Le lac de Van, en Turquie, offre depuis sa surface l'image d'une étendue d'eau majestueuse et paisible, attirant le regard par sa couleur d'un bleu saisissant. C’est le plus grand lac de Turquie, situé dans la région la plus orientale du pays, à proximité de la frontière iranienne. Bénéficiant du tourisme qu'il génère, les villes et localités qui parsèment son pourtour profitent de cette attraction naturelle. Cependant, sous cette apparence sereine, une découverte extraordinaire a mis en lumière un passé insoupçonné, révélant une autre "ville" qui était restée cachée des regards pendant des milliers d'années. Au cours d’une récente série de plongées exploratoires, des archéologues de l’Université Van Yüzüncü Yıl, épaulés par une équipe de plongeurs indépendants, ont mis au jour une forteresse sous-marine d'une importance capitale. Cette annonce, qui a suscité un vif intérêt, a été relayée notamment par National Geographic, soulignant l'ampleur de cette trouvaille archéologique majeure.
Le Lac de Van : Un Écrin Naturel et Historique
À la surface, le lac de Van ressemble à n'importe quelle autre grande étendue d'eau, mais il est loin d'être ordinaire. C'est le plus grand lac de Turquie, implanté à l’extrême est du pays, sur le haut-plateau arménien, et partagé entre les provinces de Van et de Bitlis. Ses eaux d'un bleu clair saisissant en font une destination touristique populaire, contribuant à la prospérité des villes autour de son rivage. Par ailleurs, il est reconnu comme le deuxième plus grand lac du Moyen-Orient, une caractéristique géographique qui témoigne de son envergure. Profond de 451 mètres en son point le plus bas, le lac de Van est un lieu chargé de mystères et de légendes.
Les civilisations anciennes avaient déjà perçu l'importance et le caractère unique de ce lac. Tahsin Ceylan, chef de l’équipe de plongée, a rappelé que "Beaucoup de civilisations et de gens s’étaient installés autour du lac Van." Ces populations ancestrales désignaient le lac sous le nom de « la mer supérieure », témoignant de sa grandeur et de son rôle central dans leur vie. Elles croyaient également qu’il recelait de nombreuses choses mystérieuses, alimentant ainsi le folklore local qui, encore aujourd'hui, évoque des histoires de monstres sous-marins se cachant dans les abysses de ses eaux profondes.
La particularité des eaux du lac de Van joue un rôle crucial dans la conservation des vestiges qu'il abrite. Ces eaux sont saumâtres et fortement alcalines, riches en carbonate de sodium et en autres sels. Cette composition chimique unique a agi comme un excellent agent de préservation. Grâce à ces propriétés, les structures englouties ont été remarquablement épargnées par la dégradation, offrant aux archéologues des ruines dans un état de conservation exceptionnel. Cette caractéristique naturelle fait du lac un véritable conservatoire d’histoire, protégeant silencieusement les témoignages d’époques révolues.
La Quête Inattendue : Du Monstre aux Ruines Submergées
L'incroyable découverte de la forteresse sous-marine n'était pas l'objectif initial de l'équipe menée par Tahsin Ceylan. En effet, le chef de l’équipe de plongée, Tahsin Ceylan, était dans un premier temps à la recherche du monstre du lac de Van, une créature hypothétique qui alimente les mythes de la région et les légendes populaires à travers le monde, tout comme les histoires de châteaux sous-marins perdus. Ce n'est pas l'Atlantide, mais c'est un début prometteur pour la recherche archéologique.
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Malgré les doutes exprimés par leurs pairs, l’équipe a poursuivi ses investigations. Dans une interview accordée à l’agence de presse turque Andalou, Tahsin Ceylan a raconté que d'autres archéologues familiers de la région leur avaient dit qu'ils ne trouveraient pas grand-chose dans ces eaux. Cependant, l’équipe a tout de même mené les recherches, se basant sur de persistantes rumeurs locales selon lesquelles d'anciennes ruines étaient cachées sous la surface. C’est ainsi que le travail acharné des chercheurs a été récompensé de manière inattendue : au lieu du monstre, Tahsin Ceylan a découvert une ville perdue, un vaste château vieux de 3000 ans, très bien préservé, dans les profondeurs du lac.
Cette découverte est le fruit de plus d’une décennie de recherches menées dans le deuxième plus grand lac du Moyen-Orient. Les archéologues de l’Université Van Yüzüncü Yıl sont ceux qui ont annoncé cette incroyable trouvaille, confirmant l'existence d'un royaume perdu sous la surface du lac. Le fait qu'ils aient persisté dans leurs recherches, allant à l'encontre des opinions établies, démontre leur engagement et leur conviction. Tahsin Ceylan, s'adressant à la presse locale, a qualifié cette découverte de véritable miracle : « C’est un miracle de trouver ce château sous l’eau ! ». Cette persévérance a ainsi permis de dévoiler un chapitre méconnu de l'histoire de la région.
Une Forteresse Antique Ressuscitée des Eaux
La forteresse sous-marine découverte dans le lac de Van représente une révélation archéologique d'une envergure considérable. Il s’agit d’un vaste château dont les ruines ont été retrouvées en excellent état de conservation. Le site archéologique s'étend sur une distance impressionnante d’environ un kilomètre. Les sections visibles des murs de la forteresse s'élèvent jusqu’à 3 ou 4 mètres de hauteur (soit entre 10 et 13 pieds), se dressant encore fièrement au-dessus du fond du lac.
La vidéo filmée par Tahsin Ceylan offre un aperçu saisissant de ce monde subaquatique, montrant les archéologues nageant à travers le lac bleu turquoise. On y observe des pierres massives empilées les unes sur les autres, formant des murs qui rappellent une maçonnerie robuste, comme un mur de briques. Les structures restantes de la forteresse présentent une diversité architecturale, allant de simples amoncellements de pierres à des murs lisses et carrés, témoignant de l'ingéniosité des bâtisseurs de l'époque.
Selon les premières évaluations visuelles réalisées par l’équipe, les vestiges sont estimés à environ 3 000 ans, ce qui les situe approximativement durant l’Âge du Fer. Cette datation suggère que la forteresse aurait été construite par la civilisation urartéenne, aussi appelée le royaume de Van, qui a prospéré dans la région du IXe au VIe siècle avant J.-C. Les murs de la forteresse sont remarquablement bien conservés, un phénomène attribuable aux eaux fortement alcalines du lac de Van. En effet, l’eau saumâtre, riche en carbonate de sodium et en autres sels, a eu un effet protecteur exceptionnel sur la structure, la préservant de la dégradation et des dommages du temps. Comme le souligne Tahsin Ceylan, « Le château n’est pas endommagé ». Cette excellente conservation promet des opportunités d'étude sans précédent pour les archéologues.
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Le Mystère d'Urartu et les Fluctuations du Lac
La forteresse sous-marine découverte est une relique de la civilisation perdue d’Urartu, également connue sous le nom de royaume de Van. Ce royaume ancien s'est constitué autour du IXe siècle avant J.-C. sur le haut-plateau arménien et a prospéré jusqu'au VIe siècle avant J.-C. À son apogée, au milieu du VIIIe siècle avant J.-C., son territoire s'étendait bien au-delà des frontières actuelles de la Turquie, englobant des régions qui correspondent aujourd'hui à l'Arménie, au nord-ouest de l'Iran, et même des parties du nord de la Syrie et de l'Irak.
Le lac de Van était sans conteste un centre névralgique pour cette société ancestrale. D'après le département "Proche-Orient ancien" du Metropolitan Museum of Art de New York, le lac était un véritable carrefour pour le royaume d'Urartu. Des inscriptions gravées, considérées comme les plus anciennes traces urartéennes jamais mises au jour, peuvent d'ailleurs être trouvées dans la région de Van, y compris dans le lac lui-même, attestant de l'importance historique et culturelle de cette étendue d'eau pour la civilisation.
Le mystère de l'engloutissement de la forteresse réside dans les fluctuations spectaculaires du niveau du lac au cours des millénaires. Les archéologues estiment que la forteresse a été progressivement submergée à mesure que le niveau de l'eau montait avec le temps. L'histoire ne le précise pas, mais il est plausible qu'avec la montée des eaux, le château se soit dépeuplé jusqu'à être oublié. À l'époque de la construction, le niveau de l'eau était certainement bien inférieur à celui d'aujourd'hui, peut-être même de plusieurs centaines de mètres plus bas, comme l'estiment les universitaires.
Cependant, il est important de noter que toutes les traces de cette ancienne civilisation n'ont pas été englouties. Tahsin Ceylan a précisé que d'autres parties de l'ancienne colonie urartéenne sont beaucoup plus élevées, se situant même au-dessus du littoral actuel du lac. Ces vestiges terrestres font actuellement l'objet d'études archéologiques, offrant un contraste fascinant avec les découvertes sous-marines et permettant de reconstituer une image plus complète de l'étendue de l'établissement urartéen autour du lac de Van. Les populations qui vivaient sur ses rives avaient établi des villages, mais avec la montée des eaux, elles les ont abandonnés, ce qui explique l'engloutissement de la forteresse.
Au-delà du Château : D'Autres Trésors Subaquatiques
La découverte de la forteresse urartéenne, bien que spectaculaire, n'est pas le seul témoignage de l'activité archéologique fructueuse dans le lac de Van. Le travail acharné et la persévérance de l'équipe de chercheurs ont déjà été récompensés par d'autres trouvailles notables, soulignant le rôle du lac comme un véritable trésor archéologique et géologique.
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L'année dernière, l'équipe dirigée par Tahsin Ceylan avait déjà mis au jour un champ de stalagmites sous la surface de l'eau. S'étendant sur une superficie impressionnante de 4 kilomètres carrés, ces formations naturelles, surnommées les « cheminées de fées sous-marines », ajoutent une dimension géologique unique à l'exploration du lac. Elles témoignent des processus hydrogéologiques complexes qui se déroulent dans les profondeurs du lac de Van et offrent un aperçu des conditions environnementales passées.
En plus de ces merveilles géologiques, l'équipe a également découvert des vestiges de périodes plus récentes de l'histoire. Des pierres tombales datant de l’ère des Seldjoukides, il y a environ 1 000 ans, ont été identifiées. Cette découverte enrichit la compréhension de l'occupation et de l'importance du lac à travers différentes époques, montrant que de multiples civilisations ont laissé leur empreinte dans et autour de ses eaux. Ces trouvailles diverses confirment que le lac de Van est une zone d'étude d'une richesse exceptionnelle, offrant une nouvelle perspective pour les archéologues et les historiens qui cherchent à reconstituer le passé complexe de la région.