Coupe de l'America : Définition et enjeux de cette compétition de voile prestigieuse

La Coupe de l'America est bien plus qu'une simple compétition de voile; c'est un symbole de prestige, d'innovation technologique et de rivalité internationale. Événement sportif le plus ancien au monde, elle attire l'attention des passionnés de voile, des ingénieurs et des sponsors du monde entier. Cet article se propose de définir la Coupe de l'America, d'en explorer l'histoire, les règles, les participants et les enjeux contemporains.

Histoire et Origines

Le New York Yacht Club, fondé en 1844, demeure l'une des institutions les plus prestigieuses du monde du yachting. L'histoire de la Coupe de l'America remonte à 1851, lors d'une régate où la goélette américaine "America" remporta la victoire face à 15 voiliers britanniques autour de l'île de Wight, devant la Reine Victoria. La reine, surprise de voir le bateau américain arriver en tête, demanda qui était le deuxième. Cette victoire marqua le début de la légende de la Coupe de l'America.

En 1857, George Schuyler rédigea le "Deed of Gift", le premier règlement de la Coupe de l'America, transformant la compétition en un défi international. Le principe fondamental, inchangé depuis, est que le yacht club vainqueur conserve le trophée et devient le "defender", tandis que d'autres clubs, les "challengers", s'affrontent pour gagner le droit de le défier.

Pendant 132 ans et 24 épreuves, les Américains ont dominé la compétition, tirant souvent avantage du "Deed of Gift". Une règle notable, en vigueur jusqu'en 1958, imposait aux bateaux challengers de naviguer par leurs propres moyens jusqu'au lieu de la régate.

Règles et Format de la Compétition

Depuis 1857, le principe de la compétition reste le même : le Yacht Club vainqueur se voit remettre le prestigieux trophée, qu'il remet en jeu pour devenir le "defender". Les "challengers" concourent contre ce dernier pour lui disputer l'Aiguière d'Argent. La victoire pour la 37ème America’s Cup se jouera entre le 12 et le 20 octobre 2024 à Barcelone. Pourtant, la course pour soulever le plus vieux trophée du monde a déjà commencé.

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Les Courses Préliminaires

Pour cette 37ème édition de la Coupe de l’America, le spectacle commence encore plus tôt. Il y a eu Vilanova i la Geltrú en Espagne en septembre dernier. Il y aura Jeddah en Arabie saoudite dès le 29 novembre prochain. Et enfin, la 3ème course préliminaire à Barcelone. Les régates se déroulent pendant trois jours à bord d’AC40, monocoque volant avec quatre marins à bord. Elles se disputent en flotte sur un parcours avec des manœuvres à faire autour de bouées. Tout le monde part en même temps sur le même parcours. A l’issue des trois jours et des huit premières régates, chaque équipe aura engrangé des points en fonction de son classement par régate. La neuvième et dernière régate ne se disputent qu’entre les deux meilleurs des huit régates précédentes. Ils s’affrontent alors en Match Race. Petite subtilité : la 3ème course préliminaire, celle de Barcelone en août 2024, se dispute quant à elle sur AC75. Un bateau similaire à l’AC40, mais plus grand, avec huit marins à bord. Les courses préliminaires n’ont pas d’incidences sur le résultat final. C’est une occasion d’offrir du spectacle et de permettre aux équipages de naviguer sur ces prototypes ultra-complexes.

La Coupe Louis Vuitton

Les Challenger Selection Series sont plus communément appelées la Louis Vuitton Cup. Ils sont cinq équipages pour cette édition. Chacun d’entre eux représente une nation. Le gagnant devient le Challenger et ira défier le Defender lors de la Coupe de l’America. Le format se décline ainsi : les cinq équipes s’affrontent en match race, à raison de deux confrontations entre chaque équipe. La moins bonne équipe des cinq rentre au bercail. Les quatre finalistes s’affrontent deux par deux. Les duels se déroulent alors au meilleur de 13 manches. En gros, le premier à gagner sept face-à-face passe en finale. En finale, rebelote, le premier des deux équipages à sept remporte la mise.

Le Match Final

Le Challenger et le Defender s’affrontent pour la 37ème Coupe de l’America. Le premier à remporter 7 duels repart avec le trophée.

Les Participants

Lors de la dernière édition, l’équipe Emirates Team New Zealand menée par Peter Burling remportait l’aiguière d’argent 7-3. Cela donnait aux Kiwis, surnom affectif donné aux Néo-Zélandais (on parle ici du volatile endémique de Nouvelle-Zélande, pas du fruit à poils), leur ticket pour cette 37ème édition de la Coupe, en tant que Defender. Tout le monde peut participer à condition d’avoir les moyens et de construire son bateau sous le pavillon de la nation en lice. Les participants sont :1/ Les Italiens, déjà mentionnés, seront présents sous les couleurs Luna Rossa Prada Pirelli. L’équipe à une revanche à prendre.2/ Le Royaume-Uni arbore quant à lui une bannière INEOS Britannia. Leur skipper n’est autre que Sir Ben Ainslie. Quatre fois médaillé aux JO, vainqueur de l’America’s Cup en 2013, c’est un peu le David Beckham de la voile puisqu’il cumule lui aussi les casquettes d’athlète, CEO et responsable du projet.3/ Les Suisses sont aussi de la partie avec Alinghi Red Bull Racing. Si la neutralité est l’une des clés de leur réputation, lorsqu’il s’agit de l’America’s Cup, le peuple helvète sort les crocs. Ce qui fait la force de l’équipe est entre autres d’avoir su recruter. Leur skipper ?4/ Le pays de l’Oncle Sam sera aussi de la partie avec « American Magic » du New York Yacht. En 2021, lors de la précédente demi-finale de la Louis Vuitton Cup face aux Italiens, si l’AC75 « Patriot » n’avait pas chaviré, endommageant beaucoup de systèmes, les Américains auraient eu toutes leurs chances. Ils possédaient à l’époque le seul bateau capable de battre les Kiwis de Peter Burling. Cette année à la barre de American Magic, on retrouve Tom Slingsby. Cet Australien est tout simplement le type le plus rapide sur foil aujourd’hui. Petite parenthèse. Le SailGP est un championnat de catamaran volant appelé F50. Contrairement à la Coupe de l’America, il se déroule tout au long de l’année, tous les ans, depuis quatre ans. Et les bateaux sont fournis par l’organisateur. Ils sont tous identiques. On appelle ça de la monotypie. Tout se fait littéralement au talent.5/ Pour le moment seulement, car notre esprit chauvin nous pousse à croire qu’un certain Quentin Delapierre lui volera un jour la vedette. Car oui, mesdames et messieurs, on dénombre aussi parmi les prétendants au titre, les Français. Cocorico ! Quentin Delapierre est le chef de fil de cette équipe Orient Express Racing Team. Skipper du F50 en SailGP, donc, c’est aussi un fin régatier champion du monde de Nacra (catamaran) et pilote de SailGP. Avec son acolyte et co-skipper Kevin Peponnet, ils font des étincelles. En coulisses, on retrouve le groupe « ALL » (Accor Live Limitless) comme sponsor titre, sous la houlette de la marque Orient Express. Deux fois participants à la Coupe (2001 et 2007), Stéphane Kandler de K-Challenge évolue comme co-directeur de l’écurie tricolore avec Bruno Dubois déjà aux manettes de l’écurie française en SailGP. A cette époque, c’était Franck Cammas à la barre du catamaran volant, l’AC50. Le navigateur français est, entre autres, un spécialiste des multicoques, d’autant plus quand ils volent. Alors oui, en 2017, nous autres Français n’avions pas passé l’étape de la Louis Vuitton Cup. Mais ce n’est en rien un échec. On notera aussi la présence de Thierry Douillard, le coach et le chef d’orchestre de la cellule performance qui évolue déjà aux côtés des marins en SailGP.

Les Bateaux : AC40 et AC75

Au cœur de la Coupe de l'America se trouvent les bateaux, véritables concentrés de technologie. Les AC40 et AC75 sont deux types de bateaux utilisés dans les différentes phases de la compétition.

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Les AC40 sont utilisés pour les deux premières phases préliminaires, ainsi que pour l'America's Cup Féminine et Jeune (Puig Women et Youth). Les AC75 sont utilisés pour la troisième course préliminaire, la Louis Vuitton Cup et l'America's Cup.

Les deux bateaux sont équipés de foils, des appendices qui servent de plans porteurs à l'embarcation. Ces foils permettent aux bateaux de s'élever au-dessus de l'eau, réduisant ainsi la friction et augmentant considérablement leur vitesse. Sur les images, ce sont ces sortes de pattes de cigogne en forme de T. On met dans l’eau le foil opposé à la source du vent. Par exemple : le vent vient de votre gauche (bâbord), on met le foil de droite (tribord) dans l’eau. Sous l’action d’un joyeux cocktail de force vélique et hydrodynamique dont nous ne maîtrisons pas encore toutes les subtilités, le bateau décolle.

À l'arrière, au centre, se tient le safran. Le safran et les foils possèdent des « flaps ». Ce dernier agit comme le volet d’une aile d’avion. Il peut bouger de quelques degrés et permet de gérer l’assiette du bateau pendant les courses.

Pour faire fonctionner ces bateaux du futur, on peut désormais parler de cyborg. C’est pourtant bien un paradoxe pour cette course dont la philosophie (et certaines règles) n’ont pas changé depuis 1851. La place du marin (à conjuguer aussi au féminin) reste primordiale. Pour rappel, ils sont quatre en AC40 et huit en AC75. Certains doivent faire appel à toute leur tête pour organiser la tactique et la stratégie. Et contrôler avec finesse un bateau lancé à toute berzingue en équilibre au-dessus de l’eau. D’autres doivent user de leurs muscles, en grande quantité avec une intensité exceptionnelle, pour fournir de l’énergie pure. Pour ces raisons, l’écurie tricolore embauche par exemple des cyclistes sur piste. Leur explosivité et leur capacité à délivrer des watts peut faire toute la différence. Cette énergie sera ensuite transformée, via de multiples systèmes hydrauliques et électroniques, en mouvement des voiles et actions sur le bateau. Car la règle est immuable, les systèmes d’autorégulation (cybernétiques) sont forcément tributaires de l’action de l’homme (organique).

L'Équipe Française : Orient Express Racing Team

La France est en lice pour la 37e Coupe de l'America avec l'équipe Orient Express Racing Team. Piloté par Quentin Delapierre et Kevin Peponnet, le challenger tricolore mérite une exposition plus importante que celle dont il bénéficie actuellement. Il est bâti pour l'instant autour d'un AC40, un bateau volant impressionnant.

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L'équipe est dirigée par Stephan Kandler et Bruno Dubois. Après avoir reçu le haut patronage d'Emmanuel Macron, le défi tricolore s'impose comme un vecteur de la marque France et de son savoir-faire. C'est la preuve de la compétitivité de toute la filière nautique nationale. À chaque régate de l'AC40 et bientôt de l'AC75 français, c'est la capacité d'innovation technologique tricolore qui s'illustre et se confronte au reste du monde en espérant des résultats qui couronnent les choix technologiques ambitieux réalisés.

Le podium tricolore, contre toutes attentes, lors des régates préliminaires à Vilanova en septembre, a montré le potentiel du défi et valide pour l'heure le modèle des outsiders français. Mais la concurrence est rude et les difficultés ne manquent pas. La compétition promet d'être redoutable et passionnante.

Enjeux et Controverses

La Coupe de l'America est souvent critiquée pour son coût élevé et son aspect élitiste. Les équipes doivent investir des sommes considérables dans la conception, la construction et l'entretien des bateaux, ainsi que dans la formation des équipages. L'argent reste le nerf de la guerre, puisque le défi français n'avait pas pris part à la Coupe de l'America en 2021, faute de moyens financiers.

De plus, la compétition est parfois accusée de "sport washing", notamment lors de l'organisation de régates préliminaires dans des pays comme l'Arabie Saoudite. Ces événements permettent à ces pays de redorer leur image en associant leur nom à un événement sportif prestigieux et à des valeurs positives.

L'Innovation Technologique au Cœur de la Compétition

Depuis le 19ème siècle, l’America’s Cup est une sorte de foire à l’innovation. Elle rime souvent avec une débauche de moyens. C’est généralement le cas lorsque la technologie innovante, expérimentale et coûteuse est l’une des clés de la victoire. Les bateaux sont différents d’une édition à l’autre. Il n’y a rien d’écrit si ce n’est la « jauge », une sorte d’équation ultime qui vous permet ou non d’être en règle. Comme un contrôle technique auto, mais en plus complexe. Les éléments de l’équation sont les composants de votre bateau. Tout le monde peut jouer avec les éléments de l’équation, mais doit conduire à un résultat bien précis. Sans quoi, votre bateau doit jouer dans une autre catégorie. A titre de comparaison, souvenez-vous des jeux vidéo de voitures dans lesquels vous customisez votre véhicule selon un nombre de crédits limités : accélération, vitesse de pointe, maniabilité, entre autres. En voile, c’est similaire. Pour construire votre bateau, vous jouez sur le rapport entre de nombreux paramètres. Il y a les plus simples : surface de voile, poids, taille. Mais aussi les plus complexes : électronique, ingénierie embarquée, etc. Et ça ne serait pas drôle s’il n’y avait pas de restrictions ou de singularités !

La Coupe de l'America a toujours été un terrain d'expérimentation pour les nouvelles technologies en matière de voile. Les équipes rivalisent d'ingéniosité pour concevoir des bateaux plus rapides, plus performants et plus innovants. Cette quête de l'innovation a conduit à des avancées significatives dans la conception des voiles, des coques, des foils et des systèmes de contrôle.

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