La vallée de la Clarée, un écrin naturel au cœur des Hautes-Alpes, est, à l'instar de nombreuses régions montagneuses, régulièrement confrontée à des phénomènes naturels intenses. Les inondations et les crues torrentielles sont des phénomènes biens connus sur la totalité de la région PACA, un territoire qui comprend des cours d'eau d'une grande variété, allant du grand fleuve du Rhône jusqu'aux torrents de montagne. Le département des Hautes-Alpes est, pour sa part, majoritairement concerné par les crues torrentielles, les débordements de rivières de fond de vallées et le ruissellement sur des versants instables. Ces événements sont souvent exacerbés par les changements météorologiques brutaux en zone de montagne, qui favorisent la disparité de la répartition des précipitations. Des orages violents peuvent ainsi entraîner d'importantes coulées de boues, des chutes de pierres et des inondations, affectant directement la vie des habitants et des vacanciers.
Épisodes Récents de Coulées de Boue et d'Inondations dans la Vallée de la Clarée
La vallée de la Clarée a été le théâtre de plusieurs épisodes marquants de coulées de boue et d'inondations au cours des dernières années, démontrant la vulnérabilité de la région face à la puissance des intempéries montagnardes.
Un événement significatif a eu lieu le 16 juin, lorsque des coulées de boue ont touché le secteur de la vallée de Clarée, près de Névache. Ces intempéries avaient provoqué des inondations et affecté plusieurs habitations, nécessitant la mobilisation immédiate des services d’urgence pour gérer la situation.
Quelques jours plus tard, le lundi 30 juin, de violents orages ont frappé les départements des Hautes-Alpes et des Alpes-de-Haute-Provence, provoquant de nouvelles inondations, des coupures d'électricité et d'autres coulées de boue. Alors qu'une large partie de la France suffoquait sous une nuit caniculaire, les Alpes du Sud ont été violemment touchées par ces perturbations. Les pompiers du département sont intervenus en début de soirée, dès 18h, dans la commune de Val-des-Prés, où "sept habitations et le bas du camping ont été inondés", selon les rapports des secours. À La Vachette, Hélène Mathieu, une accompagnatrice en moyenne montagne, a exprimé son désarroi face à la récurrence et à l'intensité de ces phénomènes. Elle a témoigné : "La France est sous la canicule, mais en montagne, nous sommes sinistrés par des orages de plus en plus violents qui détruisent nos villages…" Elle a également relayé sur Instagram l'observation d'une "énorme crue torrentielle en train d'avaler une partie du village en basse Clarée". Les interventions des pompiers ne se sont pas limitées à la Clarée, puisqu'ils sont aussi intervenus dans la commune de Veynes, à l'ouest de Gap, après un impact de foudre sur le quartier des Foulons, illustrant l'étendue géographique des perturbations.
Le mercredi 21 juillet, la vallée de la Clarée (Hautes-Alpes) a de nouveau été touchée par des orages qui ont provoqué une coulée de boue en fin d'après-midi. La route a été fermée à la circulation en conséquence de cet événement. Bien qu'aucune victime n’ait été à déplorer, le déblaiement de la route a nécessité un effort considérable. Marcel Cannat, vice-président départemental chargé des routes, a estimé que la coulée de boue "fait 50 mètres de long environ" et que "il devrait en avoir pour trois ou quatre heures de travail, si la pluie arrête de tomber". En attendant la fin des opérations de déblaiement, la route départementale a été complètement fermée à la circulation, dans les deux sens, entre la sortie de Val-des-Prés et Plampinet. Pour les résidents de Névache ou les vacanciers souhaitant se rendre vers le Briançonnais, l'itinéraire alternatif passait alors par le col de l’Échelle et l’Italie, puis le col de Montgenèvre, allongeant considérablement les trajets.
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Plus récemment, les orages survenus en fin de journée le mardi 12 août, toujours sur la vallée de la Clarée à Val-des-Près, ont entraîné d'importantes coulées de boues, des chutes de pierres et des inondations de la chaussée. Ces événements ont eu pour conséquence de bloquer les vacanciers des campings voisins et de nombreux véhicules sur les routes. Les trombes de pluie ont été accompagnées de chutes de grêles impressionnantes. Un peu plus de 6 cm d'eau sont tombés sur Val des Près, des précipitations qui ont engendré plusieurs coulées de boue et des chutes de pierres. La RN94 a été coupée au niveau de Montgenèvre, et la D994g a également été fermée en direction de Val des Près. L’accès à l’Italie était de ce fait impossible, et les routes coupées ont engendré de nombreux embouteillages, bloquant notamment des campeurs. Au total, les sapeurs-pompiers des Hautes-Alpes sont intervenus 45 fois pour des mises en sécurité suite à ces intempéries. Une cinquantaine de secouristes, ainsi que la gendarmerie, ont été mobilisés pour gérer la situation. Au lendemain de cet épisode orageux, aucune victime n'était à déplorer. Des travaux de réhabilitation des routes endommagées ont été pris en charge par le service interdépartemental des routes dès le mercredi matin, pour rétablir au plus vite la circulation. Une vigilance orange avait d'ailleurs été mise en place sur le secteur, et une cinquantaine de pompiers s'étaient déplacés, notamment dans la Vallée de la Clarée, pour faire face à la situation.
Ces événements récents soulignent la "situation difficile" évoquée par Arnaud Murgia, maire de Briançon et vice-président du Conseil départemental, sur les réseaux sociaux. Il a confirmé que les services d’intervention ont été déployés, précisant : "Sur mes instructions, les services de la communauté de communes du Briançonnais sont sur place et accompagnent les communes qui ont déclenché une intervention d’urgence pour contenir, curer et empêcher des dégâts supplémentaires." Il a également tenu à remercier les entreprises locales mobilisées "dans des conditions difficiles". Hélène Mathieu, habitante de La Vachette et accompagnatrice en montagne, a été témoin direct de ces coulées de boue, qu'elle a décrites comme "assez violent". Elle a précisé que "la boue s'est agglutiné sur la route nationale qui relie la France à l'Italie", formant "des amas de terre, de bois et cailloux. Ça dégoulinait." Face à ces conditions, les autorités ont demandé aux habitants de limiter leurs déplacements, de rester prudents et de ne pas saturer les numéros d’urgence. Des opérations de sécurisation et de nettoyage restaient en cours durant la soirée suivant certains de ces épisodes, attestant de l'ampleur des travaux nécessaires pour restaurer la normalité.
Comprendre les Phénomènes d'Inondations et de Coulées de Boue en Milieu Montagnard
Les inondations et les crues torrentielles sont des phénomènes biens connus sur la totalité de la région PACA, une zone caractérisée par des cours d'eau d'une grande variété, allant du grand fleuve du Rhône jusqu'aux torrents de montagne. Le département des Hautes-Alpes est particulièrement exposé, étant majoritairement concerné par les crues torrentielles, les débordements de rivières de fond de vallées et le ruissellement sur des versants instables. Cette exposition est accentuée par les changements météorologiques brutaux en zone de montagne, qui favorisent une répartition très inégale des précipitations, rendant certains bassins versants particulièrement vulnérables aux fortes pluies localisées.
Les inondations de rivières de montagne : spécificités morphologiques et hydrologiques
Une rivière torrentielle se caractérise par son occupation généralisée au fond des vallées de montagne, façonnant le paysage et influençant les activités humaines. Au cours des siècles, les Hommes ont dû apprendre à s’adapter aux contraintes générées par les crues de ces rivières. La première caractéristique fondamentale de ce type de rivière est sa pente, qui est généralement comprise entre 1 et 6%. Ces pentes, déjà importantes, autorisent des vitesses de courant assez élevées. Il est important de noter que la totalité des rivières de vallées du département des Hautes-Alpes rentre dans cette catégorie, depuis la vallée de la Clarée jusqu’à la vallée du Buëch, illustrant la généralité de ce phénomène dans le département.
La seconde caractéristique morphologique de ces cours d’eau réside dans la forte variation de leurs surfaces d’écoulement, notamment en ce qui concerne la largeur des sections. On peut distinguer deux zones principales. La bande active correspond à la zone peu ou pas végétalisée du cours d’eau où des écoulements se produisent régulièrement, marquant le lit habituel de la rivière. En revanche, l’espace de mobilité représente la zone maximale d’extension potentielle du cours d’eau dans le cas de crues exceptionnelles, englobant une étendue bien plus large que la bande active. Ces cours d’eau entrent en crue en période de pluies importantes et prolongées sur une partie ou l’ensemble de leur bassin versant. Le temps de réponse, c'est-à-dire l’intervalle de temps nécessaire à la rivière pour entrer en crue depuis le début des pluies, n’est pas aussi direct que celui des torrents, mais l’augmentation du niveau d’eau dans les vallées de montagne reste beaucoup plus rapide que pour les rivières de plaine. Cette rapidité rend les mesures de sauvegarde des zones inondables assez complexes, car le temps de réaction est souvent très court.
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Les crues torrentielles : des phénomènes violents et rapides
Les crues torrentielles sont des phénomènes violents, courts et intenses directement liés aux fortes pentes des zones de montagne et aux phénomènes climatologiques extrêmes spécifiques à ces milieux. Ces crues sont très singulières dans le monde des inondations, particulièrement par rapport à leur soudaineté et aux vitesses de réaction des bassins versants. Lors des orages d’été, les précipitations peuvent être très intenses et localisées au bassin versant d’un seul torrent, créant des conditions propices à ces événements. Les apports pluviométriques sont alors très importants sur une courte durée, ce qui entraîne une montée rapide du niveau d’eau et génère ainsi une crue torrentielle. La vitesse très élevée des écoulements engendre le déplacement massif des matériaux d’érosion présents dans le bassin versant, constituant un facteur clé de leur pouvoir destructeur.
Deux types de transports solides peuvent alors être différenciés, notamment au regard de leurs comportements mécaniques et de leurs implications géologiques.
Le charriage
Le charriage est un type de transport de sables, cailloux et blocs par roulement dans le cas de vitesses d'écoulement basses, ou par saltation (un déplacement par sauts successifs) dans le cas de vitesses plus élevées. L’énergie nécessaire à la mise en mouvement de ces particules est variable selon leurs tailles de grains; ainsi, le sable sera plus facilement mis en mouvement que des cailloux plus imposants. Dans tous les cas, les particules restent en lien les unes aux autres ou avec le lit du torrent car il n’y a pas de mise en suspension complète. Les écoulements se scindent donc en deux phases distinctes : le débit liquide, qui est l’eau elle-même, et le débit solide, composé des matériaux transportés. Ce type de transport est fortement corrélé aux régions à substrat majoritairement cristallin, c'est-à-dire des roches de type granite, gneiss, amphibolite, et autres formations géologiques similaires. Dans ces environnements, les roches sont généralement très dures et ne s’érodent pas suffisamment pour générer des particules fines, qui seraient susceptibles de se mettre en suspension dans l'eau.
Les laves torrentielles
À l’inverse du transport par charriage, le phénomène des laves torrentielles se caractérise par un mélange intime entre une partie des matériaux solides et le débit liquide (l’eau). Dans ce cas précis, le substratum rocheux génère, par érosion, des particules fines (inférieures au millimètre) qui vont se mettre en suspension lors de l’augmentation des débits liquides. Ce mélange, appelé alors « matrice », peut atteindre une densité impressionnante de près de 2 tonnes pour un mètre-cube. La force générée par les écoulements est alors très intense, et cette matrice est capable de déplacer des blocs de grandes tailles, pouvant peser parfois quelques dizaines de tonnes. Le mélange devient alors hétérogène, avec un front de lave caractérisé par les plus gros blocs et une forte différence de granulométrie. Il est suivi par un corps de lave torrentielle plus homogène, et enfin par la queue de la lave, qui retrouve une viscosité plus proche de celle de l'eau. Les écoulements répondent alors aux lois de la mécanique des fluides, et sont comparables à une coulée de lave plus ou moins visqueuse, d’où leur nom de laves torrentielles. Ces phénomènes se produisent préférentiellement dans des milieux géologiques d’origine sédimentaire, tels que les calcaires, les marnes, les gypses, ou les terres noires, qui sont des formations facilement érodables et génératrices de fines particules. Dans le département des Hautes-Alpes, de nombreux torrents se situent dans un tel contexte géologique, ce qui lui vaut d’être l’un des départements montagnards alpins des plus exposés aux laves torrentielles. Il est important de souligner que les événements torrentiels sont toujours très dommageables pour les constructions humaines, puisque les matériaux solides transportés occasionnent systématiquement de gros dégâts matériels.
Le Ravinement : Une Érosion Accélérée Spécifique aux Hautes-Alpes
Le ravinement est un processus d’érosion accélérée qui est très fréquent dans le département des Hautes-Alpes. Il s’agit d’un phénomène très dépendant des formations géologiques facilement érodables, comme c’est le cas des « terres noires », lesquelles sont présentes sur la totalité du territoire des Hautes-Alpes. Ces phénomènes se produisent lors de pluies intenses, où une partie des matériaux de surface est emportée par ruissellement non permanent dans de petits talwegs (petits creux dans le sol). Si le phénomène se répète au fil du temps, il peut avoir une influence significative sur les infrastructures, notamment les fondations qui peuvent être fragilisées, voire déstabilisées, par la disparition des matériaux de soutien. Le phénomène de ravinement se rapproche, par sa nature et ses effets, des laves torrentielles de petite ampleur, mais également des mouvements de terrains plus généraux. Il sera d’ailleurs parfois classé dans cette dernière catégorie, en raison de ses similitudes avec d'autres types de déplacements de masses de sol.
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