L’éveil aquatique est une activité particulièrement stimulante et bénéfique pour les bébés. Ces dernières années, un accessoire a captivé l’attention des parents à travers le monde, de la Chine aux États-Unis, en passant par l'Europe : la bouée de cou pour nourrissons. Phénomène venant tout droit d’Asie, la bouée de cou du nourrisson a fait fureur cet été et a séduit plus d’une famille dans les piscines estivales. Positionnées autour de la nuque, elles permettent aux bébés de batifoler dans l’eau, même sans savoir nager. Cependant, le dispositif fait déjà peur à certains parents qui n’apprécient guère l’idée de voir leurs petits « pendus » par le cou, tête hors de l’eau et les membres ballants par dessous. Si le produit semble présenter de nombreux avantages, tels que le maintien de l’enfant à la surface de l’eau par le cou, le reste du corps restant immergé, les professionnels de santé se montrent sur la défensive et appellent à la plus grande vigilance.
La prolifération d'une tendance controversée
Les photos publiées sur Internet par certains parents adeptes du dispositif ne sont pas franchement rassurantes. On y voit les bébés, visages figés emprisonnés dans ces baudruches multicolores. Les jeunes parents font désormais partie d’une génération qui considère les réseaux sociaux comme une évidence, et il n’hésitent pas à poster des photos, toutes plus mignonnes les unes que les autres, de leurs enfants. Adorables ou ridicules, ces photos révèlent surtout une pratique dangereuse, dont s’inquiètent les médecins.
Le concept de la « bouée collier » pour bébé est simple : elle maintient l’enfant à la surface de l’eau, par le cou, le reste du corps étant immergé. À première vue, l’idée semble séduisante : les partisans de cet accessoire, venu de Chine, expliquent qu’il s’agit d’offrir un moment de détente au bébé, de faire retrouver à des tout-petits des sensations proches de celles du ventre maternel, en apesanteur dans un milieu aquatique, dans une eau à 36 °C. On a ainsi vu se développer, dans le monde entier, des États-Unis à l’Australie, des « baby spas » proposant des séances aquatiques pour les petits, avec ces bouées tours-de-cou. L’accessoire a aussi débarqué en France et on peut facilement se le procurer sur des sites de vente en ligne.
Mises en garde des experts et spécialistes médicaux
Face à l’engouement de nombreux jeunes parents, les spécialistes en pédiatrie et ostéopathie s’inquiètent de son utilisation. Pour le professeur de pédiatrie américain Kyran Quinlan, du Rush University Medical Center de Chicago, les bouées de cou sont « des pièges mortels potentiels ». Interrogé par des médias américains, il a précisé : « C'est effrayant de savoir que votre enfant n'est qu'à une couture mal scellée de la noyade. » C’est d’ailleurs le premier risque déploré par les médecins : que la bouée se dégonfle ou se troue sans que les parents ne s’en aperçoivent, et que la sécurité du bébé soit mise en péril.
La bouée, en principe utilisable par des bébés de plus de 4 mois, fait en effet polémique. Si le dispositif laisse, en effet, une grande mobilité des jambes et des mains, il présente au moins deux énormes défauts : comme toutes les bouées, il se dégonfle rapidement ; il peut, en outre, facilement se trouer et mettre en péril la sécurité des petits. L’Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) soulignait en 2016, avant l'apparition des bouées de cou, que la bouée « classique » était le « moins sécuritaire » des « systèmes de flottaison ». Selon l'AFPA, l’enfant peut se retrouver la tête en bas et ne peut alors pas se retourner.
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Incompatibilité avec le développement moteur et aquatique
Au-delà des risques de dégonflement, l'accessoire est jugé inadapté par de nombreux experts. Le Britannique Kaylë Burgham, professeur de natation à la Swimming Teachers Association, estime cet accessoire incompatible avec le bon développement de l’enfant. Selon lui, l’apprentissage des activités aquatiques doit être « basée sur le contact humain ». Le bébé a besoin des bras de ses parents plus que d’un quelconque dispositif pour « explorer l’eau dans un environnement sûr, détendu et amusant ».
L’ostéopathe Alexandra Richard souligne une autre problématique : « D’un point de vue physiologique, la bouée ne s’adapte pas à tous les nourrissons. » Elle précise : « Elle condamne aussi le bébé à avoir la tête en élévation, ce qui restreint complètement son champ de vision. » L’enfant ne peut donc pas voir son corps ni faire de grands mouvements de tête, ce qui n’est pas très rassurant pour certains. Par ailleurs, la position à la verticale imposée par ces bouées empêche complètement de faire des gestes efficaces pour apprendre à nager. Si la bouée de cou remplit la fonction de maintenir la tête hors de l'eau, elle ne permet cependant pas à l'enfant de se déplacer de manière autonome.
Les risques liés à une utilisation inappropriée
La bouée de cou pour bébé n’est potentiellement dangereuse que lorsque l’adulte les manipule. Un mouvement plus ou moins brusque peut crisper l’enfant et le bloquer au niveau du cou. De plus, il faut veiller à n’acheter que du matériel de flottaison conforme aux normes européennes (avec le logo CE). Si certaines bouées sont gonflables, d’autres sont rigides. L’ostéopathe remet en question les matériaux utilisés : « Le plastique est assez dur et peut irriter la peau des plus fragiles. » Quant à la version gonflable, le risque - qui fait frémir - est qu’elle se dégonfle.
Il existe également un faux sentiment de sécurité. La bouée laisse croire aux parents que le bébé peut rester dans l’eau en toute autonomie. Or, ce type de bouée ne doit pas être utilisé dans une baignoire, qui n’est pas assez profonde. Ce conseil s’applique également pour la pataugeoire à la piscine : l’enfant doit être dans un bassin où il n’a pas pied, et, bien sûr, sous la surveillance constante des parents. Attention, la mer n’est pas le lieu idéal non plus : « Le mouvement des vagues pourrait dissocier le corps de la tête du bébé », prévient sans ménagement l’ostéopathe. L’enfant ne doit jamais rester seul, quel que soit le dispositif utilisé.
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