La Corse, surnommée l'île de Beauté, offre un littoral spectaculaire, des eaux turquoise et des criques sauvages, faisant de cette destination un véritable paradis pour les amateurs de kayak de mer. Explorer l’île depuis la mer, à bord d’un kayak, offre une perspective unique et immersive, permettant d’accéder à des endroits inaccessibles par la terre. Que vous soyez débutant ou kayakiste expérimenté, la diversité des itinéraires garantit une aventure inoubliable, alliant activité sportive et communion avec la nature.
L'art de la randonnée nautique : de Propriano à Porto-Vecchio
Il y a tout juste deux ans, nous venions de terminer un périple magnifique entre Cargèse et Calvi. À ce moment, la gorge serrée par l’émotion des grands départs, j’avais susurré à cette île depuis le pont de ce bateau : « Tu es si belle, …. je reviendrai te voir. » Il y a quelques mois, nous avions arrêté l’itinéraire avec Manu et Olivia : le Sud, depuis Propriano jusqu’à Porto-Vecchio, mais avec un mode de transport aussi simple qu’économique : le kayak sur chariot.
Après 1000 km, deux voitures, quatre kayaks sur leurs toits, se fraient un passage dans le dédale du port autonome jusqu’au Girolata. À bord, nous chargeons méticuleusement les caissons de nos kayaks sous le regard intrigué d’un matelot maghrébin et d’un officier breton. Il s’agit de ne rien oublier, tout en laissant suffisamment de place pour les victuailles que nous achèterons en Corse. L’exercice est périlleux. Après quelques questions sur l’objet de notre aventure, c’est rapidement un moment d’échange et de respect mutuel qui s’installe avec les hommes d’équipage. Nous avons droit à un thé à la menthe absolument délicieux et bien rafraîchissant par cette fournaise (35°c).
Dans un tremblement d’acier, le mastodonte s’arrache du quai. Une douce lumière tire le petit port de son sommeil matinal. La mer est calme et, dans les collines, le maquis s’éveille tranquillement. Nous débarquons, nos kayaks à la main. Le chemin semble tout tracé : à 50 mètres du port, le café du port et 100 mètres plus loin, la plage. Il faut savoir reconnaître son biotope !! Après un petit-déjeuner copieux, déjà à l’ombre de la tonnelle, un premier bain s’impose. Nous sommes dimanche et les courses au supermarché attendront lundi pour cause de retard d’autorisation préfectorale. Nous sommes donc « condamnés » à lézarder sur place !! Un véritable calvaire, vu l’eau à 23°C et un soleil omniprésent. La pause de midi sur une plage déserte nous donne l’occasion d’essayer l’abri solaire tout neuf conçu et confectionné par toute l’équipe : une toile de k-way achetée au mètre, des oeillets, 4 arceaux, autant de drisses et de sardines, et le tour est joué.
Le rythme du maquis et de la mer
Le réveil sur la plage est plus que malinal. « Décalage horaire » aidant (le soleil se lève à l’est), les premières lueurs de l’aube pointent dès 05h15 !! Nous quittons notre plage pour rejoindre en kayak notre quartier général (le Café du Port…). Après un petit-déjeuner englouti, Guilhem, Olivia et moi partons vers les hauteurs de Propriano jusqu’au supermarché. Comble du luxe, le directeur avec qui j’avais pris contact auparavant, aura l’amabilité de nous ramener (avec nos victuailles) au port avec sa voiture.
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Les kayaks remplis de denrées, nous entamons véritablement notre périple avec, en ligne de mire la tour génoise de la pointe de Campomoro. Les paysages défilent au rythme de nos pagaies dans une trilogie verte ocre et bleue déclinée dans toutes les nuances. Un vent chaud vient bercer nos narines de notes de myrte, d’arbouse et de genévrier. Le maquis est à toucher, l’eau invite irrésistiblement à la baignade pendant la pause méridienne. Derrière mon masque et mon tuba, l’eau cristalline me laisse admirer les fonds sous-marins. Nous avalons les kilomètres sur une mer calme jusqu’à la pointe d’Eccica où nous laissons tremper nos lignes de pêche derrière nos kayaks dans la lumière scintillante de fin d’après-midi. Manu et Guilhem s’offrent le tour du rocher et… bingo !! : Manu dégote un barracuda de belle taille (75 cm). Après avoir été occise sur le pont du kayak, la bestiole finit dans l’hiloire. Dans quelques heures, elle agrémentera notre dîner. Nous rejoignons Conca, une crique tranquille dans laquelle mouillent deux voiliers, et préparons notre repas. Un poulpe s’invite au festin de la tripaille du barracuda ; il n’en demandait pas tant !!
Défis techniques et rencontres en mer
Sur une mer calme, nous longeons la côte d’où nous surplombent des rochers majestueux, savamment sculptés par le vent. Leur belle couleur nous rappelle la côte de granit rose, … avec 15 degrés en plus ! Les cormorans, fins pêcheurs, nous incitent à tremper la ligne une nouvelle fois, mais il faut se rendre à l’évidence : ces oiseaux sont bien plus doués que nous !! Un balbuzard nous charme de son vol sans effort, tandis que le vent commence à forcir à cause des thermiques. Il est à peine 11 heures. Du haut de son vieux ketch, un plaisancier peu téméraire nous déconseille de poursuivre tant nos embarcations lui semblent frêles. Nous décidons de pousser jusqu’à la plage d’argent, un écrin de sable blanc baigné d’eaux bleu turquoise. Nous nous réfugions sous un chêne vert tant le soleil est brûlant. Chacun de ses rayons semble mordre ma peau, alors qu’un vent du sud emplit mes poumons à m’en faire presque suffoquer. Eole semble jouer entre bonnes brises et accalmies teintées de directions changeantes.
Nous prenons la mer tout de même avec, au menu, deux pointes à passer : celles de Murtoli et de Roccapina. Une houle de sud forme de jolies vagues croisées avec un clapot renforcé par un vent sud-est force 3-4 et des rafales parfois supérieures à 20 nœuds. Mon kayak est bien lesté à l’avant, son étrave bien calée au creux des embruns. Par contre, il faut tenir le cap, car son nez ne demande qu’à lofer sur le haut de chaque vague croisée. Nous serrons les rangs, nous abritons derrière les pointes sans trop nous rapprocher des cailloux. Le passage de Roccapina est plus impressionnant encore, et nous décidons de piquer droit vers la première plage. L’arrivée se fera au surf et nous serons ravis de toucher terre sans encombre. Mais la fatigue est là, les jambes bien fourbues par l’effort et la tension.
Immersion dans la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio
En milieu de matinée, nous musardons vers les îles Bruzzi, véritable dédale de récifs quasi inaccessible aux bateaux, et qui abrite centaines de goélands criards et furieux d’être dérangés par les intrus que nous sommes en cette réserve naturelle. Nous nous abritons dans une crique le temps d’échanger avec un kayakiste local. Soudain, un bateau fend l’eau à vive allure, slalome entre les rochers pour s’avancer vers nous. C’est le patrouilleur de la réserve des Bouches de Bonifacio, Parc marin international qui nous explique courtoisement que le site est protégé et nous demande de quitter les lieux. Nous obtempérons et nos gardiens nous conseillent même un endroit pour pique-niquer non loin de là.
Un peu plus tard, à la recherche d’un lieu de bivouac, les couleurs du soir illuminent les rochers aux formes improbables : silhouettes d’animaux, statues échappées tout droit du musée Guggenheim. La plage où nous passerons la nuit est, comme toutes celles de la baie de Figari, à deux pas d’un grand marigot. Alors que nous occupons la plage, les gardiens de la réserve s’avancent vers nous, je lis dans leurs yeux l’envie d’un brin de causette… Et ils annoncent tout de suite la couleur : « les kayakistes ne sont certainement pas ceux qui polluent le plus… !! » Un climat s’installe alors, fait de respect, de confiance réciproque, d’expériences échangées, de rires et d’œillades complices quand les quarts et timbales remplis de pineau tintent à notre santé mutuelle autour d’un apéritif improvisé. Réjouis par cette rencontre enrichissante, nous avalons notre repas en quatrième vitesse sous les assauts insupportables des anophèles.
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Vers la citadelle : entre lagon et falaises
Alors que nous prenons la mer, pas un souffle d’air. Nos kayaks glissent sans bruit sur un miroir bleu. C’est une atmosphère complètement irréelle qui inspire la plus grande quiétude. La surface liquide et le ciel plombé par la brume de chaleur se reflètent l’un l’autre pour mieux se confondre dans une ligne d’horizon presque imaginaire. Seules nos étraves troublent l’onde. Passé le redouté Capu di Feno, les falaises de calcaire tranchent subitement avec les rochers de granit ocre qui nous étaient si familiers. Nous entrons dans l’anse de Fazzio : un lagon d’eau turquoise ceint de falaises d’un blanc éclatant. Le rêve absolu s’il y avait un coin d’ombre. Guilhem m’invite sur le promontoire qu’il a découvert et duquel - à plus de 20 mètres au-dessus de l’eau- on admire ce coin paradisiaque. Manu est parti se rafraîchir dans l’eau transparente, et Olivia quant à elle, est allée explorer ce qui ressemble au campement provisoire d’un club de voile. Notre ambassadrice a visé juste !! En ancienne des Glénan, elle a convaincu sans peine le chef de base à nous inviter sous une tonnelle pour nous abriter du soleil.
Le déjeuner est délicieux, et surtout ASSIS à une table. Nous repartons vers la citadelle accrochée à sa falaise en essayant de nous frayer un passage sur cette autoroute maritime. Les bouchons de liège que nous sommes au milieu de ce trafic fait de vagues et de contre-vagues font la curiosité des touristes, surtout quand ils nous découvrent au fond d’une grotte marine. L’odeur de gasoil devient vite insupportable et nous filons vers le chenal, coincé entre les falaises de craie. Au fond du port, nous cherchons désespérément une cale et tournons en vain au milieu des yachts et autres mastodontes. Débarquer au plus vite, je ne me sens pas à l’aise. Un employé de la capitainerie nous indique finalement un coin qui fera l’affaire, tout au fond du port vers les ateliers de réparation.
Nous quittons la cité funambule au petit matin pour longer les falaises rongées par les embruns. Le clapot est vif, mais nous permet d’admirer les maisons accrochées au-dessus du vide telles des trapézistes immobiles. Regarder au-dessus de moi dans une mer agitée par le ressac me donne le vertige. Avant Pertusato, un magnifique paquebot calcaire semble sortir tout droit d’un dépliant pour croisières minérales, puis un petit cirque ou grotte à ciel ouvert, parfaitement circulaire, dont l’entrée étroite ne permet que le passage d’un kayak. Nous profitons de la quiétude, de la fraîcheur et du charme de cet endroit avant de faire cap au 120 sur les îles Lavezzi à 6 kilomètres de nous, en plein milieu des Bouches de Bonifacio.
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