Au premier abord, la multitude de cordages qui courent sur le pont ou le long du mât d'un voilier peut sembler complexe. Cependant, connaître ces différents cordages, comprendre leurs fonctions et savoir les utiliser est une compétence fondamentale à bord. Chaque cordage a une utilité spécifique, et une fois triés par fonction, ils se révèlent moins nombreux et plus logiques qu'il n'y paraît. Avec la pratique, vous apprendrez rapidement à les identifier et à les utiliser efficacement.
Les cordages à bord d'un voilier triés par fonction
1. Hisser les voiles : Les drisses
Une drisse sert à hisser les voiles. On utilise les termes « hisser » (la voile monte) et « affaler » (la voile descend). Les drisses longent donc le mât. Elles montent à l’extérieur, redescendent à l’intérieur et ressortent par des « lumières » (des trous dans le mât).Les drisses ne montent pas forcément jusqu’en haut du mât, mais elles passent toujours par une espèce de roulette : un réa.Si une drisse est dure et qu’une voile a du mal à monter, la première chose à vérifier, c’est l’état des réas. Forcer sur une drisse qui coince n’est vraiment pas une bonne idée !
Fonctionnement et Utilisation :
- Les drisses servent à « envoyer les voiles », c'est-à-dire à les hisser ou à les affaler.
- Elles passent par des réas (roulettes) situés en haut du mât pour faciliter le mouvement et réduire la friction.
- Une drisse dure ou une voile difficile à hisser peut indiquer un problème avec les réas.
2. Border les voiles : Les écoutes
Une fois les voiles hissées ou déroulées, elles auront naturellement tendance à partir dans le vent, comme le ferait un drapeau. Les écoutes vont nous permettre de les amener vers le centre longitudinal du voilier et donc, de les gonfler. Tirer sur une écoute, c’est border. On borde une écoute, ou une voile. Pour exprimer l’inverse, on utilise le terme choquer. Je « choque la voile », signifie que je relâche l’écoute, la voile s’écarte alors de l’axe longitudinal du voilier. Pour border une voile, on utilise généralement des winchs et des palans.
Fonctionnement et Utilisation :
- Les écoutes servent à contrôler l'angle des voiles par rapport au vent.
- Border une écoute signifie tirer dessus pour rapprocher la voile de l'axe longitudinal du voilier.
- Choquer une voile signifie relâcher l'écoute pour éloigner la voile de l'axe longitudinal.
- L'utilisation de winchs et de palans facilite le réglage des écoutes, surtout par vent fort.
3. Régler les espars : Hâle-bas et balancines
Sur l’image ci-dessous, vous voyez deux espars, la bôme et le tangon. On constate qu’ils sont à l’horizontale. Ils auront donc naturellement tendance à tomber si on ne les retient pas, ou s’il n’y a pas de voile à poste. Pour les retenir, on utilise des « balancines ». La balancine de bôme suit le même chemin que la drisse de grand-voile, elle vient dans le réa vide que j’évoquai dans le paragraphe plus haut. Lorsque la voile est « affalée », rangée dans son sac, c’est la balancine qui tient la bôme. Par contre, lorsque les voiles sont hissées et utilisées, on « mollit » généralement la balancine pour pouvoir agir sur la voile (la tendre vers le bas par exemple). La balancine de tangon de son côté est vers l’avant du voilier, elle ne monte généralement pas en tête de mât, mais elle suit néanmoins elle aussi le même chemin qu’une drisse. Les hale-bas de leur côté sont moins sollicités, puisqu’ils ont la fonction opposée : empêcher les espars de monter. On notera sur l’image ci-dessus qu’une écoute ou un bras joue un rôle similaire au hâle-bas. En effet, une écoute ramène certes les voiles vers l’axe longitudinal du bateau, mais elles les amènent aussi vers le bas. Lorsque les voiles sont bordées, le hale-bas est donc inutile. Il devient utile et sollicité lorsque les voiles sont choquées par contre, comme c’est le cas sur la photo ci-dessus, on notera que les deux hale-bas sont bien tendus.
Fonctionnement et Utilisation :
- Balancines : Maintiennent les espars (bôme et tangon) à l'horizontale, empêchant leur chute lorsque la voile n'est pas hissée.
- Hâle-bas : Empêchent les espars de monter, surtout lorsque les voiles sont choquées.
4. Réduire et augmenter la voilure : Bosses de ris et bosses d'enrouleur
Les « bosses de ris » et « bosses d’enrouleur » sont les cordages utilisés : pour augmenter-réduire la voile à l’aide des ris pour enrouler ou dérouler une voile. Concernant les bosses de ris, le rôle est de contraindre la partie basse d’une voile afin qu’elle ne puisse être hissée jusqu’en haut. La surface est alors réduite et le voilier moins puissant. On réduit la surface de voile d’autant plus que le vent est fort. Au niveau de l’enrouleur, la bosse est relâchée pour que la voile puisse se dérouler, (on tire sur les écoutes). On procède de façon inverse, (choquer les écoutes et reprendre la bosse) pour enrouler la voile. Ci-dessous, la bosse d’enrouleur, en jaune, enroulée autour du tambour de l’enrouleur (parce que la voile est ici déroulée).
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Fonctionnement et Utilisation :
- Bosses de ris : Permettent de réduire la surface de la voile en contraignant sa partie basse, adaptant ainsi la voilure à la force du vent.
- Bosses d'enrouleur : Contrôlent l'enroulement et le déroulement des voiles, permettant d'ajuster la surface de voilure en fonction des conditions.
5. Amarrer le bateau : Les aussières
Une aussière est particulière dans le sens où elle doit amortir les chocs et les à-coups parfois très violents que peut subir un bateau lorsqu’il est amarré. Ces cordages doivent être élastiques pour que la charge soit répartie et ne soit pas transmise aux taquets. => On n’amarre pas son bateau avec une drisse ou une écoute, qui, au contraire des aussières, sont conçues avec le minimum d’élasticité possible !
Fonctionnement et Utilisation :
- Les aussières sont des cordages élastiques utilisés pour amarrer le bateau, conçus pour absorber les chocs et les à-coups.
- Il est crucial de ne pas utiliser de drisses ou d'écoutes pour l'amarrage, car elles sont conçues avec une élasticité minimale.
6. Autres cordages et accastillage
À bord d’un voilier, on utilise aussi trois termes génériques : Les « bouts » (prononcés « boute ») => Tous les cordages sont des bouts ! Les « cordages » (ils sont ici également tous représentés) Les « garcettes » (pour les cordages très fins) Beaucoup le savent, on ne parle pas de « cordes » sur un bateau, pourquoi ? En fait la « corde » existe à bord des voiliers, mais elle a deux fonctions bien particulières, on trouve : Celle de la cloche, permettant de la faire sonner Celle qu’à l’origine, on vous passait autour du cou pour vous pendre ! Cet article ne traite pas des divers accastillages utilisés à bord, il serait bien trop long. Mais je peux déjà vous dire que pour manipuler tous les cordages évoqués, subissant des charges parfois très importantes, nous trouverons divers outils indispensables : Palans avec taquets coinceurs Winchs avec ou sans « self-tailing », avec leur manivelle et leurs deux ou trois vitesses Cames « coinçeuses » en sortie de bôme ou sur le pont Taquets et bloqueurs coinceurs du piano Avale-tout et rails d’écoute Réas de renvoi, poulies à plat pont Etc…
- Bouts : Terme générique pour tous les cordages à bord.
- Garcettes : Cordages très fins utilisés pour des tâches légères.
- Accastillage : Ensemble des outils et équipements utilisés pour manipuler les cordages, tels que palans, winchs, taquets, etc.
Matériaux et construction des cordages
Il n'existe pas de cordage parfait, et le choix du matériau dépend de l'utilisation prévue et des conditions environnementales. Voici quelques types de matériaux couramment utilisés :
- Polyester : Le matériau le moins cher, adapté aux utilisations ordinaires. Il est souple, sèche rapidement et résiste aux UV.
- Dyneema (HMPE) : Fibre révolutionnaire avec un très faible taux d'allongement, idéale pour les drisses et les écoutes de haute performance. Elle est résistante aux UV, à la fatigue et hydrophobe.
- Nylon : Utilisé pour les amarres en raison de son élasticité et de sa capacité à absorber les chocs.
- Polypropylène : Léger et flottant, mais moins résistant aux UV que le polyester.
Types de tressage
- Cordages tressés : Conçus en croisant ou en entrelaçant des brins individuels. Les cordages à double tresse ont une âme et une gaine qui supportent la charge.
- Tresses simples : Fabriquées en entrecroisant les fuseaux pour former un cylindre.
- Tresses creuses : Structure tubulaire sans âme, assurant une bonne résistance grâce au tressage.
- Tresses carrées : Comportent 8 fuseaux, durables et faciles à épisser.
- Cordages toronnés (hélicoïdaux) : Fabriqués en retordant ensemble deux torons ou plus, offrant une bonne élasticité pour les amarres.
Choisir les bons cordages
Drisses
Les drisses doivent avoir un allongement minimal, une bonne flexibilité, une bonne accroche sur le winch et une résistance élevée. Les régatiers accordent une grande importance au poids des drisses.
Écoutes
Les écoutes doivent résister au ragage, aux UV et supporter une charge de travail élevée. Une bonne prise en main, de la souplesse et une bonne adhérence sont également importantes.
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Amarres
Les amarres doivent être élastiques pour absorber les chocs et les à-coups.
Maintenance et entretien des cordages
Un entretien régulier prolonge la durée de vie des cordages et facilite leur utilisation.
- Rinçage : Rincer les cordages à l'eau douce après chaque sortie pour éliminer le sel et la saleté.
- Lavage : Utiliser du savon doux et une brosse pour nettoyer en profondeur. Les cordages peuvent être lavés en machine à l'eau froide dans une taie d'oreiller.
- Séchage : Étaler les cordages sur une surface propre et plane à l'abri de la lumière directe du soleil.
- Inspection : Vérifier régulièrement l'état des cordages, en particulier les épissures et les cosses.
Nœuds essentiels
Il est crucial de maîtriser au moins quatre nœuds de base :
- Nœud de chaise : Pour former une boucle fiable.
- Nœud de cabestan : Pour fixer un cordage à un point d'ancrage.
- Nœud de huit : Pour empêcher un cordage de se défaire.
- Nœud de taquet : Pour amarrer un bateau à un taquet.
Ces nœuds ont des fonctions spécifiques et sont complémentaires.
Importance de la couleur
La couleur des cordages peut être un critère esthétique, mais elle est surtout utile pour identifier les différentes voiles et faciliter la gestion des équipements à bord. Par exemple, certaines personnes préfèrent associer la couleur des cordages à celle de la coque ou harmoniser la couleur des drisses, écoutes et bouts de manœuvre pour une voile spécifique.
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