La navigation à la voile repose sur une science ancestrale où chaque élément du gréement joue un rôle précis. À bord d’un voilier, on ne parle jamais de « corde » - terme réservé à des usages très spécifiques comme la cloche ou, historiquement, aux cordes de potence - mais de « bout ». La maîtrise de ces lignes est une compétence fondamentale pour tout marin. Qu’il s’agisse d’envoyer, de border, de régler ou d’amarrer, chaque cordage marin possède une utilisation spécifique définie par sa construction, son matériau et son diamètre.
Les fondamentaux : Terminologie et fonctions à bord
Pour y voir plus clair, il est nécessaire de classer les cordages par fonction. Cette approche simplifie grandement la compréhension du gréement courant et dormant.
Les drisses : Pour hisser et affaler
La drisse sert à « envoyer les voiles ». On utilise les termes « hisser » lorsque la voile monte et « affaler » lorsqu’elle descend. Ces cordages longent le mât, passent par des réas en tête de mât et sont soumis à des tensions importantes. Pour un voilier standard, un minimum de trois drisses est indispensable : une pour la grand-voile (GV), une pour le génois et une pour le spi (ou une voile d'avant alternative). Une drisse doit présenter un allongement le plus limité possible pour conserver le profil de la voile.
Les écoutes : Pour border et régler
Si la drisse hisse, l’écoute permet le réglage de la tension et de l’orientation de la voile par rapport au vent. Tirer sur une écoute, c’est « border » ; relâcher l’écoute, c’est « choquer ». Une écoute doit être souple, offrir une bonne prise en main et être compatible avec les winchs pour permettre un réglage fin et rapide.
Les réglages d’espars et de voilure
D’autres cordages assurent la stabilité du gréement :
Lire aussi: Tout savoir sur la ralingue : définition et méthodes de couture pour voiles.
- Balancines : Utilisées pour soutenir la bôme ou le tangon lorsque la voile n’est pas à poste.
- Hale-bas : Ils empêchent les espars de monter, jouant un rôle opposé à celui de la balancine.
- Bosses de ris et d'enrouleur : Indispensables pour réduire la surface de toile en cas de vent fort ou pour gérer le stockage des voiles sur enrouleur.
Les aussières : Pour l’amarrage
L’aussière est une ligne de mouillage conçue pour amortir les chocs. Contrairement aux drisses et écoutes qui cherchent la rigidité, les amarres doivent posséder une élasticité dynamique pour absorber les mouvements du bateau au port et protéger la coque des à-coups.
Matériaux et technologies de fabrication
Le choix du matériau est déterminant pour la performance et la durabilité. Les fibres synthétiques ont aujourd'hui remplacé les cordages naturels et métalliques.
Les fibres synthétiques courantes
- Polyester : Le meilleur rapport qualité/prix pour la plaisance. Il résiste bien aux UV et aux intempéries tout en conservant une souplesse correcte.
- Polyamide (Nylon) : Très apprécié pour les amarres grâce à son excellente élongation dynamique, bien qu'il puisse durcir avec le temps sous l'effet des UV et de l'absorption d'eau.
- Dyneema (polyéthylène haut module) : Le standard pour la performance. Il offre une résistance à la rupture exceptionnelle et un allongement quasi nul. Il est idéal pour les drisses de régate ou les voiliers de croisière rapide.
- Spectra : Similaire au Dyneema, il est extrêmement résistant mais peut présenter un phénomène de fluage (allongement permanent sous tension constante).
Types de construction
- Toronné (hélicoïdal) : Composé de brins retordus, il est idéal pour les amarres grâce à sa grande élasticité.
- Tressé (double tresse) : Une âme porteuse protégée par une gaine. C'est la construction la plus polyvalente pour les drisses et écoutes.
- Tresses carrées (8 torons) : Très durables, souples et faciles à épisser, elles sont parfaites pour les lignes de mouillage, car elles ne vrillent pas.
Critères de choix selon le programme de navigation
Définir votre programme - croisière, plaisance ou régate - est l'étape primordiale avant tout achat.
Performance vs Plaisance
Pour la plaisance, le polyester offre une robustesse suffisante. En revanche, pour la compétition, l'utilisation de fibres comme le Dyneema est cruciale. Sur des voiles à membrane, quelques centimètres d’allongement suffisent à altérer les performances ; dans ce cas, un cordage à faible allongement est indispensable.
Le diamètre et la charge de travail
La charge de travail correspond à la charge moyenne appliquée lors de l'utilisation. Une règle d'or est de ne jamais dépasser 1/5 de la charge de rupture du cordage. Le diamètre doit également être choisi en fonction de la manipulation humaine (prise en main) et de la compatibilité avec vos winchs et bloqueurs. Un cordage trop fin pour un bloqueur glissera, tandis qu'un cordage trop gros sera impossible à installer.
Lire aussi: Comprendre les termes de la voile
Entretien et longévité du gréement courant
Un cordage marin est un investissement qui nécessite une attention particulière.
- Nettoyage : Le sel est l'ennemi de vos bouts. Rincez-les régulièrement à l'eau douce après chaque sortie pour éviter la cristallisation du sel dans les fibres. Un lavage à la machine (30°C maximum, dans une taie d'oreiller) est possible pour les cordages en polyester. Les cordages en Dyneema, souvent enduits, doivent être lavés à la main avec un détergent doux.
- Inspection : Inspectez vos cordages tous les 30 cm, en portant une attention particulière aux zones de frottement (réas, winchs, taquets). Une abrasion poudreuse ou des torons lâches sont des signes d'usure interne.
- Protection : Identifiez les arêtes vives sur votre pont ou votre mât qui pourraient endommager vos lignes. En hivernage extérieur, il est conseillé de retirer les drisses pour les protéger des UV et des intempéries.
- Réparation : Si la gaine est abîmée mais l'âme intacte, un gréeur peut parfois remplacer la gaine ou réaliser une épissure bout à bout. Un nœud réduit la charge de rupture de 40 à 90 %, tandis qu'une épissure bien réalisée ne diminue cette capacité que de 10 %.
Lire aussi: Entretien des cordages de bateau