L'univers de la mode est souvent inévitablement voué à l’éphémère, un cycle incessant de tendances qui naissent et disparaissent. Pourtant, certaines marques parviennent à se distinguer, non seulement par leur esthétique, mais aussi par la profondeur de leur récit et l'authenticité de leur démarche. G.Kero incarne précisément cette singularité. Fondé par Marguerite et Philippe Bartherotte, ce label parisien au cœur ancré au Cap Ferret a su, dès ses débuts, transmettre une vision unique de la dolce vita, empreinte d'une désinvolture chic et d'une joie de vivre contagieuse. Leurs créations, loin d'être de simples vêtements, racontent une histoire, celle d'une rencontre passionnante entre l'art, la mode et un mode de vie intrinsèquement lié à l'océan.
Les Racines G.Kero : L'Esprit du Cap Ferret et la Dolce Vita
L'histoire de G.Kero prend ses racines dans un lieu emblématique : la Presqu'île du Ferret. C'est précisément à la Pointe, au cœur des mythiques 44 hectares, face à la majestueuse Dune du Pilat, que l'univers G.Kero a commencé à prendre forme. Cette origine géographique n'est pas anodine ; elle insuffle à la marque une atmosphère particulière, celle d'une douceur de vivre toute en décontraction, caractéristique de cette région prisée. Marguerite et Philippe Bartherotte, originaires de ce coin de paradis, ont su traduire cette essence dans leurs collections. Leur mode est l’expression même d’une élégance décontractée, avec des coupes classiques que subliment des illustrations à la délicatesse solaire, comme autant de fenêtres ouvertes sur l'été et ses lumières. La famille Bartherotte elle-même est décrite comme une « tribu éclectique », à la fois « people, mode et roots », un mélange d'influences qui transparaît dans l'identité de la marque.
Dans cet environnement où l'océan est omniprésent, l'influence du surf est fondamentale, mais elle est envisagée sous un angle philosophique plutôt que purement sportif. Pour G.Kero, le surf ne serait ni un sport, ni un loisir, mais bien une manière de s’exprimer, une philosophie de vie. Chaque vague, chaque instant passé sur l'eau ou au bord de l'océan, semble inspirer une nouvelle création, nourrissant ainsi le processus artistique de Marguerite Bartherotte. Cette connexion profonde avec la nature et cette approche du surf comme forme d'expression façonnent l'esthétique et l'esprit du label, offrant à ceux qui portent G.Kero une part de cette liberté et de cette authenticité du Cap Ferret. C'est l'essence même d'une vie rythmée par les éléments naturels, une invitation à ralentir et à savourer la beauté simple des choses, capturée dans le tissu et les motifs.
Marguerite Bartherotte : De l'Artiste Peintre à la Créatrice de Mode
Au cœur de l'identité artistique de G.Kero se trouve Marguerite Bartherotte, dont le parcours est une exploration fascinante des frontières entre l'art et la mode. À ses débuts, Mlle Marguerite était une artiste peintre dédiée, puisant son inspiration dans des sujets variés et personnels : les animaux, les stars du rock, les paysages qui l'entourent. Son passage par l'École de La Cambre, institution reconnue pour son excellence artistique, a sans aucun doute affûté son œil et sa technique. Cette période de pratique intensive de la peinture a été formatrice, mais Marguerite a fini par ressentir une certaine pesanteur dans cette discipline. « La peinture est une discipline lourde et sérieuse : quand on peint un tableau on est en proie au doute, face à soi, c'est vertigineux ! » confie-t-elle. Ce sentiment, mêlé à une soif de légèreté et d'interaction, l'a conduite vers une rencontre décisive avec la mode.
Cette transition vers la mode n'est pas le fruit d'une stratégie commerciale, mais d'une impulsion ludique et personnelle. L'idée de peindre sur des tee-shirts destinés principalement aux garçons, mais aussi portés par les filles, est née de manière organique. Un moment clé fut en 2007, lorsque son frère Philippe, en voyage à Rio de Janeiro, cherchait un tee-shirt original et ne trouvait que des clichés stéréotypés. Il demanda alors à Marguerite de lui dessiner « une jolie fille avec les seins nus », motif qu'il fit sérigraphier. Cette anecdote, sur fond d'été brésilien pour Philippe et d'hiver bruxellois pour Marguerite, alors « dans [son] école d’art, il pleuvait, et [elle] s’ennuyait », fut le déclic. « Je me suis dit pourquoi pas peindre sur des t-shirts ? » se souvient-elle. Pour Marguerite, peindre sur les tee-shirts de ses amis était tout simplement « plus marrant que dessiner des croquis dans un carnet. » Elle perçoit une distinction fondamentale entre sa démarche et celle de l'industrie traditionnelle : « Il n'y a pas de peintres dans ce milieu, il y a des modeux qui s'inspirent de la peinture, qui prennent et collent partout ce qui a déjà été fait. On n'est pas dans la même démarche ! » Cette perspective met en lumière la singularité de G.Kero, où l'art est l'origine et non une simple inspiration dérivée. La mode, pour elle, représente une forme d'expression plus chaleureuse et moins introspective : « la mode c'est beaucoup plus léger, on est tourné vers l'autre, on s'applique à le faire beau. Si on a longtemps dessiné pour les murs, dessiner pour quelqu'un est beaucoup plus chaleureux ! »
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Son processus créatif est profondément instinctif et lié aux cycles de la vie et de la nature. Elle se nourrit des saisons : « Je marche sous les sapins au milieu des ours en hiver et dans la mer bleue en été. Je sors beaucoup dans la rue. » Pour elle, « la création est une réaction épidermique, une émotion plus qu'un projet. » Si elle dessine une collection d'été, son souhait est qu'« on se sente en été en la regardant. Les saisons [l']inspirent avec tout ce qu'elles aspirent sur leurs passages ! » Cela témoigne d'une approche non intellectuelle mais viscérale de la création, où l'art est le reflet direct de ses expériences et de ses émotions.
G.Kero : Une Marque, une Histoire, une Identité Unique
Le nom même de la marque, G.Kero, est le fruit d'une anecdote personnelle et reflète l'esprit décalé et authentique qui l'anime. Marguerite Bartherotte explique que « G.Kero c’est un surnom que m’a donné un de mes frères. Il m’a vue chanter sur scène dans un bar et il m’a dit on « dirait Gisèle Kérozène ». » Elle précise l'origine de cette référence : « Gisèle Kérozène, c’est une sorcière dans le court métrage éponyme de Jan Kounen. C’est un court-métrage très drôle où des sorcières font la course sur des ballets volants en se tapant dessus. C’est assez punk, il y a du sang, mais on n'y croit pas donc ça fait pas peur. C’est assez cartoonesque finalement. » Ayant apprécié cette référence, Marguerite a d'abord appelé son groupe de musique « Gisèle Kérozène », puis, lorsqu'elle a commencé à peindre sur des tee-shirts, elle a signé « G.Kero » parce que « c’était trop long de signer Gisèle Kérosène. » Ce nom, loin d'être un choix marketing calculé, est donc un clin d'œil à son passé artistique et à un imaginaire libre et un peu rebelle, résolument punk et cartoonesque.
L'une des pierres angulaires de la philosophie de G.Kero est la notion d'originalité, comprise dans son sens le plus profond. La marque souligne que « lorsqu’on parle d’originalité, on entend souvent ‘qui se distingue du commun, qui sort de l’ordinaire.’ Mais le mot a également une définition plus profonde et moins connue : ‘qui émane directement de son auteur ou de sa source, qui n’est pas une copie, une reproduction, une traduction, une refonte, une réinterprétation…’ » Les pièces et les dessins de G.Kero sont originaux dans ces deux acceptions. Depuis 2011, tous les dessins de la marque « G.Kero » sont créés par l'artiste Marguerite Bartherotte alias « G.Kero ». Cela garantit que G.Kero n’est pas une marque d’imprimés impersonnels et anonymes ; chaque motif est une expression directe de la main et de l'esprit de sa créatrice.
Cette authenticité est le reflet d'une vision plus large, qui met la beauté et l'harmonie au centre. « Nous voulons promouvoir l'indépendance et la curiosité, un monde où l'argent n'est pas au centre de tout, mais plutôt la beauté et l'harmonie, » affirme la marque. G. Kero respire la joie de vivre, la bohème, avec une vraie légèreté un peu désinvolte. Cette philosophie se traduit par une ouverture et une universalité des créations. Les personnes qui portent G.Kero sont celles qui « flash sur les dessins. » Qu'il s'agisse de personnes de « 99 ans, 10 ans, bien portant ou pas, beau gosse ou pas, le dessin est un alphabet universel qui réunit et qui rend tout le monde beau. » Marguerite recherche l’harmonie, et ses dessins sont le fruit d'une pratique de longue date, sans calcul pour satisfaire les différences. Il s'agit de construire quelque chose qui restera, une démarche rassurante face à l'éphémère : « On construit quelque chose qui restera après nous et savoir qu’on fait ça, c’est hyper rassurant. »
L'Art au Cœur de la Mode : Le Processus Créatif de G.Kero
Le processus de création chez G.Kero est une synergie entre l'impulsion artistique de Marguerite et l'organisation pragmatique de Philippe. Marguerite dessine les collections dans son atelier au Cap-Ferret, ou parfois « chez des amis », s'inscrivant ainsi dans une démarche de création libre et nomade, loin des contraintes des bureaux de style traditionnels. Son approche est celle d'une artiste qui laisse son inspiration guider son pinceau, capturant des émotions et des paysages qui se transforment en motifs. La marque s'est développée autour des dessins de Marguerite, ce qui souligne combien la mode, au-delà d'embellir, est d'abord un support narratif. Le temps du porteur rejoint celui du créateur, pour une conversation des plus passionnantes, et sans doute jamais vraiment élucidée, entre l'œuvre et celui qui la porte.
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Le rôle de son frère Philippe est essentiel pour donner corps à ces créations artistiques. Marguerite décrit leur collaboration de manière poétique : « Philippe se lève très tôt et moi je me couche très tard. Je dessine, il met tout ça en musique. Il est le capitaine je suis le vent. » Cette image illustre la complémentarité de leurs rôles : l'un est l'élan créatif, l'autre la structure qui permet à cet élan de se concrétiser et de naviguer dans le monde de l'entreprise.
Dès 2012, avec la création formelle de la marque G Kero, une première collection a rapidement été élaborée, allant au-delà des simples tee-shirts pour inclure des chemises, des jupes et des kimonos. Ces pièces, conçues pour être des toiles mouvantes, sont rehaussées des illustrations joyeuses aux couleurs acidulées de la créatrice du Cap Ferret. L'esthétique de G.Kero est caractérisée par la « délicatesse solaire » des dessins, un élément clé qui évoque l'esprit estival et la légèreté. L'idée que chaque vague inspirerait une nouvelle création souligne la fluidité et le renouvellement constant de l'inspiration, puisée directement de l'environnement maritime qui a vu naître la marque.
Collaborations et Expressions Élargies
L'attrait des dessins estivaux de Marguerite Bartherotte a dépassé les frontières du label G.Kero pour séduire d'autres acteurs de la mode. La marque parisienne Sœur, par exemple, est « tombée sous le charme » de ces créations et s'est associée à G.Kero pour la première fois. Ensemble, elles ont signé une ligne d’essentiels qui sent bon l’été, une collection capsule à l’esprit surf signature de la côte Atlantique. Au programme de cette collaboration, on retrouvait des t-shirts, des vestes en denim et des foulards en soie, tous frappés des illustrations joyeuses aux couleurs acidulées de Marguerite. Cette alliance témoigne de la reconnaissance de la patte artistique de G.Kero et de sa capacité à insuffler une âme particulière à des pièces classiques.
Mais l'expression de l'art de G.Kero ne se limite pas aux vêtements. Pour compléter son vestiaire d’essentiels, la marque a également apposé ses dessins sur une sélection de planches de surf ultra exclusives. Ces œuvres d'art fonctionnelles ont été sculptées par Jules Viard, du label Soft Violence. Cette extension vers des objets emblématiques de la culture surf renforce la connexion intrinsèque de la marque avec l'univers maritime et la "manière de s'exprimer" qu'est le surf. Elle démontre également la polyvalence des illustrations de Marguerite, capables de transcender le médium textile pour s'exprimer sur des supports variés, transformant des planches de surf en véritables pièces de collection. Ces collaborations illustrent la volonté de G.Kero d'explorer différentes facettes de l'art et du design, tout en restant fidèle à son essence créative.
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