L'univers des embarcations légères est riche et souvent source de confusion, particulièrement lorsqu'il s'agit de distinguer un canoë, un kayak ou un aviron. Ces termes, ainsi que les "rames" qui les propulsent, sont fréquemment interchangeables dans le langage courant, bien que des différences fondamentales existent tant au niveau de leur conception, de leur pratique que de leur institutionnalisation sportive. La réponse à la question de savoir ce qu'est un canoë français ou une périssoire est délicate, car on les confond aisément.
Les débuts du canoë-kayak en Europe, dès la fin du XIXe siècle, ont été très liés à l'aviron, des rameurs d'aviron de l'époque ayant été parmi les premiers canoëistes en France. Ces deux types de bateaux sont à la fois très semblables et différents, et leurs pratiques se sont même opposées par moments. Aujourd'hui, les pratiquants en club ne connaissent qu'une seule famille, celle du canoë-kayak. Le langage courant confond logiquement les deux : ils se ressemblent, sont pratiqués au même endroit et sont utilisés par le monde du tourisme sans les différencier. Cependant, ce qui réunit ces deux types de bateaux est l'institutionnalisation sportive, incarnée par la Fédération Française de Canoë-Kayak et la Fédération Internationale de Canoë. Pour faire vite, aujourd'hui, il existe deux fédérations sportives différentes : celle du canoë-kayak et celle de l'aviron.
La Distinction Fondamentale : Rames Fixées ou Pagaies Libres
La phrase "des rames que l'on fixe sur un canoë" renvoie directement à la pratique de l'aviron, où les éléments de propulsion, appelés avirons, sont précisément attachés à des tolets, c'est-à-dire des supports fixes sur les côtés du bateau. Cette caractéristique est cruciale pour comprendre la différence entre les disciplines. Pour le kayakiste, le bateau aviron se déplace en marche arrière, se propulse avec des rames et le rameur est assis sur un siège coulissant dans le bateau. La distinction se fait alors clairement : ce qui se déplace en arrière dépend de la fédération d'aviron, tandis que ce qui va en avant relève de celle de canoë-kayak. Pour l'avironneur, l’aviron est l'accessoire qu'il tient dans les mains, qu'il plante dans l'eau sur l'arrière et sur lequel il tire pour se propulser. Ces deux types de bateaux, bien que distincts par leur propulsion, sont parfois pratiqués dans les mêmes clubs, notamment les clubs de canoë-kayak qui peuvent proposer des initiations à l'aviron.
En revanche, le canoë et le kayak utilisent des pagaies, qui ne sont pas fixées à l'embarcation et sont maniées librement par le pagayeur. Le canoë se propulse avec une pagaie simple, tandis que le kayak s'utilise avec une pagaie double.
Le Kayak : Assis et à Pagaie Double
Le kayak est une pirogue monoplace à pagaie double, traditionnellement utilisée par les peuples de l'Arctique. C'est le bateau pour une personne, comme l'indique la littérature spécialisée, Mahuzier dès 1945 le décrivant comme un "bateau pour une personne". On a en effet tendance à penser qu'un kayak est un bateau à une personne, et c'est un malentendu des plus courants que de croire que le kayak est monoplace et le canoë biplace. Pourtant, les kayaks, contrairement à certaines idées reçues, peuvent être à une, deux, trois, quatre places ; certaines réalisations ont même permis d'embarquer sept pagayeurs.
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Le kayakiste est assis au fond du bateau, avec les jambes vers l'avant, afin d'abaisser le centre de gravité et, par conséquent, améliorer la stabilité. Cette position permet une moindre prise au vent en mer et rend le bateau hermétique à l'eau, permettant l'esquimautage en mer, une technique de retournement quand le kayak a chaviré. Il est propulsé à la pagaie double pour faciliter la navigation en solo et assurer un meilleur équilibre. En kayak, on utilise une pagaie double, c'est-à-dire un manche avec une pâle fixée à chaque extrémité. La plupart des pagaies de kayak sont dites "croisées" : en effet, pour diminuer l'impact de la prise au vent lorsque l'on navigue face à celui-ci, l'usage a voulu qu'on tourne les pales de 45°, l'une par rapport à l'autre. Les kayaks peuvent être ouverts ou fermés, avec les formes, les longueurs et les largeurs les plus variées selon les usages.
Le Canoë : À Genoux et à Pagaie Simple
Le canoë a été inventé par les Amérindiens pour transporter des marchandises sur lacs et rivières. Il est donc conçu pour être spacieux, afin d'embarquer beaucoup de marchandises. Le canoéiste est à genoux, non pas pour adresser des prières au dieu de la rivière mais pour améliorer son équilibre, ou assis sur un barreau, un pouf, parfois un vrai siège. Là encore, les idées reçues laissent supposer que le canoë est forcément biplace ! Il n'en est rien. Le canoë utilise une pagaie simple : la pâle, qui est la partie qu'on immerge, est fixée à une extrémité du manche, tandis que la poignée appelée "olive" est fixée à l'autre extrémité. Ces deux parties sont fixées dans le même axe afin de contrôler, avec l'olive, l'orientation de la pâle selon ses besoins. En course en ligne, il y a des kayaks à 1, 2 et 4 équipiers, tout comme en canoë. Par contre en rivière, seul le canoë se pratique à 2.
Historiquement, le monde de l’aviron faisait une distinction entre canoë français et canadien. Le canoë français était caractérisé par un banc de rame (à la manière des avirons) et était fait pour avancer en marche arrière, au moyen de rames. Le monde du canoë-kayak ne fait plus cette distinction aujourd'hui. Il est parfois difficile, même pour un spécialiste, de donner un nom au bateau, tant il est hybride ou les définitions mal établies.
L'Aviron et ses Embarcations Spécifiques
L'aviron se distingue par l'utilisation de rames fixées à l'embarcation par des tolets ou des portants, permettant une propulsion en marche arrière. Le rameur est assis sur un siège coulissant, optimisant ainsi l'effort de propulsion par l'utilisation des jambes. Il existe des avirons de pointe et des avirons de couple. Quand le rameur ne tient qu’une seule et longue rame avec ses deux mains, on parle d’aviron de pointe. On parle d’avirons de couple quand il tient une rame plus courte dans chaque main. À l’origine, on dit que les avirons sont montés à couple quand un rameur tribord et un rameur babord sont assis côte à côte sur le même banc de nage. Le canoë canadien… a donné chez nous naissance au canoë à rames. À rames, il est à clins ou à franc bord, bordé, ponté, avec ou sans barreur. On l’arme en couple mais ses portants et ses bancs à roulettes peuvent être démontés pour être ainsi dirigé à la pagaie ou à la voile.
Le jargon des canotiers et de l’aviron emploie des termes spécifiques comme "l'as", qui est le chef de nage de l’équipage, le rameur que les autres doivent suivre le mieux possible et qui rythme la cadence. En France, dans un bateau barré à l’arrière comme le Huit, l’as est le "1", le rameur le plus à l’arrière du bateau qui est face au barreur. En Angleterre, le décompte se faisant à l’inverse de la France, l’as est le rameur 8, le "stroke" qui est face au "cox", le barreur. L’as désigne également les embarcations en solitaire comme les funny, les yoles à un rameur, ou les canoës français simples. Le "funny" est une sorte de skiff plus stable que ce dernier parce que plus large et à clins. Les canotiers écorchant la prononciation anglaise parlaient de « feu-né », et dans son ordonnance de 1863, la Préfecture de police de Paris se contentait de recopier l’expression phonétique du mot en l’orthographiant « phonet ». C'est une sorte de skiff très large ou un skiff plus stable, selon les descriptions de l'époque.
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Ces embarcations peuvent aussi être équipées de systèmes modernes tels que le ROW Motion et le ROW Vista d'origine autrichienne, fruit de l'imagination de Joachim Bierma. La gamme proposée répond à l’ensemble des programmes envisageables pour l’usage d’une embarcation à rames, tous se repliant aisément dans un sac de transport. Rammer de cette façon est un sport non traumatisant (aucun choc articulaire ni dissymétrie) et l'un des plus complets avec la natation.
Importance de la Rame ou de la Pagaie et ses Composants
La rame ou la pagaie est un élément essentiel pour la pratique du canoë, du kayak et de l'aviron, jouant un rôle crucial dans la propulsion, la direction et la stabilisation de l'embarcation. Choisir la bonne rame est primordial pour optimiser l'efficacité du pagayage et minimiser la fatigue. Une rame mal adaptée peut entraîner une perte de performance, une difficulté à contrôler la direction et un risque de blessures. Il est donc essentiel de prendre en compte plusieurs facteurs, tels que le type de pratique, la taille du pagayeur et les matériaux de construction.
Les rames traditionnelles, utilisées par les Inuits, étaient fabriquées à partir d'une seule pièce de bois flottant. Elles se caractérisaient par des pales plates et alignées, nécessitant un certain temps d'adaptation pour être maîtrisées. Les rames modernes pour canoë se composent généralement d'une poignée, d'un manche et d'une pale. La poignée, ergonomique et adaptée à la taille des mains, permet une prise en main confortable. Le manche, souvent en aluminium, peut être droit ou ergonomique, avec une légère courbure pour faciliter la prise en main.
Les matériaux des pales et des manches varient :
- Aluminium : Les manches de rame en aluminium sont courants dans l'entrée et le milieu de gamme, offrant un bon compromis entre coût et durabilité.
- Fibre de verre : Les pales en fibre de verre offrent un bon équilibre entre légèreté et solidité, convenant aux kayakistes à la recherche de performance sans opter pour le carbone.
- Carbone : Les pales en carbone sont prisées par les kayakistes exigeants, offrant une légèreté et une rigidité optimales pour un transfert d'énergie maximal. Cependant, elles sont plus fragiles et coûteuses que les autres matériaux.
- Bois : Bien que moins courantes, les rames en bois reviennent en force, notamment pour le stand-up paddle, appréciées pour leur esthétique et leurs sensations.
La longueur de la rame doit être adaptée à la discipline pratiquée et à la taille du kayakiste. En kayak de mer, on choisit généralement la taille de la rame en levant le bras. Un tableau de référence peut aider à déterminer la longueur idéale en fonction de la taille du kayakiste et du type de kayak (étroit ou large). L'angle des pales peut être ajusté pour optimiser le confort et l'efficacité du pagayage. Un angle entre 0 et 45° est recommandé pour le kayak réactif en eau vive, tandis qu'un angle entre 45 et 90° est préférable pour le kayak randonnée/touring afin de limiter la prise de vent. Les rames démontables, en deux ou quatre parties, offrent une solution pratique pour le transport et le rangement, bien qu'elles puissent être moins robustes que les rames fixes en raison de leurs nombreuses jonctions. Pour prolonger la durée de vie de sa rame, il est important de la rincer et de la sécher après chaque utilisation.
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Évolution et Variété des Embarcations : Un Aperçu Historique
L'histoire du canotage et de l'aviron est jalonnée d'une grande variété de noms et de types d'embarcations, reflétant l'évolution des usages et des techniques. La reconnaissance du bateau en question est parfois difficile en raison de cette richesse terminologique et des ambiguïtés. Il existait des embarcations très spécifiques comme le "bachot", nom générique de la barque de Seine à fond plat, à franc bord et à levées, dont il existait plusieurs types et tailles. On parlait de batelets, de bille, galoupille, flette, double-bachot. La levée facilitait la descente des passagers par échouage de l’avant. La levée arrière était prolongée par un gouvernail, la piaute, sorte d’empennage directionnel qui donne au bachot de Seine sa silhouette caractéristique. Le "bachot" désignait aussi le « baquet » en bois servant à laver le pont et dans lequel on lavait et lovait (rangeait) les drisses et autres cordages. Vers 1840-1850, ces canots à l’épaisse coque étaient fabriqués le plus souvent dans les chantiers de construction maritime de Rouen ou du Havre.
Le terme "canot", quant à lui, est très ancien et désigne une petite embarcation des bateaux de guerre et de commerce qui, avec la chaloupe, sert de moyen de communication entre les bâtiments et le rivage. Elle sert aussi aux pilotes, aux lamaneurs et au service des ports en général. Par leur tableau arrière, leur étrave et leur avant plus ou moins renflé, la coque des canots rappelle celle des navires. À bord des navires, il existe toute une gamme de canots de tailles différentes selon leur usage : canot amiral, canot du commandant, canot major, grand canot, petit canot, canot de la provision ou poste aux choux et le youyou, la plus petite embarcation du bord. À Paris, dans les années 1830, les canots sont les premières embarcations du canotage de course à l’aviron et à la voile jusqu’à l’apparition d’embarcations plus spécialisées comme les yoles ou les dériveurs quelques années plus tard. Le "canot" était une embarcation non pontée à rames et à voiles et, suivant sa véritable acceptation, employée au service d’un bâtiment. Sa largeur primitive était le tiers de la longueur. Ce genre de bateau, qui ne possède pas de quille, ressemble extérieurement à un canot maritime à quille grâce à sa construction à clins et son étrave renflée. Il existait même des canots de plaisance qu’on n’utilisait qu’aux avirons pour les promenades en famille, dont les bancs étaient garnis de coussins et qui pouvaient être équipés d’un tendelet pour protéger les dames du soleil.
Le "canot-yole" est un exemple de l'évolution des embarcations. Ces bateaux légers étaient spécialement mis au point par les amateurs et les constructeurs parisiens pour naviguer en rivière. Ils portaient une misaine, voile à bourcet gréée au tiers sur un mât volant, qui pouvait être complétée ou non d’un foc gréé sur un beaupré à l’avant et d’une voile de tapecul gréée sur un mât de tapecul et un malet à l’arrière. Ces embarcations se sont généralisées entre 1828 et 1848, mesurant généralement 21 pieds sur 5, avec un mât volant vers l’avant. Il en est resté les quatre avirons de pointe, à systèmes de cuivre ou tolets à fourche. À la fin des années 1840 et au début des années 1850, c’était l’embarcation de course des Parisiens jusqu’à l’apparition des yoles-gigs. Déclassé, le canot-yole était alors utilisé pour la promenade. Avec un peu plus de largeur et de profondeur, c’était le « bateau de famille » idéal. Vers 1843 naissait une nouvelle catégorie d’embarcations à l’aviron, tenant le milieu entre les yoles et les canots et appelées pour cette raison canots-yoles, avec une largeur qui n’était plus que le cinquième de la longueur.
La "chaloupe" ressemble au canot mais elle est plus grande que ce dernier avec un fond en « U » qui lui assure plus de volume et de stabilité. Elle sert donc à toutes les manœuvres du navire ainsi qu’au transport du ravitaillement ou des troupes de débarquement. Les premiers commentateurs du canotage utilisaient ce terme à leur guise : chaloupe devenait synonyme de canot. Le canot et la chaloupe sont deux variantes d’un même thème architectural ; le canot destiné au transport du personnel possédait un fond en V très ouvert et des extrémités fines, la chaloupe vouée aux lourdes charges un fond plat et des extrémités pleines.
D'autres embarcations historiques incluent la "périssoire", un bateau de promenade à la pagaie double pour un à deux pagayeurs. Ce bateau proche de la périssoire est plus large que cette dernière, à fond plat et avec ses extrémités relevées. Les "yoles" ont également marqué leur époque, notamment les "yoles fines" munies de bosses de nages à Paris, appelées "outriggers" en Angleterre. La "gondole", embarcation conduite par un ou deux rameurs et en usage à Venise, est l’unique moyen de transport de cette ville. Les gondoles de promenade sont souvent dirigées par un seul rameur placé à la poupe, un rameur auxiliaire pouvant se placer à l’avant en fonction des conditions météorologiques ou de la distance à parcourir. Le "barrot" ou bau est une pièce transversale du système de construction d’un bateau, un élément structurel qui maintient la largeur du bordé en allant d’un bord à l’autre.