Le monde du surf brésilien, reconnu mondialement pour son vivier de talents exceptionnels et sa domination sur les circuits professionnels, traverse régulièrement des épreuves qui dépassent le cadre sportif. Entre la violence urbaine endémique, les drames personnels et les dangers inhérents aux disciplines de haute performance, l’image du surfeur brésilien est indissociable d’une réalité complexe, marquée par des pertes déchirantes et des questionnements sociétaux profonds.
Le meurtre de Ricardo dos Santos : une violence quotidienne qui frappe l’élite
L’une des tragédies les plus marquantes ayant secoué la communauté du surf est le meurtre de Ricardo dos Santos. Le surfeur, âgé de 24 ans, a été victime de plusieurs tirs lundi après avoir demandé à deux individus, un policier militaire et son jeune frère, de cesser de consommer de la drogue devant son domicile, selon des témoignages recueillis par les enquêteurs. D’autres témoins affirment que les deux hommes auraient garé leur véhicule devant le domicile de Ricardo dos Santos, provoquant une altercation qui aurait dégénéré, le policier tirant trois balles sur le surfeur.
Hospitalisé dans un état grave, Ricardo dos Santos a succombé mardi à ses blessures après avoir subi en vain quatre interventions chirurgicales. Il devait être enterré mercredi à Paulo Lopes, dans la région de Florianopolis. « Ricardito ne méritait pas ça. Pourquoi arrive-t-il des choses comme ça à des bonnes personnes. Je ne comprends pas », a réagi sur son compte Instagram l’actuel champion du monde de surf et ami de la victime, le Brésilien Gabriel Medina. La police militaire a promis mercredi dans un communiqué de faire toute la lumière sur ce meurtre. Le policier impliqué, Luiz Paulo Mota Brentano, 25 ans, est détenu au bataillon de la police militaire de Florianopolis. Il devra répondre d’« homicide qualifié » et pourrait être exclu de la police. L’enquête doit être bouclée dans un délai de 20 jours. Le policier nie avoir consommé de la drogue et a demandé à faire l’objet d’analyses toxicologiques, selon la radio CBN. « Il invoque la légitime défense. Il dit que la victime a tenté de l’agresser et qu’il a dû se défendre », a déclaré le responsable de l’enquête, Marcelo Arruda, au site d’information G1.
La vulnérabilité des athlètes face à la santé mentale
Au-delà des agressions extérieures, le milieu professionnel est également confronté à la fragilité psychologique de ses membres. Il y a 3 ans, la communauté des surfeurs brésiliens était déjà en deuil après le meurtre de Ricardo dos Santos. C’est un nouveau drame qui est arrivé avec la mort du jeune Brésilien Jean Da Silva. Âgé de 32 ans, le surfeur aurait mis fin à ses jours. Le jeune Brésilien a été retrouvé mort, vendredi 24 novembre, à son domicile de Joinville, dans l’État de Santa Catarina d’où il était originaire.
Le Brésilien était connu dans le milieu professionnel du surf. Victorieux au Pro Junior de Lacanau en 2004, Jean Da Silva flirtait avec l’élite avec une 35e place au QS. En 2006, en étant invité au Santa Catarina Pro, il avait intégré le CT. Mais, c’est principalement sur le circuit QS que Jean da Silva s’est forgé un beau palmarès. Le jeune Brésilien a remporté en 2008 le Estoril Coast Pro au Portugal et le Coastal Edge ECSC en 2012 à Virginia Beach. En 2012, toujours, Jean Da Silva avait également atteint la finale du Hang Loose Pro (Prime), à Fernando do Noronha. En avril dernier, il avait pris la 3e place du Krui Pro (QS 1 000) en Indonésie. Jean Da Silva était un surfeur populaire dans son pays. Les plus grands surfeurs mondiaux, notamment Brésiliens, lui ont rendu hommage sur leur compte Instagram. À l’instar de Filipe Toledo et Gabriel Medina. La World Surf League a également publié une vidéo où les surfeurs et amis lui rendent hommage à Sunset Beach.
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Les périls du surf XXL : le drame de Nazaré
La quête de la performance extrême comporte des risques mortels, comme l’illustre la disparition tragique de Marcio Freire. Un légendaire surfeur brésilien, Marcio Freire, est mort, devenant la première victime de ce spot célèbre et suscitant les condoléances d’autres professionnels des grosses vagues. « Un homme de 47 ans, de nationalité brésilienne, est décédé cet après-midi après avoir fait une chute en pratiquant le surf tracté à Praia do Norte », a indiqué l’Autorité maritime nationale dans un communiqué. « Les sauveteurs ont constaté que la victime était en arrêt cardio-respiratoire, commençant immédiatement les manœuvres de réanimation sur le sable (…). Après plusieurs tentatives, il n’a pas été possible d’inverser la situation », a-t-elle précisé.
Selon des sources locales interrogées par l’AFP, la victime est Marcio Freire, l’un des vétérans du surf XXL ayant vécu une vingtaine d’années dans l’archipel américain d’Hawaï, Mecque du surf international. Toujours d’après ces sources, jeudi 5 janvier, les conditions de la mer n’étaient pas particulièrement dangereuses. Plusieurs professionnels du monde entier, également présents à Nazaré jeudi 5 janvier, ont rendu hommage à Freire. « Aujourd’hui, nous avons perdu l’un des nôtres », a écrit sur Instagram le spécialiste du surf de grosses vagues Nic von Rupp. « J’ai toujours eu beaucoup de respect pour Marcio. (…) Aujourd’hui je l’ai vu surfer toute la journée à Nazaré avec un énorme sourire. C’est avec cet énorme sourire que je me souviendrai de lui ». Également sur Instagram et depuis Nazaré, le surfeur Thiago Jacare, compatriote de Freire, a rendu hommage à son ami qui était selon lui « plus qu’une idole » et un « véritable héros ».
La technique controversée du surf tracté consiste à permettre au pratiquant d’accéder à des vagues particulièrement grosses, que les surfeurs ne peuvent approcher de façon habituelle en ramant à la main, au moyen d’un engin motorisé (jet-ski ou hélicoptère) qui s’éloigne après avoir lancé le surfeur sur la vague. Chaque hiver, la Praia do Norte est prise d’assaut par de nombreux surfeurs. Cette plage offre des conditions exceptionnelles pour surfer des vagues géantes en raison du phénomène géologique dénommé le « canyon de Nazaré » : une faille au fond de la mer de 170 km de long et 5 km de profondeur dans laquelle la houle de l’océan Atlantique s’engouffre avant d’être propulsée vers la surface en atteignant le littoral. C’est là que l’Allemand Sebastian Steudtner a établi le record mondial de la plus grosse vague jamais surfée, pour une déferlante de 86 pieds (26,2 m), chevauchée le 29 octobre 2020.
Le contexte de la violence endémique au Brésil
La violence qui a coûté la vie à Ricardo dos Santos ne peut être dissociée d’un climat sociétal plus large au Brésil, où l’usage de la force létale est devenu un mode de gouvernance. Au moins 121 personnes ont été tuées lors d’une gigantesque opération de police qui a tourné au massacre, le 28 octobre, à Rio de Janeiro. Les violences policières de masse ne sont pas un phénomène nouveau au Brésil, cependant, cette fois, on observe qu’elles sont présentées par les autorités les ayant organisées non plus comme une simple intervention sécuritaire, mais pratiquement comme une victoire civilisationnelle du « bien contre le mal ». Le 28 octobre dernier, un nouveau carnage a eu lieu à Rio de Janeiro. Cette opération policière menée contre un groupe criminel, le Comando Vermelho, est devenue la plus meurtrière de l’histoire du Brésil : elle a fait au moins 121 morts dans les rues de deux favelas.
J’étudie les événements de ce type depuis près de trois décennies. Certains de ces massacres sont devenus des blessures nationales : c’est notamment le cas du carnage de Carandiru en 1992, lorsque la police a exécuté 111 prisonniers après une mutinerie, et des crimes de mai 2006 que j’ai suivis lorsque je réalisais mon terrain de doctorat. La police de Sao Paulo avait alors tué au moins 493 civils en une semaine, en représailles à la mort de 45 de ses agents survenue dans une seule nuit, ordonnée par le Primeiro Comando da Capital. À l’époque, ce qui m’avait frappé c’était l’ampleur industrielle de ces événements sporadiques. Avec le temps, j’ai réalisé que les spectacles de violence massive étaient liés à une répétition silencieuse des morts du même profil, mais à petite échelle, dans la routine. Pour la seule année 2024, le ministère brésilien de la justice a enregistré 6 014 personnes officiellement tuées par des policiers, sur un total d’environ 45 000 homicides et 25 000 disparitions dans tout le pays. À titre de comparaison, sur l’ensemble des années 2023 et 2024, la police britannique a abattu deux personnes.
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Victimes du système : les jeunes hommes des favelas
En réfléchissant à mon ethnographie, j’ai constaté que tant les carnages spectaculaires que les homicides routiniers frappaient pratiquement toujours les mêmes victimes : de jeunes hommes pauvres et racisés qui, comme je l’ai progressivement compris, avaient été recrutés comme exécutants au service des marchés illégaux. Leurs pairs présentant un profil similaire, mais non impliqués dans ces activités, n’étaient pas exposés à cette forme de violence. Selon l’Atlas de la violence 2025 publié par le Forum brésilien de la sécurité publique, la grande majorité des victimes de l’usage de la force létale par la police sont des hommes (91,1 %) et des Noirs (79 %). Près de la moitié (48,5 %) avaient moins de 30 ans. La plupart ont été tués par arme à feu (73,8 %) et plus de la moitié (57,6 %) sont morts dans des lieux publics.
Ces jeunes étaient engagés pour vendre de la drogue, assurer une protection informelle ou commettre de petits délits. Beaucoup d’entre eux avaient été mes interlocuteurs réguliers pendant ma recherche, et j’ai assisté à leurs funérailles, qui se tiennent toujours dans un grand silence, car leurs morts sont considérées comme des morts de bandits. Mon intérêt sociologique pour cette violence n’a jamais été motivé par la mort elle-même. Je ne trouve aucun intérêt aux documentaires sur les tueurs en série ou les psychopathes. En revanche, je m’intéresse beaucoup aux formes violentes et non létales d’expression politique : les émeutes, les soulèvements et les explosions d’indignation. La coercition étatique contre cette violence retient également mon attention depuis des décennies. C’est sous cet angle que j’examine le massacre de Rio : il s’agit d’une violence aux effets politiques immédiats. Un événement critique qui remet en cause les fondements de l’autorité de l’État et donc les contours de la vie quotidienne à venir.
La légitimation politique de la terreur
Malgré le profil répétitif des victimes, les répercussions politiques du massacre de Rio ont été radicalement nouvelles. Lorsque j’ai commencé mes recherches dans les favelas, ces meurtres étaient perpétrés par des escadrons masqués. Le discours public insistait sur le fait que les groupes d’extermination n’avaient rien à voir avec les policiers, et condamnait toute action hors de la loi. Or le 28 octobre, à Rio de Janeiro, il n’y a eu ni masques ni ambiguïté. Après le massacre, le gouverneur s’est présenté devant les caméras, entouré de ses secrétaires, et a célébré le succès de l’opération, qui a également coûté la vie à quatre policiers - une proportion de policiers tués par rapport aux « criminels » éliminés près de deux fois supérieure à la moyenne nationale. En 2024, 170 policiers ont été tués au Brésil, soit 2 % des 6 000 personnes décédées après l’utilisation de la force létale par la police.
Le politicien a parlé d’action planifiée, d’efficacité, de rétablissement de l’État de droit. Dans un pays où 99,2 % des meurtres commis par la police ne feront jamais l’objet d’une enquête officielle, un tel ton jubilatoire ne devrait pas me surprendre, mais c’est pourtant le cas. Au cours de l’interview, le gouverneur a annoncé que cinq autres gouverneurs d’extrême droite - rappelons que le Brésil est une fédération et que la sécurité publique relève de la responsabilité des États ; les gouverneurs de chaque État peuvent décider de leur politique de sécurité indépendamment du gouvernement fédéral - se rendraient à Rio le lendemain pour le féliciter, partageant ainsi une propagande électorale écrite avec du sang. Leurs réseaux politiques s’inspirent de Nayib Bukele, le président du Salvador, devenu le parrain de la propagande politique par le massacre. Une partie de la presse a salué cette action, et les sondages d’opinion ont montré un soutien massif de la population.
Cette fois-ci, le massacre n’a pas été présenté comme une nécessité tragique contre une organisation criminelle, mais comme un acte vertueux, point final. Des consultants en marketing politique sont apparus sur YouTube pour annoncer que le gouverneur avait habilement occupé un espace politique vide et s’imposer comme l’homme fort de la droite brésilienne. En réalité, les soldats morts des deux côtés seront remplacés le lendemain, et le cœur de l’organisation criminelle visée reste intact, comme cela s’est produit à plusieurs reprises au cours des quarante dernières années. La légitimation de la terreur au Brésil n’a pas tardé. Le lendemain du massacre, un projet de nouvelle législation antiterroriste a été présenté à la Chambre des députés, élargissant nettement la définition de « terroriste », qui s’applique désormais aux personnes soupçonnées de trafic de drogue. Lorsque l’on passe de l’explosion violente aux processus sociaux ordinaires, la terreur contre les favelas apparaît comme un mode de gouvernance de plus en plus légitime, et non comme une déviation.
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