Damien Castera : L'Odyssée d'un Surfeur, Explorateur et Conteur Engagé

Le parcours de Damien Castera est celui d'un homme qui, des profondeurs de l'océan aux crêtes des vagues, puis aux confins du monde, a su forger une existence dédiée à l'exploration, à la découverte et au témoignage. Né à Bayonne, au cœur du Pays Basque, Damien Castera a été bercé dès son plus jeune âge par l'appel de la mer. Grâce à ses parents, tous deux adeptes de plongée sous-marine, il a été très tôt plongé dans l’univers de l’Océan. Cette immersion précoce a façonné son lien indéfectible avec le milieu marin.

Son père, ayant fait des études de biologie marine et d’océanographie, l’a éveillé très jeune aux mystères de la mer, lui transmettant une compréhension profonde des écosystèmes aquatiques. Avant même de se mettre au surf, Damien a passé une grande partie de sa vie sous la surface de l’eau, pratiquant la plongée et la chasse sous-marine. Cette expérience lui a permis de découvrir le microcosme sous-marin, d’observer les algues et les poissons dans leur habitat naturel. Ces premières explorations sous-marines se sont souvent déroulées en Galice, un lieu qui a également marqué ses premiers bivouacs, des moments fondateurs qui ont sans doute laissé des marques pour la suite de ses aventures. L'essence de son être, cette volonté première de se retrouver seul et de fuir les endroits où tout le monde va, s'est peut-être cristallisée dans ces instants de solitude et de connexion brute avec la nature. Il décrit d'ailleurs cette aspiration comme étant « un peu l’anti Bali », soulignant son rejet des destinations de tourisme de masse.

Les Racines Aquatiques et les Premiers Glissages

C'est vers l'âge de 11 ans que Damien Castera a décidé d'aller explorer ce qui se passait au-dessus du niveau de la mer, en s'initiant au surf. Ses débuts se sont faits sur des petites planches, un apprentissage qui a duré environ trois années. Cependant, un événement inattendu a réorienté sa trajectoire dans le monde de la glisse : une blessure au genou. Pendant sa rééducation, il a eu l'occasion de tester le longboard, et le coup de foudre fut immédiat et durable. Il y a rapidement accroché, à tel point que depuis, il ne l’a pas lâché. Cette discipline, aux manœuvres moins agressives pour ses articulations et plus respectueuses de sa personnalité, est devenue une extension de lui-même. Damien adore la glisse et l’état d’esprit du longboard, des aspects qui résonnent profondément avec sa quête d'harmonie avec la nature.

Sa passion pour le surf se couple d'ailleurs avec celle du voyage, comme une évidence. Enfant, son père l’initie à l’art du campement en pleine nature et lui ouvrira ainsi la porte d’explorations sans frontières, où il parcourt les terres, les cultures et les paysages. Cette dualité entre le surf et l'exploration, enracinée dans son enfance, allait définir les chapitres suivants de sa vie.

De la Compétition à l'Aventure : Une Quête de Sens

Après avoir maîtrisé l'art du longboard, Damien Castera s'est aventuré dans le monde de la compétition, affichant quelques années de bons résultats. Son talent fut rapidement reconnu, et il obtint le titre de Champion d’Europe en 2010, avant de se classer 5ème aux Championnats du Monde de 2011. Ces succès témoignent de ses capacités techniques et de sa maîtrise de la discipline. Cependant, malgré ces performances notables, Damien a assez vite arrêté la compétition. Les victoires en compétition, bien qu’elles soient des vecteurs de progression technique, ne sont pas la finalité ultime de son surf.

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Il avait l’impression d’avoir « fait le tour » de ce circuit. Pour lui, les compétitions se déroulaient toujours dans les mêmes endroits. Il décrivait une routine qui consistait à arriver à un endroit, ne voir que l’aéroport, l’hôtel et le spot, puis repartir sans réelle découverte. Ce mode de voyage était quasiment contre nature pour lui, ne laissant aucune place pour explorer les pays visités. C’est précisément pour cette raison qu’il a voulu arrêter la compétition, cherchant une forme d'engagement plus profonde et plus authentique avec le monde.

C'est à ce moment-là que Damien Castera s'est véritablement lancé dans les aventures. Après avoir mis un terme à sa carrière compétitive, il a commencé à voyager par ses propres moyens dans des zones, disons, plus atypiques. Sa première grande aventure, un voyage marquant, l'a mené en Alaska. Fort de ses récits de voyages et de ses films, Damien a eu la chance de bénéficier d’une bonne couverture médiatique. Cette visibilité lui a ouvert les portes des sponsors, notamment Picture Organic Clothing, ce qui lui a permis de pouvoir se spécialiser dans le voyage d’aventure et d’exploration. Il exerce cette activité depuis un peu moins de 10 ans, avec une quête constante de l'inédit.

L'Exploration des Confins et la Naissance d'un Auteur-Voyageur

L'exploration est un bien grand mot, concède Damien Castera, puisque presque toute la surface de la Terre a déjà été explorée. Néanmoins, il souligne qu'il est encore possible de découvrir de nouvelles vagues, ce qui est sa passion. Pour trouver ces vagues vierges, il faut soit aller dans des zones très froides, près des pôles, soit aller vivre des « aventures humaines » dans des tribus, comme il l’a fait au Libéria. Cette approche illustre sa double motivation : la recherche de l'onde parfaite et la rencontre humaine authentique. Sa volonté première demeure de se retrouver tout seul, de fuir les endroits où tout le monde va, une philosophie qui le distingue des sentiers battus du tourisme.

Ses expéditions l'ont mené à des rencontres mémorables, y compris avec la faune sauvage. Il raconte qu'en Alaska, il y avait cette contrainte de vivre sur le territoire de l’ours, un animal qui le passionne depuis qu’il est gamin. Cela a été une superbe expérience, si bonne qu’il y est retourné quelques années après avec le snowboarder Mathieu Crepel. C’est lors de cette seconde expédition qu’ils ont réalisé le projet « Du Flocon à la Vague », qui illustre parfaitement cette interconnexion entre les éléments. Damien Castera est membre de la Société des Explorateurs français, une reconnaissance de son engagement et de la valeur de ses expéditions. Il témoigne de ses voyages à travers des films documentaires et des livres, mêlant aventure, écologie et rencontres avec des peuples menacés ou oubliés.

Spécialiste du longboard, Damien ne cesse de prendre de l’envergure dans sa discipline, notamment à travers sa collaboration de longue date avec Alain Minvielle. Ensemble, ils conçoivent des planches qui correspondent à l’évolution de son style et à l’envolée de ses rêves de vagues. Très ancré dans un surf rétro, il partage avec le shaper une passion pour les courbes harmonieuses qui se confondent aux flots sans les dénaturer, en exploitant chaque onde de leurs possibilités.

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Le Projet "Du Flocon à la Vague" : Quand Tout est Interconnecté

Le projet « Du Flocon à la Vague » est une initiative emblématique de l'approche de Damien Castera. En tout, trois films et un livre, portant le même titre, ont été réalisés dans le cadre de ce concept. L'idée est de suivre le parcours d’un flocon de neige jusqu’aux vagues de l’océan. Le voyage commence donc avec les snowboards, Mathieu Crepel étant snowboarder, et se termine avec les surfs. En suivant ce parcours, les deux aventuriers se rendent compte que tout est interconnecté. Cette immersion révèle une vérité simple mais fondamentale : si la goutte d’eau rencontre une « merde » sur sa route, elle va la porter jusque dans l’océan. Pour eux, il n’y a que sur la montagne que l’eau est pure, soulignant la fragilité des écosystèmes. C’est pour eux une manière très lente de voyager et de profiter du paysage, en opposition aux déplacements rapides et souvent déconnectés du monde moderne.

Il est à noter que Damien Castera ne pratique pas le snowboard en dehors de ces aventures spécifiques avec Mathieu Crepel. Sa première expérience en snowboard s’est d'ailleurs déroulée en Alaska, sur des parois vertigineuses. Heureusement qu’avec le surf, il avait un peu le sens de l’équilibre, et qu’il avait un super prof en la personne de Mathieu. Il n’est vraiment pas fan des stations de ski, le côté masse et les remontées mécaniques ne lui plaisent vraiment pas. Au bout d’une demi-journée, il n’en peut plus. Cette aversion pour le tourisme de masse se retrouve donc aussi bien dans son approche du surf que du snowboard.

En dehors du surf et de ces incursions occasionnelles dans le snowboard, Damien Castera maintient une activité physique variée. Il fait pas mal de boxe, même s'il précise avec humour que ce n'est pas pour les ours. Il pratique également la « convivialité nocturne », qu'il décrit comme le sport national au Pays Basque. Quand il peut aller marcher en montagne, il le fait volontiers. Il adore le sport, mais le surf et les aventures lui prennent beaucoup de temps, ce qui le pousse à envisager de diversifier ses activités quand il sera un peu plus vieux.

La Philosophie de l'Aventure : Préparation, Imprévus et Résistance

Le quotidien d’un aventurier, tel que le décrit Damien Castera, est loin d'être spontané. Il passe énormément de temps à préparer ses aventures. Cela implique de lire tout ce qui est possible sur le pays concerné, mais pas les guides du routard, insiste-t-il. Sa recherche se porte sur l’histoire du pays, sur les grands axes politiques et idéologiques. Il donne l'exemple de leur travail sur la Russie, un sujet assez profond. De Staline à Poutine, il y a énormément de choses à comprendre et qui vont l’aider lors de son voyage. Une aventure, selon lui, c’est une organisation en amont qui est pharaonique. Il faut tout organiser, prévoir les personnes que l’on souhaite rencontrer sur place, planifier le trajet que l’on aimerait parcourir, les montagnes que l’on aimerait gravir, et bien sûr, les vagues potentielles. Pour la Russie, ils essaient de monter une expédition avec des chiens de traîneaux, ce qui demande une logistique considérable. La gestion est partagée avec Mathieu Crepel : Mathieu se concentre davantage sur la logistique, tandis que Damien se charge de l’écriture de l’histoire et des personnages.

Il « écrit » en effet ses récits en amont, avant même de partir. Il rédige le scénario idéal de leur histoire, même s'il se laisse toujours la possibilité d’être surpris. Au début, il écrit cela comme une fiction, inventant des personnages et s'efforçant au maximum de se projeter à l’avance dans l’aventure. Une fois sur place, il essaie de coller au maximum à l’histoire. Évidemment, l’inconnu entre en jeu, et des imprévus, il y en a beaucoup. Ce travail d’écriture lui permet d’anticiper des problématiques et de se décharger d’une certaine pression, lui permettant de vivre l’aventure à fond.

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Au-delà de la planification minutieuse, Damien Castera porte en lui une profonde réflexion sur la vie et la résistance. Lors de sa première immersion en Ukraine, pour livrer des médicaments, la réalité a dépassé le cadre prévu. Les visages rencontrés, les récits confiés, la tension permanente ont bouleversé ses certitudes. Il a franchi la frontière, et la guerre n’était plus une information lointaine : elle avait des voix, des regards, des silences. De retour en France, impossible pour lui de passer à autre chose ; ce qu’il a vu, entendu, vécu, a continué de résonner. Deux ans plus tard, il est retourné en Ukraine, cette fois avec une caméra et des mots, non plus seulement pour aider, mais pour comprendre, observer et transmettre. De cette seconde immersion sont nées deux œuvres complémentaires : le film « La liberté ne meurt jamais », un témoignage brut et incarné d’un peuple en lutte, et le livre du même nom, écrit sur deux années. Ce projet est une plongée humaine, directe et sans compromis, mettant en lumière une autre forme de résistance : celle de l’art, de la littérature et de la poésie. Car s’il y a les armes, il y a aussi la culture pour se battre. « La mort rôde mais la vie brille », dit Damien Castera, soulignant qu’à mesure qu’il s’approche des lignes de front, les artistes se font plus rares, comme si l’art reculait face à la violence. Et pourtant, là où il subsiste, il devient essentiel. Dans ce chaos, continuer à créer, à écrire, à lire, à vivre normalement devient un acte de résistance.

L'Appel du Large et les Vagues Légendaires

Lorsqu'on lui demande de raconter la meilleure session de surf de sa vie, Damien Castera précise que la réponse dépend si l’on parle uniquement de la vague ou de tout ce qu’il y a autour. Si une seule vague doit être mise en avant, ce serait la Skeleton Coast en Namibie. C’est le plus long tube du monde, situé dans le désert du Namib. Il est franchement difficile de faire mieux. Cette vague, ils l’avaient sacrément attendue. Ils ont campé dans le désert pendant cinq semaines, mais l’attente en a valu le coup. À l’endroit où elle est située, on pourrait penser qu'il n’y a personne dessus. Cependant, c’est une vague qui ne fonctionne que très rarement dans l’année, donc maintenant les gens regardent les prévisions météo et, dès qu’elle marche, ils viennent. Mais elle fait 4 kilomètres de long, ce qui permet de presque considérer qu’on est tout seul dessus. Cette description illustre parfaitement la fusion entre la quête de la vague parfaite et l'aventure solitaire dans des lieux d'exception.

L'Écriture, Reflet d'une Vie d'Aventures

Outre le surf et l'exploration, l’écriture est une autre passion de toujours pour Damien Castera. Il a toujours raconté tous ses voyages dans des carnets. Au début, il les gardait pour lui, mais depuis quelque temps, il les partage dans des livres, comme « Du flocon à la vague ». Inspiré par ses parcours à travers le monde, Damien consacre également une partie de son temps à l’écriture. Sous forme d’articles pour des magazines, de carnets de voyages, de nouvelles ou de romans, sa plume ne connaît pas de frontières et offre une autre manière de le suivre dans ses aventures, ou de s’inspirer de ses expériences. L'écriture est pour lui un moyen de prolonger l'aventure, de réfléchir sur ses rencontres et de transmettre des messages essentiels, à l'image de son travail sur l'Ukraine.

Conscience Environnementale et Engagement pour un Monde Durable

La question de la dégradation des spots de surf est une évidence pour Damien Castera. La démographie explose, et les conséquences sur l’environnement sont visibles. Heureusement, en France, la loi littoral aide un peu à préserver les paysages et, par la même occasion, l’état des côtes. Cependant, il cite Bali comme un exemple type d’endroit qui a été défiguré en 20 ans. Là-bas, il n’y a pas d’égout, tout part dans la flotte, c’est une catastrophe absolue. C’était le paradis sur terre du surf il y a moins de 20 ans, et aujourd’hui, c’est invivable. Le pire, c’est qu’il y a plein d’endroits comme ça. C’est une banalité, mais quand un endroit est ouvert au tourisme de masse, et surtout quand ça arrive de manière rapide, comme pour Bali, le résultat est une catastrophe.

Sur son homespot, dans le Pays Basque, il observe également une différence. Il a l’impression que c’est pire qu’avant parce que, dès qu’il pleut deux jours de suite, les plages sont fermées à cause des bactéries. Il y a aussi le problème des terres agricoles. Les sols ont tellement été appauvris que, dès qu’il pleut, les rivières se transforment en boue. Ça devient absolument dégueulasse, tout part dans les rivières. L’océan est marron pendant un ou deux jours, et ça, c’est uniquement ce qu’on voit. Il y a aussi tout ce qu’on ne voit pas, comme les produits chimiques, par exemple.

Lorsqu'on lui demande des conseils pour réduire l'impact environnemental, Damien Castera a toujours du mal à répondre à cette question. Il reconnaît ne pas prendre la charrette à bœuf pour aller à l’autre bout du monde lors de ses aventures et, n’étant lui-même pas irréprochable, ne se sent pas bien placé pour donner des conseils sur les choses à faire ou à ne pas faire. Néanmoins, il fait des efforts concrets. Quand il part en expédition, il essaie de rester longtemps dans le pays, ce qui permet « d’amortir un peu » le trajet en avion. Il pense que, petit à petit, il va espacer ses voyages ou prendre des transports plus propres. Il évoque l'idée du Transsibérien pour aller en Russie ou du voilier pour se rendre aux USA. Une fois sur place, leur vie consomme peu. Ils ne font jamais de dépose en hélicoptère, ils font tout à la force des pieds et des bras. Ils descendent ensuite les rivières sur des packraft, ils campent énormément, et vivent presque en autonomie. Il apprécie l'existence de guides comme le « TOP 50 des marques de glisse éco-responsables », car il y a tellement de messages marketing « bio » que tout le monde s’y perd entre le vrai et le faux, et c’est bien d’avoir ce genre de guide pour aider les riders à mieux consommer.

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