Julien Moreau est un éco-aventurier breton, originaire de Saint-Malo, dont le parcours illustre une transition remarquable d'une voie professionnelle conventionnelle vers une vie dédiée à l'aventure et à la protection de l'environnement. À l’origine, Julien Moreau est un jeune diplômé d’école de commerce qui s’apprête à signer un CDI pour une agence d’événementiel. Cependant, après réflexion, il décide plutôt de réaliser son rêve : voyager en Inde et découvrir l’Himalaya. Ce choix initial marque le début d'un cheminement personnel et professionnel profondément ancré dans des valeurs écologiques et un désir d'impact social.
Le Virage Initiatique et l'Émergence de l'Éco-Aventurier
Le parcours de Julien Moreau n'a pas débuté directement sous l'angle de l'écologie. Il a commencé comme la plupart des aventuriers - en voulant aller loin, vite, fort. Cette quête de l'extrême et du dépassement de soi, caractéristique des explorateurs, a progressivement évolué pour intégrer une dimension environnementale forte. Il dort dehors depuis des années, a traversé des déserts, grimpé des montagnes, et descendu des rivières. Ces expériences l'ont confronté directement aux beautés et aux fragilités des milieux naturels, façonnant sa vision de l'aventure.
Le virage vers l'éco-aventure a été progressif. D’abord, la règle basique : ne laisser aucun déchet. Cette prise de conscience fondamentale a été le point de départ de son engagement. Puis, les choix d’équipement : matériel durable, alimentaire local, bivouac sans impact. Chaque décision, du choix de l'itinéraire à celui du matériel, est devenue une opportunité de minimiser son empreinte. Cette approche s'est ensuite élargie à une question plus vaste : comment les pratiques d’aventure de masse transforment-elles les milieux naturels ? Julien s’appuie sur les principes du « Leave No Trace » - un cadre développé aux États-Unis dans les années 1990 qui est devenu une référence mondiale pour la pratique responsable de la nature. Gérer correctement ses déchets, c'est-à-dire s'assurer que tout ce qui entre dans un milieu naturel en ressort, est une composante essentielle de cette philosophie.
Julien Moreau ne nie pas que certaines expéditions lointaines impliquent souvent un vol long-courrier, du matériel fabriqué loin, et une présence humaine dans des milieux qui n’en ont pas besoin. Sa réponse face à ces dilemmes éthiques est claire : chaque décision compte, et la perfection n’est pas le standard - la conscience l’est. Il pose d'ailleurs une question fondamentale : une aventure sans réflexion éthique, qui dégrade et prélève, est-elle vraiment de l’aventure ? Cette interrogation invite à reconsidérer la nature même de l'exploration dans un monde où l'impact environnemental est devenu une préoccupation majeure. Il n'est pas nécessaire de traverser l’Arctique pour intégrer ces principes. Des actions comme éviter les sites survisités en haute saison sont des applications concrètes de cette approche responsable. Des collectifs comme Explore.org, Mountain Wilderness ou Terre de Bivouac rassemblent des aventuriers qui pratiquent et promeuvent des approches éthiques de la nature, démontrant que cette vision est partagée et en pleine expansion.
La France, avec ses espaces naturels sensibles dans les Alpes, les Pyrénées, le Massif Central et les zones littorales, offre de nombreux terrains d'expérimentation pour cette éthique de l'aventure. La réglementation varie selon les parcs nationaux et régionaux - certains interdisent le bivouac, d’autres l’encadrent, ce qui souligne l'importance d'une pratique consciente et respectueuse des cadres locaux. L’aventure la plus satisfaisante, c’est souvent celle dont on revient en sachant qu’on n’a rien abîmé.
Lire aussi: Votre projet piscine à Rodez : Julien Piscine
L'Éco-Aventurier : Un Moteur de la Transition Écologique
Pour Julien Moreau, être un éco-aventurier, c’est avant tout un aventurier qui crée des projets de sport aventure pour aller à la rencontre des jeunes éco-citoyens et des politiques pour essayer de déclencher la transition. L’écologie est pour lui une conviction profonde au niveau de la protection de l’environnement, et l’aventure est son rêve. Il s'efforce de concilier son rêve et ses convictions, estimant que c'est ce mélange qui lui donne beaucoup plus d’énergie.
Son engagement ne se limite pas à la pratique personnelle. Sur sa route, il rend visite à près de 10 000 élèves dans des écoles, collèges et lycées de France. Cette action de sensibilisation directe auprès des jeunes générations est un pilier de sa démarche. Encouragé par de nombreux retours positifs, l’éco-aventurier breton est allé encore plus loin en proposant un projet de loi visant à interdire les bouteilles plastiques dans les cantines françaises. Cet amendement a été validé par l’Assemblée Nationale en 2018, et il est devenu effectif puisque plus aucune bouteille d’eau plastique n’est distribuée dans les cantines depuis le 1er janvier 2020. Cette réussite concrète démontre l'impact tangible que peut avoir l'engagement d'un individu passionné, en transformant une prise de conscience personnelle en une mesure législative à l'échelle nationale.
Après un début d’aventure à voile avorté en septembre dernier, Julien a profité du confinement pour « se refaire un physique, un mental d’acier », et promet une prochaine éco-aventure « collective, enracinée et porteuse d’espoir couleur chlorophylle ».
Les Défis Sportifs : La Bretagne Comme Terrain de Jeu et d'Influence
Julien Moreau se distingue par des défis sportifs particulièrement exigeants, souvent réalisés dans sa région natale, la Bretagne. Dans les deux dernières années, il a multiplié les aventures significatives. Il a effectué un tour de Bretagne à pied, une expédition qui a duré 68 jours, testant son endurance et sa détermination. Puis, il a réalisé un tour de Bretagne à vélo, bouclé en 12 jours, démontrant sa capacité à varier les disciplines et les efforts.
Une de ses réalisations les plus marquantes est la traversée à la nage entre Jersey et Saint-Malo, une distance de 70 km, qui n’avait jamais été faite auparavant. Cet exploit souligne sa capacité à repousser les limites de ce qui est considéré comme possible. Plus récemment, il a achevé le premier tour de Bretagne en Stand Up Paddle, une aventure qui a duré 86 jours. Cette performance est d'autant plus impressionnante qu'il la compare au tour du monde réalisé par Louis Burton, également de Saint-Malo, en 87 jours pendant le Vendée Globe, soulignant la difficulté et la longueur de son propre parcours. Ces défis, qu'il qualifie lui-même d'« un peu fous », notamment le paddle qui a été très dur et très long, ou la nage Jersey-St Malo qui était extrême, sont réalisés avec un objectif clair : agir sur les jeunes Bretons pour qu’ils mettent en transition la Bretagne. Ses aventures locales sont ainsi des vecteurs de sensibilisation et d'inspiration pour le changement écologique à l'échelle régionale.
Lire aussi: Julien Piscine Gaillac : Détails et évaluation
La Préparation de l'Aventurier et la Philosophie du Sens
La préparation physique et mentale de Julien Moreau est particulière, dictée par l'enchaînement incessant de ses projets. Pour être honnête, les projets s’enchaînent tellement qu’il n’a pas le temps de se préparer de manière conventionnelle. Il explique qu'il surfe sur les anciens projets et essaie de s’entretenir entre-temps, mais qu'il n’a même pas le temps de faire une belle prépa physique. Cette approche atypique est révélatrice d'une résilience et d'une adaptabilité constantes. Il mentionne même partir traverser une partie de l’Angleterre en courant avec un genou en vrac, espérant que la situation s'arrange, ce qui illustre sa volonté d'avancer malgré les obstacles.
Ce qui lui permet de réussir ses aventures et de persévérer, c'est avant tout le sens qu'il donne à son engagement. Pour lui, le sens est l'élément déclencheur essentiel de toute entreprise. Quel est le sens que je donne à mon engagement, que ce soit dans mes voyages ou dans mes défis sportifs ? Pour Julien, ce sens est la protection de l’environnement, sensibiliser un maximum de jeunes enfants, et partager ses aventures avec des enfants pour leur donner envie de se réaliser eux-mêmes. Le sens donne de l’énergie. Il observe que souvent, quand on a un métier où on n’a plus de sens, on est découragé, on n’a plus envie de faire les choses, on perd le goût, les saveurs, et c’est là qu’arrive la démotivation. Il invite d'ailleurs chacun, si cette situation se présente dans son métier, à se poser les bonnes questions : Qu’est ce que je veux dans mon métier, qu’est ce que je veux dans ma vie ? Retrouver le sens. Dès qu’on a du sens, ça libère beaucoup d’énergie. Pour lui, concrétiser ses rêves et défendre l’environnement, c'est ce qui lui permet de tenir quand il est dans le dur.
Conseils pour l'Action et l'Esprit d'Aventure
Julien Moreau partage des conseils pratiques et philosophiques pour ceux qui aspirent à l'aventure, qu'elle soit démesurée ou non, reconnaissant que l'extrême est une notion relative à chacun. Courir un marathon, qui est un entraînement pour lui, peut être extrême pour quelqu’un d’autre. Son premier conseil est de ne pas procrastiner si l'on a envie de faire quelque chose. Il insiste sur l'importance de mettre une date. Dans 6 mois, un an, je pars. Il donne l'exemple de sa décision d'essayer de battre le record du monde du plus long triathlon pour 2018, en fixant sa date au 30 avril 2018. Il était déterminé à partir quoi qu’il arrive, que son budget soit bouclé ou non, qu'il soit prêt physiquement ou pas, qu'il ait préparé toutes ses conférences ou non. Cette fermeté sur la date est cruciale car, selon lui, si l'on se force sur une date, on va se forcer à l’action et à s’organiser. Son second conseil est simple : il faut juste le faire.
Il est essentiel de ne pas avoir peur du jugement des autres, et de ne pas avoir peur de l’échec. Julien admet avoir fait plein de voyages d’aventure où c’était parfois un peu l’échec, mais qu'il apprend de ces expériences. Il cite son ascension du Stok Kangri au Ladakh en 2013, où il s'est retrouvé à 5000 m d’altitude complètement malade à cause du Mal Aigu des Montagnes (MAM), n'ayant pas été suffisamment acclimaté, n'ayant pas assez mangé ni bu, et commençant à avoir un début d’œdème cérébral avec un mal de crâne à en pleurer. Ce fut un bel échec, mais il y est retourné, et a réussi à faire son ascension en solo à 6153 m. Cette expérience lui a enseigné que tout était possible et que les seules frontières sont celles qu’on a dans notre tête. Les conseils sont donc clairs : mettez-vous une date, faites-vous mal, sortez de votre zone de confort, parce que c’est là que la magie arrive. Il reconnaît que c'est une idée souvent entendue, mais elle n'en est pas moins vraie.
Il ajoute une perspective philosophique sur la vie : il ne faut pas oublier une chose, c’est qu’on va tous mourir. Un jour, allongé sur son lit de mort, on se demandera : qu’est-ce que j’ai fait de ma vie ? Est-ce que j’ai fait ce que je voulais vraiment faire ? Ou est-ce que je me suis adapté par rapport au comportement des autres ? À 28 ans, Julien Moreau, peut mourir demain, ce n’est pas grave, car il a donné le maximum dans tout ce qu’il a fait. Il espère que cela sera toujours le cas, et ainsi il ne regrette rien. En somme, mettre une date et passer à l’action, en se moquant du jugement des autres, et se souvenir qu'on est rien et qu’on va disparaître, et que le plus important c’est d’avoir un impact positif dans sa vie et pour les autres.
Lire aussi: Retour sur la performance de Nada Surf
Pour Julien Moreau, l’esprit d’aventure, c’est être curieux, et c’est s’éduquer. On ne peut pas être un aventurier si on ne s’éduque pas. La curiosité est la première chose. Ensuite, il faut être déterminé, persévérant, ne pas lâcher le morceau. On y croit, on y va. On chute, on recommence, on chute, on recommence. Et la troisième chose est de défendre des valeurs nobles. Il estime qu'on ne peut pas faire des grands projets ou des grandes choses dans sa vie qui sont basées sur des valeurs futiles. Il observe que dans nos sociétés capitalistes, il y a beaucoup de mal-être, avec, par exemple, un suicide toutes les 50 minutes en France. Il suggère alors : et si on développait un peu plus cet esprit d’aventure ? Aller vers des choses qui nous tiennent un peu plus à cœur ? Au début de ses propres aventures, il est allé taper à plein de portes, parler à plein de gens. Aujourd'hui, il se sent aligné par rapport à qui il veut être. Ce n’est pas facile tous les matins, mais il essaie de devenir la meilleure version de lui-même, et il se sent droit dans ses bottes.