L’archéologie subaquatique est une discipline scientifique qui intervient spécifiquement dans le milieu sous-marin et fouille, le plus souvent, des épaves de navires. Elle peut également, parfois, avoir le même domaine d’étude que ses collègues terrestres (habitats submergés). Le but de l’archéologie subaquatique est d’inventorier, d’identifier puis selon les autorisations accordées de fouiller des sites à caractère préhistorique ou historique. Ils peuvent être maritimes (épaves, ports, lieux de mouillage…) ou dans les eaux intérieures (gués, ponts, structures immergées…). Ce professionnel est à la fois un archéologue et un plongeur. Il dirige des fouilles archéologiques subaquatiques dans le but de trouver des traces du passé. Il s’intéresse aux sites archéologiques situés en dessous de la surface de l’eau, qu’il s’agisse de l’océan, de la mer, de rivières ou de lacs. On y trouve une importante diversité de vestiges. Les plus connus du grand public sont les navires de commerce ou de guerre échoués suite à une avarie, une tempête ou un fait de guerre. L’étude de ces épaves permet de comprendre la vie quotidienne des hommes de bord, la richesse de leurs échanges commerciaux, ainsi que les techniques civiles et militaires de construction navale. Cependant, de nombreuses autres ressources culturelles sont également découvertes sous l’eau : vestiges de barrages de pêche, de quais, d’écluses ou de gués, traces d’habitats installés sur les rivages marins ou lacustres, épaves d’avions, etc. On retrouve également des cités entières enfouies dans les fonds marins suite à des tremblements de terre ou de cyclones. L’archéologie subaquatique poursuit les mêmes objectifs que ceux de l’archéologie appliquée à des sites terrestres. A partir d’objets ou reliquats retrouvés sur les sites, elle permet de mieux connaître l’histoire d’un lieu et des personnes qui y ont vécu. Le champ chronologique est très étendu, allant de la préhistoire à l’époque contemporaine.
Évolution historique et contexte de la discipline
L’histoire de l’archéologie sous-marine est liée aux progrès de l’homme en matière de résistance sous l’eau. À la Renaissance, on observe les premières recherches mais c’est au XIXe siècle, avec l’invention des premiers scaphandres, que la sécurité des plongeurs commence à être assurée. Les premiers scaphandriers étaient souvent des pêcheurs d’éponges. C’est le commandant Cousteau qui lança le premier chantier de fouilles dans les années 50, mais ses recherches ne furent pas reconnues. L’archéologue subaquatique évolue donc avec son temps. Il touche plus particulièrement à l’histoire économique par l’étude des cargaisons, à l’histoire des techniques par l’étude de l’architecture navale, et étudie la vie à bord par le biais des témoignages matériels embarqués. Son milieu d’intervention, humide et anaérobie (vase), lui permet de découvrir des objets qui ne se sont généralement pas conservés sur les sites archéologiques terrestres (bois, cuir, vannerie, tissu, végétaux…). Aussi soudains que l’éruption du Vésuve en 79 av. J.-C., les naufrages font de chaque épave un véritable Pompéi sous-marin. La gestion des épaves comme ressources culturelles est devenue une préoccupation omniprésente dans le but de les protéger. Au Canada, par exemple, la discipline s'est structurée autour de projets emblématiques comme le travail à Red Bay. Plusieurs considèrent la fouille d’une épave datant de 1200 av. J.-C. comme un modèle, une fouille de référence. Le travail y fut effectué avec une précision extrême, y compris la coque du navire, dont chaque élément était relevé. Les vestiges qui trouvent leur équivalent sur le plan du site sont ainsi relevés avec précision. L’utilisation de systèmes d’enregistrement méthodique avec carroyage permit une compréhension globale du navire. De même, en France, le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm) joue un rôle central. Créé en 1966 par André Malraux, alors ministre de la Culture, il explore, étudie, valorise et protège le patrimoine archéologique littoral et maritime de l’ensemble des eaux marines sous juridiction française. Depuis sa création, le département a recensé plus de 6000 épaves sur le littoral français.
Cadre réglementaire et sécurité des opérations
Les plongées qualifiées d’archéologiques ne sont pas soumises à l’arrêté du 22 juin 1998, mais à une réglementation spécifique avec un classement hyperbare obligatoire selon la réglementation du ministère du travail. Les chantiers fédéraux représentent plus de la moitié des autorisations délivrées par le Ministère de la Culture. Le niveau technique demandé varie selon la profondeur des chantiers, mais dans le respect des normes fédérales. En France, le Drassm instruit, contrôle et conseille les opérations d’archéologie sous-marine. Il a réalisé l’expertise, dirigé l’étude et contrôlé la fouille de plus de 1600 sites archéologiques subaquatiques et sous-marins en France métropolitaine, en outre-mer et à l’étranger. Une partie des subventions nationales et régionales est redistribuée aux chantiers de fouilles afin de mener à bien leurs actions de formation pratique et théorique. La période la plus longue est celle consacrée à l’étude des résultats et à la rédaction des rapports consignant les faits observés et leur interprétation, et que tout titulaire d’une autorisation doit remettre en fin d’année au Ministère de la Culture. Cette période est aussi celle du dessin des objets archéologiques, de la mise au net des plans et des recherches en bibliothèque. Le respect des règles de sécurité est primordial. L’archéologue sous-marin doit utiliser un équipement de plongée : une combinaison de néoprène pour se protéger du froid, un masque pour voir, des palmes pour se déplacer, une ceinture de plomb et un gilet pour l’équilibre, une bouteille d’air comprimé et un détendeur pour respirer. Il a également recours à un aspirateur ou une suceuse pour dégager le sable, au lieu de la truelle de son compère terrestre, tandis que la brouette est remplacée par un panier lesté et par un ballon rempli d’air pour remonter les objets découverts. Carnets de notes et calques plastiques, fils à plomb et décamètres permettent les relevés et dessins de ses découvertes.
Parcours de formation et qualifications fédérales
Le système de formation français est structuré en plusieurs niveaux de qualification, permettant d’évoluer dans la pratique de l’archéologie sous-marine :
- Plongeur Débutant en l’Archéologie sous-marine et subaquatique (PDA) : Il faut être plongeur N II FFESSM, avoir réalisé 10 plongées archéologiques ou avoir suivi un stage de 6 jours, et avoir suivi une formation théorique de 8 heures. Cette expérience et ces connaissances sont validées après un entretien libre. La prérogative est de participer à des opérations archéologiques en étant encadré. Les modules incluent l’initiation, la législation, la sécurité, l’archéologie navale et les techniques de prospection.
- Plongeur Confirmé en Archéologie sous-marine et subaquatique, 1er degré (PCA 1er degré) : Il faut être plongeur N II FFESSM, titulaire du PDA, avoir participé à deux opérations différentes et totaliser 25 plongées archéologiques (dont 15 après le PDA). Il faut également avoir suivi 12 heures de formation théorique après le PDA et réussir un examen théorique et des épreuves pratiques (maniement d’aspirateur à sédiments, relevés). La prérogative est de se voir confier des tâches nécessitant une compétence reconnue. Le contenu porte sur la construction navale, les céramiques et la conservation des vestiges.
- Plongeur Confirmé en Archéologie sous-marine et subaquatique, 2ème degré (PCA 2ème degré) : Il faut être plongeur N III FFESSM, titulaire du PCA 1er degré, totaliser 40 plongées archéologiques (dont 15 après le PCA 1er degré) et avoir suivi 20 heures de formation théorique. Le candidat doit présenter un document écrit de synthèse relatif à une opération. La prérogative est d’assurer la responsabilité d’une tâche confiée à lui et à son équipe. Les modules traitent du positionnement, de la cartographie, des systèmes géodésiques, des archives et de la numismatique.
- Responsable Fédéral d’Opérations en archéologie sous-marine et subaquatique (RFO) : Il faut être plongeur N III FFESSM, titulaire du PCA 2ème degré, et avoir participé à 2 opérations en qualité d’adjoint. Cette qualification est obligatoire pour toute personne qui désire fouiller et demander une aide financière. L’objectif est d’être capable de prendre la responsabilité totale d’une opération, de monter le dossier administratif, d’organiser la logistique et d’assurer la sécurité.
Méthodologie et processus de fouille
Les fouilles en milieux subaquatiques se déroulent en plusieurs étapes, coordonnées par l’archéologue plongeur. En premier lieu, il effectue des recherches dans les archives. Cette plongée dans l’histoire joue un rôle déterminant pour localiser un naufrage et identifier une épave. Les ressources étudiées sont de natures variées : anciennes cartes marines, cadastres, récits de témoins ou de rescapés, correspondances, journaux d’époques, études des courants marins, etc. Commence ensuite la phase de prospection subaquatique qui est effectuée en plongée. Chaque élément archéologique repéré est signalé en surface par un flotteur. Si nécessaire, des photographies aériennes peuvent également être réalisées. Au-delà de ces techniques de prospection visuelle, l’archéologie subaquatique utilise surtout des techniques de pointe utilisées en géophysique et qui permettent de détecter des anomalies dans les fonds marins. Parmi celles-ci, le sonar à balayage latéral ou le magnétomètre. Une fois le profil sous-marin du site dressé, un carroyage est effectué. Il s’agit du découpage systématique du site en zones carrées et de l’identification unique de chacun de ces carrés. L’archéologue numérote et enregistre ainsi chaque objet découvert selon sa position sur la grille. Des photographies sont réalisées à chaque étape de la fouille. Si le site est intéressant, des centaines de photos sont prises pour construire un modèle 3D de l’épave a posteriori. On parle alors de photogrammétrie. Les vestiges archéologiques sont dégagés à l’aide d’un aspirateur à sédiments. Lorsque l’équipe décide de remonter à la surface certains artéfacts pour les étudier, elle utilise de grands paniers. Il faut éviter d’exposer directement à l’air les objets découverts car cela peut provoquer des déformations, des désagrégations, voire des éclatements. Pour chaque matériau, un protocole de conservation strict est donc établi.
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