L’émergence d’une innovation futuriste lors du défilé national
Les célébrations du 14 juillet ont pris un tournant futuriste, en 2019. Franky Zapata, dont la plateforme volante turbopropulsée intéresse les militaires, a fait un passage très remarqué au-dessus de la place de la Concorde. Et soudain, surgit un aigle noir… L'animation d'ouverture du défilé du 14 Juillet touchait à sa fin ce dimanche matin, et on voyait déjà se dessiner au-dessus des tours de la Défense les panaches de la patrouille de France ouvrant la parade lorsque à 10h40, un ovni a débarqué au-dessus de la place de la Concorde : juché sur une plateforme turbopropulsée, un homme volant, tout de noir vêtu et fusil en main, s'est « stationné » debout, en face de la tribune présidentielle, à plusieurs dizaines de mètres de haut, effectuant quelques manœuvres d'une aisance sidérante, sous les yeux ébahis des spectateurs, et sans aucun doute, des téléspectateurs.
Cet homme n'est pas Tony Stark mais Franky Zapata, un Marseillais, ancien champion du monde de jetski, qui s'est lancé il y a plusieurs années dans la conception d'un engin révolutionnaire, qui intéresse désormais l'armée au plus haut point - d'où sa présence sur les Champs ce dimanche. Le 14 juillet dernier, le champion du monde de jet-ski français, Franky Zapata, a offert un merveilleux spectacle futuriste lors du défilé pour la Fête nationale française. À plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol, il a en effet survolé les Champs-Élysées sur son « Flyboard Air », un engin de son invention. Sa prestation face à la tribune officielle, où se trouvait entre autres Emmanuel Macron en compagnie de chefs d’État, a surpris le public. L’une des attractions du défilé militaire du 14 juillet dimanche sur les Champs-Elysées aura des airs du film « Retour vers le futur ». A la façon du « Doc » (le personnage du Dr. Emmett Brown inventé par Robert Zemeckis), Franky Zapata réalisera son « rêve fou de voler » grâce à sa création, le « Flyboard Air », une plateforme propulsée par des mini turboréacteurs.
Genèse et évolution technique du Flyboard Air
Champion d'Europe et du monde de jet-ski, ce Marseillais de 40 ans a d'abord volé sur l'eau. Avec le premier "Flyboard" tout d'abord. Mais cet engin, une sorte de plateforme sur laquelle il est debout, les pieds solidement coincés comme dans des chaussures de snowboard, reste relié à la surface de l'eau. Un long tuyau connecte son « joujou » à un jet-ski, lui permettant d'alimenter en eau son système d'hydro-propulsion. Puis, en 2014, c'est le "Hoverboard". Évidemment inspiré par le film « Retour vers le futur », ou encore par le personnage du « surfer d’argent » dans les comics de Marvel. L’engin est toujours relié à une moto marine, pour être alimenté en eau, mais il a désormais la forme d’un surf, d’un skateboard volant.
Ce n'est qu'à partir de 2016 que l'engin devient une véritable machine volante autonome, alimentée en kérosène. Plus besoin d'eau pour se propulser et décoller. Cinq mini turboréacteurs, "revus et corrigés", lui permettent de décoller et d'évoluer, debout dans les airs. Le Flyboard Air est né. "100% développé en France", dans les ateliers de l'entreprise au Rove (Bouches-du-Rhône), cet engin intéresse donc les militaires. Au point d'avoir l'honneur de défiler dimanche matin. Le Flyboard Air, véritable machine volante autonome alimentée en kérosène, est doté de cinq mini turboréacteurs qui lui permettent de décoller et d'évoluer jusqu'à 190 km/h, avec une autonomie d'une dizaine de minutes. Le Parisien a pu se procurer les images surprenantes et singulières de la prestation filmée de Franky Zapata par sa caméra embarquée. On se retrouve alors à la place du sportif, en découvrant les Champs-Élysées vus du ciel.
L’intégration possible dans les forces armées
Peu avant le défilé, la ministre des Armées avait expliqué sur France Inter vouloir en « tester différentes utilisations, par exemple une plateforme logistique volante ou bien une plateforme d'assaut » pour les militaires. Cette technologie était là pour le spectacle et n’est pas encore utilisée par l’armée française, même si son financement a été accompagné par l’armée. Mais est-elle un accessoire militaire crédible pour l’armée du futur ? Pour répondre à cette question, Numerama a interrogé Michel Goya, ancien colonel des troupes de marine de l’armée terrestre, stratégiste et historien militaire. La capacité à aller en hauteur ouvre un nouveau champ des possibles, « une troisième dimension ». Un engin comme le Flyboard Air apporte un peu plus de mobilité sur le terrain.
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Selon Michel Goya, il peut bel et bien s’avérer utile pour « occuper une position, contourner un ennemi, intervenir très rapidement sur un point, aller sur un toit… Et s’il n’y a pas de danger particulier, cela peut être un moyen de ravitaillement dans des endroits habituellement inaccessibles. La zone idéale pour l’utilisation d’un hoverboard volant serait la ville. Ce constat est inhérent au principe de hauteur. L’invention avait déjà été exhibée lors du Forum Innovation Défense de Paris, en novembre 2018 : lors de cette démonstration, le Flyboard Air avait été utilisé comme plateforme pour un tireur d’élite positionné en appui de commandos partis à l’assaut depuis des embarcations sur la Seine.
Défis, vulnérabilités et analyses stratégiques
Quand l’on voit la vidéo de Franky Zapata, on ne peut s’empêcher de penser à la vulnérabilité de l’objet (et de celui ou celle qui le contrôle). Le Flyboard Air est très bruyant, il se remarque facilement. Mais, dans ce cas, « on peut l’utiliser dans un milieu qui est déjà bruyant ». La vulnérabilité reste un problème de taille qui doit être pris en compte. Michel Goya compare le Flyboard Air aux ULM (planeur ultra-léger motorisé) et aux hélicoptères. « On utilise moins les hélicoptères de nos jours, car ils sont vulnérables. On fait appel à eux pour pénétrer dans un milieu très défendu. Là, ce sera pareil. Reste à savoir si l’armée voudra vraiment utiliser cet engin. Beaucoup de critères sont à prendre en compte, dont le rapport coûts / avantages. « Par rapport aux missions à remplir, si grâce à cet engin on peut mieux réussir la mission avec moins de risques, ce sera utilisé ; mais si on peut faire tout aussi bien autrement et avec moins de risques, il sera oublié.
Il se confie ensuite lors d’une interview sur son ressenti et sur le danger qu’il aurait pu encourir là-haut. « Tous les engins qui démarrent avec un turboréacteur ne sont jamais sûrs à 100 %, il peut toujours y avoir une défaillance, même si c’est extrêmement rare. Du coup on espérait que ça n’arrive pas ce jour-là. On était assez stressés » explique-t-il. « J’étais extrêmement heureux et fier d’être là », a également déclaré Franky Zapata. Concédant « une part de folie », sans doute nécessaire pour évoluer jusqu’à 190 km/h sur un minuscule engin aérien disposant d’une autonomie d’une dizaine de minutes, Franky Zapata veut maintenant aller plus loin.
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