Devenir un professionnel du kayak : Guide complet de l’encadrement et de la performance

La pratique du canoë-kayak, qu’il s’agisse d’une discipline de loisir ou d’une quête exigeante de performance, s'inscrit dans un cadre réglementaire strict et un parcours d'excellence structuré. Que vous soyez un sportif chevronné souhaitant transmettre votre passion ou un athlète visant les podiums internationaux, le chemin vers l'expertise en kayak demande une compréhension fine des diplômes, des environnements de pratique et des exigences physiologiques.

Le cadre réglementaire de l’encadrement professionnel

L’art. L212-1 du Code du sport précise que seuls peuvent, contre rémunération, enseigner, animer ou encadrer une activité physique ou sportive ou entraîner ses pratiquants les titulaires d’un diplôme, titre à finalité professionnelle ou certificat de qualification. Ces qualifications doivent garantir la compétence de leur titulaire en matière de sécurité des pratiquants et des tiers dans l’activité considérée et doivent être enregistrées au répertoire national des certifications professionnelles (RNCP).

Le canoë-kayak et des disciplines associées en rivière de classe supérieure à trois, conformément aux normes de classement technique édictées par la fédération délégataire en application de l’art. L311-2 du Code du sport, s’exercent dans un environnement spécifique (ES) impliquant le respect de mesures de sécurité particulières mentionnées à l’art. L212-2 du Code du sport. Les CREPS Auvergne-Rhône-Alpes, CREPS PACA, et CREPS de Toulouse sont les seuls établissements du ministère en charge des sports chargés d’assurer la formation des diplômes pour encadrer le canoë-kayak en environnement spécifique. Ces formations sont organisées dans le respect d’un cahier des charges défini dans l’annexe II-21.

Au-delà des impératifs réglementaires, l’encadrement d’activités physiques sportives est soumis à l’obligation générale de sécurité de l’article L421-3 du Code de la consommation. Le canoë, le kayak et activités assimilées et la nage en eau vive font partie des activités physiques nécessitant des conditions particulières d’encadrement, d’effectif et de pratique dans les séjours de vacances, les accueils de loisirs et les accueils de scoutisme prévues par l’art. R227-13. Selon l’annexe 1 de la circulaire interministérielle n° 2017-116 du 6 octobre 2017 relative à l’encadrement des activités physiques et sportives, les activités nautiques avec embarcation nécessitent un encadrement renforcé.

Les diplômes et qualifications pour l'enseignement

Pour devenir moniteur de kayak, la formation BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport) Activités Nautiques mention Canoë-Kayak et Disciplines Associées est la plus adaptée. La formation dure environ 10 à 12 mois et offre des enseignements théoriques et pratiques en matière de navigation, de sécurité, de pédagogie, et de gestion de groupe. Les candidats apprennent à encadrer des activités de kayak en respectant les normes de sécurité et à promouvoir une pratique respectueuse de l’environnement.

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Le CQP (Certificat de Qualification Professionnelle) Moniteur de Canoë-Kayak et Sports de Pagaie en Eau Calme est un diplôme d’encadrement professionnel géré par la FFCK par délégation de la branche professionnelle sport. Il est inscrit au RNCP. Le détenteur d’un CQP Moniteur de Canoë-Kayak et Sports de Pagaie en Eau Calme est un cadre pédagogiquement autonome. Il peut encadrer, animer et enseigner contre rémunération les sports de pagaie (sauf le raft et la nage en eau-vive) : sur tout type de plan d’eau intérieurs, dans le respect de la réglementation locale, au sein de rivière en eau vive de classe 1, en mer sans houle significative dans la limite des 300m d’un abri.

Pour le titulaire de l’option « eau vive », le CQP peut exercer en eau vive sur des parcours naturels et artificiels classés jusqu’à la classe II pouvant comporter des passages de classe III non successifs, dans le respect de la réglementation locale. Depuis 2024, le passage du CQP est intégré à la formation MFPC pour les candidats qui le souhaitent. À ce titre, les stagiaires pourront valider simultanément le diplôme fédéral de MFPC et le diplôme professionnel de CQP.

Le canoë-kayak en dehors de l’environnement spécifique peut être encadré par des personnes titulaires d’un diplôme non spécifique à l’encadrement de la discipline, dit diplôme multiactivité, tels que les DEUG (Licence 2) en Sciences et techniques des activités physiques et sportives : animateur-technicien des activités physiques pour tous, licence Éducation et motricité filière Sciences et techniques des activités physiques et sportives, BP JEPS, spécialité Activités physiques pour tous. Les conditions d’exercices et les limites d’exercices de ces diplômes sont précisées dans l’annexe II-1.

Le parcours d'excellence sportive

Le moniteur de kayak est un professionnel des sports nautiques spécialisé dans l’enseignement et l’encadrement de la pratique du kayak en eaux calmes ou en eaux vives. Ses missions incluent la planification et l’organisation des séances de kayak, l’initiation et le perfectionnement des techniques de pagayage, ainsi que la sensibilisation à la sécurité en milieu aquatique. Le moniteur guide ses élèves dans la découverte des environnements naturels, tout en veillant à leur sécurité et à la préservation de l’écosystème.

Pour les jeunes visant le haut niveau, la Fédération a défini un Parcours d’Excellence Sportive (PES) de 3 ans. Il comprend 3 niveaux :

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  1. Le premier correspond à l’accès à la compétition sportive. Il est constitué de clubs labellisés « École Française de Canoë-Kayak » (EFCK) capables de proposer des jeunes aux pôles ESPOIR.
  2. La seconde étape est l’accès au haut niveau grâce aux Pôles Espoir et aux Clubs d’Excellence dont l’objectif est de permettre aux athlètes de progresser d’un niveau national vers un niveau international.
  3. Le troisième niveau vise l’accès aux titres et aux podiums internationaux dans le cadre du réseau des 5 pôles France.

Ces athlètes sont presque toujours recherchés tant au sein des entreprises que des organisations pour leur personnalité et pour l’image positive qu’ils ou elles sont capables de donner à l’activité de leur employeur. Un très grand investissement personnel initial qui portera ses fruits tout au long de la vie.

Déterminants physiologiques et techniques de la performance

Le champion de kayak possède des caractéristiques morphologiques spécifiques. Il faut assurément des longs bras, les plus longs qui soient. Il n’y a pas besoin d’être le plus grand possible mais avoir la plus grande envergure possible joue pour beaucoup. Dans les manuels de l’ICF, on parle de 13 centimètres en envergure en plus que sa taille en moyenne. Avoir de longues jambes par rapport à son buste est un handicap dans le sens où c’est du poids mort. Ce qui compte, c’est la taille assise. Plus on est assis haut et plus on domine son appui.

L’hérédité compte également, notamment en sprint, concernant sa propre capacité à être explosif. On naît explosif ou on ne l’est pas. Bien que l’on puisse améliorer sa force et sa capacité à atteindre rapidement cette force, il reste vrai que la vitesse a une part génétique importante. On ne fait pas d’un âne un cheval de course. Ce n’est pas pour rien que l’on peut déterminer son profil force/vitesse en préparation physique et que celui-ci ne s’améliore que peu avec l’entraînement.

Un autre secret pour devenir champion de kayak, c’est de démarrer tôt, idéalement avant 10 ans pour que les fameuses 10 000 heures de pratique délibérée se fassent à un moment où l’on n’a pas 15 000 choses à penser à la fois quand on est dans la vie active et que l’on perde son côté « joueur ». Mais débuter tôt ne suffit pas. Encore faut-il démarrer au bon endroit, c’est-à-dire avec un club proche de chez soi avec des bénévoles investis d’une mission et un entraîneur dévoué et passionné.

La planification de l’entraînement et la technique

Le rythme moyen d’entraînement se situe autour de 10 à 12 séances sur l’eau par semaine, composées généralement de 2 à 4 séances difficiles physiologiquement pour 8 à 10 séances faciles. En sprint, plus les compétitions se rapprochent et plus l’entraînement polarisé en kayak a la faveur des entraîneurs. Si l’on se prépare plutôt à des longues distances, comme le 5000 mètres et le marathon, la planification au seuil ou pyramidale fait l’unanimité. Dans tous les cas, il faut pouvoir s’entraîner au moins 2 fois par jour.

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En termes de technique, chaque individu va s’organiser à sa façon. Michael Fargier souligne que tout commence par le bas, après quoi seulement on peut organiser le haut. Si le bas ne va pas, le haut ne peut pas aller. Il s’agit de se tracter comme en saut à la perche et pour se faire, ce qui est une difficulté constante, c’est de « libérer » le bassin, de vraiment tournoyer et de glisser sur le siège, en poussant d’un pied et en tirant de l’autre sur la sangle du cale-pied. Celui-ci doit rester fluide sans crispation même quand on force. L’entrée de la pale dans l’eau doit se faire le plus devant possible sans compromettre son gainage et sa fluidité de bassin, puis celle-ci doit accélérer avant de sortir rapidement pour ne pas se retrouver en oblique arrière ce qui ralentirait le bateau et utiliserait plus d’énergie que nécessaire.

Pour performer, il faut éprouver du plaisir dans la difficulté. Il faut aimer avoir « mal » et en redemander. Il faut avoir le couteau entre les dents, avoir le sourire quand « l’impossible » se présente à nous. C’est par l’essai/erreur que l’on apprend et que l’on s’améliore. C’est une question d’état d’esprit, de Mindset. Si l’on se contente de se faire plaisir, à rechercher sa petite dose de dopamine, autant rester chez soi et se promener en se concentrant sur les sensations de glisse. Parce que l’être humain a toujours recherché le confort, le champion est celui qui éprouve du plaisir dans la difficulté, à relever les défis.

L’entraînement hors de l’eau est souvent mal compris. Bien trop de séances inutiles sont faites hors de l’eau. Les gains à espérer des séances de musculation « archaïques » sont proches du néant, surtout avec le volume global fait autour. Les footings à très basse intensité, s’ils ne sont pas inscrits dans une réelle planification cardio-vasculaire, rajoutent de la fatigue inutilement. Une fois qu’on a atteint un bon niveau, c’est souvent la récupération qu’il faut prendre en main. Nos ressources énergétiques et psychologiques ne sont pas illimitées et doivent être préservées pour les séances cruciales sur l’eau.

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