L'Ascension d'un Navigateur d'Exception
François Gabart, navigateur et skipper professionnel français, est né le 23 mars 1983 à Saint-Michel, en Charente. L'amour de la mer et de la glisse lui a été transmis par son père, Dominique, dentiste passionné, qui l'a initié à la voile, notamment à l'Optimist. Sa mère, Catherine, magistrate au tribunal d'Angoulême, a également marqué son enfance par une année sabbatique en 1989, durant laquelle la famille a voyagé sur le voilier « Pesk Avel ».
Durant ses études à l'INSA Lyon, François Gabart a intégré la section sport de haut niveau, ce qui lui a permis de concilier sa formation d'ingénieur avec une préparation olympique en Tornado. Il a fait ses premières expériences en compétition en tant que routeur, notamment pour Kito de Pavant et Sébastien Col sur la Transat Jacques-Vabre 2007 dans la section IMOCA. En 2008, François Gabart rejoint le programme « Skipper Macif », marquant un tournant dans sa carrière. Il participe à la Transat Jacques Vabre 2009 avec le skipper Kito de Pavant, terminant à la deuxième place. En 2010, il confirme son talent en terminant à la deuxième place de la Solitaire du Figaro, juste derrière Armel Le Cléac'h. Le 31 décembre de la même année, il prend le départ de la Barcelona World Race 2010-2011 avec Michel Desjoyeaux, à bord de Foncia 2. Cette expérience lui servait de préparation pour le Vendée Globe 2012-2013, qu'il courrait sur un bateau issu du même moule que ce nouveau Foncia. Malheureusement, ils abandonnent le 26 janvier en raison d'un démâtage, alors qu'ils étaient en 2e position. Le 11 septembre 2011, il termine deuxième du Trophée Clairefontaine derrière Nicolas Charbonnier.
Le point culminant de cette période est sans conteste sa victoire sur le Vendée Globe 2012-2013, qu'il remporte à l’âge de 29 ans, à bord du voilier Macif construit en 2011. Toujours sur Macif, du jeudi 29 à midi, au vendredi 30 novembre 2012 à midi, François Gabart parcourt 482,91 milles (894,3 km) à la vitesse moyenne de 20,1 nœuds. Lors de ce même Vendée Globe, il passe l'équateur le 15 janvier à 13h41 UTC, établissant un nouveau record sur la distance Les Sables d'Olonne - équateur retour en 66 jours 1 heure 39 minutes. Il embarque Michel Desjoyeaux pour la Transat Jacques-Vabre 2013 sur Macif. L'année suivante, il confirme son talent en remportant le 14 novembre 2014 la Route du Rhum dans la catégorie IMOCA, établissant là aussi un nouveau record de l'épreuve de sa catégorie en 12 jours 4 heures 38 minutes 55 secondes.
L'Ère des Ultim : La Naissance du Trimaran MACIF
À partir de 2015, sur les conseils de Thomas Coville, François Gabart quitte le circuit IMOCA pour se tourner vers les grands records à la voile, se consacrant à la classe Ultim, des trimarans géants de 32 mètres. C'est le début d'une nouvelle dimension pour le skipper. Le maxi-trimaran de 100 pieds, Macif, est conçu par le cabinet d'architectes VPLP design, avec la collaboration du bureau d'études de MerConcept, l'entreprise que François Gabart a fondée en 2006. GSea Design apporte son soutien pour tout ce qui concerne le calcul de la structure. La construction est confiée aux chantiers CDK Technologies et Multiplast, et le trimaran Macif est lancé le 18 août 2015.
Avec ce multicoque, François Gabart décroche alors de nombreuses victoires à la barre du Trimaran MACIF, parmi lesquelles la Transat Jacques Vabre, la Transat Anglaise, et The Bridge. Le trimaran Macif est considéré comme une machine exceptionnelle, certainement ce qui se fait de mieux pour être mené à son maximum par un seul homme sur un tour du Monde. Il représente un compromis entre un IDEC Sport, un Sodebo Ultim' et les deux derniers nés que sont Gitana 17 et Banque Populaire IX.
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Dans les confrontations depuis la mise à l'eau de Macif, François Gabart s'est souvent imposé face à Sodebo Ultim'. Cependant, l'histoire des maxi-trimarans est aussi celle des concurrents. Thomas Coville, après sa 2ème place sur la Jacques Vabre, et avant d'établir son propre record du tour du monde, avait continué d’optimiser son trimaran Sodebo Ultim’ pour la Transat Anglaise. Ces optimisations incluaient l'installation de foils en « L » sur les deux flotteurs et de safrans avec des plans porteurs, destinés à soulager le trimaran et à le rendre plus aérien. Une nouvelle dérive plus légère avait également pris la place de l’ancienne qui datait de Geronimo, un bateau hérité de l'époque d'Olivier de Kersauson, dont restaient encore les bras et les trois quarts des flotteurs. Malgré ces améliorations, Thomas Coville termina de nouveau 2ème de la célèbre transat. Sur le chemin du retour, le skipper battit le record de milles parcourus en 24 heures, mais ne put, faute de conditions météo satisfaisantes, battre le record de la traversée de l'Atlantique en solitaire. Thomas Coville allait bénéficier, tout au long de son tour du Monde en solitaire, de très bonnes conditions météos et serait, avec son équipe de routage à terre, parfaitement négocier les périodes de transitions.
Le Défi Ultime : Le Record du Tour du Monde en Solitaire (2017)
En 2017, François Gabart se lance à l’assaut du record du tour du monde en solitaire, détenu alors par Thomas Coville en 49 jours 3 heures 4 minutes et 28 secondes. Les statistiques le confirment : toutes les tentatives de records autour du monde ont lieu entre octobre et mars. Depuis le 22 octobre, François Gabart est en stand-by, scrutant la météo, à l’affût de la bonne fenêtre pour s’élancer. Le skipper lui-même est conscient de la difficulté de l'entreprise : "Je suis plein d’espoir pour ce record mais je suis bien conscient qu’il est quasi impossible à battre. Ce qu’a fait Thomas est remarquable."
Le 03 novembre 2017, le code vert est activé par le team Macif. Peu après 18h, François Gabart, après un dernier point avec son équipe, largue les amarres de Macif à Port la Forêt. Il explique sa stratégie avant le départ : "Départ ce soir de Port Laf' en équipage toute la nuit. Je débarquerai l'équipage demain matin. Ensuite le grand départ entre Ouessant et le cap Lizard. On ne connaît pas encore l'heure exacte, mais samedi matin, en espérant que cette fenêtre soit bonne, pour aller rapidement dans le sud et récupérer l'Alizé. La fenêtre météo est courte, ce n'est peut-être pas la meilleure du monde, mais à un moment donné, il faut y aller. C'est le bon moment pour y aller. Jusque-là, il y avait encore pas mal de petites choses à faire, mais là, cette semaine, on était prêt." Le record de Coville, 49 jours 3 heures, est "facile à retenir," mais "il a bien navigué, avec des conditions météo qui se sont bien enchaînées," rendant le défi colossal.
En début de nuit, Macif fait une route plein Ouest à 13 nœuds au large de Port la Forêt, avant de monter sur Ouessant. Arrivé au Nord de l'île Bretonne au petit matin, l'équipage quitte le bord, près de Ouessant, en sautant à la mer, récupéré par un semi-rigide par la suite. Dès le deuxième jour de sa tentative, François Gabart sur Macif est en approche, à 30 nœuds des Canaries, affichant 180 milles d'avance en début de journée sur le record de Thomas Coville, et 274 milles en fin d'après-midi, avec une distance parcourue sur 24 heures de 712 milles. Le navigateur progresse à plus de 28,8 nœuds en moyenne depuis le départ.
La première partie de la course est marquée par des événements inattendus. La nuit, il croise un cargo : "Je n’ai pas eu d’échange avec ce cargo par contre, cette nuit, c’était drôle, je passais juste derrière un cargo qui allait vers Gibraltar. On a un peu causé à la VHF pour s’éviter. Il m’a posé plusieurs fois la question si j’étais un bateau à voile. J’allais à 40 nds. Où allez-vous me dit-il ? Je vais faire le tour du monde et je reviens as fast as possible !… petit blanc et il dit « Ah Great ! »."
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L'arrivée dans le Pot au Noir est une phase délicate : "Il y a toujours du vent pour le moment, mais le vent va devenir plus faible, il va y avoir beaucoup de manœuvres. Cette zone n'est jamais simple, mais nous n'avons pas le choix, il faut y passer dans le Pot au Noir pour passer dans l'Hémisphère Sud. Je ne devrais pas passer avec beaucoup d'avance, voire un peu de retard. L'enjeu c'est la transition avec les dépressions du Sud et les estimations ne sont pas trop mal." Malgré la chaleur à bord du trimaran Macif, et la nécessité de "tourner les manivelles", le skipper reste confiant : "J'ai bien dormi, je suis en forme, je suis ravi d'être là."
Le passage de l'Équateur est un objectif clé. "Nous nous étions dit que si nous avions une météo qui pouvait nous permettre de descendre à l’équateur en six jours, il fallait partir." Ce vendredi soir, après 6 jours et 8 heures de tentative, Macif progresse à 21 nœuds et va peu à peu pouvoir accélérer et tenter d'accrocher au plus vite les dépressions au large de l'Argentine pour descendre dans le grand Sud. Une fois l'Équateur passé, les conditions météo ne sont pas optimales ; Macif, décalé à l'Ouest, ne peut pas offrir tout son potentiel à son skipper. Néanmoins, François Gabart réussit peu à peu à grignoter le retard et se retrouve à 34 milles de la position du record après 7 jours et 7 heures de tentative, sur une route Sud-Sud-Est. Un problème de latte de grand-voile, qui lui fait perdre 2 heures 30 minutes le 9ème jour, est rapidement surmonté. Le temps perdu est largement comblé, puisque dans son 10ème jour de tentative, l'avance est de 471 milles.
François Gabart, dans sa tentative contre le record du Monde en Solitaire à la barre de son trimaran Macif, ne cesse d'étonner. Il établit un premier record entre Ouessant et le Cap de Bonne Espérance en 11 jours 20 heures et 10 minutes, contre 14 jours 4 heures 43 minutes et 48 secondes pour l'ancien record, soit 2 jours 8 heures et 33 minutes de mieux. Puis un deuxième record entre Ouessant et le Cap des Aiguilles en 11 jours 22 heures 20 minutes, contre 11 jours 23 heures 49 minutes et 18 secondes pour le record en équipage, toujours détenu par Banque Populaire V. L'avance en milles sur le record est de 825, et en temps de 2 jours 6 heures et 24 minutes. Pour rappel, François Gabart avait 3 heures 30 minutes de retard au passage de l'Équateur à un moment donné, démontrant la capacité de récupération exceptionnelle de l'équipage. Tout cela se fait en se permettant de faire de la vidéo et d'atteindre des pointes à 45 nœuds.
Le skipper exprime sa surprise et son enthousiasme : "Ça va super bien. Ravi d’être là à cette place-là. Jamais je n’aurai imaginé être ici en avance. C’est assez génialissime. Le bateau et le bonhomme vont bien." Il reconnaît la complexité de l'effort collectif : "On ne peut pas faire la part des choses entre le bateau, l’homme, l’équipe, le routage. C’est un ensemble. J’en suis carrément surpris. Je reste persuadé que ça va être compliqué. Mes chances, mon pourcentage de battre le record a augmenté. C’est carrément une surprise. Je suis un rêveur, on imagine toujours les meilleurs scénarii mais je n’imaginais pas celui-là !" Malgré son avance, la navigation reste exigeante, notamment face aux icebergs : "Les icebergs sont maintenant derrière moi pour l’instant. J’ai dû remonter et avant de vous avoir au téléphone j’ai dû faire une manœuvre pour me replacer. J’étais coincé entre les icebergs d’un côté et pas de vent de l’autre." Il s'appuie sur une stratégie de routage précis : "Si on fait les routages avec des fichiers de vent, on peut quasiment aller jusqu’au Cap Horn. Il faut se donner des objectifs à moyen terme en termes de trajectoires. On a quelques repères géographiques comme les îles Crozet, les Kerguelen."
La 14ème journée de la tentative de François Gabart, un vendredi 17 novembre, est une journée de transition. Le but est de laisser passer une grosse dépression et ses vents à plus de 40 nœuds qui descendent de Madagascar. Le skipper ralentit un peu pour retrouver des vents plus maniables dans les prochaines heures. Cette journée permet également au skipper de récupérer un peu de sommeil et de faire le tour du trimaran, en fonction d'une check-list établie avant le départ, afin de vérifier le matériel. François Gabart se dit "ravi d’être dans l’Indien, ravi d’être dans l’Indien à cette date-là. Quand on prépare un tour du monde et qu’on est un peu rêveur, on déroule tous les scénarii, surtout les plus positifs. Mais celui qui m’emmenait au cap de Bonne-Espérance en moins de douze jours, je n’aurais jamais pu l’imaginer." Cette phase est "hyper exigeante, notamment en termes de concentration, mais il y a eu des journées où, quand le bateau avance à 31 nœuds dans du vent stable, tout se révèle facile. Finalement, c’est lorsqu’on ne va pas vite que c’est éprouvant. Ça l’a été lors des 24-48 premières heures, et aussi dans le pot au noir et dans l’alizé brésilien qui s’est ensuivi. Le vent était irrégulier, il fallait tout le temps choquer, border, choquer…"
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Le marin développe ses "petites routines", s'occupant du bateau comme il l'a fait lors du Vendée Globe. "Il n’y a plus que lui et moi, cela crée une intimité qui n’existe ni lors des navigations en équipage ni sur des courses plus courtes. Je n’ai jamais passé autant de temps en tête à tête avec lui… Je ne lui parle pas encore, mais cela ne saurait tarder." Ce lien avec le bateau est "assez fort et c’est aussi pour ces sensations que je fais ce que je fais." Il insiste sur l'importance de la conception du bateau : "Et, franchement, autant j’ai pu émettre quelques questions lors de sa conception et sa construction, parce qu’on s’en pose forcément, autant je ne regrette pas un instant le plan de pont qu’on a choisi et le cockpit fermé. Face aux conditions de navigation qu’on rencontre et la vitesse qu’on aligne, être protégé est indispensable. Je me sens vachement en sécurité, et ça aide à aller vite."
François Gabart en est à 17 jours et 8 heures de tentative ce mardi 21 novembre. Après être descendu très Sud (55°), pour passer sous les Kerguelen afin d'éviter une grosse dépression, le skipper de Macif a tiré des bords dans de petits airs. Le 23 novembre, François Gabart à la barre de son maxi trimaran Macif reprend sa folle chevauchée à travers l'océan Indien. Après 19 jours et 8 heures de tentative ce jeudi, François Gabart, qui possède 643 milles d'avance, se trouve à 220 milles du Cap Leeuwin, qu'il devrait passer entre 23h et 1h cette nuit. Revenu sur une route beaucoup plus Nord, il pousse son multicoque pour rester devant une dépression. Un Indien "jamais simple, mais qui aura été particulièrement compliqué pour François Gabart." Mais tout cela a un "prix", pour l'homme et pour le bateau. François Gabart, qui n'a pas arrêté d'en "remettre" depuis trois semaines, se dit fatigué. "Je ne cache pas que je suis fatigué, ça fait deux-trois jours que je n’ai pas beaucoup dormi," racontait-il. "Avec les chocs assez violents, c’est dur de fermer l’œil. Les choses toutes bêtes peuvent devenir très compliquées, comme rester allongé ou assis dans un endroit sans bouger dans tous les sens. C’est compliqué aussi de manger, les conditions de vie sont difficiles, tu luttes pour tout. Je suis dans le dur. J’en ai bavé un peu, mais je ne vois pas comment les mers du Sud sur un multicoque de 30 mètres peuvent être une promenade de santé. Quand la vague vient déferler à l’étrave, elle a tendance à l’emporter avec elle. Si tu pars en surf dans le sens de la vague, tu accélères très fort très vite, mais tu t’arrêtes aussi très fort très vite en bas, et après, pour relancer, c’est infernal."
François Gabart à la barre de son trimaran Macif franchit la marque du Cap Leeuwin à 0h10. Le nouveau record Ouessant/Cap Leeuwin en solitaire est de 19 jours 14 heures et 10 minutes, à la moyenne de 26,50 nœuds. C'est le quatrième record depuis le départ.
Depuis son entrée dans le Pacifique, un samedi soir, François Gabart, sur Macif, progresse à très vive allure. Cependant, il n'est pas aidé par les conditions météorologiques. Le Pacifique "porte mal son nom sur cette tentative." Les dépressions habituelles qui circulent d'Ouest en Est sont fortes, la mer est désordonnée, avec une très grosse houle. La mission est, dans un premier temps, de rester le plus longtemps possible devant cette dépression, jusqu'à ce qu'une autre dépression descendant du Nord vienne renforcer la première. Il est impossible de subir les conditions bien longtemps, avec plus de 40 nœuds de vent et Macif qui fonce à plus de 40 nœuds sur la mer formée. Le skipper et le bateau souffrent. François Gabart s'écarte du phénomène pour le laisser passer. Dans cette zone de transition, le skipper se repose et fait le tour du trimaran pour effectuer les petites réparations après 24 jours de tentative. Au 25ème jour, Macif tire des bords au milieu du Pacifique à 18/20 nœuds. Puis, peu à peu, retrouve des conditions de vents et de mer plus maniables. François Gabart repart à plus de 30 nœuds, mais la route ne sera pas directe jusqu'au Cap Horn, encore distant de plus de 2500 milles. Sur la route de la glace, il faudra gérer une trajectoire "au millimètre". Le jeudi 30 novembre, après 26 jours et 10 heures de tentative, François Gabart possède 693 milles d'avance et devrait passer le Horn avec une journée d'avance. Un moindre mal compte tenu de la météo depuis le début de l'Indien. Mais l'avance sera-t-elle assez confortable ?
Deux nouveaux records sont établis par François Gabart, à la barre de Macif, au passage du Cap Horn. Le skipper de Port la Forêt bat celui entre Ouessant et le Cap Horn en 29 jours 3 heures et 15 minutes, soit 2 jours 8 heures 15 minutes de mieux que l'ancien record détenu, depuis l'hiver dernier, par Thomas Coville sur Sodebo Ultim'. Et pourtant, François Gabart sur son trimaran Macif n'a pas eu la partie facile avec les conditions météorologiques lors de cette traversée expresse du Pacifique. Ce qui démontre combien le skipper de Macif accomplit un énorme tour du Monde depuis son départ d'Ouessant il y a 30 jours. Un skipper qui, de main de maître, barre un trimaran exceptionnel. Ce dimanche soir, après 29 jours et 10 heures dans cette tentative, François Gabart progresse à 21 nœuds, avec 1159 milles d'avance sur le record. François Gabart partage son émotion : "J'ai passé la longitude du Cap Horn il y a un peu plus de 2 heures, j'ai un peu de mal à en parler, j'ai du mal à réaliser, ça reste un trait, je n'ai pas vu le caillou, il est plus dans le Nord. Je suis super content, jamais je n'avais rêvé arriver dans ces temps-là au Horn. Il ne faut jamais restreindre les rêves les plus fous, parce que des fois ils se réalisent." Au moment de passer la longitude, "c'était assez drôle le vent était en train de mollir, il fallait que je réduise la voilure et j'ai mis la musique à fond dans le coc…"
L'exploit est retentissant. François Gabart boucle son tour du monde en solitaire ce dimanche 17 décembre 2017. Un exploit incroyable, réalisé en 42 jours, 16 heures 40 minutes et 35 secondes. C'est à 2h45, au cœur de la nuit, que le skipper passe la ligne d'arrivée, située entre le Cap Lizard et Ouessant. Il pulvérise le record du tour du monde en solitaire sur son trimaran de la classe Ultime, améliorant de plus de six jours le précédent record qu'avait établi Thomas Coville en 2016. Il fallait attendre le lever du jour pour voir le marin rejoindre le port de Brest, où l'attendaient de nombreux passionnés, notamment à bord du catamaran Nautitech Open 40, d'Erwan, skipper de Catavoile 29, et d'un autre splendide Ultim', Spindrift 2, en stand-by pour le Trophée Jules Verne.
MACIF : La Fin d'une Époque et la Transition
Après dix ans de partenariat avec MACIF, le groupe met fin au programme Ultim en 2020. François Gabart participe à la Route du Rhum 2018 avec le maxi-trimaran Macif. Dès la première nuit de course, il affronte un fort vent et une mer assez creuse dans le golfe de Gascogne et casse le foil tribord et le safran bâbord. Estimant la sécurité suffisante, il poursuit tout de même la course mais sans avertir les médias de ses soucis, afin de ne pas donner d'informations stratégiques à ses adversaires. Il mène cependant la course jusqu'à la Guadeloupe, mais il se fait dépasser par Francis Joyon lors du contournement de l'île et franchit la ligne d'arrivée à Pointe-à-Pitre seulement sept minutes après lui. En 2019, il participe à Brest Atlantiques avec Gwénolé Gahinet et Jérémie Eloy (mediaman) sur le trimaran MACIF et annonce début 2020 qu'ayant besoin du recul, il cède la barre pour l'année 2020 de son trimaran à Pascal Bidégorry.
Malgré le retrait surprise de Macif du circuit Ultime en juin 2020, la nouvelle direction de l'entreprise s'est engagée à assurer la construction d'un nouveau maxi-trimaran. Cette décision a permis de garantir le fonctionnement de MerConcept, l'entreprise fondée par François Gabart en 2006, et de ses 57 salariés jusqu’en juin 2021. Sans bateau depuis la vente du trimaran Macif, et sans sponsor, François Gabart achève alors la construction d'un nouveau maxi-trimaran très innovant.
L'Innovation Continuelle : Le Maxi Trimaran SVR-LAZARTIGUE (M101)
L'assemblage de ce trimaran géant, le M101, est réalisé à Concarneau par MerConcept et chez CDK. Le projet, conçu par VPLP et MerConcept, donne naissance à un multicoque à foils de 31 mètres de long et 23 mètres de large, appartenant à la classe Ultim, et possédant une architecture très novatrice. Pendant plusieurs mois, le photographe Benoît Stichelbaut a suivi de près l’assemblage de ce "puzzle géant en carbone". Des bâches de Polyane isolent la zone où l’on prépare le bras avant du trimaran. Une couche de primaire est appliquée avant la mise en place de ce bras sur la plate-forme. Le trimaran de François Gabart ne ressemblera à aucun autre bateau.
Une autre innovation essentielle réside dans les foils, qui permettent au bateau de "voler" au-dessus de l'eau en réduisant la surface de la coque touchant à la mer. François Gabart exprime ses ambitions : "Je n'ai pas la prétention de dire que l'on va être capable de voler en solitaire, en course au large dans les années qui viennent, mais en tout cas, on va dans cette direction-là." Le secret a été bien gardé sur la construction de ce géant des mers pendant les 18 mois qu'ont duré les travaux. Après sa mise à l'eau en juillet 2021, le maxi-trimaran est amarré à la fin de la semaine prochaine au ponton de la Base des sous-marins à Lorient, où il sera visible de tous. François Gabart dispose d'un an pour tester et se familiariser avec son bateau, avant sa première course au programme, la Transat Jacques Vabre de cette année. La construction d'un tel navire coûte "au moins 16 millions d’euros". Macif, en finançant cette construction, s'était positionné pour vendre le bateau, laissant François Gabart conscient du risque de voir cet Ultime "volant" partir ailleurs, avec un autre skipper.