Le paysage culturel tourangeau est le théâtre d’un conflit qui dépasse largement le cadre des planches. Au centre de cette tourmente, le Plessis Théâtre, dirigé par le truculent José Manuel Cano Lopez, se retrouve engagé dans un bras de fer avec la mairie de Tours. L’enjeu n’est rien de moins que l’avenir de cette structure emblématique, occupée par la compagnie depuis 1998 et désormais menacée d’expulsion. Pourtant, face à cette incertitude, la compagnie ne cède pas à la panique. Elle a choisi la résilience, lançant sa 30e saison comme si de rien n’était, portée par une conviction profonde : celle de la légitimité d’un travail artistique qui tisse des liens étroits avec la population.
La rupture du dialogue et le paradoxe des projets culturels
Entre la Ville de Tours et José Manuel Cano Lopez l’incompréhension est à son comble. Alors que le maire de Tours nous confirmait lors de notre entretien la semaine passée, la décision de ne pas renouveler à la fin de l’année, la convention qui lie la compagnie Cano Lopez à la Ville de Tours, le directeur de la compagnie ne comprend toujours pas cette volonté municipale : « Si encore leur projet culturel ne correspondait pas à ce qu’on fait, mais ce n’est même pas le cas ».
José Manuel Cano Lopez ne se contente pas d’invectives ; il base son argumentation sur une comparaison structurelle minutieuse. Il souligne les similitudes troublantes entre le travail historique du Plessis Théâtre et les nouvelles orientations présentées le 21 septembre dernier par Christine Beuzelin. « Madame Beuzelin parle d’accompagner les jeunes artistes en voie de professionnalisation, nous accueillons 22 équipes émergentes. L’adjointe parle de missions orientées en faveur des publics éloignés, nous accueillons des ateliers permanents à destinations de public en situation de handicap mental. Le projet culturel de la Ville parle de favoriser les résidences de création, nous sommes ceux qui en accueillons le plus à l’année ».
Ces constats, multipliés par une dizaine d’exemples concrets, laissent le directeur avec une amertume palpable : « Et dire qu’il n’y a eu aucune mention de notre travail, ni de notre existence, lors de cette présentation. C’est comme si nous étions rayés de la carte ». Pour Cano Lopez, l’omission n’est pas un oubli administratif, mais une négation symbolique de deux décennies d’ancrage territorial.
Une saison sous le signe de la résistance
Malgré les menaces d’expulsion, la Compagnie Cano Lopez a donc lancé sa trentième saison comme si aucune menace ne pesait sur elle. Les formations ont repris, les ateliers également. Les artistes en résidence sont présents et la programmation culturelle s’annonce riche avec entre autres les créations « Gretel et Hansel » de Suzanne Lebeau et « En attendant le Petit Poucet » de Philippe Dorin, la sortie de résidence du spectacle « Même pas peur » de la Compagnie Rag Bag ou encore le rendez-vous « Cinq jours pour continuer à rêver » regroupant des concerts, des performances, du théâtre ou du cinéma. Un évènement qui se tiendra du 03 au 07 novembre au Plessis et à la Pléiade.
Lire aussi: Costa Rica : Explorer Caño Negro loin de la foule
Au delà du premier trimestre de cette saison, l’inconnue reste de mise en revanche pour les occupants du Plessis Théâtre. « Nous n’avons toujours pas d’avis officiel de départ alors que nous sommes censés quitter les lieux dans deux mois et demi » pointe même José Manuel Cano Lopez. Le flou est total, alimenté par des motifs techniques opaques. « La seule chose que l’on sait c’est qu’un bureau de contrôle pour les niveaux de sécurité et la protection incendie doit venir le 21 octobre. Ces deux points ont déjà été contrôlés et validés dans l’année ». En conférence de presse le mois dernier, Christine Beuzelin avait néanmoins concédé attendre les résultats de ce bureau pour se prononcer définitivement sur l’avenir des lieux.
Le choc des postures au Conseil Municipal
Le conflit a fini par atteindre l’enceinte du Conseil Municipal. Lors d’une interpellation de Jean-Patrick Gille, la position de la municipalité s’est durcie. Répondant au député de Tours, qui demandait de repousser l’échéance pour que la saison en cours se termine sereinement, Christine Beuzelin a marqué une rupture nette : « En lançant sa saison, la compagnie Cano Lopez met la ville devant le fait accompli et trompe son public ».
De son côté, José Manuel Cano Lopez ne dévie pas de sa demande initiale : « Ce que je demande à la mairie c’est la signature d’une convention provisoire en attendant de trouver une solution commune ». Pour le directeur du Plessis Théâtre, cette décision est avant tout politique : « Ils veulent simplement la mort de cette compagnie, je ne peux pas accepter cela sans rien dire ». La situation est bloquée, les deux parties campant sur des positions inconciliables, alors que le public et les artistes se retrouvent au milieu d’un échiquier politique qui semble ignorer la réalité de la création théâtrale sur le terrain.
Lire aussi: Peintre Baroque Espagnol : Alonso Cano
Lire aussi: Pedro Cano : un artiste à explorer