La construction et la pratique du kayak pliant représentent une branche fascinante de l'ingénierie nautique, mariant la souplesse naturelle du bois à la technicité des matériaux modernes. Si l'on s'interroge sur l'origine et la technique, il convient de souligner que, pour Ellis (1946, p. 3), le premier modèle fut construit par Klepper en 1907 (De Ravel 2004, p. 12). Cette embarcation, souvent au cœur de débats terminologiques - Mahuzier (1945) estime que l'appellation correcte est canoë démontable, alors que kayak est vulgaire (p. 5) - demeure un outil privilégié pour l'aventure. Sardaigne en Tunisie, les descentes du Niger, du Grand Canon du Colorado, autant d'expéditions qui ont forgé la légende de ces bateaux.
Anatomie d'un kayak pliant : de la carcasse à la peau
Un kayak est composé de 4 éléments principaux (Mahuzier 1945, p. 12). La structure, ou carcasse, est traditionnellement réalisée en frêne. Le choix du frêne s'explique par sa nervosité qui lui permet d'être ployé et de reprendre sa forme d'origine. C'est le bois utilisé pour les arcs, pour les manches d'outils, autrefois pour les raquettes de tennis et les skis. Le frêne est un bois fibreux qui se ploie bien et qui est donc difficile à casser et qui, lorsqu'il casse, ne casse pas net mais en long, ce qui permet de le réparer facilement avec une surliure lorsque nécessaire.
L'enveloppe, ou "peau", est l'enveloppe étanche qui constitue la coque et le pont du bateau et qu'on enfile sur la carcasse de bois. Mahuzier (1945, p. 22) décrit cette peau comme une toile de coton forte, imperméabilisée dessus mais caoutchoutée dessous. On fabriquait alors des versions à 3, 5 et 7 couches. Une peau avait deux qualités essentielles : l'imputrescibilité et l'indéformabilité. Les couleurs classiques étaient : argent, noir, rouge, vert, bleu, l'argent étant la plus résistante au soleil.
La mécanique du montage et les aléas de la matière
L'assemblage d'un tel kayak est un rituel. Gumuchian nomme "fuseau" l’ensemble de baguettes avant ou arrière, ayant la forme pointue d’un fuseau (1947, p. 180). Wilson (1957) témoigne qu'on peut le monter en 15 minutes quand on est habitué, en 1h quand on est débutant. De même, Ellis (1946, p. 10) et MacNaught (1961, p. 34) soulignent qu'une demi-heure est nécessaire pour les habitués. Le tout est consolidé par des barres en diagonales nommées jambes de force ; les toiles se tendent et le bateau apparaît dans sa forme définitive.
Toutefois, la gestion de la toile est délicate. Une anecdote amusante est relatée par Gaubert (1950, p. 49) : une peau de kayak avait été mise à sécher, non montée sur sa structure en bois. La peau a rétréci, les baguettes étant devenues trop grandes pour elle ! Le kayakiste n'a pas pu naviguer ; il est remonté en train. Aujourd'hui encore, les propriétaires de kayaks vintage confirment ces défis. Un kayakiste ayant acquis un modèle des années 60 a découvert qu'il fallait chauffer la toile caoutchoutée au soleil pour l'assouplir et la faire dilater afin de pouvoir monter la structure en frêne.
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Équipements techniques et accessoires historiques
L'efficacité du kayak repose sur ses accessoires. La pagaie est double, imposant des techniques spécifiques. Pour assurer le confort, on utilise un coussin mousse pour l'assise et un autre, gonflable, pour le dos. L'anneau para-goutte, de petits anneaux de caoutchouc fixés au manche, évite à l'eau de goutter dans le bateau.
Pour la sécurité, les réserves de flottabilité sont glissées dans chaque pointe pour garder le bateau à flot en cas de dessalage. Un gouvernail démontable est pratique car il évite qu'on ne l'abîme en transportant le bateau (Mahuzier, 1955). Pour l'amarrage, il est conseillé de prévoir deux bouts de corde de six mètres aux deux pointes. Enfin, pour les amateurs de navigation à voile, une voile de 5 à 6 m2 peut être installée, par vents de 30 km/h maximum.
L'évolution des matériaux : du bouleau au composite
Si le frêne et le bois demeurent des références pour l'ossature, la recherche de légèreté a conduit les constructeurs et bricoleurs à explorer d'autres voies. La technique indienne traditionnelle utilise l'écorce de bouleau, reconnue pour sa légèreté. Certains constructeurs modernes utilisent désormais le contreplaqué de bouleau finlandais qualité marine pour les couples, les étraves et la poupe, en raison de sa grande résistance.
La confrontation entre les méthodes artisanales et les matériaux composites est constante. Si certains puristes privilégient le bois pur, d'autres intègrent des tissus de verre et de la résine époxy. Le surpoids est souvent lié à une surconsommation de résine lors de la stratification. L'utilisation du vide est une technique qui permet une meilleure cohésion des plis et évite de trop charger en résine, optimisant ainsi le poids final de l'embarcation. Qu'il s'agisse de restaurer une carcasse en frêne ou de concevoir un kayak en contreplaqué aviation, le respect des propriétés mécaniques du bois - notamment sa capacité à encaisser les contraintes en flexion - reste le fil conducteur des passionnés de construction navale légère.
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