La relation des peuples germaniques avec l'eau, et plus spécifiquement avec l'acte de nager et de se baigner, est une histoire complexe et fascinante, jalonnée d'interdictions, de réappropriations culturelles et d'une passion contemporaine pour le "Badespaß". Si les paléoanthropologues attestent des aptitudes à la natation de l'Homo Erectus, le chemin vers une pratique généralisée et célébrée en Allemagne fut long et sinueux, marquant une profonde évolution sociétale et culturelle.
Des Eaux Antiques aux Rigueurs Médiévales : L'Oubli de la Natation
L'art de nager, autrefois instinctif et nécessaire, a connu une période de déclin notable en Europe. À partir de l'époque médiévale, la plupart des Européens qui n'étaient pas des pêcheurs ont oublié comment nager. Plusieurs facteurs ont contribué à cet effacement progressif. Avec l'arrivée des bains publics, il n'était plus nécessaire d'aller se nettoyer dans les rivières. Rome, par exemple, comptait 170 bains publics en 33 av. J.-C., et ce chiffre atteignait 856 à la fin du IVe siècle. Cependant, ces bains romains, bien que de la largeur d'une piscine, n'avaient pas la profondeur adéquate pour nager. Entre cela et la concentration de la population dans les zones urbaines, l'Empire romain a oublié peu à peu l'art de la natation.
Le déclin s'est accentué avec le changement des mentalités. Au Ve siècle, les cultures païennes sont abolies et avec elles les dieux et déesses des mers. Les seules créatures mythiques aquatiques à subsister sont les sirènes. Ces êtres hybrides, mi-humains, mi-poissons, dépourvus d'âme, dont la morale douteuse est symbolisée par leur habileté à séduire des hommes mariés et à entraîner les marins vers la noyade, deviennent alors le symbole des dangers de la mer auprès des communautés maritimes. La Petite sirène d'Hans Christian Andersen s'inspire d'ailleurs des croyances du Moyen-Âge, perpétuant cette image ambivalente.
Ces perceptions négatives ont mené à des interdictions formelles. En 1530, il est encore interdit de nager dans les écoles et universités germaniques. Cette interdiction, loin d'être anodine, s'est étendue pour punir les délinquants noyés en fouettant leur corps avant l'enterrement. La ville universitaire d’Ingolstadt, située sur le Danube, est un exemple où cette pratique barbare était en vigueur, soulignant la sévérité avec laquelle la natation était perçue et réprimée.
Le Long Chemin de la Réhabilitation : Une Redécouverte par les Intellectuels et les Militaires
Le chemin du retour à la natation fut long et débute au XVIe siècle. Ce sont des intellectuels qui ouvrent la voie. En 1587, Everard Digby publie "De arte natandi", L'Art de nager, un texte majeur jusqu'au XIXe siècle. Dans le premier tome, Digby définit la théorie de la natation comme un art mécanique permettant d'« améliorer sa santé et de prolonger sa vie en évitant de se noyer ». Le deuxième tome explore les aspects plus techniques : comment entrer dans l'eau, se propulser, tourner, flotter, nager sous l'eau et plonger.
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Avec les progrès de la médecine et les réformes des Lumières, on commence à défendre l'importance de l'exercice physique dans l'éducation des enfants. Doucement, certaines écoles anglaises, en particulier autour de la Tamise, recommandent l'activité pour éviter les noyades. L'Allemagne n'est pas en reste, avec l'auteur Johann Guts Muths qui publie un "Petit guide de l'art de nager pour les autodidactes" en 1789.
Dans l'ancien régime français, c'est surtout aux militaires qu'on doit la popularisation de la baignade. Les campagnes de Napoléon, de la fin du XVIIIe au début du XIXe siècle, systématisent l'apprentissage de la natation, reconnaissant son utilité pratique et stratégique. Tout s'enchaîne ensuite au XIXe siècle, l'amélioration des infrastructures de transports rendant l'accès à la mer plus simple. Très vite, les villes européennes sont autorisées à construire des piscines.
La Baiegnade en Allemagne : Un Art de Vivre Contemporain
La baignade publique à l’extérieur et en eaux naturelles est devenue, depuis le début du XXe siècle, un plaisir populaire en Europe. Dans les pays germaniques, et plus particulièrement en Allemagne, le mot « Badespaß » (aller se baigner pour s’amuser) désigne le trait caractéristique le plus emblématique de la baignade : le plaisir. Les Allemands vont se baigner non seulement pour se détendre ou pour faire du sport, mais aussi et surtout pour passer un bon moment et se changer les idées, en famille ou entre amis.
Ce phénomène s'inscrit dans un cadre plus large, cherchant à expliquer la baignade en pleine nature sous un angle à la fois sociétal, littéraire et artistique. Étant donné qu’il s’agit d’un loisir populaire par excellence, le motif de la baignade à l’extérieur, en eaux douces ou de mer, est particulièrement présent dans la production culturelle. Dans l'Allemagne contemporaine, c’est-à-dire au XXe et au XXIe siècle, les pratiques sociales et les représentations littéraires et artistiques de la baignade et des baigneurs sont devenues des sujets d'étude.
Il convient de rappeler qu’il existe deux types de baignade encadrée et autorisée : d’une part, la baignade naturelle qui a lieu dans des espaces globalement préservés ou du moins assez peu transformés par l’homme, et d’autre part, la baignade artificielle qui se déroule dans un environnement spécialement conçu pour servir de lieu sportif et récréatif, parfois touristique ou encore thérapeutique. Plusieurs dénominateurs communs relient ces deux espaces. Sur le plan du fonctionnement, ils sont soumis à des règlements qui visent à assurer le bon ordre, la sûreté et la salubrité des lieux, afin de contrôler le risque d’accidents et de maladies. Sur le plan de la finalité, ils sont là pour offrir aux usagers un espace aquatique sûr, propre, accueillant, souvent chauffé et la plupart du temps surveillé. Cependant, dans le cadre de cette exploration, il sera uniquement question des pratiques de baignade en pleine nature.
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Comme tout loisir fédérateur qui se pratique seul, en couple ou en famille, entre amis, mais aussi avec d’autres - pour la plupart de parfaits inconnus - la baignade publique est devenue, au fil des décennies, un motif artistique omniprésent. Les deux phénomènes, le loisir et la représentation du loisir, appartiennent désormais à un patrimoine partagé qui est d’ordre social et identitaire. Ainsi, le plaisir de la baignade individuelle et collective au grand air fait l’objet de livres et de films, de dessins et de chansons, de photos et de clips vidéo.
Or il s’avère que le baigneur est une figure ambivalente, tout comme le nageur et le plongeur, sans parler du maître-nageur sauveteur. Ils peuvent être habiles et séduisants, ou alors tout le contraire. Tantôt drôles et touchants, tantôt musclés au point d’être ridicules, les visiteurs et les personnels offrent en eux-mêmes un spectacle plutôt divertissant pour l’œil. Car la baignade est une pratique socioculturelle qui repose sur un certain nombre de contraires qui s’attirent : intimité et partage, activité et repos, bronzage et maladies liées à l’eau.
Les Lieux de la Baignade Naturelle en Allemagne : Des Lacs comme Refuges
Quels sont le cadre et le déroulement typique d’une sortie baignade, et quels sont les ingrédients indispensables de ce moment de plaisir passé au bord de l’eau et bien sûr dans l’eau ? De manière générale, les destinations les plus prisées sont les très nombreux lacs (« Badesee » ou « Baggersee ») ainsi que les piscines municipales d’intérieur (« Schwimmbad ») ou d’extérieur (« Freibad »). Les parcs aquatiques privés (« Spaßbad » ou « Erlebnisbad ») se sont multipliés au cours des deux dernières décennies, tout comme les espaces sauna et bien-être (« Sauna- und Wellnesslandschaften »).
Dans tous les pays germaniques, les lacs et les plans d’eau sont les endroits prédominants de la baignade en extérieur. À la différence des étangs, ils disposent d’eaux vives, et non dormantes, en quantité et qualité suffisantes. Tout comme les Autrichiens et les Suisses qui vivent dans des pays sans accès à la mer, les Allemands préfèrent eux aussi les lacs naturels et artificiels aux côtes maritimes, mais aussi aux fleuves, rivières et ruisseaux. Contrairement à beaucoup d’autres pays européens, les lacs sont plus nombreux et plus accessibles que le bord de mer qui se limite au nord du pays, que cela soit du côté ouest où se trouve la mer du Nord ou du côté est qui donne accès à la mer Baltique.
De nombreuses régions, et notamment le Holstein et le Mecklembourg, disposent de plateaux lacustres (« Seenplatten »), d’autres, comme la Bavière, de grands lacs alimentés par les eaux des montagnes, par exemple le Chiemsee, Walchensee, Starnberger See, Ammersee, Tegernsee près de Munich. Le plus grand et le plus connu est le lac de Constance, situé à la frontière de l’Allemagne, de l’Autriche et de la Suisse.
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Depuis l’industrialisation, la navigation fluviale empêche, dans beaucoup d’endroits, la fréquentation des cours d’eau et leur utilisation en tant que lieux de loisir. L’aménagement de nombreux espaces semi-artificiels, comme les plans d’eau (« Baggersee ») ou les lacs de barrage (« Stausee ») a encore renforcé cette tendance à se rendre au lac le plus proche pour aller se baigner, la plupart du temps à plusieurs et dès que le temps s’y prête. Les activités annexes les plus prisées sont le bronzage, les jeux de balle et ballons ainsi que les pique-niques avec ou sans barbecue. La finalité sera plus ou moins ludique et festive, plus ou moins sportive aussi, en fonction des milieux sociaux et des préoccupations, priorités, plaisirs qui leur sont propres.
Le lac est une destination « refuge », tandis que le bord de mer est plutôt synonyme d’« évasion ». Quant au lac, il est très souvent un espace de loisir à portée de main. Il est le petit coin de paradis proche de la ville qui accueille les citadins en quête de nature et de détente. Les villageois, eux, sont beaucoup moins adeptes de loisirs sportifs, comme la promenade ou l’excursion, mais aussi la randonnée ou la baignade. Ils ont d’autres besoins et impératifs, un rythme de vie et des pratiques récréatives différentes. À l’instar de la majorité des populations d’avant l’ère industrielle, la nature est pour eux plutôt un espace à exploiter, une force à maîtriser, tantôt un allié, tantôt un adversaire. Il ne leur viendrait pas à l’idée de l’idéaliser - ni de la diaboliser. Seuls les habitants de la ville, ayant radicalement changé de cadre de vie, ont tendance à la percevoir comme un havre de paix, susceptible d’apporter calme et divertissement. Pour les gens de la campagne et des côtes maritimes, qui vivent au rythme des saisons et des aléas météorologiques et climatiques, les zones sauvages telles que les forêts primaires et les eaux naturelles sont des endroits a priori dangereux qui forcent le respect et l’humilité.
La Simplicité, la Santé et le Naturisme : Les Spécificités de la Culture Allemande de la Baignade
À la différence d’autres pays où le prestige social rime souvent avec le chic, l’élégance et la recherche de la sophistication, les Allemands - tous milieux et générations confondus - mettent un point d’honneur à valoriser la simplicité. Ainsi, le plat basique, le vêtement solide et pratique, le passe-temps « sans chichi » sont plutôt bien vus, car ils traduisent un état d’esprit centré sur l’essentiel. Se nourrir, s’habiller, se bouger servent à atteindre un but précis, celui de satisfaire un besoin ou de contenter une envie, sans trop se compliquer la vie pour autant. Le fait de gérer les choses « à la bonne franquette », mais de manière structurée et réfléchie, se détendre ou faire la fête tout en respectant les règles de la vie en société, est considéré comme du bon sens.
La santé et non pas la beauté du corps est au centre de bon nombre d’activités sportives qui servent à se fortifier en s’endurcissant (« sich abhärten »). Le contraire, tout ce qui est « douillet » et « ramolli » (« verweichlicht ») est moins bien perçu. La fameuse devise « Mens sana in corpore sano (Un esprit sain dans un corps sain) », citation du poète romain Juvénal, s’applique à merveille à cet objectif d’une bonne hygiène de vie. Paradoxalement, les choix alimentaires du consommateur moyen ne sont pas vraiment à la hauteur de ses propres ambitions, car il s’agit essentiellement de nourriture industrielle, bon marché, mais de faible qualité nutritionnelle.
Une autre particularité germanique est le naturisme, pratique collective basée sur la « Freikörperkultur (FKK) », la « culture du corps libre ». Ce type de nudisme est compris comme une libération d’abord du corps, et ensuite seulement des mœurs. Mouvement qui se veut bienfaisant et thérapeutique, familial et asexuel, il est considéré par ses très nombreux adeptes comme un moyen d’hygiène favorisant une vie plus épanouie, permettant de se connecter à la nature et aux éléments. Le naturisme est donc le prolongement d’autres pratiques sportives exercées à l’extérieur, comme la nage en eau froide, ou à l’intérieur, comme les séances de sauna ou de hammam avec douches froides et temps de repos. Comme pour la méthode du docteur Sebastian Kneipp, l’eau froide y joue un rôle central, car il s’agit souvent de combiner « quatre facteurs - la transpiration forcée, l’application d’eau froide, l’exercice physique et le régime alimentaire ». Pour beaucoup d’Allemands, rester en bonne santé passe avant tout par un effort constant de braver les conditions météorologiques, afin de s’aérer la tête (« an die frische Luft gehen »), et ce dès que possible.
Sécurité et Représentations Culturelles de l'Eau
Dans le domaine de l’activité physique dans l’eau, ce principe de précaution et de prévention est incarné par l’association DLRG (Deutsche Lebens-Rettungs-Gesellschaft) que tous les Allemands connaissent. Comme l’ADAC (Allgemeiner Deutscher Automobil-Club e.V.) pour les automobilistes, le DLRG est la plus grande fédération de nageurs sauveteurs en Europe et dans le monde. L’association a été créée en 1913 et elle est parrainée par le président allemand en personne. Ses bénévoles ont pour mission d’informer, d’encadrer et de former la population sur le terrain. Ils sont présents sur les lieux de baignade à l’intérieur comme à l’extérieur pour surveiller les baigneurs, assurer leur sécurité et éviter des noyades.
La représentation du lac comme un endroit idyllique, entouré de prés et d’arbres, d’air pur et de chants d’oiseaux, est un mythe moderne qui s’inscrit premièrement dans la création de vastes paysages domestiqués (« Kulturlandschaft ») partout en Europe, et deuxièmement dans le changement de mœurs qui va de pair avec l’urbanisation de ces mêmes sociétés européennes. Ainsi, la représentation du bord de mer et notamment de la plage comme un lieu agréable et accueillant date au plus tôt de l’époque du romantisme. Espace à fuir ou à conquérir, à maîtriser ou à exploiter, l’élément aquatique a toujours inspiré les poètes et les illustrateurs, les artistes et les rêveurs. À travers les époques et dans le monde entier, la mythologie, les contes, les récits et les films regorgent de dieux ou de monstres maritimes ainsi que d’endroits et d’objets disparus dans les flots. De l’Atlantide au Loch Ness, en passant par le triangle des Bermudes ou le rocher de la Loreley : l’eau est un espace qui intrigue, qui fascine ou qui fait peur.
En ce qui concerne la baignade en eaux naturelles, le terrain est occupé par deux genres majeurs dans la culture populaire : la série télévisée (« Baywatch/Alerte à Malibu » avec David Hasselhoff et Pamela Anderson, 1999-2001) et le film grand public (« Jaws/Les Dents de la mer » de Steven Spielberg, 1975). Les motifs prédominants sont le sexe et la peur. Parmi les personnages de baigneurs les plus connus, on peut citer l’actrice helvético-américaine Ursula Andress comme James Bond girl en bikini blanc. Moins sportif que le nageur (Le grand bain de Gilles Lelouche, 2018), moins en détresse que le naufragé (Robinson Crusoe), moins tragique que le noyé (Titanic de James Cameron, 1997), il se situe à la frontière du dedans et du dehors. Contrairement aux personnages exaltés (comme le capitaine Jack Sparrow dans les Pirates des Caraïbes, 2003) ou méchants (le capitaine Crochet dans le roman Peter Pan de J. M. Barrie), le baigneur incarne une figure plus nuancée.
Pour l’Allemagne, il faut différencier plusieurs phases successives dans le développement d’approches esthétiques et artistiques liées à l'eau. Pendant la première moitié du XXe siècle, l’heure est à la démocratisation sportive (« Turnbewegung/rassemblement gymnastique ») et au retour à la nature (« Wandervogelbewegung/forme de scoutisme laïque »). Ce sont des mouvements précurseurs pour l’émancipation de la jeunesse, la mixité sociale et entre les sexes, mais qui ouvrent également la voie aux idéologies totalitaires de la deuxième moitié du XXe siècle. À titre d’exemple, on peut renvoyer à deux tableaux de l’impressionniste allemand Lovis Corinth qui montrent des baigneurs à la plage. Datant de 1902 et 1914, l’ambiance y est joyeuse, la lumière festive - la sérénité règne au point de mettre l’observateur mal à l’aise. Par la suite, la figure du sportif, mais aussi de la personne en quête de repos (« Erholungssuchender ») sont récupérées d’abord par le nazisme, ensuite par le communisme, tous deux à l’origine de représentations finalement assez similaires. Certes, le premier glorifie la suprématie par la race et le second la victoire par le travail, mais l’iconographie de la propagande nazie et le réalisme socialiste en RDA partagent la même prédilection pour le figuratif et pour l’héroïsme. Fascinée par les corps en mouvement, Leni Riefenstahl exacerbe l’esthétisation des postures et des gestes sportifs.
Clarification Historique : L'Interdiction de Nager et ses Inexactitudes Contemporaines
Le phénomène de l'interdiction de nager en Allemagne, bien que réel, est souvent sujet à des inexactitudes historiques, notamment dans les œuvres de fiction. La série dérivée de Yellowstone, "1883", regorge de divers faits historiques sur la fin du XIXe siècle, notamment sur le fait qu’il était illégal de nager en Allemagne à l’époque - un détail apparemment mineur qui a fini par provoquer une tragédie pour la caravane de colons allemands, roms et américains. Dans la saison 1 de 1883, épisode 3 « La traversée », alors que la caravane se préparait à traverser la dangereuse rivière Brazos, les lois qui empêchaient les colons allemands d’apprendre à nager pour rentrer chez eux menaçaient leur survie même.
Pour de nombreux immigrants de 1883 qui ont vécu et lutté au début de la chronologie de Yellowstone, il n’était pas seulement illégal de rentrer chez eux à la nage : c’était un délit grave et honteux. Comme l’a expliqué le chef des colons allemands Josef (Marc Rissmann), les corps de ceux qui se sont noyés étaient même fouettés avant d’être enterrés en guise de punition. De nombreux immigrants européens de la série qui n’ont jamais appris à nager se sont noyés dans la rivière Brazos et n’ont pas réussi à traverser la rivière, car 1883 est basé sur des histoires vraies de pionniers qui ont à peine survécu à la fin du XIXe siècle.
Cependant, les immigrants de 1883 présentent quelques inexactitudes historiques. Le sort des immigrants allemands de 1883 est basé sur des faits historiques : à un moment donné, la baignade était effectivement illégale en Allemagne - mais pas au XIXe siècle. L’interdiction a commencé dans les années 1530. Alors que les peuples scandinaves et germaniques ont développé des compétences en natation au fil des siècles, la fréquence des noyades accidentelles a incité les écoles et universités allemandes à interdire totalement cette activité. Située sur le Danube, la ville universitaire d’Ingolstadt punissait les noyés en fouettant leurs corps avant l’enterrement. Toutefois, cela a commencé dans les années 1530 et, au cours des siècles qui ont suivi, l’attitude des Allemands à l’égard de la natation est devenue plus aimable.
Il y avait même des livres pédagogiques sur la natation qui ont été publiés au XVIIe siècle, non seulement en Allemagne mais dans toute l’Europe. Cela signifie que l’affirmation de Josef selon laquelle il était illégal de nager d’où ils venaient est une erreur historique de 1883. Même si certains gouvernements européens désapprouvaient encore la baignade à la fin du XIXe siècle, les lois interdisant cette activité avaient déjà été révisées depuis longtemps.
D’un autre côté, il se pourrait que Josef essayait simplement de gagner de la sympathie pour les immigrants de 1883. À presque chaque étape du voyage, Josef et les immigrants allemands n’ont été que des ennuis pour Shea, qui a ouvertement exprimé sa déception pour ceux qui n’avaient rien à faire à la frontière. Bien conscient que les cowboys américains ne connaissent rien aux lois et coutumes européennes locales, les affirmations de Josef concernant l’interdiction allemande de nager auraient pu être une demande subtile adressée aux chefs de caravane de trouver un endroit moins dangereux pour traverser. Pour la même raison que les Dutton n’avaient pas de plan en 1883 ni même de carte pour guider leur chemin, la plupart des pionniers n’avaient pas non plus de plans ni d’itinéraires établis. En effet, les informations sur la frontière étaient très limitées à l’époque, ce qui signifiait qu’ils s’appuyaient principalement sur l’improvisation. Quoi qu’il en soit, même si Josef mentait sur le fait que l’Allemagne interdisait la baignade, 1883 reflète assez fidèlement les luttes réelles des pionniers.
Le prochain spin-off historique de Yellowstone a suivi la tendance de 1883. Révélant davantage sur les débuts du Yellowstone Dutton Ranch, 1923 dépeint les immigrants de l’époque avec sans doute une meilleure précision historique que 1883. Cela peut être observé dans la guerre de pâturage entre éleveurs et éleveurs de moutons, menée respectivement par l’éleveur et le législateur Jacob Dutton (Harrison Ford) et Banner Creighton (Jerome Flynn). Tout comme en 1923, la véritable frontière a vu éclater de violents conflits entre cow-boys établis et éleveurs de moutons immigrés au sujet des terres de pâturage, revendiquées selon le principe du premier arrivé, premier servi.
L’un des événements les plus marquants de la « guerre des moutons » s’est produit au cours de l’hiver 1900 à la frontière entre le Montana et le Wyoming, au cours duquel des inconnus ont abattu 2 113 moutons en les battant à mort. De la même manière que les Dutton du casting de 1923 font plier les lois en leur faveur, les responsables du « massacre de la loutre » n’ont jamais été persécutés pour leurs crimes et ont été protégés par la communauté d’élevage de bétail établie dans le Montana et le Wyoming jusqu’à leur mort. Étrangement, leur sort fait écho à celui des Dutton, qui ont commis d’innombrables meurtres au cours des 100 dernières années. En empruntant à l’histoire réelle, les immigrants de 1923 et 1883 ont réussi à dresser un tableau plus convaincant des sombres débuts du Yellowstone Dutton Ranch.