le prend pour un débile profond et un décérébré. Elle aime le rose et les petits chats tout mignons.

D'autres figures gravitent autour d'eux :

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  • Grand-père de Kid Paddle : Dur d'oreille, il entend tout de travers.
  • Maximilienne : Au départ dans la classe de Carole, c'est maintenant une amie de Kid. Mirador est son oncle. Elle veut qu'on l'appelle Max. C'est une pro du jeu vidéo.
  • Augustin Glossaire : le professeur de Kid, il enseigne aussi bien le français que l'histoire en passant par les mathématiques. Il considère les trois amis comme une bande de débiles profonds et n'hésite pas à le leur dire.
  • La Prof' de Gym (uniquement dans le dessin-animé) : elle a un très fort caractère et est particulièrement impitoyable envers les trois garçons, qu'elle appelle souvent « les majorettes ».
  • Dissékator : La prof de bio.
  • Le garçon avec la mèche blonde (uniquement dans la BD) : ancien ami de Kid. Il est en fait la représentation physique de Midam, l'auteur, dans la BD.
  • Les parents d'Horace (principalement dans le dessin-animé) : il y a souvent des contradictions à leur sujet. Par exemple, le personnage du père apparaît dans l'épisode « Alerte extra-terrestre » comme un routier.

Le foyer et les lieux emblématiques

La maison de Kid est une petite maison tranquille dans une petite banlieue tranquille (trop ?). La mère de Kid Paddle demeure une figure mystérieuse : dans le premier album, Gag 25, page 6, on peut remarquer dans la dernière case qu'un personnage dit : « Dépêche-toi, chéri ! Tu vas arriver en retard à ton ministère ! ». Tout porte à croire qu'il s'agit de la mère de Kid… Par la suite, ce personnage n'apparaît plus. Est-elle décédée ou a-t-elle divorcé ? Personne ne le sait. L'auteur a confié plus tard : « Elle existe bel et bien, et était présente dans le premier album, mais en voix off. J’aurais voulu la représenter physiquement. Sauf que ce jour-là, je manquais de temps. Je me suis donc dit que je la dessinerais la semaine suivante… Si ce n’est que la semaine suivante, j’avais trouvé un gag où il n’était pas nécessaire de la faire apparaître. Parce qu’il aurait fallu trouver une raison à son absence dans le premier ! ».

Le cœur de leur vie sociale bat dans trois lieux principaux :

  • City Game : une salle d'arcade. C'est LE lieu de prédilection du trio. Mirador, le propriétaire, subit les assauts répétés de la bande pour avoir des parties gratuites.
  • Planète Zombie : c'est la boutique de jeux-vidéo, de figurines de blorks, de revues spécialisées dans le « gore », plus simplement de tout ce qui interesse Kid.
  • L'école : c'est là que nos héros passent leurs heures perdues à travailler. Subtilités des poèmes d'Amédée Feuillas, étude des oiseaux maritimes, mathématiques, autant de matières indigestes que Kid et Horace fuient. Étant donné son intelligence, cela ne pose guère de problèmes à Big Bang.

La dynamique de l’humour : entre gore et quotidien

Dans le microcosme très galvaudé de l’humour gaguesque en BD, Kid Paddle fait assurément partie du top 5. Et pourtant, comme bien de ses confrères garnements (Boule et Bill, Petit Spirou, Titeuf et j’en passe…), son crédo est la traditionnelle accumulation de bêtises au sein d’une structure familiale contemporaine trop stable. Sa spécialité à lui, c’est le jeu vidéo de massacre, les films d’horreur interdits et l’imagination fertile pour rêver des variantes à la morne vie quotidienne.

Sa grande plus-value, qui le distingue de la masse souvent molle de cette frange de BD, c’est un mélange d’inventivité et de gore. Il se complait par exemple à raconter des histoires complètement abracadabrantes à son entourage, pourvu que la chute soit immonde. Ou encore, un joystick à la main, il pilote son petit barbare vidéo en lui faisant choisir des actions qui se terminent systématiquement dans un bain de tripes et de sang. Cette double lecture, omniprésente dans la plupart des gags, permet à des lecteurs de tous les âges de s'y retrouver, et d'en rire. Cette approche transparaît dans le spin-off Game Over, série créée en 2004, mettant en scène l’avatar virtuel de Kid Paddle : Le Petit Barbare, une princesse hystérique et de nombreux blorks (monstres) héros des jeux vidéo auxquels Kid joue.

Carole : entre incompréhension et réalité familiale

Carole occupe une place singulière. Elle est la sœur de Kid qui le prend pour un débile profond et un décérébré. Cette animosité est mutuelle : Kid a une imagination débordante pour lui jouer des tours. Un exemple marquant illustre leur relation conflictuelle : avec des crayons de couleur à la main, Kid Paddle passe de sa chambre à celle de sa sœur Carole, non sans avoir vérifié, avant de pénétrer, que personne ne le voyait. Puis, grimpé sur un tabouret, il s’applique à trafiquer son papier peint (des petits chats avec un nœud rose dans les cheveux), sur un détail. Plus tard, Carole ne remarquera même pas que l’un des chats s’est transformé en Freddy Krueger (issu du film d’horreur Les griffes de la nuit) et que les petits chats voisins ont des balafres sur le visage.

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Leur quotidien est marqué par des confrontations constantes : Kid cherche à s'immiscer dans des activités qui lui sont interdites, tandis que Carole, désespérément anti-jeux vidéo et autres monstres, incarne une forme de raisonnement scolaire et social "normal" qu'il exècre. La série creuse le sillon d'un humour où chaque personnage reste fidèle à lui-même tout en s'étoffant gag après gag. L'auteur explique : « L’être humain est complexe, on y trouve toujours plusieurs caractères en un. Je crois donc que je ressemble à la fois à Kid Paddle et à son père, et ce depuis le début de la série. Kid Paddle aime les monstres et les films d’horreur. Comme lui, j’ai attendu impatiemment d’avoir 16 ans pour aller voir des films avec des monstres dedans ! Mais même si je suis rêveur comme Kid, je suis aussi un pragmatique, comme son père ».

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