Dans le monde exigeant du surf de grosses vagues, où la performance physique et la force mentale sont primordiales, peu d'athlètes ont marqué leur époque avec autant de panache et de polyvalence que Justine Dupont. Reconnue mondialement pour sa capacité à dompter les monstres marins de Nazaré, Jaws ou Belharra, elle a récemment ajouté une dimension encore plus profonde à son parcours déjà légendaire : la maternité. Son expérience, qui combine des défis personnels intenses et un retour spectaculaire au plus haut niveau, offre un éclairage précieux sur l'évolution du sport féminin et la résilience des athlètes.
Le Courage de la Maternité en Pleine Carrière Sportive
Le parcours récent de Justine Dupont met en lumière la détermination inébranlable des sportives de haut niveau à concilier leur passion et leur désir de fonder une famille. L'année précédant la naissance de son premier enfant, Justine a continué de repousser les limites, défiant les attentes et les préjugés. En septembre dernier, alors qu'elle était enceinte de six mois, Justine Dupont participe aux Mondiaux de stand-up paddle où elle se classe quatrième. Cette performance stupéfiante n'était pas seulement une démonstration de ses capacités athlétiques continues, mais aussi un témoignage de sa philosophie de vie : maintenir une activité physique intense et rester connectée à ses passions même en période de grossesse.
Pour Justine, dont l'équilibre passe par l'océan, il était essentiel de continuer à pratiquer ses disciplines. La surfeuse, spécialiste des grosses vagues et installée à Nazaré, a continué à pratiquer ses passions durant toute la durée de sa grossesse. Cette persévérance, bien plus qu'une simple habitude, représente pour elle une manière d'être bien dans sa tête, un aspect crucial pour toute sportive de son calibre. Les observations de la sportive, partagées en vidéo, révèlent l'importance vitale de cette continuité pour son bien-être mental et physique. Son plus grand désir, un moment, est devenu celui de devenir mère. « À un moment, mon plus grand désir, c’était de devenir maman et ça allait au-delà de continuer à surfer. C’était devenu prioritaire » explique-t-elle dans le documentaire "Championnes, mamans et alors ?", un programme à revoir sur la chaîne Public Senat.
Cette priorité donnée à la maternité n'a cependant pas signifié une mise à l'arrêt complète de son engagement sportif, mais plutôt une adaptation et une redéfinition de ses objectifs. Justine a eu la chance de pouvoir poursuivre son activité presque jusqu'au terme de sa grossesse, un privilège qu'elle reconnaît pleinement. « J’ai eu beaucoup de chance en pouvant surfer jusqu’à huit mois de grossesse. » Cette capacité à rester active a certainement contribué à sa forme physique et mentale avant l'accouchement. Toutefois, elle ne manque pas de souligner une inégalité fondamentale dans le monde du sport : « L’horloge biologique avance, c’est un stress que n’ont pas les hommes qui peuvent continuer leur carrière. Pour eux, ça ne change pas grand-chose d’avoir un enfant. Nous, ça nous arrête complètement. » Cette observation poignante met en lumière la pression unique à laquelle sont confrontées les athlètes féminines, confrontées à des choix de vie qui peuvent sembler incompatibles avec une carrière de haut niveau. C'est un pari audacieux, mais que les athlètes sont de plus en plus nombreuses à relever.
Le Retour à l'Océan Déchaîné : Nazaré, un Nouveau Chapitre
La naissance d'Elio en janvier a marqué un tournant majeur dans la vie de Justine Dupont. Après avoir accueilli son premier enfant, la Girondine s'est lancée dans une phase de récupération et de réadaptation, avec l'objectif clair de reprendre sa place au sommet du surf mondial. Le processus de retour n'a pas tardé, témoignant d'une volonté inébranlable et d'une connexion profonde avec son élément. Seulement deux mois après son accouchement, Justine était de nouveau à l’eau pour une session de surf tranquille pour reprendre doucement son métier de surfeuse. Cette reprise progressive, attentive aux signaux de son corps, est essentielle pour tout athlète après une maternité.
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Cependant, la véritable preuve de son retour à l'élite est venue quelques mois plus tard, sur les vagues mythiques de Nazaré, au Portugal, où elle a désormais élu domicile. En octobre dernier, huit mois après la naissance d’Elio, elle repartait affronter les vagues de plus de 10 mètres de Nazaré. Ce retour précoce à des conditions extrêmes est exceptionnel et démontre sa capacité à retrouver ses marques rapidement, malgré les nouvelles responsabilités de la maternité. Le 9 octobre, sous l’effet d’une énorme houle, le fameux spot portugais de Praia do Norte s’est allumé pour la première fois de cet automne-hiver, offrant une solide session de reprise aux chargeurs impatients. Un peu plus de huit mois après avoir donné naissance à son petit Elio, né le 21 janvier dernier, la Girondine de 33 ans en a profité pour reprendre ses marques sur les déferlantes géantes qui l’ont consacrée reine, ces dernières années, dans le petit monde du big wave surfing.
Ce moment a été empreint d'une intensité particulière pour la surfeuse. « Revenir à l’eau dans les grosses vagues de Nazaré après plusieurs mois sans surf est un moment fort, presque indescriptible », a réagi celle qui avait dû faire l’impasse sur toute la saison 2023/2024 de grosses vagues, mais qui était déjà remontée sur une planche à peine huit semaines après avoir accouché. À Nazaré, point de session de chauffe, la reprise s’est effectuée sur des vagues de plus de 10 mètres, aux prises avec un fort vent. Rien qui n’a freiné la Française aux innombrables titres et récompenses dans le domaine du surf de gros, qui se dit « extrêmement heureuse de retrouver cet océan déchaîné et de ressentir toute la puissance de la nature ».
Malgré cette joie intense, le retour à l'eau en tant que mère a soulevé de nouvelles appréhensions. Sécurisée à l’eau par son compagnon Fred David et tractée sur les vagues par Éric Rebière, Justine Dupont concède toutefois avoir eu « des doutes, de l’appréhension et surtout, il faut l’admettre, un gros manque de sommeil ces derniers mois. J’ai, bien sûr, de nouvelles responsabilités en tant que maman. J’ai beaucoup pensé à mon petit avant d’aller à l’eau ». Ces pensées, inhérentes à son nouveau rôle, ne l'ont cependant pas empêchée de retrouver son instinct et sa maîtrise. Une fois au large, prête à défier à nouveau la bête lusitanienne, les réflexes de l’actuelle meilleure chargeuse du monde sont vite revenus. « Finalement, une fois dans l’océan, tous les doutes ont disparu, indique-t-elle. Je me suis sentie comme rechargée, j’ai retrouvé mes sensations, c’était incroyable. J’aime toujours autant ces grosses vagues. J’ai hâte des prochains challenges. » C’est donc portée par une énergie nouvelle que Justine Dupont aborde cette saison de grosses vagues.
Le témoignage de Justine met également en lumière une expérience personnelle difficile liée à l'accouchement. Alors qu'elle s'était préparée minutieusement pour accomplir son rêve d’accouchement physiologique, et mettre au monde son bébé de la façon la plus naturelle qui soit, la réalité fut différente. « Mais… vous le savez aussi bien qu’elle, la tournure que peut prendre une naissance est aussi imprévisible que les grosses vagues dans l’océan. Et comme sur une planche… il faut malheureusement parfois savoir s’adapter à des conditions extrêmes, et revoir sa trajectoire. Dans cet épisode, Justine a donc accepté pour la première fois de raconter cet accouchement tant rêvé qui s’est transformé en véritable traumatisme physique et psychologique, les ressources dans lesquelles elle a puisé pour se relever, à quel point son fils Elio a donné du sens à sa vie, et combien son nouveau rôle de mère ne l’empêchera jamais de continuer à défier la mer. » Cette épreuve, bien que douloureuse, a renforcé sa détermination et a souligné la force qu'elle a puisée dans son nouveau rôle de mère. Le fait d'avoir son fils Elio a profondément donné du sens à sa vie, lui conférant une motivation supplémentaire pour continuer à exceller.
L'Évolution du Sport Féminin Face à la Maternité : Un Mouvement Mondial
L'histoire de Justine Dupont n'est pas isolée ; elle s'inscrit dans un mouvement plus large où les athlètes féminines redéfinissent les normes de la maternité et du sport de haut niveau. Devenir mère tout en restant sportive de haut niveau implique forcément des choix de vie forts. C'est un pari audacieux, que les athlètes sont de plus en plus nombreuses à relever, à l’image d'autres figures emblématiques.
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Johanne Defay, surfeuse professionnelle,** a également partagé son expérience avec beaucoup d'émotion. Alors qu’elle venait de sortir de l’eau, l’émotion l’a prise soudainement au moment de répondre à une question sur sa maternité. Johanne Defay venait de se qualifier pour les quarts de finale de l’épreuve portugaise du championnat du monde de surf et vivait alors sa dernière manche sur le World Tour avant sa pause bébé. Sans rien revendiquer ou affirmer, elle avait annoncé quelques semaines auparavant faire une croix sur la saison prochaine pour sa maternité. « C’est un peu émouvant de parler de ça… » expliquait-elle émue au micro de la WSL. « Je ne fais pas un enfant pour prouver quoi que ce soit, je le fais juste parce que je le veux vraiment. C’est un bonheur simple et une bénédiction de recevoir tout ce soutien de la part des autres athlètes, de la ligue et de mes sponsors ». La médaillée de bronze des derniers Jeux Olympiques de Paris est en effet assurée par le règlement de revenir au sein de l’élite la saison prochaine après cette pause. Son principal contrat avec O’Neill (son sponsor planche) a également été signé après qu’elle ait tenu au courant la marque de son désir d’enfant. Une garantie là-aussi de revenus avant de retrouver le plus haut niveau et les prize money liés aux compétitions, une source de revenus non négligeable dans l’univers du surf. Ces éléments ont évidemment compté et validé le désir de la surfeuse de 31 ans de ne pas renoncer à sa carrière de sportive de haut niveau malgré les contraintes engendrées par une maternité. **« Je compte surfer le plus longtemps possible même avec mon gros ventre et essayer de combiner au mieux maternité et entraînement. Les hommes ont cette chance de pouvoir poursuivre leur carrière pro tout en devenant papa. J’aimerais poursuivre la mienne tout en étant maman. »
Dans une autre discipline exigeante, le VTT, Isabeau Courdurier (31 ans), à l’image d’une Johanne Defay qui compte bien revenir au plus haut niveau après la naissance de son enfant, a elle aussi annoncé son désir de fonder une famille en 2025 et donc de mettre en pause sa carrière de vététiste professionnelle. La championne du monde en titre d’enduro ne lâche pas définitivement le guidon, même si elle ne reviendra probablement pas à temps plein sur une saison, elle qui a déjà remporté trois fois la Coupe du Monde et évolue au plus haut niveau depuis près de 10 ans. « J’ai pris cette décision de faire une pause en 2025 pour bénéficier de plus de temps pour moi et avoir un enfant. »
Ces parcours mettent en évidence une prise de conscience accrue et une meilleure acceptation de la maternité dans le sport d’élite. De nouvelles perspectives scientifiques soutiennent également cette tendance. Certaines athlètes bénéficient même d’un regain de forme après leur grossesse. Comme le confirme la traileuse pro et gynécologue obstétricienne Blandine L'Hirondel dans le magazine Zatopek : « Quand on voit les résultats de Julie Roux (victorieuse du Trail des Templiers en 2023 six mois après son accouchement) ou d'Anne-Lise Rousset (recordwomen du GR20 onze mois après la naissance de son fils), je constate bien que c'est possible. Pendant des mois, le corps d'une femme enceinte est soumis à un traitement spécial avec une élévation du taux de certaines hormones comme la testostérone et les œstrogènes. On fait aussi plus d'hémoglobine. Libérée du poids du bébé, on peut conserver les avantages de ces adaptations physiologiques. À condition bien entendu d'avoir gardé un niveau élevé d'activité. » Ces observations scientifiques fournissent une base physiologique aux retours réussis, expliquant comment la maternité peut, dans certains cas, même optimiser les performances physiques après une période de récupération adaptée.
Pour Justine Dupont, cette réalité est devenue une force. « Aujourd’hui, on a beaucoup d’exemples de femmes qui ont prouvé que c’était possible de revenir au plus haut niveau. Il y a 10 ou 20 ans, ce n’était pas la même chose… Désormais, c’est faisable de gérer une naissance, d’élever un enfant et de poursuivre une carrière de sportive pro. Ça amène un challenge en plus. Pouvoir lier un métier passion et fonder une famille, c’est une chance énorme. » Ces paroles résument l'essence même de ce nouveau paradigme : la maternité n'est plus perçue comme la fin d'une carrière sportive, mais plutôt comme une nouvelle dimension, un défi supplémentaire qui peut enrichir la vie d'une athlète et l'inspirer à atteindre de nouveaux sommets.
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