Darse Nautique Confluence : Histoire et Aménagement d'un Quartier Lyonnais en Mutation

Introduction

Le quartier de la Confluence, situé à l'extrémité sud de la presqu'île de Lyon, au confluent du Rhône et de la Saône, est le fruit d'un vaste projet de reconversion urbaine. Initié dans les années 1990, ce projet a transformé une zone industrielle et portuaire en un quartier moderne, dynamique et attractif, vitrine de l'ambition métropolitaine lyonnaise. Cet article explore l'histoire de ce projet, son aménagement et les enjeux qui y sont liés.

Genèse du Projet Confluence : Une Reconversion Nécessaire

Un Territoire en Déclin

Dans les années 1990, le sud de la Presqu’île lyonnaise présentait l’image d’un site enclavé, industriel, avec une population vieillissante, pauvre et immigrée. Perçu comme une zone de trafics et de prostitution, il était séparé du reste de la ville par les « voûtes » de Perrache, qui lui valaient un surnom péjoratif : « derrière les voûtes ». Cette séparation, caractérisée par les voûtes qui supportent l’édifice, était à l’origine volontaire : elle devait marquer la limite entre la partie résidentielle et bourgeoise et la partie industrielle et portuaire de Lyon, où était aussi située la prison. Depuis cette période, les couches successives d’infrastructures qui se sont rajoutées au niveau de la gare Perrache - autoroute A7, accès routiers, gare routière, lignes de tramway - n’ont fait qu’amplifier cet aspect en la rendant difficilement franchissable. Aujourd’hui, la Presqu’île au sud de Perrache, en dehors du périmètre de Confluence et de la caserne de gendarmerie, est encore l’un des quartiers les plus pauvres de la ville de Lyon.

L'Impulsion de Raymond Barre

Le projet Confluence a été lancé en 1994 par Raymond Barre. Le but était une reconversion complète du territoire de la presqu'ile au Sud de Perrache/Sainte-Blandine. Il y subsistait des usines anciennes , le port Rambaud, des vieux entrepots, des terrains pollués. Le territoire impacté deviendra un rendez-vous avec le futur, avec l'aide de grands architectes internationanux et de technologie de pointe du bâtiment. L’aménagement du Confluent était inscrit en 1995 à son programme de campagne.

Un Projet de Longue Haleine

Le projet, dont les premières esquisses ont été réalisées à la demande de Raymond Barre, a mis du temps à se concrétiser. Il en a été ainsi parce que le maire de l’époque avait décidé d’inscrire l’aménagement du confluent sur le temps long, et parce qu’une partie du foncier de cet ancien site industriel, propriété de VNF (Voies Navigables de France), d’EDF et de la SNCF, n’était pas disponible. De plus, le site, extrêmement pollué, nécessitait de gros travaux avant d’être aménageable. Si, dans le projet d’origine, il fut question de faire disparaître l’emprise autoroutière pour recoudre le tissu urbain, le projet finalement retenu prend le parti de « faire avec » les infrastructures existantes que sont l’autoroute, la gare de Perrache et les voies de chemin de fer.

L'Aménagement de la Confluence : Un Quartier Tourné Vers l'Avenir

Les Grandes Étapes de l'Aménagement

Confié en 2000 aux cabinets parisiens de François Grether (urbanisme) et de Michel Desvigne (paysagisme), le projet commence sur une première tranche située dans l’ouest du site, c’est-à-dire sur les 41 hectares qui s’étendent du Cours Charlemagne aux berges de la Saône. L’arrivée à l’Hôtel de ville de Gérard Collomb, qui a fait de Confluence un symbole de ses mandats successifs, a accéléré la conduite du projet et a introduit l’idée d’un centre commercial au centre de l’opération.

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Phase 1 (2003-2014)

La Phase 1 de rénovation de Confluence débute en 2003 avec la nomination de la SEM Lyon Confluence comme titulaire d’une convention publique d’aménagement. Elle représente près de 40% du projet global. D’une superficie de 41 hectares, elle se tourne vers la Saône. Elle intègre au nord l’aménagement de la place des Archives au pied de la Gare de Perrache et, au sud, l’aménagement des espaces publics de l’ancien port fluvial jusqu’au Pont de la Mulatière.

Phase 2 (2015 à aujourd'hui)

Deuxième temps de la rénovation, la Confluence côté Rhône est structurée autour des quartiers du Marché et du Champ reliés entre eux et la ville par plusieurs liens. Qualité, mixité et innovation sont les maîtres-mots de l’aménagement conçu par Herzog et de Meuron et Michel Desvigne. La ZAC 2 a pour objectifs d’accueillir une programmation mixte et de faciliter les circulations douces.

Les Principes d'Aménagement

L’aménagement progressif de ces 150 hectares débute alors sous l’influence du maire Raymond Barre. Il met en valeur un espace d’exception et des paysages uniques: le Confluent, des friches industrielles, des quais côté Saône et côté Rhône, d’un quartier d’habitations autour de l’église Sainte Blandine.

  • Mixité des fonctions : habitat, bureaux, commerces, loisirs.
  • Développement durable : réduction des besoins en énergie, utilisation d'énergies renouvelables, gestion des eaux pluviales, modes de déplacement doux.
  • Qualité des espaces publics : générosité et rôle structurant des espaces publics.
  • Mixité sociale : une ville pour tous qui favorise la mixité sociale.

Le projet de rénovation de Confluence a pour but d’appliquer le principe de la « ville douce » où les transports en communs et les modes doux (vélo, trottinette, marche) sont valorisés. Ainsi Lyon Confluence devient le premier quartier durable en France labellisé WWF. Un des objectifs du projet Lyon Confluence est bel et bien d’atteindre une neutralité énergétique. Les concepteurs visent donc une haute qualité environnementale ainsi que des bâtiments à basse consommation (consommant moins de 40 kWh/m²/an). Une charte a été mise en vigueur pour l’ensemble des interventions sur l’entièreté du territoire. Les objectifs en matière de développement durable peuvent être résumés :

  • grâce à une conception bioclimatique, réduction de 50% des besoins en énergie par rapport à la moyenne nationale
  • dans les îlots d’habitation, 80 % de l’énergie est renouvelable (chaufferie au bois, énergie solaire)
  • réseau séparatif des eaux dans le nouveau quartier et rejet de l’eau de pluie en milieu naturel par des dispositifs à ciel ouvert (noues, fossés, caniveaux, …)
  • système de toitures végétalisées
  • choix d’essences locales en matière de plantations
  • modes de déplacement doux

La Darse Nautique : Un Élément Central de la Confluence

En 2005, un an après le choix des premiers maîtres d’ouvrage pour la construction des premiers immeubles, ce sont les travaux de la place nautique, qui commencent. Elle a été livrée en 2010. Elle occupe 4 hectares, dont 2 hectares de quais et gradins et 2 hectares de bassin, ouvert sur la Saône. Cette « darse » (port abrité dans le vocabulaire méditerranéen) accueille des bateaux de plaisance.

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La darse nautique est un bras de la Saône qui rentre dans la Presqu’île, ainsi qu’aux nombreux parcs dispersés aux alentours du quartier. Les principaux bâtiments datant de l’ère industrielle ont été reconditionnés pour de nouveaux usages comme la Sucrière, qui accueille désormais des expositions d’art contemporain, ou encore les anciennes prisons de Saint-Joseph et de Saint-Paul, reconverties en campus pour l’Université Catholique de Lyon.

Des Bâtiments Emblématiques

Coté Saône, le quai Rambaud propose une longue promenade piétonne jusqu'à la pointe de Confluence, partie du projet "Rives de Saône". On commence par le square Delfosse et son théâtre ouvert, des équipements sportifs et de détente, des jardins patagés, des immeubles d'habitat ultra-modernes, le stade Sonny Anderson, la darse, des jardins aquatiques. Ensuite on longe différents bâtiments neufs ou rénovés : le Cube Orange, l'ancien pavillon des douanes, l'entrepôt des Salins du Midi, l'ancienne usine Béghin-Say de 1930 dite la Sucrière, d'anciens portiques roulants du port Rambaud, le Pavillon 52, le Cube Vert d'Euronews, le Dark Point de GL Events.

  • Le Musée des Confluences : dessiné par l’agence « Coop Himmelb(l)au » dans un style déconstructiviste censé figurer une baleine qui sort de l’eau. Il a été inauguré en 2014.
  • Le Centre commercial Confluence : conçu sur le modèle du mall nord-américain, il comprend un supermarché, une centaine de boutiques, une dizaine de restaurants, ainsi qu’un cinéma de 14 salles, une salle de sport et un hôtel de 150 chambres.
  • Le Cube Orange : l’un des différents pavillons signés par des « starchitectes » (ici les français Jakob et MacFarlane) qui occupent le parc qui longe la Saône dans le sud du projet.
  • La Sucrière : bâtiment industriel des années 1920, ancienne usine de sucre dénommée « Entrepôt réel des sucres indigènes », a perdu sa fonction logistique en 1993.
  • Tour Ycone : Dernier bâtiment de « starchitecte » inaugurée à Confluence, la tour Ycône a été dessinée par le Français Jean Nouvel.
  • Le Monolithe est un ensemble de bâtiments résidentiels, commerciaux et administratifs situé au numéro 59 rue Denuzière dans le quartier de Confluence. Le Monolithe est construit en 2010 par ING sous la direction de cinq architectes européens dont entre autres Winy Maas, Pierre Gautier, Manuelle Gautrand, Erick Van Egeraat ou encore ECDM (Emmanuel Combarel et Dominique Marrec).

Confluence : Vitrine de la Métropole Lyonnaise et Enjeux Urbains

Une Vitrine Métropolitaine

Devant accueillir 17 000 habitants d’ici 2025 et 25 000 emplois d’ici 2030, Confluence est la vitrine de la politique d’attractivité métropolitaine lyonnaise (Adam et Laffont, 2018). Confluence est l’un des projets par lesquels Lyon cherche à se défaire d’une image jugée par certains élus et hauts cadres de la Métropole, qui s’accordent en cela avec les promoteurs, comme conservatrice ou poussiéreuse : celle d’une ville bourgeoise et froide, du théâtre de Guignol, de la gastronomie traditionnelle… Et ce, alors que la ville cherche à être identifiée sur la scène internationale depuis des décennies (Payre, 2013) et se compare en permanence aux villes européennes concurrentes.

Des Enjeux Socio-Économiques

L’arrivée sur le périmètre du projet Confluence par le nord dévoile un paysage qui agrège une friche urbaine et les derniers immeubles contemporains inaugurés, dont l’architecture mondialisée est plus sobre que celle des premiers îlots. Confluence éclaire particulièrement comment la stratégie métropolitaine de Lyon est traversée par le double impératif de singularité et de conformité que nous identifions : rayonnement aux échelons nationaux et internationaux d’abord, besoin en logements à destination des classes supérieures ensuite.

Le prix de l’immobilier dans la Confluence, et plus particulièrement au niveau des quartiers densément fréquentés comme Perrache a connu une hausse approximative de plus de 50% durant la dernière décennie. Pour se payer un appartement dans le quartier de Perrache-Confluence, on peut trouver des rares occasions où le prix du m2 revient aux alentours de 5400€ contre des prix hauts au m2 pouvant varier de 6950€ à plus de 7100€. Les meilleures opportunités immobilières de la Confluence se situent du côté est du quartier et aux alentours des rues Ravat, Quivogne et Delandine, autour desquelles le prix moyen au m2 n’excède généralement pas les 5600€.

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Pourtant, les modalités de la mise en œuvre de ce projet urbain relèvent plus de la ville néolibérale que de l’utopie urbaine (Adam et Comby, 2020).

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