L'Étrave Bifide en Kayak de Mer : Une Plongée dans l'Ingéniosité Hydrodynamique des Baidarkas Aléoutes

La conception des embarcations marines est depuis toujours un domaine où l'ingéniosité humaine s'adapte aux contraintes de l'environnement, cherchant à optimiser la vitesse, la stabilité et la maniabilité. Parmi les formes les plus remarquables et les plus étudiées, l'étrave bifide, caractéristique des anciens kayaks aléoutiens, appelés baidarkas, représente un sommet de l'architecture navale traditionnelle. Cette particularité, consistant en une proue fendue en deux pointes, a suscité l'admiration et l'interrogation des explorateurs et des scientifiques à travers les siècles. Elle révèle une compréhension profonde des principes hydrodynamiques, développée par les peuples autochtones pour maîtriser les eaux souvent tumultueuses de l'océan Pacifique Nord.

Le Baidarka Aléoute : Un Héritage Millénaire de Navigation en Mer

L'histoire du kayak de mer à étrave bifide est intrinsèquement liée aux îles aléoutiennes, un archipel s'égranant sur environ 2 400 kilomètres entre la péninsule du Kamtchatka et la côte de l'Alaska, à une latitude voisine de celle de la Grande-Bretagne. Ces îles marquent la limite entre l'océan Pacifique et la mer de Béring, dont les eaux sont plus froides. En raison de cette différence de température, l'archipel aléoutien est en permanence dans le brouillard et la tempête, un environnement hostile qui a forgé la résilience et l'ingéniosité de ses habitants. Il y a 15 000 ans, vers la fin de la dernière glaciation, les îles aléoutiennes étaient plus étendues, car le niveau de la mer était plus bas qu'aujourd'hui. Le pont terrestre de la Béringie, large d'environ 1 600 kilomètres, émergeait à l'emplacement du détroit de Béring. Des vestiges archéologiques suggèrent qu'il y a 9 000 ans, les Aléoutes habitaient déjà Anangula, sur l'île d'Umnak, et l'île de Hog, dans la baie d'Unalaska. On ignore s'ils sont venus en kayak ou à pied, par le pont terrestre de la Béringie, mais il est certain que la chasse en mer nécessitait des efforts tant physiques qu'intellectuels pour survivre dans un tel environnement.

Dans ce contexte, les Aléoutes inventèrent très tôt des kayaks perfectionnés. Au début du xviiie siècle, lorsque les explorateurs russes atteignirent les îles aléoutiennes pour la première fois, ils virent de petits bateaux à proue fendue qui naviguaient sur une mer agitée et les nommèrent baidarka. Ces embarcations étaient faites de planches de bois assemblées par des fibres de fanon de baleine et recouvertes de peau de mammifères marins. Dans leurs kayaks légers, souples et rapides, les Aléoutes chassaient la baleine, la loutre, l'otarie ou le phoque avec des lances et des harpons. Ils construisirent des modèles à pont couvert, dont la prise au vent était minimale, appliquant le même principe à leurs maisons semi-souterraines.

Les marchands russes, venus du Kamtchatka et de la mer d'Okhotsk à bord de vaisseaux lourds et mal équipés, reconnurent immédiatement la supériorité des kayaks aléoutiens. Ils réquisitionnèrent les baidarkas existants et s'arrogèrent le monopole de leur construction, standardisèrent les plans et ajoutèrent certains dispositifs, tel un trou d'homme supplémentaire, pour transporter un passager. Ils obtinrent ainsi un quasi-monopole sur la chasse aux loutres de mer, dont ils vendaient les fourrures aux commerçants chinois. En 1799, la Compagnie russo-américaine prit en charge l'administration des colonies d'Alaska. Cette entité comptait 700 baidarkas, chassait au large des îles aléoutiennes, de l'île Kodiak et des côtes du Sud-Est de l'Alaska. Au début des années 1800, on prenait environ 10 000 loutres par an. À ce rythme, l'extinction de l'espèce semblait proche. Des mesures furent prises pour la protéger, mais celles-ci furent assouplies en 1867, lorsque les États-Unis achetèrent l'Alaska à la Russie. Finalement, la chasse à la loutre de mer fut interdite en 1911. Simultanément, le baidarka, qui servait essentiellement à chasser la loutre, déclina. Les Aléoutes continuèrent de construire et d'utiliser ces embarcations jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, avant d'être dispersés, soit par les Japonais qui les firent prisonniers, soit par les Américains qui les déplacèrent dans des camps provisoires au Sud-Est de l'Alaska. La tradition orale de construction navale se perdit, et certains modèles, tel le baidarka à proue en forme de gueule ouverte, étroit et très rapide, disparurent.

L'Anatomie d'une Conception Innovante : Proue Bifide et Poupe Tronquée

La baidarka se distingue par deux caractéristiques structurelles majeures : une étrave bifide, c'est-à-dire une proue fendue en deux pointes, et une poupe tronquée. Ces éléments, essentiels à sa performance et à son comportement en mer, représentent des solutions hydrodynamiques avancées. Aujourd'hui, les chercheurs, les ingénieurs, les kayakistes et les Aléoutes s'interrogent : pourquoi avaient-ils une proue bifide et une poupe tronquée? Peu de baidarkas subsistent, mais des reconstructions ont été réalisées à partir de dessins des années 1800, de journaux de bord et de traditions orales. Plusieurs aspects de leur conception demeurent mystérieux, et l'on ignorera sans doute toujours le rôle de certains dispositifs.

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L'étrave est la pièce saillante de la coque. Elle forme la partie la plus avancée du bateau, là où les deux bordés se rejoignent. Historiquement, elle était une pièce de charpente essentielle, recevant l’extrémité avant des bordages. La proue désigne, quant à elle, toute la partie avant du bateau, incluant l’étrave, mais aussi les superstructures. Dans le cas du baidarka, l'étrave bifide était particulièrement distinctive. Sur des illustrations datant des premiers contacts avec les Aléoutes (antérieures à 1800), on voit d'anciens baidarkas où la proue avait une forme de gueule ouverte. Un croquis datant des années 1790, réalisé par James Shields, un constructeur de bateaux travaillant pour les Russes, montre la partie inférieure de la proue sous l'eau et la partie supérieure affleurant la surface. Les modèles plus récents de baidarkas avaient aussi une proue fendue, mais sa partie inférieure était retroussée.

Cette étrave bifide s'adapte aux différentes conditions de mer rencontrées et améliore le passage dans les vagues, et donc la vitesse moyenne. Par petit et moyen clapot, l’étrave apporte un effet perce vague qui minimise la vague d’étrave. Par mer formée, elle augmente la vitesse de passage dans les vagues tout en réduisant les mouvements de tangage. Sur les baidarkas à proue en forme de gueule ouverte, la partie inférieure fendait l'eau, telle une lame, minimisant les perturbations hydrodynamiques lors du déplacement du bateau à travers les vagues. Un des avantages clés de cette conception était que la proue fendue allongeait les baidarkas. Comme la vitesse limite est proportionnelle à la racine carrée de la longueur de flottaison, cette caractéristique permettait une nage plus rapide. Elle donnait à la coque une forme effilée et diminuait ainsi les frottements, proportionnels au rapport de la plus grande largeur à la longueur émergée du bateau à la puissance quatre.

La poupe, en revanche, était large et tronquée, offrant de nombreux avantages. Quand un kayak se déplace sur la mer, la surface de l'eau, fendue par la proue et déplacée par la coque, se referme derrière la poupe. À la « vitesse critique », le kayak crée une vague dont la longueur est égale à la sienne. Aux vitesses inférieures, plusieurs vagues créées par le kayak longent sa coque. Il reste horizontal et forme un sillage régulier : la résistance à l'avancement est minimale si la poupe est effilée. Aux vitesses supérieures, en revanche, le creux de la vague créé par le kayak se trouve à l'arrière de la coque et « aspire » la poupe vers le bas. Pour éviter qu'elle ne s'enfonce, la poupe doit avoir une forme tronquée : la partie arrière du bateau doit se terminer « quelque peu abruptement », selon l'expression du capitaine Cook, qui décrivait ainsi la poupe du baidarka. En somme, la baidarka a une étrave bifide (2 pointes) et un étambeau (arrière tronqué). L’hiloire est placée plus en arrière que sur un kayak de type groenlandais.

Performance Hydrodynamique : Vitesse et Résistance aux Vagues

Le baidarka est manifestement fait pour parcourir de longues distances sur une mer houleuse. Son principal avantage était sa vitesse. Selon les observations de navigateurs européens, les baidarkas naviguaient contre les courants marins les plus rapides de la région, qui atteignaient environ 6,5 nœuds, soit 12 kilomètres par heure. James Trevenen, aspirant de marine du capitaine James Cook, dont l'expédition traversa la passe d'Unalga en 1778, écrivait : « Nous naviguions à plus de six nœuds. Pourtant les indigènes, dans leurs pirogues en peau de phoque, nous suivaient très facilement ». En 1820, un autre observateur rapporta qu'un navire marchant à 7,5 nœuds (14 kilomètres par heure environ) se faisait facilement dépasser par des baidarkas chargés de morues à ras bord. Ces observations soulèvent la question : pourquoi les baidarkas étaient-ils si rapides ?

La conception de l'étrave bifide contribuait significativement à cette performance. Les proues dont la partie inférieure était retroussée induisaient-elles aussi des effets d'« annulation de phase », utilisés aujourd'hui dans les bulbes d'étrave des pétroliers ? Quand un objet en mouvement pousse une surface vers le bas, il produit une onde qui commence par une crête, mais s'il exerce une pression vers le haut, il produit une onde qui commence par un creux. Grâce au bulbe, les deux systèmes d'ondes s'annulent mutuellement, et les pétroliers font des économies notables de carburant, aux vitesses auxquelles ils avancent. Il est plausible que la conception de la baidarka anticipait ces principes.

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Une autre hypothèse pour la vitesse et la résilience du baidarka réside dans sa structure élastique qui encaissait sans faillir le martèlement de la mer. Sa souplesse, autant que sa vitesse, attira l'attention des Russes. « Au départ, je n'aimais pas ces pirogues en peau, à cause de leur élasticité. » Dans les anciens modèles, cette souplesse venait notamment de pièces en ivoire, que les Russes nommèrent kostochki. L'anthropologue Joseph Lubischer, le kayakiste Chris Cunningham et d'autres chercheurs en ont découvert dans un baidarka retrouvé à Unalaska en 1826. Les radiographies de ce kayak révélèrent la présence de pièces en ivoire articulées, qui équipaient de nombreux joints.

La Flexibilité Énigmatique : Une Interaction Optimale avec les Vagues

Certains supposent que la flexibilité des baidarkas diminuait la quantité d'énergie que les pagayeurs devaient fournir pour les faire avancer. Selon cette hypothèse encore débattue, cette énergie serait minimale si le kayak se déformait en phase avec les vagues. Lorsqu'il arrive dans le creux d'une vague, ses extrémités montent tandis que sa partie centrale descend, et inversement lorsque le kayak arrive au sommet d'une vague. Deux points nommés des nœuds, restent fixes entre les extrémités et la partie centrale, pendant cette déformation « verticale binodale ». Des déformations du kayak non synchronisées avec les vagues produiraient des secousses similaires à celles qu'on ressent en roulant en voiture sur des nids-de-poule.

La période de la déformation du kayak dépend de la répartition des masses en son sein et détermine son interaction avec les vagues. Comme les Aléoutes ne pouvaient pas modifier la période des vagues, ils accordaient peut-être la période de déformation des baidarkas à l'aide de pierres. En 1741, des membres de l'expédition menée par Vitus Behring ont rapporté que les Aléoutes transportaient des pierres de lest à l'avant et à l'arrière de leurs kayaks. En changeant la répartition des pierres, les pagayeurs auraient modifié l'amplitude de la déformation du kayak sur la vague et auraient synchronisé cette déformation avec les vagues. On peut aussi supposer que les Aléoutes construisaient des baidarkas flexibles pour éviter qu'ils ne se cassent. Le baidarka, qui fut perfectionné pendant plus d'un millénaire, reste un fleuron de sa catégorie. De la proue à la poupe et de la charpente au revêtement en peau, le baidarka a évolué en accord avec les lois de l'hydrodynamique. Le mystère du kayak aléoutien ne réside pas seulement dans les principes qui sous-tendent sa conception, mais aussi dans sa capacité à apporter une solution synthétique à des problèmes divers.

Les chasseurs aléoutes possédaient également une force physique exceptionnelle. On sait que ces chasseurs avaient des bras très puissants. Steve Bezezekoff, un chasseur de l'île d'Umnak, cassa le dynamomètre avec lequel on voulait mesurer sa force, car la traction qu'il exerça sur l'appareil était bien supérieure à la valeur maximale de l'échelle de mesure. Les os des chasseurs aléoutes témoignent également d'une force supérieure à la moyenne : un humérus aléoutien mis au jour en 1950 présente la plus grande rugosité jamais enregistrée chez un être humain, à cause des traces longitudinales que les insertions musculaires y avaient creusées. Les humérus des Russes contemporains des Aléoutes sont plus fins.

Le modèle de kayak à proue en forme de gueule ouverte, malgré ses avantages, disparut rapidement après l'arrivée des Russes. Plusieurs théories tentent d'expliquer cette disparition. Ces embarcations rapides menaçaient-elles les colons, victimes, au début de leur installation, de plusieurs massacres de la part d'Aléoutes mieux équipés ? Les sorties en mer pour chasser la loutre s'allongeant, les kayaks à proue fendue rencontraient-ils plus de varech, où ils s'empêtraient ? La construction et le rassemblement d'immenses flottes de chasse évitèrent-ils les poursuites individuelles de loutres ? Minimise-t-il les turbulences dans son sillage ? Et quelles vitesses atteint-il ?

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Principes Généraux de la Conception des Kayaks de Mer

Pour les passionnés de navigation, de voile ou de plaisance, comprendre la structure d’un bateau est essentiel. Le comportement d'un kayak (au vent, courant, mais aussi par mer calme) et sa stabilité varient en fonction de divers paramètres : ses dimensions, proportions, la forme de sa carène, etc.

Longueurs et VolumesLa longueur est un facteur déterminant : en général, un kayak plus long sera plus stable et plus directif. Sa vitesse maximale théorique sera plus élevée, le plafonnement surviendra à une vitesse supérieure, moyennant d'apporter la puissance suffisante. Sa vitesse de croisière pour la même énergie fournie de pagayage sera plus faible (vrai pour des petites variations autour d’une longueur de 5m). Sur le marché, il y a trois tailles (16, 17 et 18 pieds soit <5m, 5,20 et 5,50m) qui correspondent grosso modo à trois types de programmes pour un kayakiste : jeu, jeu/rando (polyvalent), rando.

Le volume du bateau non immergé définit sa prise au vent. Un volume se choisit en fonction du kayakiste, selon son gabarit. Si le volume non immergé est important, il engendre une prise au vent et freine le bateau par vent de face, le fait dériver par vent latéral. Cependant, le volume non immergé permet aussi de limiter d'enfourner lors des surfs sur vagues courtes et grosses conditions. Cela explique les volumes importants (> 360L) rencontrés sur des kayaks dits "day boat".

Le chargement a également un impact : certains kayaks ont des comportements différents selon qu’ils sont chargés ou non. Il est intéressant pour charger du matériel encombrant d’avoir des grandes trappes. En général, les kayakistes français choisissent toujours un bateau trop volumineux au départ, pensant faire de grandes randonnées alors qu’ils utilisent plus souvent leur kayak à la journée. Du volume implique un bateau avec plus de prise au vent, moins de maniabilité et donc moins appréciable à la journée. Il faut bien intégrer le fait que partir en randonnée 2 jours ou 1 mois implique d'emporter les mêmes équipements ou presque : bivouac, pharmacie, vêtements, réparation, petits accessoires. Ce qui va changer, c'est l'autosuffisance en eau/nourriture.

Forme de la Carène et StabilitéEn général, une coque à fond plat donne un kayak plutôt stable (bonne stabilité primaire) mais moins véloce. Une coque à bouchain aura souvent une stabilité primaire moyenne et une stabilité secondaire correcte. Une forme arrondie limite la surface humide, donc les frottements ; elle est donc favorable à une bonne glisse du kayak (facteur prépondérant à 4 nœuds). Une forme complètement ronde engendre une faible largeur à la flottaison, ce qui la rend instable à l'arrêt. Les coques à bouchains vifs ont une gîte très marquée, potentiellement plus efficace et plus simple à utiliser que les bouchains arrondis car la gîte est très franche. Toutefois, c’est une histoire de goût car les deux fonctionnent aussi bien pour tourner.

Pour beaucoup, kayak signifie instabilité, on croit qu'on va forcément se retourner dès qu'une vague nous effleure. En fait, les kayaks de randonnée sont stables et même, pour certains, très stables. Il est possible de remonter à bord de son kayak en mer et sans aide extérieure. Cela est vrai pour un bon nombre de kayaks (Skyros, Bélouga 1 et 2, Laser, Kodiak, Seayak, Arktika, Miwok, etc. et même Catchiky chargé avec un peu de technique - mer pas trop formée pour ce dernier), la liste n'est pas exhaustive. On peut même se tenir debout dans l'hiloire (trou d'homme) de certains. Même ceux qui sont plus fins, et donc moins stables, s'apprivoisent assez rapidement (nous parlons ici de kayaks de randonnée ; les kayaks de mer de course sont nettement plus instables !). L'esquimautage n'est pas forcément une technique à maîtriser avant de partir en voyage avec un kayak. Mieux vaut connaître les techniques de sécurité de groupe.

Étraves Modernes et Évolution des DesignsL'étrave influence directement l’hydrodynamisme du bateau, tandis que la proue détermine la résistance à l’avancement et la capacité du bateau à fendre les vagues. Les étraves acérées et inversées, comme celles des nouveaux modèles de bateaux Highfield ADV 7 ou Salpa Soleil 24.5, adoptent des formes plus fines et plus profondes, améliorant la pénétration dans l’eau et réduisant la consommation de carburant. Les bulbes d’étrave, autrefois réservés aux grands navires, se démocratisent sur les bateaux de plaisance pour optimiser l’hydrodynamisme. Depuis 2020, sur les voiliers de course au large et maintenant quelques croiseurs, les étraves scow se démocratisent, notamment grâce à des architectes comme David Raison, pionnier du concept en course au large. Les chantiers navals, comme IDB Marine ou Sailscow, misent sur cette technologie pour leurs nouveaux modèles, répondant à une demande croissante de la part des plaisanciers et des coureurs. L’étrave en scow se reconnaît à sa forme très large, presque ronde, inspirée des voiliers des Grands Lacs américains du XIXe siècle. Elle offre une stabilité accrue, la gîte étant fortement réduite, ce qui améliore la sécurité et le confort à bord, surtout par mer agitée. Les étraves scow améliorent les performances au près et au bon plein, en réduisant la traînée et en limitant l'enfournement dans les vagues. Toutefois, à faible allure, la forme large peut creuser sa propre vague, ce qui génère une traînée supplémentaire. La maîtrise du devis de poids est cruciale.

Une étrave bananée ou gironnée (le nez qui remonte) tapera moins dans les vagues qu’une étrave très verticale et une ligne tendue.

Matériaux et Construction : Un Éventail de Choix

La construction d'un kayak de mer dépend fortement des matériaux utilisés, chacun offrant des propriétés distinctes en termes de rigidité, poids, résistance et facilité de réparation.

Plastique (Polyéthylène - PE)Le plastique ne se répare pas de manière simple, est moins rigide, plus lent, plus lourd et se déforme vite, mais craint assez peu les chocs. La faible rigidité du PE oblige les designers à augmenter largeur et hauteur, ce qui rend généralement ces coques en PE plus lentes. Pour les polyéthylènes, il est possible de réparer les PP et PE en automobile (pare-choc) à la baguette ou, pour une petite réparation, avec une tresse de renfort et un bi-composant. Il faut être très attentionné et "maniaque" lors des réparations, et idem pour les remettre en forme : souffler/chauffer et refroidir aussitôt (intensité et distance de l'appareil) pour les déformations sans cassure. Certains fabricants ont même mis au point des baguettes de couleurs. Les réparations des petits accros sont possibles mais ce n'est quand même pas évident. Il faut avoir le "lester" à 600 € qui va bien. La question de recoller une cloison étanche reste sceptique, car il y a très peu de moyens de coller sur du PE. Une petite expérience de réparation sur PE de rivière a consisté à coller par l'intérieur (le trou d'usure était situé sous le siège) une plaque de PE au moyen d'une colle polyuréthane. Dans le domaine de l'eau vive, il y a des gars et des entreprises capables de faire du beau boulot propre avec des "pistolets thermiques" et autres lesters.

Fibre (Verre, Carbone, Kevlar)La fibre est le matériau le plus fréquent pour les kayaks de mer et elle se répare très bien. Les fibres utilisées sont la fibre de verre (le plus fréquent et le moins cher), le carbone et le mélange kevlar-carbone. Des résines résistantes à l'eau, avec de bonnes adhérences et propriétés mécaniques, telles que le polyester isophtalique, ou mieux l'époxy voire le vinylester, sont préférées. Il est préférable d'opter pour des collages propres plutôt que des fixations par visserie. Le collage pont/coque doit être réalisé proprement à l'intérieur et à l'extérieur avec une bande large (50mm minimum). Le collage de l'hiloire est identique au collage pont/coque, avec un collage intérieur et extérieur.

Bois et Bois & ToileLe bois est très léger et super facile à réparer. Il y en a peu de commercialisés ; il faut le fabriquer le plus souvent. Les bateaux en bois et toile sont les plus traditionnels, puisqu'ils sont proches des kayaks en bois et peau des origines. Ils offrent donc des sensations différentes car ils sont souples, flexibles. Pour quelqu’un qui veut se consacrer au roll par exemple, c’est le top. La toile est à entretenir régulièrement pour conserver une étanchéité.

Ergonomie et Fonctionnalité : L'Interface Kayakiste-Embarcation

La conception intérieure et les équipements d'un kayak de mer sont cruciaux pour le confort, la sécurité et l'efficacité du pagayeur.

Hiloire et AccèsLa forme et la taille de l'hiloire (le trou d'homme) définissent la facilité d’accès à bord, mais aussi les calages. Le volume du bateau non immergé permet aussi de limiter d'enfourner lors des surfs sur vagues courtes et grosses conditions. Cela explique les volumes importants (> 360L) rencontrés sur des kayaks dits day boat.

Calages et ConfortTous les kayaks n'intègrent pas de calages dans leur construction. Dans ce cas, il est aisé d'ajouter des calages en mousse afin de bien solidariser le bas du corps avec le bateau, ce qui est particulièrement vrai pour une pratique "joueuse". Pour une pratique de randonnée ou de propulsion, où les jambes doivent rester libres et pouvoir être reposées facilement, les calages sont moins recherchés. Les cales-pieds ne sont pas tous aussi solides. Pour le réglage, les modèles que l'on peut régler en navigation sont appréciés (premier modèle sur la photo) et non ceux avec un système de pression derrière le cale-pied qui ont tendance à se gripper avec le sable (deuxième modèle sur la photo). Il existe des cales-pieds unis qui recouvrent tout le fond du cockpit (quatrième modèle en photo).

Flexibilité du PontIl est intéressant en kayak d'avoir une grande marge de flexibilité sur le pont arrière et avant, notamment pour la pratique de l'esquimautage. Lors de l'embarquement dans un kayak, il est courant de vérifier si l'on peut s'allonger complètement sur le pont avant et sur le pont arrière. Certains bateaux "très confortables" ne permettent pas de s'allonger en arrière faute d'un dosseret trop "confort". Il existe aussi des modèles où il n'est pas aisé de placer sa pagaie le long de la proue faute d'un gros volume ou d'une mauvaise ergonomie. En observant les kayaks de mer, on se rend compte que les fabricants issus de la rivière, où le calage est primordial, ont des conceptions de confort optimisées.

Trappes et ChargementC’est avec les trappes qu’on charge son bateau. Il est donc intéressant, pour charger du matériel encombrant, d’avoir des grandes trappes. Comme pour l’hiloire, la trappe ronde est plus étanche dans le principe que la trappe ovale. L’accastillage en trappe prend du poids, pour du dayboat, c’est donc plutôt à bannir.

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