Le foil, longtemps resté une curiosité technique confinée aux laboratoires de recherche et aux projets militaires, s’est imposé en quelques décennies comme le moteur d’une transformation radicale du paysage nautique. Plus de 150 ans après l’expérience de Thomas Moy qui a fait voler un canot à foils tracté par un cheval sur un canal en Angleterre, l’industrie motonautique commence à s’intéresser sérieusement à cette technologie. Longtemps délaissé par les grands chantiers, le foil serait sur le point de faire son entrée sur la scène motonautique grâce à une poignée de startupers issus de la voile de compétition.
Définition et fonctionnement des plans porteurs
Un foil est un appendice immergé et fixé sous la coque d'un bateau. Lorsqu'un bateau atteint une certaine vitesse, les foils grâce à leur profil semblable à une aile d’avion créent une portance suffisante pour soulever la coque hors de l'eau, réduisant ainsi la surface de contact avec l’eau et la traînée et augmentant la vitesse. Cette portance est générée par la différence de pression entre le dessus et le dessous du foil, similaire au fonctionnement des ailes d'un avion.
Les foils sont souvent construits à partir de matériaux composites comme la fibre de carbone pour offrir une combinaison optimale de légèreté et de résistance. Le fonctionnement des foils repose sur les principes de l'hydrodynamique. Lorsque le bateau accélère, l'eau s'écoule sur le profil incurvé du foil, générant une portance. Cette portance soulève le bateau, réduisant le contact avec l'eau et donc la résistance. Les systèmes de stabilisation active utilisent des capteurs et des contrôleurs pour modifier en temps réel l'angle des foils, garantissant une portance et une stabilité optimales dans diverses conditions de navigation.
Une genèse entre expérimentation et compétition
Les premières expérimentations avec un foil ou plusieurs remontent au début du 20ème siècle. Des pionniers comme Éric Tabarly ont été parmi les premiers à expérimenter avec les foils pour améliorer les performances des voiliers et réduire la surface de contact avec l’eau. En 1964, l'ingénieur américain Alexander Graham Bell et son assistant Frederick W. Baldwin ont développé le HD-4, un hydroptère capable d'atteindre des vitesses impressionnantes grâce à l'utilisation de foils.
Pourtant, faute d’une maîtrise suffisante des technologies de régulation et de construction composite, la diffusion du foiling a été stoppée nette avant de reprendre il y a une dizaine d’années sous l’impulsion du monde vélique et de quelques start-up. Hydros Innovations, aujourd’hui propriété du groupe dubaïote Enata Industries, ou encore l’entreprise française Seair sont les fers de lance de la diffusion de cette technologie dans l’industrie motonautique. Le Pegasus-class hydrofoil, mis au point par l’US Navy dans les années 70, pouvait atteindre les 48 nœuds en vol, mais faute de succès commercial et technique à l'époque, il fut démantelé définitivement en 1993.
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Le transfert de savoir-faire : de la voile au moteur
Pour Jérémie Lagarrigue, Directeur Innovations chez Enata et fondateur d’Hydros, « Le foiling a pris un nouvel essor avec la voile, car il répondait à une problématique sportive. La compétition a prouvé que le système fonctionnait ». Après de multiples succès et records de vitesse avec l’Hydroptère, et deux participations à des campagnes d’America’s Cup, l’entrepreneur s’est pris à rêver d’appliquer ses connaissances au motonautisme. « Grâce au foiling, on peut améliorer le confort et l’efficience énergétique des bateaux », souligne-t-il.
La compétition a été le véritable moteur de cette mutation. En 2010, Larry Ellison, le patron d'Oracle, passionné de voile, a imposé les catamarans à foils pour l'America's Cup. Fin 2013, dans la baie de San Francisco, des millions de téléspectateurs ont découvert les prouesses de ces engins volants qui dépassent allègrement la vitesse du vent. Dès 2016, sept bateaux du Vendée Globe adoptaient des foils, et ils étaient 19 sur 33 au départ de la dernière édition. Les cinq premiers à franchir la ligne d'arrivée avaient tous opté pour ces ailerons.
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