Le monde de la voile légère en solitaire est riche et diversifié, offrant une multitude de choix pour les navigateurs de tous niveaux, des débutants aux compétiteurs aguerris. Des dériveurs traditionnels, reconnus pour leur accessibilité et leur simplicité, aux engins de haute performance qui flirtent avec la technologie du foiling, chaque embarcation propose une expérience unique. Cette exploration détaillée mettra en lumière les caractéristiques, l'histoire et les spécificités de ces voiliers qui continuent de fasciner et de rassembler des millions de passionnés à travers le globe.
Les Classiques Intemporels : Simplicité et Accessibilité
Certains dériveurs solitaires ont marqué l'histoire de la voile par leur conception ingénieuse et leur capacité à démocratiser la pratique. Ils demeurent des références pour l'apprentissage et le plaisir pur de la navigation.
Le Laser : L'Icône Mondiale de la Voile Solitaire
Le Laser est sans conteste le dériveur solitaire le plus populaire au monde. Son succès est attesté par son utilisation par des millions de navigateurs répartis dans plus de 140 pays, témoignant de sa reconnaissance et de son accessibilité universelle. Ce dériveur se distingue par son caractère léger et agile, des attributs qui lui permettent d'atteindre des vitesses élevées sur l'eau. Que l'on soit un novice désireux de s'initier aux plaisirs de la voile ou un compétiteur expérimenté en quête de performance, le Laser s'impose comme un excellent choix.
L'histoire du Laser débute en 1969, où l'intention initiale était simplement de concevoir un dériveur capable d'être transporté sur le toit d'une voiture. Personne n’imaginait alors l’ampleur qu’allait prendre ce projet. Officiellement présenté en janvier 1971, le Laser connaît un succès fulgurant, avec 15 000 unités diffusées dès les deux premières années de sa commercialisation. Sa reconnaissance atteint son apogée lorsqu'il est choisi comme série olympique masculine en 1996, puis féminine en 2008 dans sa version Radial, légèrement moins toilée. Le Laser est devenu indétrônable du fait de sa diffusion massive, de son implantation solide dans les clubs nautiques et de sa stricte monotypie, garantissant une compétition équitable où seule l'habileté du barreur fait la différence.
Naviguer sur un Laser exige une certaine puissance pour dompter les voiles, et une excellente condition physique est indispensable pour tenir le bateau, en faisant corps avec lui. Dans les conditions de vent faible, dites de « pétole », il faut savoir y aller en finesse et profiter pleinement des effets de carène pour progresser. Le mental est également un facteur crucial pour parvenir à terminer les manches de régate, qui peuvent être exigeantes. Il est fortement conseillé de pratiquer des activités physiques complémentaires pour développer les muscles spécifiques sollicités sur un Laser, qui ne le sont pas toujours suffisamment par la seule navigation. En France, notamment en Bretagne, le Laser bénéficie d'une communauté active et soudée. On y trouve une belle équipe de navigateurs de tous niveaux, avec des stages de ligue organisés tout au long de l'année. Certains de ces stages sont spécifiquement réservés aux meilleurs laseristes, ceux qui sont potentiellement capables d'accéder aux championnats de France, objectif principal de la saison pour bon nombre d'entre eux. Deux interligues sont organisées, dont une est qualificative pour les championnats de France, offrant une place au vainqueur de sa série. Pour vivre des expériences mémorables, participer à un maximum de compétitions est encouragé, comme l'Europa Cup de Brest, un événement majeur qui se déroule du 3 au 6 avril et dont la présence en Bretagne est une chance pour les navigateurs locaux. La polyvalence du Laser se manifeste également par la facilité de changer de catégorie, il suffit simplement de remplacer le bas de mât et la voile. Il est important de noter que plus la taille de voile augmente, plus l'aspect physique et l'engagement du navigateur deviennent prépondérants. Ce dériveur procure de bonnes sensations de glisse. En régate et à l'entraînement, le différentiel de vitesse entre les concurrents n'est jamais trop élevé, soulignant que l'essentiel, après avoir acquis la technique, est de savoir naviguer vite au contact de la flotte.
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Le Sunfish : Le Plaisir Sans Contrainte
Le Sunfish est un autre dériveur solitaire figurant parmi les plus populaires au monde, offrant une approche différente de la navigation. Il combine un gréement facile à maîtriser et une grande maniabilité, ce qui en fait une embarcation idéale pour une expérience de navigation confortable et sans tracas, se positionnant comme un voilier aimé de tous. Conçu en 1952 avec l'ambition de devenir l'ultime engin de plage, le bateau à voile Sunfish est toujours un favori pour tous les âges. Sa conception lui confère une robustesse qui contribue à sa valeur de revente, notamment grâce à ses bouchains durs et à son dessous de coque plat, des caractéristiques qui en font un bateau sans entretien notable.
Le Sunfish représente un excellent choix pour les débutants ou les navigateurs de niveau intermédiaire. Son accastillage, comme pour tous les bateaux, est généralement de l'époque de construction de l'embarcation, signifiant qu'un Sunfish récent sera équipé d'un accastillage moderne. Un avantage pratique du Sunfish réside dans le fait que la hauteur sous bôme est réglable. Le navigateur a la possibilité de choisir le point d'amure de sa drisse sur l'espar haut, un réglage qui conditionne non seulement le comportement du bateau, mais aussi l'espace disponible sous la voile, offrant une adaptabilité appréciable. Les témoignages de navigateurs font état de quelques travers mémorables et de performances au près atteignant 4,5 nœuds, nécessitant parfois un peu de rappel pour ne pas céder un centimètre d'écoute. Le Sunfish incarne le fun de la voile sans les inconvénients majeurs ni les heures d'entraînement intensif souvent associées à d'autres dériveurs, une réalité qui, sans nul doute, "fout les boules" aux laseristes selon les passionnés, mais qui est bien réelle.
L'Optimist : Le Premier Pas des Jeunes Navigateurs
La célébrissime "caisse à savon" de Clark Mills reste le dériveur d’initiation par excellence. Depuis sa création en 1947, l'Optimist a formé d'innombrables générations de marins, se consolidant comme le support pédagogique fondamental pour les jeunes qui font leurs premiers pas sur l'eau.
Plusieurs modèles d'Optimist sont construits pour répondre à des besoins variés. Pour la régate, les versions en stratifié de verre sont fabriquées par des chantiers réputés comme Devoti, et surtout par le Danois Winner, considéré comme la référence en la matière. En parallèle, pour l'école de voile, des modèles en polyéthylène rotomoulé sont produits par des entreprises telles que 2Win, Erplast et d’autres. Ces Optimist d’école bénéficient pleinement des progrès technologiques réalisés par les nouveaux polyéthylènes, désormais moulés en trois couches pour former une structure de type "sandwich", ce qui augmente leur robustesse et leur durabilité. Malgré ces évolutions matérielles, pour le reste, l'Optimist est resté fidèle à sa conception originale, rien n’a fondamentalement changé. Il conserve son safran caractéristique, sa dérive à remonter au portant tout en s’appliquant à la contre-gîte, et cet indémodable gréement à livarde, qui lui confère son allure si reconnaissable et sa simplicité d'utilisation pour les jeunes apprentis.
L'Évolution des Dériveurs : Performance et Pédagogie
Le paysage des dériveurs solitaires ne cesse d'évoluer, proposant des embarcations toujours plus performantes, mais aussi de nouveaux supports pédagogiques axés sur le plaisir de la glisse et l'initiation aux sensations modernes.
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L'O'Pen Skiff (Ancien Open Bic) : La Glisse Ludique pour les Jeunes
L'O'Pen Skiff représente une nouvelle marque axée sur la glisse, fruit de la fusion stratégique entre Bic Sport et Tahé Outdoors, une entreprise spécialisée dans le kayak. Bien que Bic Sport en tant qu'entité ait cessé d'exister sous cette forme, l’accessibilité qui a fait le succès de l’entreprise perdure à travers cette nouvelle offre. L’Open Bic est ainsi devenu l’O’Pen Skiff, mais il reste identique dans sa conception et ses performances.
Ce dériveur se caractérise par une petite coque planante, ouverte et autovideuse, propulsée par un gréement dont le profil est bloqué par quatre lattes, offrant une grande stabilité. Destiné aux enfants à partir de 9 ans, aussi bien pour le loisir que pour la compétition en monotypie, ce petit bateau ludique et réactif se veut l’école de la glisse par excellence pour les plus jeunes. Il offre une transition naturelle entre les dériveurs d'initiation classiques et des sensations de navigation plus modernes et dynamiques.
Le Topper : L'Ingéniosité Britannique au Service de la Simplicité
Ian Proctor, le créateur du Topper, est considéré comme l’un des monstres sacrés du « dinghy sailing » britannique. Son influence dans le monde de la voile légère est indéniable, non seulement en tant qu'architecte naval mais aussi en tant que fabricant de mâts. C’est au cours d’un voyage d’affaires aux États-Unis que Proctor a développé un enthousiasme débordant pour les carènes de scow, ces coques caractérisées par une étrave large et souvent tronquée, optimisées pour la portance.
Sa première tentative dans ce domaine, le Minisail, bien que très amusante, fut rapidement éclipsée par l'arrivée retentissante du Laser sur le marché. Cependant, sa deuxième tentative fut la bonne, donnant naissance au Topper. Ce dériveur réussit à se faire une place de choix grâce à sa conception ingénieuse et sa facilité de transport, étant lui aussi transportable sur le toit d’une voiture, un atout considérable pour les plaisanciers. Le Topper incarne la vision de Proctor : créer un bateau performant et accessible, qui conjugue plaisir de navigation et praticité.
Le RS Aero : La Modernité et la Vitesse
En 2015, le chantier RS a mis sur le marché une véritable "petite bombe", le RS Aero, un dériveur solitaire qui a rapidement attiré l'attention. Sa performance a été telle qu'il a manqué de peu la sélection en tant que support officiel pour les Jeux Olympiques de 2024, soulignant son potentiel de vitesse et de compétition.
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Un des atouts majeurs du RS Aero est sa capacité à générer un nœud supplémentaire en accélération par rapport à ses concurrents, offrant des sensations de glisse impressionnantes. Son poids est également un point fort significatif, notamment pour la mise à l’eau, facilitant grandement les manipulations pour les navigateurs solitaires. Ce dériveur permet d'acquérir très rapidement les bons repères en matière de réglages et de positionnement, rendant sa prise en main intuitive pour une large palette de marins. Que ce soit au près ou aux allures portantes, et quelles que soient les conditions de vent - léger, médium ou fort - l’Aero a la capacité intrinsèque d’aller vite, ce qui en fait un bateau polyvalent et performant pour la régate comme pour le plaisir.
La Pram : L'Élégance Écologique en Contreplaqué
La Pram se distingue par une esthétique résolument moderne, avec sa belle étrave inversée et ses bordés en contreplaqué d’okoumé. On avoue avoir eu un gros coup de cœur pour ce petit cat-boat qui allie avec brio un design très contemporain à une construction en contreplaqué-époxy. Cette méthode de construction est aussi respectueuse que possible de l'environnement, un critère de plus en plus recherché dans le monde nautique.
Le procédé imaginé par Youri Guedj et Alan Le Calvez, du cabinet BOW (Be On Water), intègre des clés d’assemblages des panneaux. Ces innovations techniques sont conçues pour faciliter considérablement la tâche des constructeurs amateurs, rendant la construction accessible à un public plus large. En effet, plusieurs Pram ont d’ailleurs été construits par des lycées ou des associations d’insertion, prouvant la faisabilité et la valeur pédagogique de ce projet. Pour ceux qui souhaitent acquérir un bateau fini sans passer par l'étape de la construction, il est possible de s’adresser au chantier Nicolas Arnoult, situé à Saint-Philibert. Ce chantier a d’ailleurs commencé la construction d’un Canot’, le grand frère du Pram, toujours basé sur les plans du cabinet BOW, confirmant l'attrait et le potentiel de cette lignée d'embarcations.
L'Ère du Foiling : Voler sur l'Eau
L'innovation la plus spectaculaire dans le monde des dériveurs solitaires est sans doute l'avènement du foiling. Ces embarcations, équipées de foils, permettent de s'élever au-dessus de la surface de l'eau, offrant des sensations de vitesse et de glisse inédites.
Le Skeeta et le Nikki : L'Innovation Australienne Accessible
Le Skeeta et son petit frère, le Nikki, respectivement destinés à un public d'adultes et d'enfants/adolescents, se démarquent de leurs concurrents par un système de montage de foil d’une pertinente ingéniosité. Ce système est non seulement astucieux, mais aussi d'une facilité de mise en œuvre très appréciable, pouvant même être réalisé lors de la mise à l’eau à terre.
L’avantage fondamental de ces scows australiens est leur capacité à voler et à glisser en mode archimédien. En version foil, le Skeeta a été conçu pour aller à l’essentiel, permettant une progression rapide des navigateurs. Le système se distingue par sa simplicité : il n'y a pas de réglage complexe des foils eux-mêmes. Le seul ajustement concerne la hauteur de vol, gérée via un palpeur que l'on peut monter ou descendre grâce à un retour sur le pont, rendant l'expérience de vol plus intuitive et moins intimidante pour les nouveaux adeptes du foiling. Il faut de la puissance pour dompter les 8,50 m² de la voile du Skeeta, une caractéristique commune à de nombreux voiliers performants.
Le Waszp : Le Foiler Compétitif et Dynamique
Dans la compétition qui fait rage entre les nouveaux foilers solitaires, le Waszp n’est pas le plus mal placé. C’est même lui qui pourrait bien emporter le morceau, tant son succès est fulgurant. Déjà vendu à 1 522 unités dans 45 pays, ce petit foiler australien est porté par une classe très animée, notamment en France où l’importateur, Manu Guédon (Activ’Sailing), déploie une énergie considérable pour sa promotion.
Le Waszp est probablement le support à viser si l'on a des envies de vols à haute vitesse et de sensations fortes. Cependant, il est important de noter que le Waszp, comme les autres foilers à plan porteur central, représente une sacrée école d’humilité, exigeant technique, engagement et une bonne dose de persévérance pour maîtriser l'art du vol.
Le One Fly : L'Alternative Polyvalente au Vol
Pour ceux qui souhaitent s'initier au vol sur l'eau, le One Fly propose une approche intéressante avec la possibilité de choisir entre trois tailles de grand-voile en option, permettant d'adapter la puissance du bateau au niveau du marin ou aux conditions de vent. Monté sur deux foils en carbone, le bateau offre l'option de voler, mais il peut également être utilisé en mode archimédien, naviguant comme un dériveur classique. Pour rendre le foiling plus accessible, une version en aluminium des foils est désormais disponible, ce qui rend l'embarcation plus abordable.
Un coup de projecteur médiatique favorable a été donné lorsque Jérémy Beyou, figure emblématique de la course au large, a choisi le One Fly pour ses entraînements d’hiver, alors que son Imoca Charal était en chantier, ce qui fut un excellent coup de communication pour le chantier. Reste que la concurrence fait rage sur le marché des foilers, et c’est le Waszp, qui s’appuie sur une classe très active et très internationale, qui tire actuellement le bon bord. Néanmoins, il est permis de gager que le foiler breton n’a pas dit son dernier mot et continuera à innover pour se positionner.
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