Halima Aden : La Controverse du Voile et l'Évolution de la Mode

Halima Aden, une jeune Américano-Somalienne, a marqué l'histoire de la mode en tant que mannequin voilée. Son parcours, depuis un camp de réfugiés au Kenya jusqu'aux podiums internationaux, suscite à la fois l'admiration et la controverse. Son choix de porter le voile, symbole religieux fort, a ouvert un débat passionné sur la place de la religion dans la mode et la société.

Un Parcours Singulier

Halima Aden est originaire de Somalie et est devenue citoyenne américaine à l'âge de 13 ans, un événement qu'elle décrit comme l'un des plus beaux jours de sa vie, synonyme de liberté. Son parcours atypique débute dans un camp de réfugiés au Kenya. Elle est ensuite repérée par l'agence IMG, qui lui propose de rejoindre son prestigieux "board", habituellement réservé aux stars hollywoodiennes. Cette proposition marque un tournant dans sa vie.

Kanye West l'a choisie pour son défilé automne-hiver 2017-2018, intitulé Yeezy season 5. Elle y est apparue sur le podium avec un hijab et un long manteau de fourrure. Halima Aden participe en novembre dernier à l'élection de Miss USA Minnesota en défilant notamment en burkini. Suite à cette prestation elle est approchée par l'agence de mannequins, avec qui elle accepte de collaborer, tout en posant ses conditions. Le président d'IMG, Ivan Bart a d'ailleurs déclaré à son sujet : "Nous verrons comment l'industrie va réagir à Halima, en essayant de travailler avec ces restrictions, ou pas. Castée pour le défilé du rappeur et toujours apprenti créateur Kanye West, son passage a été remarqué.

L'Ascension d'une Mannequin Engagée

Halima Aden n'a que 22 ans et pourtant, elle marque déjà l’histoire de la mode. La mannequin de nationalité somalienne-américaine est la première femme noire à faire la couverture d’Essence Magazine. Le mensuel américain, magazine phare de la communauté afro-américaine, n’avait jamais mis de model noire en hijab en couverture. Née dans un camp de réfugiés au Kenya, Halima Aden milite pour plus de diversité dans le milieu de la mode. Son combat : lutter contre l’islamophobie. La jeune femme était déjà la première mannequin en hijab à avoir fait la couverture de Vogue UK et « Sports Illustrated ».

Son engagement ne se limite pas à sa présence sur les podiums. Elle souhaite véhiculer un message positif sur la beauté et la diversité, et montrer aux autres jeunes femmes musulmanes qu'il y a de la place pour elles. Carine Roitfeld l'a fait poser, portant son voile, dans sa revue CR Fashion Book.

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Halima Aden a défilé en hijab chez Alberta Ferretti et Max Mara à la Fashion Week de Milan. Son apparition sur les podiums a été perçue comme un signe de liberté et non comme une soumission. Elle pratique sa religion avec ferveur et respect, et souhaite continuer à porter le voile, même si cela déplaît à certains.

La Polémique du Voile

L'apparition d'Halima Aden voilée lors de la Fashion Week Milanaise a suscité des réactions contrastées. Certains y voient une provocation, tandis que d'autres la considèrent comme un signe de liberté et une contribution à la lutte contre l'islamophobie. Dans un pays qui revendique sa laïcité, il est aisé d'imaginer la levée de boucliers que provoquerait l'irruption dans un défilé de mode d'un signe extérieur de religion aussi controversé que le hijab.

La question du voile est particulièrement sensible en France, où il est souvent perçu comme un symbole d'oppression de la femme. Le débat s'étend au-delà du simple vêtement, touchant à des questions d'identité, de laïcité et de vivre-ensemble.

Les premiers pas d'Halima Aden sur la scène mode surviennent en effet dans un contexte particulier. Depuis plusieurs mois, les marques anglo-saxonnes sont obsédées par le principe d'inclusivity, que l'on pourrait traduire par une quête d'universalité. Elles souhaitent s'adresser à tout le monde, faire en sorte qu'aucune minorité, qu'elle soit sexuelle, ethnique, religieuse ou morphologique, ne soit laissée de côté. Pourquoi les musulmanes qui portent le voile n'auraient-elles pas le droit d'être représentées dans la mode, au même titre que d'autres minorités? Pour une marque internationale (et les défilés parisiens sont de portée mondiale), ces consommatrices peuvent même représenter un marché important.

Le Burkini : Une autre source de controverse

Le burkini, version musulmane du bikini, est également source de controverse. Couvrant tout le corps mais laissant le visage apparent, il est censé concilier sports nautiques et croyance religieuse musulmane. Son interdiction soulève des accusations d'islamophobie.

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La France n'est pas le seul pays où le burkini fait polémique.

Halima Aden : Un Symbole de Diversité ?

Halima Aden se dit "fière de représenter les femmes musulmanes dans la mode." Elle a déclaré dans une interview à Business of Fashion "Je veux véhiculer un message positif sur la beauté et la diversité. Et montrer aux autres jeunes femmes musulmanes qu'il y a de la place pour elles."

Avec Halima Aden, les marques qui défilent à Paris ont l'opportunité de démontrer qu'elles s'adressent à toutes les femmes, quelle que soit leur religion. "J'ignorais qu'une femme portant un hijab pouvait être mannequin, expliquait-elle au Telegraph le 15 février. Je n'ai pas grandi en voyant des femmes me ressemblant dans les magazines ou à la télé et c'est comme si je n'avais pas de place dans le monde de la mode. Je suis honorée de faire partie de ce changement."

Halima Aden, une jeune américaine d’origine somalienne, a paradé au concours de Miss Minnesota en hijab et burkini. « Les gens qui font des mauvaises choses ne représentent pas la totalité d’un groupe. J’ai le sentiment d’être là pour bousculer ces idées reçues et les stéréotypes sur les femmes musulmanes », a expliqué la candidate à Miss USA à ABC 7.

Le combat d’Halima était ailleurs. « Ne pas voir de femmes qui te ressemblent dans les médias et surtout dans les concours de beauté te renvoie le message que tu n’es pas belle ou que tu dois changer ton apparence pour être considérée comme tel », a précisé la jeune femme.

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Évolution des Mentalités et Inclusivité

Les mentalités changent, on dirait ! C’est lors du concours de beauté Miss Usa, que Halima Aden commence à faire parler d’elle. C’est la première femme vêtue d’un hijab à se présenter à une telle élection. A l’heure où ce pays est en plein bouleversement avec un président idiot fraichement élu, et sa polémique autour du Muslim Ban, la jeune fille revendique le fait, de ‘vouloir bousculer les idées reçues sur les femmes musulmanes’, ainsi que ses positions sur l’idée que « les gens qui font des mauvaises choses ne représente pas la totalité d’un groupe« .

Le comité d’organisation s’est toutefois montré « fier d’être à l’avant-garde de la (représentation) de la diversité de la beauté ». Il est vrai que cette année le comité Miss America semble se montrer plus ouvert.

Le Marché de la Mode "Modeste"

Aux États-Unis, c'est une classe bourgeoise de consommatrices qui, affichant clairement son attachement à l'islam, a permis le développement du « modest wear ». On ne saurait accuser ces entreprises de prosélytisme en faveur de l'islam : elles capitalisent avant tout sur une croissance annoncée d'un marché de plus en plus large. D'après Thomson Reuters et son rapport « State of Global Islamic Economy 2014-2015 », ce marché était de 266 milliards de dollars en 2013 et devrait atteindre les 484 milliards de dollars d'ici à 2019.

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