Le port du voile, souvent appelé "hidjab" en arabe, est devenu un sujet de controverse ces dernières années, tant dans les pays musulmans qu'ailleurs. Malgré les preuves tangibles issues du Coran et des hadiths, de nombreuses personnes, y compris des musulmans, s'interrogent sur la légitimité du port du voile en Islam. Cet article vise à explorer les raisons de ces interrogations, l'évolution de la question du voile au fil du temps, et les différents avis religieux sur le sujet, notamment en ce qui concerne la lecture du Coran.
L'obligation du voile : fondements coraniques et hadiths
L'obligation du port du voile pour la femme musulmane croyante est un sujet qui suscite des débats, mais elle trouve ses fondements dans le Coran et les hadiths. Le verset 31 de la Sourate An-Nur (La lumière) est souvent cité : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines. » Ce verset est interprété par beaucoup comme une injonction claire aux femmes de se couvrir les cheveux et le corps.
Allah le Très-Haut a utilisé dans ce verset l’impératif comme moyen pour insister sur l’obligation du hijab de la femme musulmane. Le « hijab » de la femme dont il est question en Islam, concerne la croyante qui se trouve en présence d’hommes qui lui sont étrangers (qu’on dit en arabe : ajanib ).
Un autre verset, dans la Sourate Al-Ahzab (Les coalisés), s'adresse directement au Prophète ﷺ : « Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de serrer sur elles leurs mantes. Cela sera le plus simple moyen qu'elles soient reconnues et qu'elles ne soient point offensées. »
D’après ‘Aicha (qu’Allah l’agrée), Asma bint Abi Bakr (qu’Allah l’agrée) est rentrée auprès du Prophète صَلَّىٰ اللّٰهُ عَلَيْهِ وَسَلَّم alors qu’elle portait un vêtement léger. Le Prophète صَلَّىٰ اللّٰهُ عَلَيْهِ وَسَلَّم s’est alors détourné d’elle et a dit : « Ô Asma ! A propos de la femme voilée, le savant Ibn Baz (qu’Allah lui fasse miséricorde) a expliqué que le hidjab concerne un voile couvrant l’ensemble des parties de la femme qui doivent êtres couvertes mais qu’il ne concerne pas obligatoirement un vêtement unique, propre à toutes les femmes musulmanes. C’est-à-dire que, toutes les croyantes ne sont pas obligées de se couvrir de la même manière. Plutôt, elles doivent se couvrir d’une manière légiférée, d’un habit qui respecte les conditions du voile et qui correspond à la coutume du pays. Par exemple, les femmes en Arabie Saoudite et dans l’ensemble de la Péninsule Arabique utilisent traditionnellement la « abaya » noire, en Iran on trouve le « tchador » et au Maghreb on trouve le « aâjar » blanc.
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Ces versets et hadiths sont interprétés de différentes manières par les savants et les courants de pensée islamiques, ce qui explique les divergences d'opinions sur l'étendue et la nature de l'obligation du voile.
Sagesses et significations du voile
Il existe beaucoup de personnes et particulièrement parmi les non-musulmans qui perçoivent le voile de la musulmane comme un symbole de l’oppression de la femme et de soumission. En vérité, cet ordre divin comporte de nombreuses sagesses aussi bien pour les femmes que pour les hommes. D’abord, il préserve la femme des potentiels regards malveillants des hommes (faibles) et donc, de cette manière préserve également son honneur.
Le voile de la musulmane est une preuve de discrétion de sa part. Néanmoins, elle seule ne suffit pas. En effet, il ne convient pas à la femme de se voiler de manière convenable et d’adopter un comportement contraire à son voile. Ainsi, la femme lorsqu’elle se trouve en présence d’hommes qui lui sont étrangers doit également faire preuve de pudeur.
Le voile est perçu par beaucoup de musulmanes comme un acte d'adoration et de soumission à Dieu, une manière de se rapprocher de Lui et de Lui obéir. D’après la Sourate 51, au verset 56, Dieu dit dans le Coran : « Je n’ai créé les djinns et les hommes qu’afin qu’ils M’adorent » et porter le voile fut ma première réelle adoration car elle était la plus réfléchie. Enfin je commençais à adorer Dieu, en réfléchissant et méditant.
Le niqab et la burqa : divergences d'opinions
Le port du voile intégral, qu’on nomme aussi niqab et burqa, a souvent été et demeure encore, un sujet qui suscite des interrogations telles que : le voile est t’il obligatoire en islam ? Le statut du niqab en islam fait l’objet de divergences auprès des savants contemporains de l’Islam. En effet, certains d’entre eux comme Cheikh Ibn Baz رَحِمَهُ اللهُ et Salih Al Fawzan (qu’Allah le préserve) affirment que le voile intégral (niqab, burqa…) est obligatoire pour la musulmane. Ainsi, les savants ont donné comme explication que par le terme « rideau » il faut comprendre le vêtement qui couvre le visage ainsi que le corps de la femme en entier et que cela n’est possible qu’avec le voile intégral. En revanche, le savant Al Albani رَحِمَهُ اللهُ a expliqué dans son livre intitulé : « Le voile de la femme musulmane » qu’il n’était pas obligatoire pour la croyante de se couvrir le visage mais que cependant, cela était recommandé (que l’on dit en arabe : moustahab).
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Conditions du voile légiféré
Comme susmentionné précédemment, la loi islamique (chari’a) n’impose pas un vêtement particulier à la femme. En revanche, elle impose un certain nombre de conditions pour que son vêtement rentre dans l’acceptation de ce qu’Allah عزوجل a ordonné.
A propos de la femme voilée, le savant Ibn Baz (qu’Allah lui fasse miséricorde) a expliqué que le hidjab concerne un voile couvrant l’ensemble des parties de la femme qui doivent êtres couvertes mais qu’il ne concerne pas obligatoirement un vêtement unique, propre à toutes les femmes musulmanes. C’est-à-dire que, toutes les croyantes ne sont pas obligées de se couvrir de la même manière. Plutôt, elles doivent se couvrir d’une manière légiférée, d’un habit qui respecte les conditions du voile et qui correspond à la coutume du pays.
Le voile : tradition, culture et identité
Le port du voile n'a jamais été une obligation canonique, contrairement par exemple au jeûne du ramadan ou aux cinq prières quotidiennes. Il était d'abord un moyen de se protéger. En cela le Coran n'innove d'ailleurs pas. Le port du voile, attribut de pudeur féminine et marqueur social, est enraciné dans la culture méditerranéenne, mais aussi proche-orientale depuis la plus haute antiquité.
Précisons que, pendant très longtemps, en islam, le voile a été l'apanage des femmes de la haute société urbaine. Les paysannes n'étaient pas voilées (ce n'est guère pratique pour travailler…). Ce n'est qu'au XIXe siècle avec l'arrivée des Occidentaux et de la colonisation que le voile est devenu un enjeu politique, pour les uns le refuge d'une identité inviolable et la marque d'une résistance à l'Occident, pour les autres, le symbole d'un archaïsme (au même titre que la polygamie).
La contestation actuelle de l'Occident et surtout le prosélytisme wahhabite ont encouragé depuis une trentaine d'années les femmes à se cacher. En leur assurant que le salut passait par un morceau de tissu… Message d'autant mieux reçu par certaines qu'il était aussi un moyen de marquer sa révolte, et son identité.
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Le voile et la lecture du Coran : ablutions et pureté
Le musulman entretient une relation intime avec le Coran au quotidien qui représente la parole d’Allah. Il lui accorde une importance inestimable qui le pousse parfois à se poser des questions qui lui sont relatives. Peut-on lire le Coran sans ablution ? Voici une question que chacun d’entre nous, en tant que musulman, a dù se poser au moins une fois dans sa vie.
Cheikh Ibn Baz, rahimahoullah a été questionné à ce sujet. Puis, il a répondu qu’avoir les ablutions mineures étaient préférables mais pas obligatoires pour la lecture du Coran. Cependant, il considère que celui qui récite le Coran à partir du Moushaf doit avoir accompli les petites ablutions. Cette question fait l’objet d’une divergence auprès des gens de science. Sa sagesse l’a poussé à répondre à une autre question de jurisprudence. Il a en effet également répondu à la question de la récitation en cas d’impureté majeure. Elle correspond à l’état de janaaba en arabe. Les savants de la communauté musulmane ont divergé concernant le fait de savoir si la femme menstruée ou en période post-natale est considérée comme une personne en état de grande impureté. Dans ces cas de figure, Il évoque la longueur dans le temps de ces deux périodes. Si on devait les considérer dans un état de grande impureté, elles seraient privées des bienfaits du Coran.
Le voile : liberté de choix et laïcité
Une personne qui exercerait une contrainte religieuse sur autrui, lui imposant de porter le voile ou d’accomplir toute autre adoration, n’a donc rien compris à l’islam. Imposer à une femme de porter le voile est inadmissible, c’est l’option de toutes. Mais qu’en est-il lorsqu’il s’agit de lui imposer de le retirer ? Alors qu’en Iran certains se battent pour l’imposer, en France certains luttent pour l’interdire : ces combats sont tous deux aberrants. Chaque femme est libre de ses choix, qu’ils conviennent ou qu’ils aillent à l’encontre de l’idéologie personnelle de chacun.
Sur le site officiel du gouvernement il est possible de lire que : « la laïcité repose sur trois principes et valeurs : la liberté de conscience et celle de manifester ses convictions dans les limites du respect de l’ordre public, la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et l’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions ».
De même, en application de l’esprit de la loi de 1905 et du principe de séparation de l’Eglise et de l’État, le port du voile ne devrait pas être appréhendé de manière différente du port d’un autre couvre-chef, tels que les bonnets ou les bérets par exemple. Il est donc aujourd'hui décevant que ces polémiques concernant le voile, qui ne devraient pas être, occupent autant le débat public et les esprits en France.
Regards sur le voile : témoignages et perspectives
GAICnews a demandé à Beyza, jeune musulmane étudiante en droit, d’expliquer les raisons pour lesquelles elle a décidé de porter le voile. Pour ce qui est de l’islam, il est pertinent de citer le verset 31 de la Sourate « La lumière » du Coran : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ».
En tant que jeune femme musulmane portant le voile, j’ai fait ce choix à l’issue d’un cheminement personnel et spirituel : le port du voile doit être, à mon sens, tout d’abord perçu comme une adoration. Pour ma part, cette décision est sans doute une des décisions les plus importantes de ma vie et dont je suis la plus fière.
Kahina Bahloul, première femme imame de France, publie "Mon islam, ma liberté", aux éditions Albin Michel. Elle est l'une des rares femmes imames, la première en France. Kahina Bahloul publie "Mon islam, ma liberté", livre dans lequel elle raconte son parcours vers la religion. "À mon retour d’Algérie, j’avais fait le choix de prendre de la distance face à la pratique religieuse, car j’ai vécu le traumatisme de la décennie noire en Algérie", explique-t-elle.
"Le voile n’est pas une obligation religieuse, c’est une question d’interprétation de texte. Je n’ai aucune culpabilité, ni aucun remords, ni aucun problème" à ne pas le porter, dit-elle, "car je connais bien les textes".