La gestion des voiles d'avant à bord d'un voilier est une composante essentielle de la navigation, impactant à la fois la performance, le confort et la sécurité. Historiquement, cette tâche impliquait des manœuvres complexes sur la plage avant, souvent fastidieuses et potentiellement dangereuses, surtout par vent fort. Cependant, depuis le début des années 80, l'adoption généralisée de systèmes d'enroulement a révolutionné cette pratique, rendant l'utilisation des voiles d'avant accessible et aisée pour un large éventail de plaisanciers. Le terme communément employé est "enrouleur", mais il existe plusieurs familles de produits, parmi lesquelles les enrouleurs manuels, les emmagasineurs, les stockeurs et même les hooks. Tous ont vocation à aider le plaisancier dans la gestion des voiles d’avant, en optimisant et adaptant la surface de voile en enroulant ou déroulant les différentes voiles depuis le cockpit, en fonction des conditions météorologiques rencontrées. Pour de nombreux plaisanciers, les nuances entre ces systèmes ne sont pas toujours claires. Comprendre leurs différences fondamentales et leurs spécificités est crucial pour faire un choix éclairé, adapté à son programme de navigation et à ses exigences.
L'Enrouleur de Génois : Le Dispositif Essentiel pour la Croisière
L'enrouleur est aujourd'hui un équipement quasiment standard sur la plupart des voiliers de croisière. Ce dispositif reste à poste mais, contrairement aux idées reçues, n'est pas structurellement lié au mât. Il est en effet monté sur l'étai de votre bateau, ce dernier passant dans les gaines de l'enrouleur. Un système est dit structurel à partir du moment où il participe à la tenue du mât. Or, l’enrouleur manuel (ou motorisé) n’est pas structurel en soi, mais il intègre l’étai principal de votre voilier. Ainsi, si par mégarde, vous enlevez l’axe haut ou bas de votre enrouleur, votre mât ne tardera pas à tomber vers l’arrière, car l’étai qu’il contient assure la tenue vers l'avant du voilier. L’enrouleur étant perpétuellement en place, la voile d’avant principale, généralement le génois, y est donc également perpétuellement à poste. Il est possible de descendre cette voile pour une réparation ou un hivernage, mais cela demande toutefois un peu de temps et d’efforts.
Le fonctionnement d'un enrouleur de génois repose sur plusieurs composants clés. Il se compose d'un tambour à la base de l'étai, où est stocké le cordage (ou la sangle) d'enroulement. Ce tambour permet d'enrouler la voile en tirant sur la bosse d'enroulement, action qui peut être réalisée depuis le cockpit, offrant un confort et une sécurité appréciables. L'étai passe à travers un système de profils en aluminium creux, qui sont reliés les uns aux autres par un système d'éclisses. Un émerillon en tête, coulissant le long de ces profils, permet de hisser et d'affaler la voile. Une fixation haute pour le mât et une fixation basse pour le pont (cardans) complètent l'ensemble. Sur un enrouleur, une rotation d’un tour de la tourelle (en bas) implique toujours un tour de l’émerillon (en haut). Quelles que soient les conditions, les profils aluminium transmettent systématiquement un effort appliqué du bas vers le haut, ce qui permet un enroulement uniforme de la voile.
L'un des principaux avantages de l'enrouleur réside dans la possibilité de réduire progressivement la surface de la voile en fonction des conditions météorologiques. Cette capacité à "prendre des ris" est essentielle pour adapter la voilure aux variations de vent, facilitant la navigation et évitant d'avoir à changer de foc sur le pont. Fini d'aller changer de foc sur la plage avant quand le vent monte, il suffit de le rouler en restant à l'abri dans le cockpit. Seul l’enrouleur manuel de génois ou l’enrouleur motorisé de génois permettent de réduire partiellement la voile, une notion d’enroulement partiel cruciale à bord d’un voilier, particulièrement si les conditions météorologiques se détériorent.
Cependant, il est important de noter que pour un puriste, la voile n’a pas une forme optimale lorsqu’elle est partiellement enroulée et le grammage de la voile n’est pas adapté à toutes les forces du vent. Une fois roulé, le génois forme une grosse poche difficilement résorbable ; trop creux, il devient trop puissant. C'est ainsi qu'apparaissent des solutions complémentaires comme l'utilisation de trinquettes, souvent également sur enrouleur. Quand le vent monte, on roule le génois pour dérouler la trinquette, plus petite et plus plate, offrant une très bonne solution. Dans ce contexte, l'enrouleur ne sert alors plus que de système de rangement de la voile, fonctionnant sur un mode "tout ou rien" pour le génois lui-même.
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La durabilité et la facilité de manœuvre d'un enrouleur dépendent fortement de la qualité de ses composants. La qualité des roulements, par exemple, conditionne la légèreté de manœuvre après des années d'utilisation. Des marques de référence comme Furlex, Profurl, Harken et Selden proposent des enrouleurs réputés pour leur fiabilité. Un exemple notable est le système d’enrouleur MKIV Ocean de Harken, conçu pour être simple et abordable tout en bénéficiant de la même longévité que les modèles Harken MKIV et de roulements à billes à rotation libre quasiment sans entretien. Ses profils ronds affichent une grande longévité grâce à leur fabrication en aluminium anodisé transparent. Les connecteurs de profils sont extrêmement solides et résisteront à des années de contraintes en torsion, tandis que le tambour monobloc, le flasque et le panier sont moulés en composite, un matériau mieux adapté que le métal car il ne se déforme pas. Ces caractéristiques garantissent la capacité à réduire et augmenter rapidement la surface de voile afin de maintenir l’équilibre et la vitesse du bateau.
L'Emmagasineur : Pour une Flexibilité Accrue des Voiles Volantes
Contrairement à l'enrouleur de génois qui intègre l'étai principal, l'emmagasineur n'a pas de vocation structurelle. Il peut donc être enlevé ou remis sans se soucier de la tenue de votre mât. L'emmagasineur est principalement utilisé pour les voiles supplémentaires, souvent appelées "voiles volantes", qui ne sont pas endraillées de manière permanente. Ces voiles, telles que les gennakers, les génois légers (Code 0), et les spis asymétriques, ne sont pas endraillées mais sont équipées d’un câble anti-torsion reliant la tourelle et l’émerillon.
L'emmagasineur se compose uniquement d'une tourelle et d'un émerillon, sans les profils en aluminium creux que l'on trouve sur un enrouleur. La pièce de liaison qui transmet le mouvement d'enroulement est un cordage ou un câble anti-torsion intégré dans le guindant de la voile et installé par le maître voilier. L'élément de transmission des efforts est le câble anti-torsion. Aussi performant soit-il, ce cordage ou ce câble textile ne sera jamais aussi efficace qu’un profil aluminium (inox, titane ou carbone). C’est la raison principale qui explique pourquoi il est impossible de prendre un ris dans son génois avec un emmagasineur : une voile sur emmagasineur s’utilise donc uniquement totalement déployée, c’est un système "tout ou rien".
Une autre particularité de l’emmagasineur est que son système d’enroulement est majoritairement une roue crantée équipée d’un cordage en boucle, au lieu d’un tambour équipé d’une seule ligne de cordage. Plusieurs raisons justifient ce choix : premièrement, l’emmagasineur doit rester un équipement léger et compact pour profiter d’une surface de voile maximale et être facile à installer, le poids et l’encombrement étant des critères de choix importants. Deuxièmement, il arrive parfois sur un enrouleur qu’il manque quelques tours de cordage pour finir d’enrouler la voile, obligeant à intervenir rapidement sur la plage avant. Ce phénomène reviendrait encore plus fréquemment si un tambour était utilisé sur un emmagasineur.
Puisque le génois sur enrouleur est par définition toujours en place, l'utilisation d'un emmagasineur pour enrouler une voile complémentaire est une pratique courante. Une voile sur emmagasineur est habituellement rangée après chaque utilisation, c'est d'ailleurs pour cette raison qu'on parle parfois de voiles volantes. Dans la pratique, la voile peut rester en place pendant plusieurs heures ou plusieurs jours. L'ajout de ces voiles supplémentaires vise à améliorer les performances du voilier et le confort de navigation. En effet, un simple génois sur enrouleur, bien qu'efficace, ne pourra pas toujours être parfaitement adapté à toutes les situations. Par vent faible au près, une voile plate plus grande et plus légère comme un Code 0 éviterait de démarrer le moteur. Au portant, une voile plus grande et beaucoup plus arrondie qu’un génois, telle qu'un Gennaker ou un Spi asymétrique, permettrait d’aller plus vite et d’éviter un roulis désagréable. Enfin, par vent trop fort, une voile plus petite comme une trinquette ou un tourmentin serait mieux adaptée que le génois partiellement roulé qui travaillerait mal, faseyera et se détériorera rapidement.
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Pour les voiliers de course, la quasi-totalité des voiles est sur emmagasineur, et il peut y en avoir un grand nombre. Cependant, un seul emmagasineur peut être utilisé pour plusieurs voiles s'il est suffisamment dimensionné pour la voile la plus puissante (généralement une trinquette ou un Code 0). Pour un voilier de croisière, les voiles les plus fréquemment utilisées avec un emmagasineur sont le gennaker, facile à utiliser entre le vent de travers et le portant, et le spi. Le spi, souvent considéré comme le cauchemar de nombreux plaisanciers, est pourtant la voile la plus efficace par vent arrière. Il peut être installé à la volée, avec une chaussette, ou avec un emmagasineur. Le plus courant est l’emmagasineur de spi « Top Down », adapté aux spis asymétriques. Ce système, doté d'un émerillon sur la partie basse, permet d’enrouler le spi d’abord par la partie haute, ce qui a pour effet d’étouffer le spi sans effort, quelles que soient les conditions météo et l’allure du voilier. Le Code 0, un grand génois fabriqué avec un tissu léger, est quant à lui utilisé au près, bon plein ou travers, et est soumis à des efforts importants nécessitant des tissus techniques. La trinquette, unique voile installée entre le génois et le mât, peut également être utilisée avec un emmagasineur, remplaçant un étai larguable en inox par un câble textile anti-torsion beaucoup plus léger et amovible.
Chaque voile destinée à être emmagasinée doit être équipée d’un anti-torsion dans son guindant, à l'exception du spi où le câble anti-torsion est externe et sert uniquement de support d’enroulement. Karver est une référence mondiale pour l’accastillage des voiliers, et leurs emmagasineurs KF sont un produit phare, utilisés par la majorité des IMOCA. La dernière version, dites KF V3, est particulièrement innovante avec une roue crantée en carbone kevlar et des évolutions en fibres de lin (version Eco Concept).
Distinctions Fondamentales et Cas Particuliers
Pour bien différencier ces systèmes et les sélectionner selon vos besoins, il est essentiel de comprendre leurs différences fondamentales.
1. Nature Structurelle :La première différence fondamentale réside dans leur relation avec l'étai. L’enrouleur intègre l’étai principal de votre voilier, ce qui signifie qu'il est structurel et participe à la tenue du mât. À l'inverse, l’emmagasineur n’a pas de vocation structurelle et vous pouvez l’enlever ou le remettre sans compromettre la tenue de votre mât.
2. Capacité de Réduction de Voilure :C'est la deuxième différence fondamentale. Seuls l’enrouleur manuel de génois ou l’enrouleur motorisé de génois permettent de réduire partiellement la voile, une capacité primordiale pour s'adapter aux conditions météorologiques changeantes et "prendre des ris". Les autres familles de produits, comme les emmagasineurs et les stockeurs, fonctionnent en mode "tout ou rien", c'est-à-dire que la voile est soit entièrement déployée, soit entièrement enroulée. La raison en est que l'emmagasineur transmet les efforts via un câble anti-torsion, moins rigide qu'un profil aluminium, ce qui ne permet pas un enroulement uniforme sous charge partielle.
3. Composition et Mécanisme d'Enroulement :Quel que soit la marque de votre enrouleur, vous retrouverez systématiquement les mêmes éléments : une tourelle, des profils en aluminium creux dans lesquels passe l’étai principal, et un émerillon coulissant. L’étai est donc captif à l'intérieur du système. L’emmagasineur, lui, n’est composé que d’une tourelle et d’un émerillon, mais sans profil en aluminium. La liaison est assurée par un cordage ou un câble anti-torsion intégré à la voile.
4. Permanence à Poste et Type de Voile Associée :L'enrouleur est installé de manière définitive et est conçu pour le génois, une voile avec ralingue qui reste à poste. Les voiles sur emmagasineur sont des voiles volantes (gennaker, Code 0, spi asymétrique, trinquette) qui, bien que pouvant rester en place quelques jours, sont habituellement rangées après chaque utilisation.
Au-delà de ces deux catégories principales, existent des cas particuliers et des systèmes spécifiques :
- Le Stockeur (ou Emmagasineur Structurel) : Identique à l'enrouleur dans sa permanence à poste, le stockeur reste également sur un étai et intègre l'étai, le rendant structurel. Cependant, contrairement à l'enrouleur, il ne permet pas la réduction de voilure partielle. C'est un système "tout ou rien". Il est équipé au choix d'un tambour (comme un enrouleur) ou d'une galette (comme un emmagasineur). Ce système permet d’avoir un ensemble extrêmement léger et d'enrouler la voile, mais l'inconvénient majeur est qu'il n’est toujours pas possible de l’utiliser partiellement.
- Le Tuff Luff : Certains voiliers de course ou performants recherchent les systèmes les plus légers possibles pour éviter des poids inutiles dans les parties hautes du mât. Le Tuff Luff est un profil en plastique d’une seule pièce sur lequel est installée une voile munie d’une ralingue. L’étai passe dans une des goulottes. Attention, ce système ne permet pas d’enrouler une voile, il s'agit d'un système de changement rapide de voile.
- Le Hook : Le hook émerillon de voile d’avant a été initialement développé pour les bateaux de course au large comme les IMOCA ou les Class 40. Il occupe une place à part, car il doit être associé à une tourelle d’emmagasineur (par exemple, NEX Profurl). Il permet également d’enrouler des voiles volantes et, surtout, une fois la voile enroulée, de l'affaler en décrochant le hook, offrant une polyvalence et une sécurité accrues pour les manœuvres.
Choisir et Optimiser : Adapter le Système à Votre Programme de Navigation
Le choix entre ces différents systèmes dépendra étroitement de votre programme de navigation et de vos priorités. Plusieurs questions fondamentales guideront cette décision : Quelle est la voile que je souhaite enrouler ? Quel est mon programme de navigation ? Est-ce que je souhaite enrouler partiellement ? Est-ce que j’ai besoin d’un système structurel ?
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Si vous vous destinez à un programme de croisière, le confort et la sécurité sont souvent les maîtres-mots. Un enrouleur manuel ou motorisé de génois ou de trinquette sera une option privilégiée. Il vous permettra de réduire la voilure sans quitter le cockpit, un atout inestimable par mauvais temps ou avec un équipage réduit. La notion de sécurité et de confort est primordiale pour de nombreux plaisanciers, et l'enrouleur y contribue grandement.
Les voiles à utiliser avec un enrouleur doivent être adaptées. Pour obtenir les meilleurs résultats, il est recommandé d'utiliser une voile conçue spécifiquement pour être arisée avec votre enrouleur. Ces voiles de ris doivent être conçues pour offrir un bon profil entre 5 et 40 nœuds. L'optimisation du profil de la voile peut également être réalisée en augmentant ou en réduisant la tension de la drisse et en déplaçant le chariot d’écoute de génois. Les navigateurs expérimentés sont souvent équipés d’un tourmentin, car même la meilleure voile polyvalente peut se révéler inefficace une fois arisée dans des vents forts. Un tourmentin est crucial pour la navigation au large en cas de tempête, tandis qu'un grand génois léger offrira un plaisir de navigation accru par vent faible.
Il est tout à fait possible d'utiliser de vieilles voiles avec un nouvel enrouleur de génois. Votre maître-voilier pourra les modifier en retirant les mousquetons et en ajoutant une ralingue pour qu'elles glissent dans les profils de l'enrouleur. Les grandes voiles devront peut-être être raccourcies pour faire de la place à l’émerillon de drisse. Lors de l'achat d'une voile neuve, il convient de choisir une voile conçue pour différentes conditions de vent, suffisamment puissante pour faire avancer le bateau par vent faible et sur une mer clapoteuse, mais assez plate pour pouvoir naviguer lorsqu’elle est réduite en conditions difficiles. Des dispositifs modernes comme le rattrapage de creux en mousse ou cordage peuvent améliorer le profil des voiles.
L'installation d'un enrouleur, comme le Harken MKIV Ocean, a été pensée pour être la plus simple possible, permettant même une auto-installation. Dans la plupart des cas, les profils s’insèrent sur la terminaison à œil standard et le câble d’étai sans que vous n’ayez besoin de le couper. Après montage, il suffit de recouper le profil supérieur. Si le mât est à plat, l'enrouleur assemblé peut être fixé avant son remontage. Sur un mât debout, il est préférable de confier cette tâche aux experts et gréeurs professionnels qui se chargeront de retirer l’étai et de monter l’enrouleur assemblé. Concernant l'étai, il est recommandé de remplacer tout câble d’étai de plus de trois ans utilisé en environnement salin, et tous les cinq ans en eau douce, pour garantir la sécurité et la longévité de l'ensemble.
Des accessoires peuvent également optimiser le fonctionnement. L’écarteur de drisse Harken, par exemple, empêche les tours de drisse (de génois, spinnaker…) autour du profil. Le guide de drisse Harken, placé sur le mât, maintient la drisse contre le mât, améliorant son angle par rapport à l’émerillon afin d’éviter qu’elle ne s’enroule autour du profil. Pour la fixation inférieure, différentes solutions existent. Si votre enrouleur est équipé d’un ridoir, des kits de longues ou moyennes lattes ridoirs permettent de surélever le tambour afin de dégager le ridoir et le passage de l’ancre, réduire l’usure et améliorer la visibilité. Si un point d’amure bas est souhaité, un kit de courtes lattes ridoirs permet une fixation directe à la terminaison à œil à l’extrémité de l’étai.