Le Kayak Sit-On-Top : Des Racines Ancestrales Inuit à la Modernité des Loisirs Nautiques

Le kayak, avec ses formes variées et ses multiples usages, est une embarcation dont l'histoire est aussi riche que lointaine. De ses origines profondes au cœur de l'Arctique à ses adaptations les plus contemporaines, comme le kayak sit-on-top, son évolution témoigne d'une ingéniosité humaine constante, mue par les besoins de survie, puis par le désir d'exploration et de loisir. Comprendre le kayak sit-on-top, c'est d'abord remonter aux sources de ce qui fut le « qajaq » des Inuit, une création ancestrale dont les principes fondamentaux ont voyagé à travers les âges et les cultures.

Les Racines Arctiques du Kayak : L'Héritage Inuit

L'histoire du kayak commence avec les Inuit, qui sont les inventeurs du « qajaq », le fameux « bateau en peaux » en inuktitut ou Kalaallissiut. Cette embarcation, bien plus qu'un simple moyen de transport, était un pilier de leur survie dans les rudes environnements arctiques. Le kayak était une embarcation monoplace dans laquelle le rameur est assis et utilise une pagaie double. Il était avant tout une embarcation personnelle, construite par et pour le chasseur qui l'utilisait. Chaque embarcation est unique et adaptée à la morphologie du chasseur, garantissant ainsi une efficacité maximale lors des expéditions de chasse. Les principes et règles de construction de ces embarcations se transmettent de génération en génération, soulignant la valeur de ce savoir-faire ancestral.

La conception du « qajaq » était à la fois simple et incroyablement efficace. Le kayak est constitué uniquement de peaux de phoques tendues sur une ossature de bois flotté. Parfois, de petits os de mammifères marins complètent la structure, apportant une rigidité supplémentaire. L'assemblage de ces éléments est assuré par des tenons, des mortaises et des ligatures réalisées à partir de tendons, garantissant à l’ensemble rigidité et souplesse.

La fabrication du kayak était une tâche collective, illustrant la complémentarité des rôles au sein de la société inuit. La fabrication de la structure est le travail de l’homme. Quant à la préparation des peaux et leur assemblage, elles incombent à la femme. De son expertise, de la solidité des coutures et de leur étanchéité dépend l’efficacité du chasseur mais aussi sa survie et celle du groupe. Pour ce travail minutieux, le « ulu », couteau en demi-lune, et les aiguilles en os constituaient l’essentiel de l’incontournable trousse à couture. Pas moins de six grandes peaux sont nécessaires à sa réalisation, démontrant l'ampleur de l'effort requis pour chaque embarcation.

Les origines de ces peuples du froid sont profondément ancrées dans l'histoire des migrations humaines. Ces hommes libres de l’Arctique ont quitté l’Asie voici près de 3000 ans. Chasseurs-cueilleurs nomades, ils ont suivi les troupeaux de caribous dans leurs longues migrations estivales. Par la mer gelée, ils ont franchi le détroit de Béring puis gagné d’île en île l’Alaska, le Canada, la Terre de Baffin et enfin le Groenland. La toundra est devenue leur royaume. De ce long voyage est née une civilisation circumpolaire où le peuple du froid a forgé ses racines et son identité. Ils sont devenus chasseurs-pêcheurs, et ont modélisé une culture originale dont « l’illu » (maison de tourbe ou de glaces), le « qamuttit » (traîneau à chiens) et le « qajaq » (kayak) sont les marqueurs universels. La vie sous ces latitudes reste aléatoire et tributaire des ressources offertes par la toundra, la mer, les rivières, ce qui rendait le kayak essentiel à leur subsistance.

Lire aussi: Record du monde du 100m nage libre : un récit captivant

L'aménagement du kayak inuit était également pensé pour l'efficacité et la survie. Le pont du kayak est aménagé pour recevoir sur sa proue le harpon et son propulseur, un couteau et son étui, ainsi qu'une lance pour chasser les oiseaux. Chaque objet est à portée de main, solidement arrimé. Tout un système de cordage en lanières de peaux et de petits morceaux d’andouillers de caribous percés assure ligne de vie et filet de pont, éléments cruciaux pour la sécurité du chasseur. Sur l’arrière du bateau, une vessie de phoque gonflée constitue une réserve de flottabilité supplémentaire, un ingénieux système pour pallier les risques en pleine mer.

Si la vie arctique a profondément changé ces dernières décennies, ses habitants ont su préserver un savant dosage de modernité et de traditions dans leur vie quotidienne. Ils restent très attachés aux valeurs ancestrales, même si certains aspects de leur mode de vie ont évolué. Les chasseurs-pêcheurs du Groenland, comme tous les peuples du froid, ont souvent privilégié l’usage de la motoneige à celui du traîneau à chiens pour leurs déplacements sur la glace. Toutefois, la pratique du kayak perdure et se développe sous différentes formes, témoignant de sa valeur culturelle et pratique. Au nord de la côte ouest, par exemple, le kayak est encore utilisé pour chasser le narval et le belouga, perpétuant ainsi une tradition millénaire.

Des exemples concrets illustrent cette persistance. Voici dix ans, une rencontre a été faite avec Juanguak, chasseur-pêcheur à Qeqertaq, au nord de la baie de Disko, et ses proches. Régulièrement au printemps, il est rejoint en ski pulka sur ses camps de pêche au « halibut » ou ses postes de chasse au caribou. Juanguak privilégie l’usage du traîneau à chiens pour ses expéditions sur la banquise et à travers la toundra, mais l’été, pour le plaisir, il sort son kayak. Il a construit lui-même son embarcation au club d’Ilulissat, démontrant que la transmission des savoir-faire artisanaux est toujours vivante.

Au-delà de la chasse et du transport, le kayak traditionnel est également au cœur d'activités sportives et compétitives. Un championnat national a vu le jour et regroupe les clubs des grandes villes du Groenland. Nuuk, Ilulissat, Uummannaq, Sisimiut, Qaqortoq, Upernavik, affrontent à la mi-juillet l’élite de la discipline. Le kayak de conception traditionnelle est l’embarcation de référence pour ces compétitions. Les ossatures de bois n’ont pas changé, mais un tissu enduit cousu remplace les traditionnelles peaux de phoques et assure l’étanchéité, illustrant une adaptation des matériaux sans altérer la forme fondamentale. Plusieurs épreuves sont proposées, allant de l'endurance sur un parcours en étoile avec au moins un portage obligatoire sur une traversée d’île, à une épreuve d’habileté à la chasse avec lancé de harpon sur cible, soulignant le lien persistant avec les usages originels.

L'attrait du kayak a dépassé les frontières de l'Arctique pour toucher un public plus large. Dans les années 1980, à l’initiative de passionnés et fondateurs de Grand Nord Grand Large, sont nées les premières expéditions de kayak polaire ouvertes au grand public. Le Groenland en est une destination phare, offrant des expériences uniques. Le kayak est un merveilleux compagnon de voyage, favorisant une immersion respectueuse des espaces traversés et propice à des rencontres fortuites inestimables, permettant une connexion profonde avec la nature et les cultures locales.

Lire aussi: "Le Génocide Voilé": une perspective approfondie

Kayak et Canoë : Distinctions Fondamentales et Confusions Terminologiques

Avant d'aborder les spécificités du kayak sit-on-top, il est crucial de bien différencier le kayak traditionnel de son cousin, le canoë, ainsi que de dissiper les confusions terminologiques fréquentes. Le kayak est un bateau d’origine Inuit, alors que le canoë est l’embarcation utilisée par les Amérindiens. Ces deux embarcations sont radicalement différentes car elles ont vu le jour dans des environnements, des biotopes radicalement distincts, et ont été conçues pour des usages également différents.

Cependant, on remarque bien souvent beaucoup de confusion dans les termes utilisés et dans ce qu'ils désignent. Kayak, canoë… et canoë-kayak sont des appellations qui peuvent prêter à confusion. Sous cette dernière désignation, « canoë-kayak », on trouve un peu tout et n’importe quoi. Il suffit de faire une recherche avec Google, en tapant « canoë » comme mot-clé pour voir apparaître aussi bien des kayaks pontés, que des kayaks SOT, que des canoës. Cependant, au départ, les choses sont claires : il existe deux embarcations distinctes et radicalement différentes.

La principale différence réside dans leur conception structurelle et leur fonctionnalité. Le kayak est une embarcation « fermée », donc étanche, insubmersible. Cela était essentiel pour les eaux glacées de l'Arctique, offrant une protection contre le froid et les vagues. Le kayak n’était pas destiné au transport de matériel et de personnes, il était monoplace. Il était une embarcation personnelle, construite par et pour le chasseur qui l’utilisait, et ajustée à sa taille pour un maximum de manœuvrabilité. Le système fermé du kayak avait l’avantage d’être étanche et insubmersible. Par contre, il était impossible de charger du matériel comme dans un canoë et pas très aisé de monter et de descendre du kayak, ce qui n'était pas son objectif principal.

À l'inverse, le canoë est une embarcation « ouverte », donc non étanche, submersible. Le canoë, lui, pouvait transporter plusieurs personnes ainsi que du matériel, ce qui était fondamental pour les déplacements et le commerce sur les rivières et les lacs des Amériques. Le canoë typique en écorce de bouleau avait une longueur de 6 mètres et pouvait charger jusqu’à 450 kg avec deux ou trois convoyeurs. Le système ouvert du canoë avait l’avantage de pouvoir entreposer beaucoup de matériel très facilement et également de monter et de descendre facilement de l’embarcation. Par contre, le canoë était submersible, ce qui nécessitait une navigation prudente et une aptitude à le vider en cas d'eau.

Un autre élément distinctif concerne la technique de propulsion et la position du pagayeur. Le kayak traditionnel se manie avec une pagaie double et le kayakiste est assis dans l’embarcation. À l’inverse, le canoë se dirige avec une pagaie simple et, traditionnellement, en position à genoux, bien que des variantes assises existent.

Lire aussi: Découverte des Pays de la Loire en canoë

Ces deux types d’embarcation existent encore aujourd’hui et restent très proches, dans leur aspect, dans leur allure générale et dans la façon de les manœuvrer, de leurs lointains ancêtres. Ce qui a surtout changé, c’est le procédé de fabrication et l’utilisation, parfois, de matériaux modernes, mais leur essence fonctionnelle demeure.

Il est important de corriger certaines fausses pistes qui fondent ce qu’on croit savoir sur cette histoire, comme l'idée que le kayak que l’on pratique viendrait d’une imitation directe de l’Arctique pour les loisirs. Certes, les canoës ou les kayaks étaient utilisés comme moyen de transport mais aussi pour la chasse. Le Mémento, un ouvrage de référence, indique que « ce sont le canoë indien et le kayak esquimau qui ont inspiré les premières formes d’embarcations destinées au loisir ». Cependant, l'évolution est plus complexe. On constate que les Français naviguent depuis le milieu du 19ème dans des périssoires, et la périssoire est exclusivement propulsée à la pagaie double. John MacGregor, que le Mémento désigne comme l’inventeur du kayak moderne et l’importateur du sport en France, a rencontré en France des pagayeurs de périssoires lors de son voyage de 1865. Mais cette pratique de la pagaie double n’est pas une imitation de la technique Inuit parce que, jusqu’au 20ème siècle, jamais personne n’a eu l’idée d’imiter les Inuits de manière directe dans la conception de loisirs. John MacGregor a « inventé » le « canoeing », c’est-à-dire le fait de voyager sur les rivières (y compris celles réputées non navigables) à bord d’un petit canot propulsé par une pagaie double. Si on en veut une confirmation, il suffit de regarder les pointes (l’arête supérieure du pont) : elles se relèvent sur les bateaux arctiques alors que tous les kayaks conçus jusque dans les années 80-90 ont les pointes qui baissent, un détail qui trahit des inspirations différentes.

Les premiers canoës de tourisme au 19ème siècle, ceux qu’on appelle les canoës français, sont des bateaux à l’aviron. Les canoës de loisirs tels qu’on les connaît n’arriveront d’Amérique du Nord que dans les premières années du 20ème siècle. Et on ne les utilisera qu’avec une pagaie double (de périssoire) parce que la pagaie simple ne s'était pas imposée pour ces usages. Le terme « kayak » n’est vraiment utilisé, pour le sport, qu’après la maîtrise de l’esquimautage en 1928 en France, où il sera utilisé en imitation des usages sportifs internationaux.

L'Émergence du Kayak Sit-On-Top : Une Innovation Moderne

Avec l’arrivée des touristes en provenance d’Europe du Nord au début des années 50, une nouvelle façon de découvrir les Gorges de l’Ardèche se développe. C'est dans ce contexte d'évolution des loisirs nautiques que le concept du kayak sit-on-top, ou SOT, a commencé à prendre forme, répondant à de nouveaux besoins et usages. Le kayak SOT est une embarcation résolument moderne qui n’a aucun équivalent direct dans le passé. Logiquement, car la construction d’un kayak SOT demande une technologie qui n’existait pas il y a 6 000 ans ou plus.

La particularité fondamentale du kayak sit-on-top est, comme son nom l'indique, la position du pagayeur. Sit On Top, ça veut dire : assis sur le dessus. Le dessus, c’est le pont. On n’est pas assis dans (ou sur) la coque, mais bien au-dessus de celle-ci, ce qui change radicalement l'expérience par rapport à un kayak ponté traditionnel où le pagayeur est assis à l'intérieur du cockpit.

Ce genre d’embarcation semble avoir beaucoup d’avantages, notamment en termes de sécurité et d'accessibilité. Ils sont sécurisants, surtout pour les enfants et les débutants, puisqu’ils ne procurent pas la crainte de rester coincé dans le kayak, ni de difficulté de remonter sur le kayak après un chavirement. Le concept permet au pagayeur solitaire de ne pas redouter les conséquences d’un éventuel chavirage, un point rassurant pour de nombreux utilisateurs. De plus, la facilité à monter et à descendre de l'embarcation est un atout majeur par rapport aux kayaks pontés traditionnels.

Cependant, le développement du kayak sit-on-top n'est pas sans compromis. Mais les SOT restent souvent lourds, peu rapides, peu manœuvrant, et sujets à l’influence du vent. Ce qui est certain, c’est que des marques comme Bic, au moins sur le Bilbao, le Tobago et les Scapa (à moindre mesure) ont joué la carte d’un SOT avec un franc-bord important, le rendant sécurisant et commercial, mais hélas, la prise au vent en devient plus importante. Par exemple, le Tobago de Bic est un sit-on-top non-ponté qui se destine clairement à la balade familiale à la journée. Confortable pour deux adultes et un enfant, sa grande largeur en fait un kayak stable et sécurisant. Le Scapa, également de Bic, est un long SOT et propose un hiloire en plastique dur à rajouter par clip, offrant une flexibilité, si c’est costaud et pas trop compliqué à monter-démonter.

Finalement, l’appellation « kayak » pour les kayaks SOT est souvent considérée comme abusive dans le sens où leur apparence, leur utilisation et leurs performances n’ont pas grand-chose à voir avec les VRAIS kayaks, c’est-à-dire les kayaks pontés. Et on peut d’ailleurs comprendre, à juste titre, que les « kayakistes », ceux qui font du « vrai kayak », soient un peu agacés par cette appellation qui ne se justifie ni par la forme du bateau, ni par la méthode de construction, ni par la position dans l’embarcation, ni par les performances, ni par la maniabilité. Le kayak SOT n’est pas véritablement un kayak, ni véritablement un canoë. Il réunit des caractéristiques propres aux deux types qui font de lui une embarcation d’un genre nouveau, « émergent ». Il aurait fallu lui trouver, lui inventer un nom, qui l’aurait distingué nettement du kayak d’une part, et du canoë d’autre part, puisqu’il n’est, en définitive, ni l’un, ni l’autre. Le yaknoë ? Cette suggestion ludique illustre le besoin d'une terminologie plus précise pour cette catégorie d'embarcations. Les kayaks SOT auraient dû s’appeler « canoë-kayak » si cette appellation n’avait pas été galvaudée et usurpée, quelques années auparavant, avec des embarcations qui ne justifiaient en rien cette dénomination et qui n’étaient, en définitive, que des canoës déguisés en kayak.

Matériaux et Durabilité : Les Défis de la Conception Moderne

L'évolution des matériaux est un aspect central de l'histoire du kayak, particulièrement pour les embarcations modernes comme le sit-on-top. Si les kayaks ancestraux étaient fabriqués à partir de peaux et de bois, la technologie contemporaine a introduit de nouvelles options, chacune avec ses avantages et ses défis, notamment en termes de durabilité et d'impact environnemental.

Le polyéthylène, souvent désigné par « polyéth », est devenu un matériau prédominant dans la fabrication des kayaks de loisir, y compris les SOT. Pour l’avenir du kayak, toutes catégories confondues, le polyéthylène n’a plus à faire la preuve de sa durabilité. Les faits sont là : le polyéthylène nous a déjà dépassé en effectif d’utilisateurs, devenant le matériau de choix pour sa robustesse et sa résilience.

Cependant, l'utilisation massive du plastique soulève des questions concernant son recyclage et son empreinte écologique. Il est pertinent de se demander : nos kayaks en plastoc sont-ils recyclables ? L’idée des matériaux recyclables fait sourire certains car tout ou presque peut être recyclé efficacement si c’était un réel désir. Cette réflexion met en lumière le décalage entre la capacité technique de recyclage et sa mise en œuvre effective.

Face à ces préoccupations, la recherche de matériaux alternatifs est en cours. J’ai entendu sur eaux-vives.org que la fibre de carbone se faisait rare, incitant à explorer d'autres options. Il y a des tests de kayak en fibre de lin, qui est un matériau potentiellement recyclable et plus respectueux de l'environnement. Cependant, la problématique de la recyclabilité n'est pas toujours simple. Le lin est peut-être recyclable, mais ce n’est pas le cas de la résine qui assure la liaison entre les fibres, ce qui complexifie le processus global de recyclage des composites. La transition vers des matériaux plus durables pour les kayaks reste donc un défi technique et industriel.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *