Maîtriser le Trapèze en Dériveur : De l'Équipement aux Techniques Avancées

La navigation en dériveur, notamment sur des supports plus dynamiques et puissants, exige souvent des techniques de rappel avancées pour maintenir l'équilibre et optimiser la performance du bateau. Parmi ces techniques, l'utilisation du trapèze est emblématique des sensations et des défis offerts par la voile légère. Vaguement intimidante, la position de l’équipier au trapèze peut faire hésiter certains à s’essayer à des supports un peu punchy. Il n’y a pourtant pas de quoi fouetter un chat, car avec une bonne compréhension des principes et un équipement adapté, cette pratique devient une source de plaisir et d'efficacité indéniable. Loin d'être une simple prouesse physique, le trapèze est une technique qui transforme radicalement l'expérience de navigation, permettant de dompter la puissance du vent et de repousser les limites de la vitesse. Il s'agit d'une interaction harmonieuse entre l'homme et la machine, où chaque mouvement du trapéziste influe directement sur le comportement du dériveur.

Le Principe Fondamental du Trapèze : Augmenter le Couple de Rappel

Le trapèze, c’est avant tout une histoire de couple de rappel augmenté. Le principe est d'accroître le bras de levier par rapport au centre de gravité du bateau, maximisant ainsi l'effet de contre-gîte. Cela est rendu possible en déportant l’intégralité du corps de l’équipier - et éventuellement du barreur sur certains supports - à l’extérieur du bateau, à l’horizontal au-dessus de l’eau. Les pieds du trapéziste sont solidement posés sur le liston, offrant un point d'appui stable, tandis qu'il est retenu par un câble fixé au mât. Cette technique permet de tenir des dériveurs de plus en plus puissants, capable de générer des forces véliques considérables. L'augmentation du couple de rappel est essentielle pour contrecarrer la force de gîte exercée par les voiles, permettant ainsi au bateau de rester plus à plat, de naviguer plus vite et de mieux remonter au vent. Les sensations que cette position procure sont assez surprenantes, mêlant une impression de vol au-dessus de l'eau et la pleine conscience de la puissance du vent. Il s'agit d'un engagement physique et mental qui, une fois maîtrisé, ouvre la porte à des performances de navigation supérieures. L'équilibre du bateau est une danse constante entre les forces aérodynamiques et hydrodynamiques, et le trapèze est l'outil principal du marin pour influencer cette danse, transformant la gîte excessive en un mouvement contrôlé et efficace.

Les Composants Essentiels d'un Système de Trapèze Fonctionnel

Pour pratiquer le trapèze en toute sécurité et avec efficacité, un ensemble de composants spécifiques est nécessaire, chacun ayant un rôle précis dans la chaîne qui relie le marin au mât. La qualité et la bonne configuration de cet équipement sont primordiales pour le confort et la performance du trapéziste.

Le Câble de Trapèze

Le câble de trapèze est l'élément central du système. Ces câbles, à dénombrer par paire, un sur chaque bord du bateau, ont un usage propre et sont donc à différencier des haubans, qui servent à retenir latéralement le mât. Les câbles de trapèze se fixent de part et d’autre du mât, généralement au-dessus du capelage des haubans, afin de retenir la partie haute du mât et d'optimiser le bras de levier du rappel. La solidité du câble est un critère essentiel pour garantir la sécurité de l'équipier. Des marques comme Hobie Cat proposent des éléments spécifiques tels que le câble trapèze Tiger/Pearl 18060572, livré à l'unité, ou le Cordage de trapeze Hobie cat Tiger (partie basse) 18080560. Chaque câble se termine souvent par une cuillère, dans laquelle le crochet de la ceinture du trapéziste vient s'insérer. Un palan peut être intégré au système, permettant d'ajuster la longueur du câble et la hauteur du trapéziste. Pour les montages plus innovants, il existe des solutions comme l'Embout en T pour trapèze textile A6180 de Holt, un embout de trapèze ou hauban inox en T, idéal pour connecter des haubans ou des trapèzes en textile, offrant ainsi une flexibilité et une résistance accrues.

La Ceinture de Trapèze

Indispensable, la ceinture de trapèze est le lien direct entre le trapéziste et le câble. Les ceintures de trapèze sont de plus en plus ergonomiques et les modèles se diversifient pour s'adapter à toutes les morphologies et préférences. Il s’agit toujours d’un baudrier intégrant une barre de trapèze qui présente un crochet. Ce crochet, qui doit être porté bas contrairement au harnais de planche à voile, est conçu pour s'accrocher solidement à la cuillère du câble de trapèze. L'ajustement de la ceinture est crucial pour le confort et la prévention des blessures, en particulier au niveau du dos et des abdominaux, qui sont sollicités de manière intensive. Une ceinture mal ajustée peut entraîner une souffrance accrue de ces zones musculaires.

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Les Poignées de Trapèze

Les poignées de trapèze jouent un rôle important pour la stabilité et la maniabilité du trapéziste. Elles permettent de saisir le câble ou une partie du système pour se maintenir ou pour rentrer/sortir du trapèze. On trouve différentes options, comme la Poignée de trapèze 2 parties EX3045 d'Optiparts, qui est démontable et permet de poser une poignée sans changer le câble, ou les Poignées trapèze Ronstan RF5122R-2 avec grip vertical, souvent vendues par paire, offrant une prise en main optimale. Hobie Cat propose également sa propre Poignée de trapèze 16080552. L'usage de la poignée est essentiel lors des transitions, notamment pour sortir et rentrer du trapèze à la seule force du bras.

Le Sandow de Trapèze et Autres Accessoires

Un sandow (élastique) de trapèze, comme le Sandow de trapèze 16080555 ou le Sandown de trapèze 20080555 pour Hobie, est souvent utilisé pour maintenir les câbles et les poignées près du liston lorsqu'ils ne sont pas utilisés. Un sandow, le plus long possible passant devant le mât, réunit les deux mousquetons et les maintient pendant la navigation au ras du caisson non loin du hauban. Ceci évite que les câbles ne traînent dans l'eau ou n'interfèrent avec d'autres manœuvres.

D'autres accessoires complètent le système :

  • La boule d'arrêt: Par exemple, la Boule d'arrêt 18 mm de Viadana, utilisée sur tous les catamarans, dériveurs et bateaux, sert à empêcher le câble de trapèze de remonter trop haut ou de passer à travers un taquet.
  • Les butées de trapèze: La Butée de trapèze 30938 de Nacra Sailing est un exemple de pièce conçue pour limiter le mouvement du câble et assurer une position constante pour le trapéziste.
  • Les anneaux de trapèze: L'Anneau de trapèze de 5MM A4461 d'Allen, en goutte d'eau, est un composant léger (64 grammes) qui peut être utilisé dans le système, notamment pour les bouts avec double anneau de trapèze inclus dans certains kits, comme le Kit trapèze Hobie 16 16080551.
  • Les Clamcleat: Le Clamcleat trapèze et kite CL253_L, à utiliser impérativement avec une poulie, est un taquet coinceur qui permet un réglage précis de la tension ou de la position du trapèze, ou même de servir pour le réglage des avants sur un kite.
  • Les cosses: Des éléments comme la Cosse 99300053 de Hobie Cat sont des pièces d'accastillage essentielles pour terminer et protéger les boucles de câbles et cordages.

Les kits complets, tels que le Kit trapèze Hobie 16 16080551, qui comprend les deux câbles de trapèzes Hobie, l'élastique, les poignées JH et les bouts avec double anneau de trapèze, ou le Kit trapèze 18060507 de Hobie Cat, facilitent l'équipement du bateau en fournissant l'ensemble des éléments nécessaires à une installation complète et fonctionnelle.

La Technique du Trapèze : Maîtriser le Déport et la Mobilité

L'utilisation du trapèze est une technique qui combine agilité, coordination et sens marin. Pour optimiser le couple de rappel, il faut se grandir au maximum, ce qui implique une extension complète du corps à l'extérieur du bateau.

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Sortir au Trapèze

Le mouvement pour sortir au trapèze demande une certaine fluidité et une bonne coordination. Pour sortir, on se place accroupi sur le liston au vent. C'est à ce moment que l'on se crochète à la cuillère du câble de trapèze. Ensuite, on saisit la poignée d'une main, souvent la plus proche du mât ou du point d'ancrage, puis on se tend en poussant sur la jambe avant et en s’équilibrant de la main opposée. L'équipier se pousse hors du bateau jusqu'à ce que ses cuisses reposent à leur tour sur le liston. Le palan de trapèze est alors tendu pour que celui-ci ne se mouille pas les fesses, un détail non négligeable pour le confort et pour éviter de créer de la traînée inutile. Il ne reste plus qu’à replier la jambe avant et à poser le pied sur le liston, généralement en position légèrement avancée par rapport à la hanche. Une fois tendu, il est possible de lâcher la poignée si la position est stable et que le marin est bien accroché. Grâce au palan, on peut ensuite se descendre plus ou moins, en fonction de son confort personnel, de la force du vent et de la hauteur des vagues, ajustant ainsi précisément la position pour maximiser le couple de rappel et s'adapter aux conditions.

Une variante plus avancée, la "fin du fin", est celle observée sur des bateaux comme le 49er, où l'équipier se jette au trapèze à la seule force du bras en sortant du virement, et ne se crochète qu'après coup. Cela démontre une agilité et une explosivité remarquables. Il est important de noter que l'on sort et on rentre au trapèze à la seule force du bras, en se tenant à la poignée, et on ne se crochète qu’après coup dans de telles situations extrêmes.

Rentrer du Trapèze

Le retour dans le cockpit est tout aussi important et doit être exécuté avec fluidité pour ne pas déstabiliser le bateau. Pour rentrer du trapèze, on saisit sa poignée, puis on plie la jambe avant et on se laisse glisser à l’intérieur du bateau. Ce mouvement doit être contrôlé et rapide, notamment lors des virements de bord.

La Mobilité et l'Adaptation

Garder de la mobilité au niveau du buste est important. Que ce soit pour observer le plan d’eau, anticiper les risées ou travailler la conduite en bougeant pour accompagner le bateau, cette souplesse permet au trapéziste de rester un acteur dynamique de la performance. La position n'est jamais statique ; le trapéziste doit constamment s'adapter. Tendre le bras au trapèze permet de déporter du poids plus à l'extérieur encore, donc d'augmenter le couple de rappel, mais cette position n'a rien de facile à tenir et est réservée aux conditions où chaque kilogramme compte.

Le "Babouinage" : Une Technique Avancée de Rappel

Le "babouinage" est un terme plus récent pour désigner une technique utilisée par les meilleurs navigants dans des séries où la règle 42 (régissant la manière de propulser son bateau par des mouvements de corps) est tolérante. Il s'agit de mouvements dynamiques du corps pour générer une force propulsive supplémentaire, souvent en combinaison avec le trapèze. Bien que la description exacte de cette technique ne soit pas détaillée, elle souligne l'évolution constante des méthodes de rappel et l'ingéniosité des marins pour optimiser la performance.

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Exigences Physiques et Coordination au Trapèze

Le trapèze, c’est technique, avant tout. Cette pratique réclame donc de l’agilité, un peu d’explosivité aux virements de bord dans la brise, du dynamisme, une certaine coordination… Et une bonne dissociation entre le bas et le haut du corps. Si les jambes sont sollicitées pour l'équilibre et la poussée initiale sur le liston, musculairement, cela ne les sollicite guère de manière continue. En revanche, le dos et les abdos souffrent davantage, notamment si la ceinture de trapèze est mal ajustée, alors gare ! Une bonne sangle abdominale et un dos solide sont des atouts majeurs pour le trapéziste. Les muscles du tronc sont constamment engagés pour maintenir la position et absorber les chocs. La capacité à effectuer des mouvements rapides et précis est cruciale, en particulier lors des transitions rapides imposées par les changements de cap ou les rafales de vent. La fatigue musculaire peut rapidement s'installer si l'on n'est pas bien préparé physiquement. C'est une discipline athlétique qui rend la navigation plus intéressante, faisant appel à l’adresse de l’équipier.

Rôles de l'Équipier et du Barreur avec le Trapèze

La répartition des tâches entre l'équipier et le barreur varie selon le type de dériveur et les conditions de navigation, mais le trapèze ajoute une dimension supplémentaire à cette synergie. Si l’on se retrouve au trapèze, c’est que l’on navigue sur un bateau puissant, conçu pour la vitesse et la performance.

En Dériveur Double (ex: 470)

En 470, un dériveur olympique très performant, le barreur est traditionnellement au rappel classique (assis sur le liston avec les jambes dans le bateau), tandis que l'équipier monte au trapèze dès que le vent forcit. Ce dernier se charge en même temps des écoutes de foc et de spi, nécessitant une capacité à jongler entre la position de rappel extrême et la gestion active des voiles d'avant. L'équipier est ainsi un véritable chef d'orchestre des réglages, travaillant en étroite collaboration avec le barreur pour optimiser l'assiette et la vitesse du bateau. L'équilibre du bateau, qu'il s'agisse de gîte ou de contre-gîte, est aussi sous sa responsabilité.

En Catamaran Sportif (ex: Nacra 17)

Sur des supports plus récents et encore plus rapides comme le Nacra 17, un catamaran olympique à foils, barreur et équipier sont tous deux au trapèze. Dans ce cas, il revient à l'équipier de contrôler la gîte : afin de diminuer le couple de rappel, il rentre un peu en pliant les jambes. Cette capacité à moduler son déport est essentielle pour s'adapter aux conditions fluctuantes et aux manœuvres complexes de ces bateaux ultra-performants. La synchronisation parfaite entre les deux trapézistes est cruciale pour la stabilité et la vitesse du catamaran.

Gestion des Voiles d'Avant et de l'Équilibre

L'équipier qui est en charge des voiles d'avant (foc et spi) a également l'honneur et l'avantage de soigner l'équilibre du bateau. Sa position au trapèze lui donne un point de vue unique et une capacité d'action directe sur l'assiette. Au près, par vent établi, on peut s’endormir au trapèze si le barreur est bon, car c’est lui (en dehors du vent) qui assure l’équilibre en réglant la grand-voile (écoute et hale-bas) et la dérive. Cependant, au largue sous spi, il ne vaut mieux pas roupiller. C’est l’équipier qui, en tenant le spi, se maintient au trapèze, ou pas, selon la force du vent et l'angle. Le barreur peut tenir le spi à ce moment mais pas longtemps, car sa tâche principale est de barrer et de surveiller l'ensemble du bateau. La nécessité d'envoyer le spi en dériveur n'est pas à la portée de tous les équipages, souvent trop timorés, ce qui rend l'adresse de l'équipier au trapèze d'autant plus primordiale dans les bords de largue.

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