L'Odyssée d'Homère est une œuvre fondatrice de la civilisation occidentale, une épopée en vers (hexamètres dactyliques) qui raconte, en vingt-quatre chants, la plus grande aventure de l'Antiquité. Composée après l'Iliade, vers la fin du VIIIe siècle av. J.-C., elle est le poème du retour, contrastant avec l'Iliade qui est le poème de la guerre. Ensemble, elles couvrent toute l'expérience humaine : combattre, perdre, voyager, rentrer chez soi. Ce récit captivant relate le retour du héros Ulysse à Ithaque après la guerre de Troie, un périple maritime rendu périlleux par le courroux du dieu Poséidon. Ulysse met dix ans à revenir dans son île, pour y retrouver son épouse Pénélope et son fils Télémaque, qu'il doit délivrer des prétendants qui convoitaient son épouse et ses richesses en profitant de sa disparition.
L'Énigme d'Homère : Le Poète, son Œuvre et la Question Homérique
L'existence même d'Homère, poète grec du VIIIe siècle av. J.-C., est débattue, certains se demandant s'il s'agit d'un seul auteur ou d'une tradition orale collective. Homère - que la tradition représentait comme un aède (« chanteur », poète) aveugle qui parcourait le monde méditerranéen en déclamant ses vers - est le plus ancien des écrivains grecs dont l'œuvre nous soit parvenue. Il est considéré comme l'auteur de l'Iliade et l'Odyssée, poèmes fondateurs de la littérature grecque antique. Sa vie nous échappe presque totalement. Bien que sept villes se soient disputé l'honneur de lui avoir donné le jour, il était sans doute né à Smyrne (aujourd'hui à Izmir, en Turquie), vécut à Chio et mourut à Ios, l'une des îles des Cyclades. On le disait aveugle, mais ce détail est probablement légendaire, une caractéristique fréquemment attribuée aux aèdes et aux devins de l'époque. Pendant longtemps, il a été appelé « le Poète » par les Anciens.
Dès le VIIe siècle avant J.-C. se formèrent des groupes d'« homérides », qui se déclaraient descendants du poète et récitaient ses vers, attestant de la rapide diffusion de l'œuvre homérique dans tout le monde grec. À partir de la fin du XVIIIe siècle, et des travaux de Friedrich August Wolf, l'existence d'Homère et surtout l'attribution de l'Iliade et de l'Odyssée à un seul auteur ont sérieusement été discutées par les spécialistes de littérature et d'histoire antiques : c'est la « question homérique ». Pour certains, dits « analystes », les deux épopées ne sont pas des œuvres suffisamment cohérentes pour être attribuables à une même personne et à une même couche de rédaction ; elles auraient été composées en réunissant plusieurs récits. D'autres, dits « unitaristes », considèrent en revanche que les œuvres sont cohérentes et ont été, au moins pour l'essentiel, rédigées d'un seul tenant.
La réflexion, aidée par les progrès de l'archéologie et de la linguistique, a mis en évidence un processus de composition orale comparable à celui des bardes ou griots des sociétés traditionnelles. Les épopées homériques ont manifestement été élaborées à partir d'une tradition épique plus ancienne circulant oralement, dans un contexte où l'oralité dominait. La langue dans laquelle l'Iliade et l'Odyssée sont écrites est très ancienne par rapport à la période où Homère était censé vivre, et la présence de procédés poétiques répétitifs, comme les qualificatifs de certains personnages, trahit cette origine orale. La théorie la plus couramment admise aujourd'hui est que l'Iliade et l'Odyssée ont été composées par un ou deux poètes qui ont regroupé des récits anciens. L'Iliade aurait été composée entre 850 et 750 av. J.-C. et l'Odyssée à la fin des années 700 av. J.-C. L'élaboration de l'Odyssée est généralement située aux VIIIe - VIIe siècle av. J.-C., durant une période riche en changements dans le monde grec. Qu'elles soient l'œuvre d'une ou plusieurs personnes, les épopées homériques ont exercé une profonde influence sur les philosophes et les écrivains, et Homère demeure universel, célébré comme le fondateur de la littérature occidentale.
L'Odyssée : Un Poème Contrasté avec l'Iliade
L'Odyssée et l'Iliade, bien qu'attribuées au même poète, sont radicalement dissemblables dans leur conception. Alors que l'Iliade est née tout entière d'une situation morale, la colère d'Achille lors de la guerre de Troie, l'Odyssée se caractérise par des événements qui ne procèdent pas d'une nécessité intime. Au cours de ses aventures, Ulysse subit sa destinée ; il ne la commande pas. D'autre part, si, dans l'Iliade, la trame du récit paraît remarquablement nette, serrée dans l'espace de quelques jours, les événements, dans l'Odyssée, s'étalent sur une durée six fois supérieure, sans compter la période de quelque dix ans au cours de laquelle s'écoulent les aventures d'Ulysse. À l'unité de temps de l'Iliade correspond l'unité de lieu : tout se passe dans un camp, sous les remparts de Troie. L'Iliade est un livre d'ascèse, marqué par la tension perpétuelle des héros, en quête de dépassement dans un univers de carnage où s'entrecroisent les chants de l'amour et de la mort. L'Odyssée, en revanche, est un livre de fuite et d'apaisement, plus accessible, satisfaisant spontanément notre besoin de romanesque et d'aventures, un certain goût pour le mystère et le dépaysement. Elle apporte la détente et laisse surgir des zones de la conscience humaine situées hors du temps. L'inspiration de l'Odyssée est moins forte que celle de l'Iliade, mais elle est malgré tout plus humaine, ne serait-ce que par le simple fait que les dieux restent dans l'Olympe et que le vrai surnaturel est absent.
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La Télémachie : L'Éveil de Télémaque, Fils du Héros
L'Odyssée ne commence pas par Ulysse, mais par son fils, Télémaque. Âgé de vingt ans, Télémaque vit à Ithaque dans un palais envahi par cent huit prétendants qui courtisent sa mère Pénélope, festoient à ses frais, et dilapident les richesses de la famille. Télémaque est impuissant, trop jeune et trop seul pour les chasser. Athéna, la déesse de la sagesse et de la guerre, qui protège Ulysse et sa famille, descend de l'Olympe déguisée en Mentès (un ami de la famille). Elle encourage Télémaque à se comporter en homme : partir chercher des nouvelles de son père, affirmer son autorité. Télémaque convoque une assemblée, la première depuis le départ d'Ulysse, et exige que les prétendants quittent sa maison, mais ils refusent en riant.
Son voyage est une éducation, un passage de l'adolescence à l'âge adulte. Chez Nestor, à Pylos, le vieux roi lui raconte le retour des héros grecs après Troie. Il ne peut lui donner d'informations précises sur Ulysse depuis la fin de la guerre. Après avoir raconté les derniers moments de la ville de Troie, Nestor apprend à Télémaque comment Agamemnon a été assassiné à son retour. Télémaque se rend ensuite chez Ménélas, à Sparte, où le roi et Hélène, la femme pour qui la guerre a eu lieu, réconciliée avec son mari, lui confirment qu'Ulysse est vivant, retenu par la nymphe Calypso. Télémaque est reconnu par Hélène qui évoque l'intelligence d'Ulysse à travers des anecdotes. Ménélas raconte les péripéties qu'il a dû traverser avant de pouvoir rentrer chez lui, et confirme la captivité d'Ulysse. Pendant ce temps, à Ithaque, les prétendants préparent une embuscade pour tuer Télémaque à son retour. En apprenant le départ de Télémaque, une vive émotion s'empare des prétendants et de Pénélope. Athéna envoie un rêve à Télémaque pour lui demander de rentrer chez lui et de parler à Eumée, lui permettant d'échapper à l'embuscade. Quand il retrouve Ulysse, il est prêt à se battre à ses côtés. Télémaque incarne le passage de l'adolescence à l'âge adulte, un thème que toute la littérature reprendra.
Ulysse Captif et l'Appel du Foyer : Calypso et les Phéaciens
L'Odyssée nous transporte ensuite sur l'île d'Ogygie, où Calypso, une nymphe immortelle, retient Ulysse depuis sept ans. Elle l'aime et lui offre l'immortalité : rester avec elle pour toujours, ne jamais vieillir, ne jamais mourir. Ulysse refuse - il veut rentrer chez lui, retrouver Pénélope, même si cela signifie vieillir et mourir. Ce choix d'Ulysse est le choix fondateur de l'Odyssée : la condition mortelle, la vie humaine avec ses limites, vaut mieux que l'immortalité, une éternité sans sens. Zeus, sollicité par Athéna profitant de l'absence de Poséidon, ordonne à Calypso de le libérer par l'intermédiaire d'Hermès. Non sans regrets et malgré son dépit, elle lui rend sa liberté et lui apporte son concours tandis qu'il se construit un radeau.
Après quatre jours de travail, Ulysse prend la mer. Pendant dix-sept jours, il erre sur les flots. Poséidon, le dieu de la mer qui hait Ulysse pour avoir aveuglé son fils le Cyclope, déchaîne une terrible tempête. Le radeau est détruit. Ulysse nage pendant trois jours et échoue nu, épuisé, sur l'île des Phéaciens, Schérie. Athéna envoie un rêve à Nausicaa, la fille du roi Alkinoos, lui conseillant d'aller laver son linge sur le littoral. La princesse Nausicaa, venue laver du linge au bord de la rivière avec ses servantes, le trouve et le recueille, non sans avoir été d'abord effrayée par le naufragé sale et affamé. Grâce à un discours plein d'éloquence, Ulysse la convainc de lui venir en aide. Elle le conduit à ses parents, le roi Alkinoos et la reine Arété.
Ulysse est introduit par Athéna déguisée dans le palais d'Alkinoos, qui lui offre l'hospitalité sans qu'il révèle son nom. Il admire vivement les jardins et les appartements somptueux. Alkinoos organise un banquet en l'honneur de l'étranger. L'aède Démodocos chante la guerre de Troie et le cheval de bois, inventé par Ulysse. Une nouvelle fois, l'aède évoque la guerre de Troie, cette fois à travers l'épisode du cheval de Troie. Ulysse, ému par le souvenir de la guerre, pleure et se cache le visage dans son manteau. Alkinoos remarque ses larmes et le presse de dire son nom et de faire le récit de ses pérégrinations. Ulysse se révèle : « Je suis Ulysse, fils de Laërte, et mes ruses sont connues du monde entier. » Après des jeux durant lesquels Ulysse brille au lancer de disque, Alcinoos offre à Ulysse de le reconduire à Ithaque.
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Les Errances Fabuleuses : Le Récit d'Ulysse aux Phéaciens
C'est le cœur épique de l'Odyssée : Ulysse raconte lui-même, à la première personne, ses dix années d'errance. Ce périple ressemble fort à celui de marins-commerçants-pirates, riche en rencontres avec l'Autre, qu'il soit barbare, féminin, ou le royaume des morts.
Après avoir quitté Troie, sa première escale se fait chez les Cicones à Ismare, ville qui a combattu aux côtés des Troyens. Ulysse et ses compagnons mettent la cité à sac, mais doivent s'enfuir à l'arrivée de renforts, cela se terminant par un massacre. Puis, ayant dérivé suite à une tempête, ils échappent aux Lotophages (chant IX), un peuple qui mange le lotus, un fruit qui fait oublier le passé et le désir de rentrer. Certains compagnons d'Ulysse goûtent le lotus et ne veulent plus partir ; Ulysse les ramène de force. La première leçon de ce voyage est que le danger n'est pas toujours la violence, mais parfois l'oubli.
L'épisode le plus célèbre est celui du Cyclope Polyphème (chant IX). Ulysse et douze compagnons entrent dans la grotte d'un géant à un œil, fils de Poséidon. Polyphème, en dehors de tout droit et de toute vie civilisée, ne respectant pas les Dieux, bloque l'entrée avec un rocher, capture les Grecs, et dévore six hommes, deux par repas. Ulysse ne peut pas le tuer, car seul le Cyclope peut déplacer le rocher. Il a une idée : il enivre Polyphème avec du vin, lui dit que son nom est « Personne » (Outis en grec), et quand le géant s'endort, il lui crève l'œil avec un pieu brûlant. Polyphème hurle ; les autres Cyclopes accourent : « Qui te fait du mal ? » - « Personne ne me fait du mal ! » Les Cyclopes s'en vont, convaincus qu'il est fou. Le lendemain matin, Ulysse et ses compagnons s'échappent en se cachant sous le ventre des béliers, le Cyclope aveugle tâtant le dos de chaque bête mais pas le dessous. Mais en partant, Ulysse commet une erreur d'orgueil (hubris) : il crie son vrai nom au Cyclope - « C'est Ulysse qui t'a aveuglé ! » Polyphème lance un rocher et invoque son père Poséidon : « Fais qu'il ne rentre jamais - ou s'il rentre, que ce soit seul, misérable, et qu'il trouve le malheur chez lui. » Poséidon exaucera cette malédiction, car Polyphème représente la force brute sans civilisation, l'anti-Ulysse, et la victoire d'Ulysse sur lui est la victoire de l'intelligence sur la force.
L'aède Homère rapporte ensuite les aventures auprès d'Éole (chant X), le dieu des vents qui donne à Ulysse une outre contenant tous les vents contraires. Ithaque est en vue, mais les compagnons, croyant que l'outre contient un trésor, l'ouvrent par curiosité. Les vents s'échappent et ramènent le navire à son point de départ. La leçon est claire : la cupidité et la désobéissance détruisent ce qui est à portée de main. Ulysse est chassé de l'île par Éole. L'escale suivante, encore pire, est celle des Lestrygons (chant X), des géants cannibales qui détruisent la flotte d'Ulysse. Onze navires sur douze sont perdus ; Ulysse ne conserve qu'un seul navire face à cette violence gratuite.
Son navire accoste ensuite sur l'île d'Aiaié, où vit Circé (chant X), une magicienne fille d'Hélios qui transforme les compagnons d'Ulysse en porcs, une bestialité révélée par une sexualité agressive et aliénante. Ulysse résiste grâce au moly, une herbe magique donnée par Hermès, oblige Circé à rendre forme humaine à ses hommes, et devient son amant. Il reste un an sur son île, le confort et le plaisir le retenant, comme Calypso, mais Ulysse finit par repartir. Circé, qui a des dons de divination, lui donne un conseil capital : il doit descendre aux Enfers consulter le devin Tirésias. Circé représente le danger du plaisir : rester sur son île, c'est oublier le retour, mais elle est aussi une alliée.
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La descente aux Enfers (chant XI), la Nekuia, est un moment clé. Ulysse voyage au bout du monde et invoque les morts. Il rencontre Tirésias, qui lui prédit son retour et ses épreuves, ainsi que sa mère Anticlée, morte de chagrin pendant son absence. Il tente de l'embrasser, mais ses bras traversent l'ombre. Il converse avec Achille, qui lui dit que la mort est pire que la vie - « J'aimerais mieux être laboureur […] que régner sur les morts. » Il voit Ajax, qui refuse de lui parler, ne lui ayant pas pardonné l'affaire des armes d'Achille, et d'autres héros de la guerre de Troie. La visite à Tirésias est la visite d'un mortel vivant à un mort vivant, car Tirésias a conservé l'incroyable privilège de la pensée. Tous les autres morts sont des êtres absolument déshérités. Ce détour par l'ailleurs radical des morts est nécessaire pour Ulysse afin de se retrouver chez soi, car le soi n'existe que par l'Autre.
Continuant sa navigation, Ulysse et son équipage retournent sur l'île de Circé. Le lendemain, Ulysse résiste aux chants séducteurs des Sirènes (chant XII), des créatures dont le chant est si beau qu'il attire les marins vers la mort. Ulysse veut entendre leur chant sans mourir : il se fait attacher au mât et ordonne à ses compagnons, les oreilles bouchées de cire, de ne pas le détacher, même s'il supplie. Le plan fonctionne ; Ulysse est le seul mortel à avoir entendu les Sirènes et survécu. Ensuite, ils atteignent le détroit où se trouvent Charybde et Scylla (chant XII), deux monstres marins fonctionnant en binôme. Ulysse doit choisir entre un gouffre (Charybde, un tourbillon qui engloutit les navires) et un monstre à six têtes (Scylla, chaque tête dévore un marin). Ulysse choisit Scylla, perdant six hommes plutôt que le navire entier. C'est un choix impossible, où le commandement exige de sacrifier les uns pour sauver les autres.
Mais les épreuves ne sont pas terminées. Sur l'île du dieu Hélios, Thrinakie, les compagnons affamés tuent et mangent les vaches sacrées, malgré l'interdiction d'Ulysse qui tient compte de l'avertissement de Tirésias. Les bêtes se mettent à beugler sur les broches, mais les marins n'en tiennent pas compte et continuent de festoyer. Pour se venger, Zeus les foudroie ; le navire est détruit, et tous les compagnons meurent. Ulysse survit seul, accroché à un morceau du mât, et échoue une nouvelle fois chez Calypso. Le monde de l'Odyssée a un caractère artificiel, ce texte ne peut être considéré comme un ouvrage de géographie.
Le Retour à Ithaque : Reconnaissances et Rétablissement de l'Ordre
Les Phéaciens, émus par le récit d'Ulysse, le ramènent à Ithaque endormi sur un navire. Pendant son sommeil, l'embarcation file à toute vitesse, et les marins le débarquent, toujours endormi, dans une grotte. Furieux, Poséidon demande à Zeus de punir Ulysse et les Phéaciens. Le bateau des hôtes d'Ulysse sombre au moment de rentrer au port. Athéna le réveille et le déguise en vieux mendiant ; il ne doit pas se faire reconnaître avant d'avoir évalué la situation. Ulysse ne reconnaît pas son île à cause d'un sortilège d'Athéna.
Ulysse se rend chez Eumée, son fidèle porcher, qui ne le reconnaît pas mais l'accueille avec générosité. L'hospitalité des humbles contraste avec l'arrogance des prétendants. Ulysse apprend également que des voyageurs colportent de fausses rumeurs sur lui afin que Pénélope désespère de le revoir. Télémaque, revenant de Sparte et ayant échappé à l'embuscade des prétendants grâce aux conseils d'Athéna, retrouve son père chez Eumée, ignorant d'abord son identité. Athéna rend sa véritable apparence à Ulysse, et c'est une reconnaissance émouvante : Ulysse reprend sa vraie apparence, Télémaque pleure : « Tu es un dieu ! » - « Non, je suis ton père. » Père et fils préparent un plan pour reprendre le palais.
Ulysse entre dans son propre palais déguisé en mendiant. Il est insulté par le chevrier Melantheus. Son vieux chien Argos, vingt ans d'âge, couché sur un tas de fumier, à moitié mort, le reconnaît, remue la queue, et meurt. C'est la scène la plus émouvante de l'Odyssée : la fidélité d'un chien est plus forte que le temps. Un autre mendiant, Iros, arrive au palais, et les deux hommes en viennent aux mains, Ulysse sortant vainqueur. La nourrice Euryclée, en lui lavant les pieds, reconnaît une cicatrice sur sa cuisse, une blessure de chasse de sa jeunesse. Ulysse la fait taire, et elle consent à garder son identité secrète. Télémaque ne révèle pas à sa mère qu'Ulysse est revenu, se contentant de lui dire qu'il a été retenu par la nymphe Calypso.
Pénélope, sans reconnaître Ulysse, parle au « mendiant » avec émotion. Elle lui raconte sa ruse : elle a promis d'épouser un prétendant quand elle aurait fini de tisser un linceul pour Laërte, le père d'Ulysse, mais chaque nuit, elle défaisait ce qu'elle avait tissé le jour. La ruse a duré trois ans, jusqu'à ce qu'une servante la trahisse. Pénélope, la femme qui trompe les trompeurs par le tissage, est le double féminin d'Ulysse, aussi rusée que lui. Elle organise une épreuve : elle épousera celui qui pourra bander l'arc d'Ulysse et tirer une flèche à travers douze haches alignées. Les prétendants essaient en vain ; aucun ne peut seulement bander l'arc. Le « mendiant » demande à essayer ; les prétendants rient. Ulysse prend l'arc, le bande sans effort, tire la flèche à travers les douze haches, puis se révèle : « Je suis Ulysse. » Avec Télémaque, Eumée et le bouvier Philoetios, il massacre les cent huit prétendants dans une scène d'une violence terrible. Les servantes infidèles, qui couchaient avec les prétendants, sont pendues.
Pénélope, prudente, refuse de croire que le mendiant est Ulysse ; c'est peut-être un piège des dieux. Elle le teste : elle ordonne à Euryclée de déplacer le lit conjugal. Ulysse s'indigne : « Qui a coupé le tronc d'olivier ? J'ai construit ce lit autour de l'arbre - il est impossible à déplacer ! » Pénélope fond en larmes ; seul Ulysse connaît le secret du lit. Elle le reconnaît enfin. Les retrouvailles ont lieu après vingt ans. Hermès conduit aux enfers les âmes des prétendants massacrés et parallèlement, Ulysse et ses compagnons retrouvent le verger de Laërte, père d'Ulysse. Alors que les parents des prétendants s'apprêtent à combattre Ulysse, Athéna parvient à rétablir la paix. L'ordre est donc définitivement rétabli à Ithaque. Ulysse est rentré. Le voyage est terminé.