Foil and Co : L’innovation technologique au service de la glisse et du futur nautique

Genèse et vision architecturale

Le spécialiste des appendices et pièces en carbone Foil and Co vise un élargissement de son marché dans le nautisme à moyen terme. La société Foil and Co, lancée en 2016, a réussi son pari de devenir une référence dans le monde du foil, tout en construisant en France. L'entreprise fondée par l'architecte naval Tanguy Le Bihan emménagé début 2022 dans de nouveaux locaux de 2 700 m2 à Pencran dans le Finistère et y produit des foils et pièces composites pour les sports de glisse, avec un effectif de 42 salariés.

Architecte naval de formation, Tanguy Le Bihan a lancé il y a cinq ans Foil & Co. J’ai créé la société en septembre 2016 avec un associé, Thierry Pen. J’étais alors architecte naval, essentiellement dans le domaine du bateau à moteur, et un peu comme un informaticien découvrant le web, j’ai été interpellé par l’arrivée du foil sur tous les supports nautiques. Je me suis dit que je ne pouvais pas me permettre de rater ça. L’idée, dès le départ, pour gagner en agilité, a été de créer un bureau d’études couplé à un centre de prototypage, pour nous lancer ensuite dans de la production plus industrielle. Ce que nous avons fait en commençant la fabrication de foils en série dès 2017. Depuis, nous n’avons fait qu’accélérer la cadence et, aujourd’hui, notre rythme moyen de production est de 15 foils par jour. En 2006, il crée un bureau d’étude et travaille notamment pour Beneteau. « Je réalisais tous les bateaux de la gamme ». Quand, au bout de dix ans, il dit adieu à son affaire qui marche du feu de dieu, il a déjà une idée en tête. « Comme l’IA aujourd’hui, je voyais le foil pointer le bout de son nez et j’étais obnubilé par ça. Je pensais et pense toujours que ça allait révolutionner le milieu maritime ».

Réindustrialisation et ancrage territorial

Foil and Co s'inscrit dans une démarche forte de relocalisation. Il crée Foil and Co en 2016 pour tenter de relocaliser une production de loisirs nautiques essentiellement fabriquée en Asie. « Au début, tout le monde m’a traité de fada de me lancer ainsi dans l’industrie ». Mais lui est persuadé qu’il y a une carte à jouer. « 99% de la concurrence est asiatique, tout l’argent part là-bas ! Alors qu’on a un savoir-faire dingue dans le nautisme en Bretagne, on est capables de faire les plus beaux bateaux ! Il installe sa start-up au Tréhou. « J’habitait Logonna-Daoulas, mais je n’avais jamais mis les pieds au Tréhou. Je réalise que ce n’est pas si loin de la mer pour faire des bateaux ». Il loue d’abord 250m², puis 500 m², puis 1 000 m². « J’ai adoré être là-bas. Ça avait un côté start-up un peu perchée, en plein milieu de la nature. On a été super bien accueillis, on a eu des coups de main formidables ».

Au hasard d’une réunion, il apprend que la Ouessantine quitte ses locaux à Pencran. « Je vais direct voir et je me dis « whaou », c’est ce qu’il nous faut ! » Ils passent de 1 000 à 2700 m². « On a gardé ce sentiment d’être à la campagne tout en ayant gagné ce plus d’être collé à Landerneau ». Relocalisation, nouvel atelier, embauches… Avec un chiffre d’affaires multiplié par quatre en quatre ans, Foil & Co (42 salariés), spécialisée dans la production et la vente de matériels de glisse, poursuit son essor à vitesse grand V depuis son nouveau site de Pencran (Finistère). Tanguy Le Bihan multiplie les axes de développement depuis ses nouveaux locaux de Pencran (Finistère), où il a installé son entreprise Foil & Co en 2022. À commencer par une stratégie de relocalisation qui l’a notamment amené l’année dernière à rapatrier la production de ses flotteurs de planches à voile l’année. Une activité qu’il sous-traitait jusqu’à présent en Tunisie, et pour laquelle il vient d’investir 500 000 euros pour créer un nouvel atelier de fabrication. Aujourd’hui, 60 % de ce que l’on vend est fabriqué ici. L’objectif, c’est d’atteindre le 80 % d’ici à deux ans.

Outil de production et performance industrielle

Le fondateur se réjouit : "Nous avons aujourd'hui un outil performant pour la production de pièces, 15 presses, 5 CNC, des robots. Notre chaîne de préimprégné de carbone passe 4 tonnes de matière." Pour continuer à se développer, Foil & Co va prochainement investir 450 000 euros de plus dans une nouvelle extension de son atelier, qui est déjà la plus grosse usine de foils en Europe. "Nous repoussons un peu ce projet car nous sommes actuellement au taquet en production", confie celui qui a quadruplé son chiffre d’affaires ces quatre dernières années pour dépasser les 4 millions d’euros. Une dynamique qui devrait se poursuivre dans les mois à venir, avec l’objectif d’atteindre les 5,5 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici la fin de l’année.

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La PME, qui dispose d’un outil de production en propre, y a continué ses investissements, toujours dans une logique de réindustrialisation. Depuis 18 ans, Foil and Co a ouvert un atelier dédié aux planches. « On a mis au point un process spécifique. Foil and co vend essentiellement ses produits sous les marques AFS (foils, planches, wing..) et AHD pour les flotteurs de planche à voile, son créneau historique. La société s’appuie sur des réseaux de distributeurs, mais aussi sa plateforme e-commerce, lancée en 2020. « Elle génère 1,2 M€ de notre chiffre d'affaires. L’idée, c’est de travailler sur le web en bonne intelligence avec nos partenaires. »

La montée en puissance du Wing Foil

La crise sanitaire a été un catalyseur pour l'entreprise. La crise sanitaire ne vous a pas impactés ? Au contraire, elle a tout chamboulé, mais dans le bon sens pour nous ! Pendant le premier confinement, les gens se sont rendu compte qu’ils n’allaient pas trop pouvoir voyager et que c’était chouette de sortir sur l’eau. Ils se sont alors mis à investir dans des supports de glisse légers et depuis, nous connaissons une explosion de la pratique et des ventes. Par-dessus s’est greffé un nouveau sport qui cartonne, le wing foil. Aujourd’hui, sur 15 foils vendus, 12 le sont pour le wing, 3 pour le windsurf, la tendance s’est complètement inversée. On estime que le wing va être un sport massif, plus gros que le kite. Tu peux le pratiquer n’importe où, par tous types de vent, de 6 à 60 nœuds, dans les vagues ou sur mer plate, et surtout, c’est très accessible et facile à mettre en œuvre. La PME se positionne comme le 1er fabricant européen de foils et l’un des leaders français de matériel de wing foil. « Cela représente le plus gros de notre marché. C’est un sport à la croisée de plein d’autres, et très accessible. »

Stratégie de développement et perspectives nautiques

Si Foil and Co est aujourd’hui avant tout dans les sports de glisse, le nautisme fait partie de l’horizon à moyen terme, confirme le fondateur : "A l'horizon de 2 à 3 ans, nous aimerions proposer des solutions pour les petits bateaux. Le problème des petits foilers, c'est le surcoût lié aux appendices. Avant on dessinait les bateaux avec des idées et après on voyait pour résoudre les problèmes et le prix. On a pris le problème à l'envers chez Foil and Co, en commençant par gérer le coût des appendices." L’architecte naval espère pouvoir relancer une dynamique dans le nautisme avec des foilers plus accessibles : "On va passer de la glisse à faire des projets fun pour la plaisance. Ne vendre que des économies à terme, cela ne marche pas, on l'a vu dans les voitures électriques. Le côté fun du foil reste passionnant. L’idée est de se demander comment faire pour vendre des bateaux demain et recréer le même élan qu'il y a 10 ou 15 ans."

Foil & Co n’est pas uniquement dédié à la glisse. Nous travaillons aussi pour des équipes Imoca, celles de Jean Le Cam, de Damien Seguin et de Stéphane Le Diraison, mais pas sur des foils, sur des pièces usinées, comme des chandeliers, des supports de constrictor ; on fait aussi beaucoup de padeyes carbone avec Ino-Rope à Concarneau, on essaie d’être curieux et de faire autre chose à côté, sachant que le foil représente 90% de notre activité aujourd’hui. Pour l’instant, les plus gros foils qu’on ait construits - des foils en T pour des catamarans suisses - mesuraient 3 mètres et on pense être capables de fabriquer de plus grosses pièces.

Organisation, culture d'entreprise et finance

Pour accélérer encore son développement, après avoir levé 750 000 euros en 2020, Tanguy Le Bihan réfléchit actuellement à organiser un nouveau tour de table de l’ordre de 2,5 millions d’euros. Mais pas d’empressement. "Nous ne déclencherons cette levée de fonds que si nous trouvons le bon partenaire", insiste-t-il. Une trésorerie supplémentaire qui pourrait rapidement lui permettre d’atteindre les 7 millions d’euros de chiffre d’affaires, et de faire grimper ses effectifs à près de 90 personnes. "Car le marché est vraiment là", assure-t-il. Seule ombre au tableau : les difficultés de recrutement sur des postes d’opérateurs.

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Son succès, il le pense aussi lié à la dimension sociale du projet, « son côté start-up. On est en plein dans l’industrie 4.0, avec de l’IA à toutes les sauces. Résultat ? Une moyenne d’âge de 30-35 ans, un turn-over rare et des ingénieurs ou marketeurs qui arrivent de partout. « Ils avaient tendance à penser qu’en Bretagne on faisait tous de la voile, en mangeant des huîtres et des crêpes, avec des Guy Cotten. Quand ils s’installent, ils découvrent autre chose et trouvent ça génial ! Son entreprise, il la regarde avec l’œil d’un père de famille. « J’adore connaître les gens, suivre les grandes étapes de leur vie ». Quand il fait beau, le patron sort le barbeuc et les saucisses et tout le monde déjeune ensemble. Il vient d’embaucher un réfugié syrien. Son rôle dans cette start-up récompensée en 2024 du prix Tech for future ? « Je me suis entouré de gens brillants qui savent faire mieux que moi. Pour moi, c’est ça le rôle d’un chef d’entreprise. » Lui, il communique, décide des grandes orientations, résout des problèmes. Malgré les 25% de croissance continue et un chiffre d’affaires multiplié par trois en trois ans, réindustrialiser reste compliqué. « Nous ne sommes pas adossés à des grands groupes avec des milliards d’euros en cash. Nous, on réinjecte tout ce qu’on gagne dans la R&D, dans le recrutement. La croissance, ça se finance ! ». Néanmoins, aujourd’hui on les taxe de génies. « On est devenus la 2e boîte française dans les sports de glisse. Si on se sent très à l’Ouest ? Sous sa fausse nonchalance, il veut continuer à grandir pour gagner équilibre et confort financier. Mais en conservant ses valeurs. « J’aime la croissance si elle crée valeur ajoutée, emploi et formation ».

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