La trajectoire d'un athlète hors norme
Le sport a longtemps été le socle de l’existence de Guillaume Toucoullet avant qu’un accident de moto en 2006 ne le prive de l’usage de son bras gauche. Ce basque, natif de Bayonne, n’a pourtant jamais cessé de se définir à travers l’effort physique. La détermination dont il fait preuve est indissociable de sa capacité à réinventer son rapport au corps. Après cet accident, il a dû faire face à un processus de reconstruction physique intense : malgré six opérations et un travail de kinésithérapie d’une année au centre de Lamalou à Montpellier, il a dû se résoudre à vivre avec une paralysie du bras gauche.
Le sport est devenu son exutoire principal. Il reprend l’aviron douze mois seulement après sa blessure, sur les conseils d’un ami : « Je m’y suis mis à fond, ça m’a permis d’extérioriser toutes les douleurs que j’avais. » Cette reprise rapide marque le début d’un parcours de haut niveau en para aviron.
L’aviron : une première vie de compétiteur
L’appel de la compétition s’est rapidement fait sentir dans le monde de l’aviron. Il intègre l’équipe de France, où il évolue notamment dans un quatre avec barreur. Ses performances lui permettent de décrocher trois titres de champion de France. Il qualifiera même son bateau pour les Jeux Olympiques de Rio, une étape majeure, bien qu'il ne participe pas à l'événement final. Cette période de sa vie est caractérisée par une exigence physique constante et une intégration réussie dans le collectif national. Pour lui, l'aviron était bien plus qu'une simple pratique sportive ; c'était un moyen de combler le vide laissé par son accident et de se reconstruire une identité d'athlète de haut niveau.
La découverte fortuite du tir à l’arc
L’aviron finit par laisser un vide qu’il faut combler. Au hasard d’un forum des associations, on lui propose de s’essayer au tir à l’arc en tirant avec la bouche. Habitué à la dépense énergétique de l’aviron, le basque est dans un premier temps persuadé que ce n’est pas un « vrai sport », mais tente quand même l’expérience. C’est la révélation. Quatre mois après ses débuts en octobre 2017, il participe aux Championnats de France handisport, où il termine troisième.
Sans l’aide de son bras gauche, Guillaume tire la corde avec sa bouche. Cette adaptation technique est le fruit d’un travail acharné. Il rencontre rapidement son premier entraîneur, Tony Sini, qui l’aidera beaucoup dans son tir à devenir l’athlète qu’il est aujourd’hui. Ce sport devient rapidement une passion dévorante. Dès la deuxième année, il enchaîne les titres nationaux dans la catégorie « Open arc classique ». En 2018, il décroche le titre national en extérieur et en intérieur.
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Performance technique et adaptation du matériel
L’arc de Guillaume Toucoullet s’adapte, lui aussi. Il l’a transformé pour être plus performant et ne rien laisser au hasard. Lors de sa progression vers le haut niveau, il intègre l’équipe de France en 2019. Ses débuts sont marqués par une nécessité d’apprentissage rapide concernant la technique et les réglages du matériel.
Aux Jeux Paralympiques de Tokyo en 2021, il rencontre des difficultés avec un équipement qui ne convenait pas parfaitement à sa pratique, ce qui le pousse à refaire ses réglages et à ajuster son arc en raison de casses récurrentes. Cette période est formatrice. Il déclare : « Je suis arrivé sur ce Championnat du Monde en étant très heureux d’avoir trouvé ce qui me convenait et qui m’a permis d’arriver là-bas sans trop de pression avec pour seul objectif d’aller le plus loin possible. » Aujourd’hui, il trouve dans le tir à l’arc une dépense physique bien différente de celle de l’aviron, mais tout aussi exigeante : « Après une journée de tir à l’arc, je suis vidé. Je n’ai pas de courbature, car le cerveau ne peut pas en avoir, mais ça demande une telle concentration et régularité que c’est épuisant. »
Équilibre physique et mental
Pour compenser le manque de dépense énergétique par rapport à l’aviron, une lacune qu'il a perçue au début de sa pratique, il intègre d’autres disciplines dans son quotidien. Il pratique le vélo, la course, la randonnée et la musculation pour maintenir une bonne condition physique. Ces sports apportent au tir à l’arc une base solide, mais surtout un travail cardio indispensable pour rester détendu devant la cible. Chargé d’études chez « Enedis », Guillaume s’entraîne rigoureusement : quatre fois par semaine en tir à l’arc et trois fois pour la préparation physique.
Son rapport au corps a radicalement changé. Là où l’aviron imposait une force brute, le tir à l’arc impose une gestion mentale et une régularité de fer. Le tir à l’arc l’épuise, mais il le calme également. Cette maîtrise de soi est le fruit d'un travail collectif. Il appartient à deux clubs : Handisport Pays Basque et les Archers de la Humade, bénéficiant du soutien de deux présidents de clubs très présents.
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