Le Hérisson : Un Champion de la Nage Menacé, Allié Essentiel de Nos Jardins

Tout le monde a un faible pour les hérissons, malgré leurs piquants. Ces petits mammifères nocturnes, reconnaissables à leur corps couvert de piquants à pointes blanches, sont bien plus que de simples créatures attendrissantes : ils constituent de précieux auxiliaires au jardin, participant activement à la biodiversité de nos espaces verts. Pourtant, leur existence est semée d'embûches, faisant d'eux une espèce vulnérable dont la protection dépend grandement de nos actions. Le hérisson est un animal étonnant, doté de capacités insoupçonnées, tel qu'être un excellent nageur, une caractéristique qui, paradoxalement, ne le prémunit pas de tous les dangers liés à l'eau.

Portrait du Hérisson d'Europe : Anatomie, Comportement et Habitats Naturels

Le hérisson, de son nom latin Erinaceus europaeus, se reconnait facilement à ses épines. Ce petit animal ne dépasse pas les 30 cm de long, et son poids oscille entre 400g et 1800g, variant selon l'âge et la saison. Ses épines, au nombre de 8000 pour les hérissons vrais, sont constituées de poils creux et résistants, et possèdent à leur racine un muscle érecteur, aussi appelé muscle arrecteur du poil. Lorsqu'ils se sentent menacés, les hérissons se mettent en boule et dressent leurs épines pour se défendre, un mécanisme de défense efficace contre de nombreux prédateurs. Il existe plus de 20 espèces de hérissons différentes dans le monde, parmi lesquelles les hérissons vrais (Erinaceinae) et les gymnures. Les gymnures, par contraste, ont un pelage sombre dépourvu d’épines, rappelant celui des rats ou des souris, et fuient en cas de danger, n'ayant pas d'arme naturelle pour se défendre.

Les hérissons sont des animaux semi-nocturnes, ce qui signifie qu'ils dorment la majeure partie de la journée et s'alimentent la nuit venue. Ils peuvent vadrouiller pendant des heures, n'hésitant pas à parcourir de longues distances pour trouver de quoi se mettre sous la dent sur un territoire étendu de 3 à 10 hectares, d'où leur besoin de se déplacer de jardin en jardin. Leur vision n’étant pas très bonne, les hérissons s’orientent grâce à leur sens du goût et de l'odorat. Ils possèdent, dans le palais, un organe bien particulier appelé l’organe de Jacobson (organum vomeronasale), du nom du chirurgien danois Ludwig Levin Jacobson. Lorsqu’un hérisson tombe sur quelque chose qu’il ne connaît pas, il le grignote. Il mastique bruyamment pour produire une salive mousseuse, qui atteint alors l’organe de Jacobson. Ce dernier reconnaît la matière inconnue à son odeur et à son goût. Cet organe olfactif permet à ce petit mammifère de faire la différence entre les proies et les objets inertes comme le bois.

C'est un animal solitaire et très territorial, il ne supporte donc pas la concurrence sur son territoire. On le retrouve de plus en plus dans les parcs et jardins des villes, s'adaptant à des environnements de plus en plus anthropisés. Le hérisson est aussi un excellent grimpeur et nageur, et il creuse très facilement pour passer sous les clôtures. Toutefois, il arrive fréquemment qu’il se trouve coincé dans des grillages, ce qui peut lui être fatal. En été, il se déplace souvent, changeant régulièrement d'abris, tandis qu'il hiverne durant les mois d'hiver, se confectionnant un nid de feuilles mortes et d'herbes sèches pour cela. La période idéale pour l'observer actif s'étend de la tombée de la nuit d’avril jusqu’à la fin septembre. Le hérisson est souvent considéré comme une "espèce parapluie", c’est-à-dire que sa répartition et son espace vital sont assez larges pour que sa protection profite à tout l’écosystème, incluant de nombreuses autres espèces comme la fouine, l’écureuil roux et divers insectes.

Un Allié Précieux du Jardinier : Régime Alimentaire et Cycle de Vie

Le hérisson est un omnivore, comme en témoigne sa dentition constituée de 35 dents avec 6 incisives, 2 canines, 6 prémolaires et 6 molaires. Son menu est principalement composé d’insectes et de vers. Il se régale notamment de limaces, d’escargots, de scarabées, de vers de terre, mais aussi, à l'occasion, de fruits et de graines. C’est un précieux auxiliaire du jardinier qui veille sur le jardin potager durant la nuit et en chasse les indésirables, amateurs de légumes. Il limite considérablement la présence et les dégâts des limaces et escargots. Agissant la nuit comme un fidèle gardien du jardin, son alimentation dépend des conditions météorologiques et des saisons. Lorsque les hérissons partent en vadrouille dans les zones habitées, ils n’hésitent pas à se servir dans les gamelles des chats disposées à l’extérieur des maisons.

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Le cycle de vie du hérisson débute avec l'accouplement, qui a lieu entre mai et juin. La période d’accouplement se situe entre avril et août, et la gestation dure entre 30 et 48 jours, soit environ 5 à 6 semaines. La femelle met bas entre un et onze petits par portée, la moyenne étant d’environ quatre à cinq bébés chez les espèces européennes, durant le début de l'été (juin-juillet). Les hérissons naissent aveugles et faibles, mais leurs épines sont encore très souples, afin de ne pas blesser la femelle lors de la mise bas. La mère allaite et s’occupe de ses petits jusqu’à leur sevrage et leur départ du nid, environ 2 mois après la naissance, soit au début de l'automne. C'est alors une véritable course contre la montre pour les jeunes : ils doivent manger suffisamment pour prendre du poids et accumuler les réserves nécessaires à leur survie durant l'hiver. Ce premier hiver est souvent le plus compliqué, et le taux de survie devient malheureusement de plus en plus faible. Les hérissons atteignent leur maturité sexuelle entre 6 et 12 mois environ. Alors que dans les régions froides une seule portée par an est possible, dans les régions plus chaudes, les hérissons peuvent avoir jusqu’à deux portées annuellement.

À l’état sauvage, les hérissons vivent généralement entre deux et huit ans. Lorsqu’ils sont recueillis par des humains et pris en charge, leur espérance de vie est nettement plus longue, pouvant atteindre environ huit ans. Cela s'explique par le fait qu'ils sont moins exposés aux maladies et ont accès à des soins. En effet, dans la nature, les hérissons sont particulièrement vulnérables face aux parasites tels que les tiques et les vers. Certains vers intestinaux peuvent même être mortels pour ce mammifère. Lors des saisons chaudes, les hérissons affaiblis ou blessés sont souvent infestés de mouches bleues et de leurs œufs. Si des asticots en éclosent et continuent de proliférer, l’animal meurt assez rapidement.

Pour savoir si votre jardin abrite un hérisson, plusieurs indices peuvent vous alerter. Ses crottes sont un signe distinctif : déposées au hasard, elles sont cylindriques, mesurant jusqu’à 10 mm de diamètre et 4 cm de long, d’un noir brillant, et contiennent des restes d’insectes et d'élytres. Ses empreintes, laissées dans un sol meuble et humide, ressemblent à de petites mains à 5 doigts, mesurant 2,5 cm de long et de large pour les pattes antérieures et 3 cm pour les membres postérieurs. Enfin, ses bruitages nocturnes, notamment lorsqu'il cherche de la nourriture dans les fourrés ou rencontre ses congénères lors de parades nuptiales ou de disputes, peuvent également signaler sa présence.

Un Animal Protégé face à des Dangers Multiples

Malgré son allure robuste et sa protection naturelle, le hérisson d’Europe est une espèce protégée par la loi depuis le 17 avril 1981, bénéficiant d’un statut de protection réglementé. Selon l'article L. 411-1 du code de l’environnement, sont interdits la destruction ou l’enlèvement des nids, la mutilation, la destruction, la capture, le transport, la détention, la vente ou l’achat de l’animal, sauf pour les spécimens légalement détenus. Pourtant, malgré cette protection légale, le hérisson "ne fait pas de vieux os" : seulement 4 hérissons sur mille atteignent l’âge de 10 ans, et 25% d’entre eux ne survivent pas d’une année sur l’autre. Cette faible espérance de vie est le reflet des nombreux dangers que recèle notre monde modernisé pour ces animaux.

Les causes de mortalité chez le hérisson sont multiples et souvent liées aux activités humaines. L'intoxication par les anti-limaces et autres pesticides représente un péril majeur, agissant directement ou indirectement lorsque le hérisson mange des insectes ou des limaces eux-mêmes empoisonnés. Les collisions routières sont également une cause fréquente de décès, les hérissons étant souvent tués par les voitures en voulant traverser une route. Les dangers aquatiques sont une autre menace significative : malgré qu'il soit un bon nageur, le hérisson peut se noyer après être tombé dans une piscine ou un bassin dont les bords sont abrupts et l'empêchent de pouvoir en sortir. Il s'épuise alors à essayer de sortir de l'eau. Lydia Bourdeau, responsable d'un centre de soins de la faune sauvage, confirme que les piscines peuvent être fatales pour les animaux et a déjà récupéré plusieurs hérissons rescapés de noyade. Elle souligne que les bâches de piscine sont encore pires, car les hérissons peuvent rester coincés en dessous.

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L'arsenal de jardinage représente également de grands risques. Les machines du jardin telles que la débroussailleuse et la tondeuse sont responsables de blessures graves, voire mortelles. Comme le déplore Lydia Bourdeau, laisser tout en friche pendant des mois puis débroussailler "d'un coup de l'herbe qui arrive au genou pour en faire un parcours de golf… C'est trop brutal !" Elle a recueilli un hérisson estropié par une débroussailleuse et un autre avec une cuisse à vif. Les derniers engins à la mode, les robots tondeuses, broient malheureusement les bébés hérissons, à tel point que leur usage est interdit la nuit dans les pays du Nord pour protéger ces mammifères nocturnes. Les cavités profondes sont un autre piège, car le hérisson peut mourir d’épuisement et de faim en se retrouvant coincé dans un fossé, un filet de culture ou autre piège. Le feu est aussi un danger, car ils se retrouvent souvent piégés sous des tas de feuilles en feu à l’automne.

Les déchets abandonnés, tels que les sacs plastiques, les anneaux ou les gobelets, sont autant de pièges mortels qui peuvent les étouffer. Les hérissons sont également attaqués par les animaux domestiques, notamment les chiens non tenus en laisse et les chats. Par ailleurs, les humains s’approprient de plus en plus l’habitat des animaux sauvages, goudronnant le sol et construisant des maisons, ce qui réduit considérablement les espaces verts dont dépendent ces petits mammifères à épines. L’utilisation d’insecticides dans les jardins amoindrit et empoisonne les sources de nourriture des hérissons, qui ont de plus en plus de mal à s’alimenter. Enfin, des facteurs climatiques comme une vague de froid ou le vent peuvent fragiliser hérissons et oisillons. Lydia Bourdeau insiste : "Le principal prédateur de la faune sauvage, c'est encore et toujours nous !"

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