Le Choix Crucial de l'Appendice de Voilier et son Impact sur la Navigation
Choisir et acheter un voilier, pour de la croisière ou de la régate, impose de choisir le type d’appendice qui équipera votre bateau. C’est-à-dire choisir entre un quillard et un dériveur, mais aussi un biquille et autres. Le choix d’un bateau étant toujours une question de compromis, vous devrez faire le choix entre la vitesse, le confort et le côté passe-partout. Vous devrez aussi faire en fonction de votre mouillage ou place de port. En effet, vous ne pourrez pas faire la même chose avec un voilier quillard à grand tirant d’eau de 2m, et un dériveur intégral pouvant naviguer, au moteur, dans 50cm d’eau. Il est vital de bien envisager toutes les situations possibles, en mer, comme au mouillage, avant de prendre cette décision.
Au fil des années, les voyageurs au long cours se divisent en deux clans : ceux qui ne jurent que par le quillard, taillé pour la haute mer, et ceux qui misent sur un dériveur pour accéder aux mouillages cachés et aux eaux peu profondes. Cette discussion, parfois surréaliste, sur le meilleur type d’appendice, révèle une divergence fondamentale dans la conception de la navigation. Le lest vient alourdir le voilier de manière à lui donner une stabilité suffisante pour l’empêcher de se retourner sous la force du vent et des vagues. Son efficacité dépend de la hauteur à laquelle il se trouve ; plus le centre de gravité du voilier est abaissé, plus ce dernier est stable. La force qu’exerce le poids du lest alliée à la poussée d’Archimède contrebalance celle du vent sur le gréement, générant ce que l’on appelle le couple de redressement du voilier. Par ailleurs, la dérive est relativement légère et modifie assez peu le centre de gravité du voilier. Cependant, c’est bien ce plan anti-dérive qui permet au voilier de ne pas déraper quand le vent le pousse par le travers, et encore plus au près. Pour que ce plan anti-dérive, constitué des surfaces de la dérive - ou de la quille - et du gouvernail, soit efficace, il faut que le voilier atteigne une vitesse critique, à partir de laquelle les filets d’eau « accrochent » le long de la dérive. Sans plan anti-dérive, même dans un port au moteur avec de la brise, vous verrez votre bateau glisser comme une savonnette sur l’eau.
Le Quillard: Performance, Stabilité et Assurance en Haute Mer
Un voilier qui a une quille sera appelé un quillard. Le quillard est le type d’appendice qui offre les meilleures performances en général. Son intérêt réside dans sa stabilité de route et sa capacité à remonter au vent en navigation. Le quillard est le bateau emblématique des grandes traversées, un navire taillé pour l'Atlantique, stable sous voilure, qui fend les vagues avec assurance. Avec sa quille fixe, idéalement profonde et lestée, il offre une assise incomparable face aux tempêtes du large. Plus le lest d’un bateau est important, et plus il est bas, plus il sera raide à la toile. Cela implique plus de confort en mer et une meilleure vitesse du bateau. C’est pour cela qu’un quillard profond, aussi appelé version GTE (Grand Tirant d’Eau), sera plus performant que sa version PTE (Petit Tirant d’Eau).
Les deux précédents paragraphes permettent de retenir que le quillard possède un plus fort couple de redressement que le dériveur. Il peut donc porter plus de toile au près sans gîte excessive et par là même développer plus de puissance. De plus, là où les lests mobiles demandent une vérification mécanique supplémentaire, un quillard fixe ne présente pas de soucis de ce type. Un quillard avec 1.60 m de tirant d’eau, ou même 1.90m comme certains, c'est beaucoup pour de nombreux plans d’eau. Quand on touche le fond, il faut gîter dur et si l’on plonge pour pousser, il faut un tuba. En mer, un quillard est généralement jugé meilleur pour sa tenue et sa capacité à affronter les conditions difficiles. Si malgré tout votre monocoque était retourné par une vague, son centre de gravité se retrouverait alors très haut. Or plus ce centre de gravité est haut et plus le voilier est instable : donc il y aurait de fortes chances que la vague suivante redresse votre bateau. Un dériveur retourné se redressera donc moins facilement qu’un quillard.
Il existe plusieurs types de quillards, et donc plusieurs types de quille pour bateau. Aux quilles droites en fonte classique, qu’on retrouve sur la grande majorité des voiliers, certaines quilles sont lestées avec un bulbe. Ce bulbe peut avoir deux formes différentes, optimisant encore davantage la position du lest et donc la raideur à la toile.
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Le Dériveur: Liberté d'Accès et Options de Conception
Un voilier qui a une dérive sera appelé un dériveur. Le dériveur est un type de bateau idéal pour accéder à des mouillages peu profonds. La dérive est toujours rétractable ce qui autorise de très faibles tirants d’eau. Si vous optez pour le dériveur, vous aurez le choix entre le dériveur intégral et le dériveur lesté.
Le Dériveur Intégral (DI): Le Passe-Partout par Excellence
Dans le concept de dériveur intégral, on supprime la quille fixe. Une dérive mobile prend place au centre du bateau, le lest est réparti sur le fond de coque et le poids est augmenté pour garder une bonne stabilité. Cette formule offre des tirants d’eau très réduits, même dérive haute. A l’échouage, le bateau se pose sur son fond de coque renforcé à cet effet. Le meilleur exemple est le Feeling 32 DI des chantiers Kirié, avec un tirant d’eau variant de 0.85m à 1.85m. En mettant la dérive en position basse, cela confère au voilier une grande raideur à la toile. Ajouté à cela une stabilité de forme radicale, cela constitue un parfait cocktail de performance, sans toutefois égaler la raideur d'un quillard profond. Un dériveur intégral peut naviguer, au moteur, dans 50cm d’eau, et peut venir beacher directement sur la plage.
Le dériveur intégral est un excellent choix pour un petit voilier transportable, et pour une longue croisière, ce type d’appendice est très souvent recherché. Philippe Harlé a conçu de nombreux voiliers dans ce concept, permettant une exploration sans limites. Cependant, en navigation, ses performances, notamment au près, seront moins bonnes par rapport à un quillard, fixe ou relevable. Le lest se trouvant plus haut, il sera moins raide à la toile. Le dériveur intégral sera plus gitard et demandera donc à réduire la toile plus rapidement. Malgré cela, son avantage principal est la capacité d'accéder à tous les plans d’eau et d’échouer à marée basse. L’utilisateur notait son expérience : "très concrètement, si je devais acheter un petit voilier, dans la mesure du possible, j’opterais pour un dériveur intégral."
Le Dériveur Lesté (DL): Le Compromis entre Agilité et Stabilité
Voiliers hybrides, les dériveurs lestés sont une évolution d’une version quillard. Le dériveur lesté est un compromis entre le quillard et le dériveur intégral. Il permet de bénéficier d’un plan antidérive mobile tout en conservant un lest assez bas dans une certaine mesure. Cependant, l’opinion est parfois mitigée, comme le montre l’affirmation que "le dériveur lesté n’a pas prouvé son intérêt en navigation, à mon goût," ou que "le lest est situé assez haut, dans le saumon, ce qui n’aide pas à garder une certaine raideur à la toile." Ces nuances reflètent une réalité complexe, où le positionnement du lest, même s'il est "bas" par rapport à un DI pur, peut rester "haut" par rapport à un quillard profond.
Les premiers dériveurs lestés étaient équipés d’un lest, appelé saumon, d'où sortait une dérive, ou plutôt, une plaque de tôle, servant de dérive. Aujourd’hui, les dériveurs lestés ont pas mal évolué pour proposer des saumons profilés avec des ailerons sur les côtés. Le chantier Jeanneau, par exemple, a très vite opté pour cette solution, et a gardé cette habitude, encore aujourd’hui. Un exemple notable est le Sun Odyssey 389 DL. Grâce à la fonction relevable de la dérive ou quille, ces voiliers peuvent accéder à des mouillages peu profonds sans sacrifier leur efficacité en mer. Un voilier comme le Sun Odyssey 32i, grâce à ses deux ailerons et ses safrans, permet de se poser à plat sans aucune contrainte tout en bénéficiant d’un lest supplémentaire. Cependant, pour s’échouer, ils nécessitent parfois l’ajout de béquilles pour garantir leur stabilité, selon le modèle et la configuration de la carène. L'expérience d'un Kelt 7.60, un dériveur lesté, a été "adorée" pour sa capacité à profiter du Golfe du Morbihan, tout en notant qu'il avait aussi des inconvénients.
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Le concept de dériveur lesté a évolué après le dériveur intégral, les architectes ayant affiné l'idée de dérive mobile. Les chantiers Gib Sea et Kirié, par exemple, ont commencé par proposer des dériveurs lestés avant de proposer toute une gamme de voiliers en version dériveur intégral. Sur un bateau plus grand, le choix entre les deux est plus discutable, mais tout est une question de compromis, comme tout le temps.
Les Solutions Hybrides et Spécifiques pour des Programmes de Navigation Variés
Au-delà du quillard classique et des dériveurs, l'ingéniosité des architectes navals a donné naissance à diverses solutions pour répondre à des besoins spécifiques en termes de performance, de tirant d'eau et de facilité d'échouage.
Les Quilles Relevables: Performance et Adaptabilité
Un voilier à quille relevable est une solution de plus en plus utilisée par certains chantiers souhaitant répondre à une demande de tirant d’eau faible tout en conservant un voilier performant. C’est, effectivement, une très bonne alternative au quillard. Dans le cas des quilles relevables comme sur le POGO 36, on est clairement dans la performance. Ce type de quille, qu'elle soit pivotante ou sabre, équipe les petits voiliers transportables depuis fort longtemps, les réservant à une pratique assez sportive ou spartiate de la voile. L’inconvénient de ce type de lest se trouve surtout en cas de talonnage. Où une dérive va remonter seule, la quille relevable risque de casser, ou tout du moins, son mécanisme. En effet, ce dernier est souvent constitué d’un système à vis sans fin ou vérins. Actuellement, les voiliers proposés le sont souvent par le chantier Structure et ses Pogos ou les nouveaux Djangos de chez Marée haute. Si votre portefeuille vous le permet, vous trouverez certainement un voilier moderne et performant doté d’une quille relevable.
Les Quilles Sabres: Une Variété de Quilles Relevables
La quille sabre est une solution utilisée sur certains voiliers, en remplacement de la quille relevable pivotante. Elle a l’avantage de pouvoir conserver un bulbe et donc de baisser le centre de gravité. Cependant, elle a l’inconvénient, sur les voiliers de taille modeste, de couper le carré en deux quand elle est relevée. C’est par exemple le cas sur le First 27.7, où le puits de quille peut empiéter sur l'espace de vie.
Les Biquilles: Stabilité à l'Échouage
Le biquille s’est répandu en Bretagne, en Manche et en Grande Bretagne, dans les années 80. Il permettait de s’échouer à plat, avec un tirant assez faible et sans avoir de mécanisme de quille, offrant une simplicité d'utilisation pour l'échouage. Cependant, il faut reconnaître que les performances d’un biquille étaient vraiment très limitées et leur capacité à remonter au vent très faible. Les Anglais sont allés encore plus loin, dans les années 70, en proposant des voiliers à trois quilles, où la quille centrale était accompagnée d’une autre quille de chaque côté pour améliorer sa tenue à l’échouage et sa tenue en mer. Les biquilles existent depuis des décennies, mais affichaient des performances décevantes jusqu’à la naissance des RM, qui ont su révolutionner le concept. Pour les biquilles version aileron comme le Django 9.80, le programme sera plus placé sur la polyvalence. Vous pourrez échouer avec un biquille ou un voilier à lest mobile.
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Les Quilles à Ailettes: Un Compromis entre Tirant d'Eau et Performance
Les premiers voiliers équipés d’une quille à ailette sont apparus dans les années 80. L’objectif était de réduire au maximum le tirant d’eau des voiliers. Pour cela, le profil de la quille était modifié en y ajoutant deux ailettes de chaque côté. On pensait aussi pouvoir améliorer les performances du bateau grâce à ce nouveau profil, surtout lors de la gîte. En croisière, ce choix est plutôt pertinent. Un voilier avec une quille à ailettes sera plus performant qu’un dériveur lesté ou un dériveur intégral tout en proposant un tirant d’eau réduit au mouillage, mais aussi en navigation. Les chantiers français comme Bénéteau ou Jeanneau proposent quelques modèles équipés de cette quille. C’est le cas, par exemple, de l’Oceanis 320.
Les Quilles Pendulaires: L'Apogée de la Performance en Course
La quille pendulaire n’est pas celle que vous trouverez le plus souvent sur les bateaux de plaisance. Ce type de lest est surtout destiné aux bateaux de course. Le principe est d’optimiser le couple et l’assiette du bateau en déplaçant la quille du côté opposé de la gîte, offrant des gains de performance considérables pour la régate.
Considérations Pratiques et Expérience de Navigation
Le choix entre un quillard et un dériveur, sous ses différentes formes, a des répercussions majeures sur l'expérience de navigation et les possibilités d'exploration.
L'Accès aux Mouillages et l'Échouage
Partout dans le monde, et plus encore dans les zones à marées, vous trouverez les meilleurs abris, les moins fréquentés, les moins exposés au vent et à la houle, dans des zones de très faible profondeur. Bon nombre d’entre elles ne sont pas accessibles aux quillards, ou pas totalement. Avec un petit tirant d’eau, et surtout si votre voilier peut facilement s’échouer, il devient mille fois plus aisé de dénicher une place de port. En dehors de votre port d’attache, l’été quand les ports du sud de la Bretagne sont pris d’assaut, avec un faible tirant d’eau vous trouverez toujours un mouillage de libre. Pour de nombreux plaisanciers, l'idée de pouvoir s'échouer sur une plage de sable blanc ou de profiter d'un petit port breton à marée basse est un plaisir inégalé.
Cependant, être tributaire de la marée pour naviguer est une réalité qu'il faut accepter si l'on stationne à l'échouage, on ne peut pas tout avoir. Pour des croisières dont les exigences seront les accès aux plus beaux mouillages même reculés qui ne manquent pas en Bretagne et dans le Morbihan en particulier, un baroudeur tout terrain comme le Feeling 32 DI ou un dériveur lesté comme le Sun Odyssey 389 DL sont des choix judicieux. J'ai eu l'occasion de naviguer sur un Kelt 7.60 dériveur lesté, et "j'ai adoré ce bateau" pour sa capacité à exploiter le Golfe du Morbihan. Si vous entrez à marée haute dans l’archipel des Glénans, il ne vous reste plus qu’à choisir l’îlot devant lequel poser votre voilier, une liberté que peu de quillards profonds peuvent offrir. Le Yacht Club de Draveil possède une flotte de dériveurs légers, bien adaptés à la pratique sur la Seine, illustrant la polyvalence de ces embarcations pour des plans d'eau intérieurs.
Entretien et Sécurité à l'Échouage
Avec un peu de marnage, il est également plus facile et moins coûteux d’effectuer les travaux d’entretien courant sur les œuvres vives, en vous échouant sur une cale ou même une plage. Sans forcément envisager de remonter l’Orénoque, on trouve une quantité hallucinante de rias et de lagunes le long des côtes de la Manche et de l’Atlantique, où un accès facile aux fonds est un atout.
Cependant, l'échouage demande une connaissance précise de l'environnement sous-marin. Il faut absolument savoir ce qui se trouve sous votre bateau avant de le poser. Les fonds plats de sable ou de vase, sans rochers, auront votre préférence. Mais s’il s’agit de vase, à marée basse, mieux vaut qu’il reste suffisamment d’eau au mouillage pour que vous puissiez vous déplacer en annexe. Parfois des rochers particulièrement glissants se cachent sous une fine couche de sable, présentant un risque. Quand la marée remonte, si le vent a changé de direction et pousse par exemple vers le rivage, il faudra porter rapidement votre ancre vers le large pour éviter de vous retrouver définitivement échoué sur le rivage. Les puits de quille et de dérive détestent se remplir de sable, de vase et de coquillages, ce qui, à force, abîme les mécanismes de relevage, au risque de bloquer le tout. Les rouages, vis sans fin et autres patins de guidage doivent être graissés, vérifiés régulièrement et remplacés si nécessaire. Ceci est vrai pour les dériveurs intégraux et les voiliers à quille sabre relevable.
Confort à Bord et Aménagements
Sur le plan du confort, il est moins connu, mais comme le centre de gravité des dériveurs est plus proche de la surface, ces bateaux ont des mouvements plus doux, et ils roulent moins que les autres voiliers, ce qui peut être un avantage pour les passagers sensibles au mal de mer.
Un inconvénient majeur des systèmes de dérive ou quille relevable est l'encombrement du puits à l'intérieur du bateau. Le carré est alors coupé par le puits qui traverse parfois le bateau depuis le fond jusqu’au pont. Pour neutraliser cet inconvénient, les architectes peuvent placer le carré à l’arrière sous le cockpit, ou au contraire l’avancer. Les voiliers à quille ou à dérive pivotante sont avantagés de ce point de vue là, le puits étant moins intrusif.