Les Jeux Olympiques de Berlin 1936 : Un Triomphe de Propagande et les Résultats des Épreuves d'Aviron

Les Jeux Olympiques de 1936 à Berlin restent un événement complexe, imprégné de symbolisme politique et de prouesses athlétiques. Ces jeux ont été instrumentalisés par le régime nazi pour projeter une image de puissance et de modernité, tout en masquant ses politiques oppressives. Au-delà de la controverse, les compétitions sportives ont vu des athlètes du monde entier se mesurer dans diverses disciplines, dont l'aviron.

Le Contexte Politique et les Préparatifs Olympiques

En 1936, Berlin se pare des couleurs du Troisième Reich et des anneaux olympiques. Jamais auparavant dans l'histoire des Jeux, un régime politique, celui d'Adolf Hitler, n'avait autant investi dans la propagande, tant auprès de ses citoyens que de l'opinion publique internationale. Dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir en 1933, des appels au boycott des Jeux se multiplient, suscitant l'inquiétude au sein du Comité International Olympique (CIO).

Craignant de voir les Jeux disparaître, le CIO, sous la présidence du comte belge Henri de Baillet-Latour, adopte une position pragmatique. Baillet-Latour et ses collègues du CIO ne disent pas autre chose que Coubertin en privé : ils préfèrent Hitler à Staline et n’apprécient guère le président démocrate américain Roosevelt. Malgré les pressions internationales et les mouvements de boycott, aucune nation ne manque à l'appel à Berlin.

Une fois l’Allemagne réadmise aux Jeux d’Amsterdam en 1928, le CNO allemand est décidé à obtenir à brève échéance les Jeux qui avaient été promis à Berlin pour 1916 mais que la guerre avait enlevés au régime du Kaiser. Son président, le Dr Lewald, a organisé d’une main de maître le congrès olympique de 1930 mais c’est dans la capitale catalane que doit se tenir l’élection en avril 1931. Les candidatures affluent au siège du CIO : Alexandrie, Barcelone, Berlin, Budapest, Buenos Aires, Cologne, Dublin, Francfort, Helsinki, Nuremberg, Rome. Le matin du 26 avril, les deux membres italien et hongrois annoncent le retrait de la candidature de leur ville et leur soutien à Berlin. Vingt jours vont s’écouler entre le vote de ce jour-là, qui est tenu secret, et le dépouillement effectué par le vice-président Blonay et le secrétaire Berdez à Lausanne. À l’époque, comme aujourd’hui d’ailleurs, la publication tardive des résultats pose question.

Cela s’explique d’abord par la nécessité d’organiser un vote par correspondance au vu de l’absence d’un bon nombre des 63 membres ayant le droit de suffrage. Neuf votes sont parvenus par courrier avant la session, 19 sont effectifs à Barcelone auquel s’ajoute celui du membre grec Angelo Bolanachi probablement arrivé en retard, et 22 autres arrivent à Lausanne entre le 26 avril et le 5 mai, pour un total de 51 suffrages exprimés à cette date. Dans un courrier en date du 6 mai expédié depuis le Var, Coubertin considère comme « probable » la victoire de Berlin et il conseille au président Baillet-Latour de « tenir prête une doublure lointaine car, comme dirait le somnambule, je ne vois pas bien l’Europe dans cinq ans ! Et 1936 pourrait bien jouer le tour de 1916 sous une autre forme ». Le lendemain, le président du CIO demande à Berdez de publier le résultat dans le bulletin officiel sans spécifier le nombre des voix. Enfin, dans sa lettre du 20 mai, Baillet-Latour demande à Berdez de finalement publier le résultat sans utiliser l’expression « majorité absolue » : Berlin 43 voix et Barcelone 16, pour 19 votes émis dans la capitale catalane, 40 par correspondance (dont 8 suffrages supplémentaires arrivés à Lausanne après le 5 mai) et 8 abstentions.

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La nette victoire de Berlin permet de comprendre que les membres du CIO souhaitaient symboliquement parachever le processus de réintégration de l’Allemagne dans le concert des nations sportives. Mais, peut-être certains électeurs présents à Barcelone ou ayant voté par la suite ont-ils tenu compte du nouveau contexte politique en Espagne. À la suite de leur victoire aux élections municipales dans la plupart des grandes villes, les républicains et les socialistes ont, en effet, décrété le renversement de la monarchie le 13 avril et proclamé le lendemain la Seconde République. Le roi Alphonse XIII ayant quitté Madrid pour Paris dans la nuit du 14 au 15 avril, le baron catalan Güell se retire également en France et remet sa démission comme membre du CIO, ce qui l’empêche de présenter la candidature de sa ville devant ses collègues le 26 avril. Ces derniers ont probablement préféré la stabilité de la République du très conservateur président-maréchal von Hindenburg à un gouvernement espagnol où les socialistes venaient d’obtenir les ministères de la Justice et des Finances. Le jeu des relations interpersonnelles n’est pas non plus à exclure pour ce qui est des membres culturellement proches de l’Allemagne. Enfin, certains ont pu se plaindre de la taille modeste de Barcelone et de la qualité de ses plus grands hôtels.

Hitler, initialement sceptique quant à l'intérêt des Jeux, est convaincu par Goebbels du potentiel de propagande qu'ils représentent. Le régime nazi saisit alors l'opportunité de se présenter sous un jour favorable, tout en dissimulant ses politiques raciales et expansionnistes.

Le CIO Face aux Appels au Boycott

Le CIO a dû faire face à une vague de protestations et d'appels au boycott en raison des politiques discriminatoires du régime nazi. Pour apaiser les critiques, le président Baillet-Latour intervient auprès des dirigeants allemands afin que des athlètes juifs puissent intégrer l'équipe allemande. Ces promesses, qui n’engageaient que ceux qui y croyaient, ont ensuite permis aux CNO partout dans le monde de faire campagne pour l’envoi de leurs délégations olympiques.

L'AAU avait fait savoir en novembre que « si les athlètes juifs d’Allemagne n’étaient pas autorisés à se préparer et à s’entraîner en vue des Jeux Olympiques à Berlin, voire à y prendre part, les athlètes des États-Unis n’y participeraient pas non plus ». Au retour de sa commission d’enquête en Allemagne, à force de dénoncer la collusion antipatriotique des juifs et des communistes, Brundage parvient à convaincre le Comité olympique américain et l’AAU de se rendre à Berlin.

Fait unique en quarante ans d’histoire du CIO, la commission exécutive a imposé sa démission à l’un des membres pour ses prises de position publiques, et non pour ne pas avoir réglé sa cotisation : Ernest Lee Jahncke, l’ancien sous-secrétaire d’État américain à la Navy, avait en effet réclamé le déplacement des Jeux vers une autre ville. Lors de leur session à Berlin à l’été 1936, les membres du CIO le remplaceront par le milliardaire de Chicago Avery Brundage. Président de l’AAU, ce dernier avait obtenu du comité olympique américain qu’il refuse le boycott, certes à peu de voix près. En février 1938, alors que le Japon vient d’envahir la Chine, ce dernier se fera l’avocat des Jeux de Tokyo. Et un an plus tard, il militera pour la diffusion du film de Leni Riefenstahl aux États-Unis. Il deviendra le président du CIO en 1952 pour deux décennies.

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Relancée par la Ligue américaine des Droits de l’homme, le congrès juif américain, des catholiques et des syndicalistes, une seconde campagne de boycott se développe à compter de 1935. Le mouvement ouvrier européen et les défenseurs des droits de l’homme tiennent à Paris en juin 1936 une « conférence internationale pour le respect de l’idée olympique » qui appelle au « boycott de l’olympiade hitlérienne ». Des athlètes et des dirigeants allemands ont également tenté de s’opposer aux Jeux de Berlin mais au péril de leur vie. Rares sont les sportifs qui s’impliquent comme la nageuse Judith Deutsch, âgée de 17 ans, qui écrit à son comité olympique : « Je ne peux pas participer en tant que juive aux Jeux olympiques parce que ma conscience me l’interdit. J’ai pleinement conscience que je renonce ainsi à la plus haute distinction sportive, celle d’avoir le droit de concourir aux Jeux dans l’équipe autrichienne. »

Après des débats houleux à la Chambre entre le ministre et escrimeur d’extrême droite François Piétri et le député communiste Florimond Bonte, le secrétaire d’État socialiste Léo Lagrange confirme la dotation d’un million de francs pour les fédérations allant à Berlin et fait voter une rallonge budgétaire de 600 000 francs pour les athlètes juifs et travaillistes préférant se rendre à l’Olympiade populaire de Barcelone.

La Propagande Nazie en Action

Pendant les Jeux, le régime nazi s'efforce de donner une image de tolérance et de fraternité. La réalité est que les Jeux de Berlin ont servi à masquer la vraie nature du régime et n’ont eu aucun impact sur les politiques raciales. En outre, ils ont conforté la population allemande dans l’idée que le nouveau régime était universellement admiré et respecté.

Les organisateurs des Jeux de Berlin n’ont pas eu leur pareil pour faire vibrer les foules allemandes et les touristes étrangers, et pour diffuser leur propagande en direction des cinq continents. La campagne préolympique orchestrée par le ministère de la Propagande a recouvert l’ensemble de la planète de millions de cartes postales et de badges, de bulletins d’information traduits en 14 langues européennes, de 250 000 posters en 19 langues dont un millier en japonais et distribués dans 34 pays, de 4 millions de brochures diffusées par la compagnie allemande de chemin de fer dans 17 pays. Elle a permis d’attirer 3 millions de spectateurs payants pour un total de 9 millions de Reichsmarks, dont 15 000 Américains et 60 000 autres visiteurs étrangers.

Un extraordinaire système de communications est élaboré pour faire des Jeux berlinois le plus grand événement médiatique de l’époque : des kilomètres de lignes téléphoniques, près d’un millier de connexions, des télétypes Siemens acheminant l’information vers les rotatives en moins de 15 minutes, une tribune de presse de 1 100 places insuffisantes pour les 2 800 journalistes présents, un direct radiophonique offert pour la première fois à 105 radios étrangères pour 300 millions d’auditeurs estimés dans le monde, un circuit télévisé fermé totalement inédit pour 160 000 spectateurs répartis dans 25 salles autour de Berlin.

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C’est le film de Leni Riefenstahl Les Dieux du stade, projeté en avant-première pour l’anniversaire d’Adolf Hitler, qui a laissé la plus forte impression de cette parade nazie, avec une première partie consacrée au reportage des compétitions, et la seconde à la beauté aryenne. Grâce au soutien financier de Goebbels, la jeune actrice devenue cinéaste a pu réaliser une œuvre cinéma.

Résultats des Épreuves d'Aviron

Bien que le contexte politique ait éclipsé les performances sportives, les épreuves d'aviron ont été un moment fort des Jeux. Les résultats précis de chaque catégorie sont les suivants :

  • Skiff Hommes

    • Médaille d'or : Gustav Schäfer (Allemagne)
    • Médaille d'argent : Josef Sale (Italie)
    • Médaille de bronze : Daniel Barrow (États-Unis)
  • Deux de couple Hommes

    • Médaille d'or : Jack Beresford et Leslie Southwood (Grande-Bretagne)
    • Médaille d'argent : Willi Kaidel et Joachim Pirsch (Allemagne)
    • Médaille de bronze : Roger Verey et Jerzy Ustupski (Pologne)
  • Deux sans barreur Hommes

    • Médaille d'or : Willi Eichhorn et Hugo Strauß (Allemagne)
    • Médaille d'argent : Richard Olsen et Harry Larsen (Danemark)
    • Médaille de bronze : Louis Georgette et Jean Tricket (France)
  • Quatre sans barreur Hommes

    • Médaille d'or : Allemagne (Rudolf Eckstein, Anton Rom, Martin Karl, Wilhelm Menne)
    • Médaille d'argent : Grande-Bretagne (Thomas Bristow, Alan Burkitt, Peter H.G. Jackson, John A.C. Macnabb)
    • Médaille de bronze : Suisse (Hermann Betschart, Hans Homberger, Alex Homberger, Karl Schmid)
  • Quatre avec barreur Hommes

    • Médaille d'or : Allemagne (Hans Maier, Walter Volle, Ernst Gaber, Paul Söllner, Fritz Bauer)
    • Médaille d'argent : Suisse (Hermann Betschart, Hans Homberger, Alex Homberger, Karl Schmid, H.F Steuri)
    • Médaille de bronze : France (Marcel Chauvigné, Jean Cosmat, Noël Vandernotte et ses deux oncles Marcel et Fernand Vandernotte)
  • Huit Hommes

    • Médaille d'or : États-Unis (Herbert Morris, Charles Day, Gordon Adam, John White, James McMillin, George Hunt, Joseph Rantz, Donald Hume, Robert Moch)
    • Médaille d'argent : Italie (Guglielmo Del Bimbo, Dino Barsotti, Oreste Grossi, Enzo Bartolini, Mario Checcacci, Dante Secchi, Ottorino Quaglierini, Enrico Garzelli, Cesare Milani)
    • Médaille de bronze : Allemagne (Alfred Rieck, Helmut Radach, Hans Kuschke, Heinz Kaufmann, Gerd Völs, Werner Loeckle, Hans-Joachim Hannemann, Herbert Adamski, Wilhelm Mahlow)

Noël Vandernotte : Un Jeune Médaillé Nantais

Parmi les athlètes français ayant participé aux épreuves d'aviron, Noël Vandernotte, originaire de Nantes, s'est particulièrement distingué. Il a décroché deux médailles de bronze en aviron.

Pendant longtemps, le Nantais Noël Vandernotte a été considéré comme le plus jeune médaillé de l’histoire des Jeux Olympiques. Ce barreur de 42 kg a décroché deux médailles de bronze en aviron. Mais une fois rentré à Nantes, un autre défi l’attendait, celui de passer son certificat d’études. À sa mère, il confiait : « Tu sais maman, il va y avoir la guerre… » Il avait raison. À son retour à la vie civile, Noël Vandernotte fera encore de l’aviron, mais c’est finalement vers le culturisme qu’il se tournera, avec une certaine réussite. C’est d’ailleurs lors de la finale du plus bel athlète de France à Cannes qu’il croisera la route de celle qui deviendra son épouse. En 2015, il sera fait Chevalier de la Légion d’honneur.

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