L'article explore les arguments contre le voile islamique, en tenant compte du contexte politique, social et historique français. Il examine les implications de la loi de 2004 interdisant les signes religieux ostensibles à l'école publique et les débats contemporains sur le port du voile en France.
Introduction
Le débat sur le voile islamique en France est un sujet complexe et multidimensionnel. Il touche à des questions de laïcité, de liberté individuelle, d'égalité des sexes, d'intégration et d'identité nationale. Cet article vise à analyser les arguments contre le port du voile islamique en France, en tenant compte des différents points de vue et des enjeux sous-jacents.
Contexte historique et politique
La loi de 2004 et ses conséquences
La loi du 15 mars 2004 interdisant les signes religieux ostensibles à l'école publique a marqué un tournant dans le débat sur le voile en France. Adoptée dans un contexte de tensions sociales et de préoccupations liées à l'intégration, cette loi a été perçue par certains comme une mesure nécessaire pour défendre les principes de laïcité et d'égalité. D'autres, en revanche, l'ont critiquée comme une atteinte aux libertés individuelles et une forme de discrimination envers les femmes musulmanes.
Sur le plan idéologique, les mois de débats médiatiques autour du « problème du voile à l’école » ont contribué à renforcer le climat de « guerre des civilisations ». Le débat public français, tel que les médias l’organisent, tourne autour d’un même bouc émissaire, construit sur des bases culturalistes : le garçon arabe de confession musulmane.
Le voile comme enjeu politique
« L’Affaire du voile » doit également être saisie dans son contexte politique, économique et social d’ensemble. Elle apparaît alors comme la continuation par d’autres moyens d’une guerre sociale menée depuis plusieurs années par la droite et la gauche « social-libérale » contre les classes populaires : la focalisation sur « le voile à l’école » a été une nouvelle occasion d’occulter les questions de chômage, de précarité et de discrimination, et d’imposer une grille de lecture ethniciste ou culturaliste, plutôt que socio-économique et politique.
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La loi sur le voile apparaît en ce sens comme un symptôme au sens freudien du terme : la manifestation pathologique d’un « passé qui ne passe pas », le retour d’un épisode refoulé.
Les débats contemporains
Cinq ans après le vote de la loi interdisant le port du voile intégral, le débat s'est déplacé sur le voile "simple" dont certains remettent en cause la présence en France, dans un climat tendu par les attentats.
Arguments contre le voile islamique
Le voile comme symbole d'oppression
L'un des arguments les plus fréquemment avancés contre le voile islamique est qu'il est un symbole d'oppression et de soumission des femmes. Selon cette perspective, le voile est imposé aux femmes par des structures patriarcales et religieuses qui visent à contrôler leur corps et leur liberté.
Céline Pina est essayiste et militante. Selon un sondage CSA pour CNews, 61 % des Français se déclarent favorables à une loi interdisant le port du voile. Ainsi posée, la question a le mérite de la clarté et évite l'hypocrisie des circonvolutions sur l'interdiction des signes ostentatoires religieux. Elle remet le débat à sa juste place : le problème qui se pose avec le voile ne concerne pas l'interdiction de la manifestation d'une appartenance religieuse (le port du croissant autour du cou par exemple ne pose de problème à personne), mais l'interdiction d'un signe sexiste, insultant pour la femme et qui met en cause l'égalité des droits. En effet, le voile n'est pas un accessoire de mode ni un vêtement mais un signe, dont la signification est claire et le message univoque : il parle de l'impureté du corps de la femme et de la provocation que constitue la vue de sa chevelure. Une telle vision de la femme se traduit par un refus de lui accorder l'égalité des droits au nom de son infériorité «naturelle» par rapport à l'homme. D'ailleurs dans tous les pays où le voile est imposé, la femme est une éternelle mineure qui passe de la coupe du père ou du frère à celle du mari et a à peine plus de droit qu'un animal.
Derrière la question du voile, c'est pourtant bel et bien l'égalité des droits et une certaine idée de la démocratie qui est directement attaquée. L'interdiction de ce signe est donc parfaitement défendable.
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Voile comme abaya sont liés à une vision précise de la femme, de son statut et de son rôle. Voile comme abaya ne sont pas des vêtements. Ce sont des signes, des marqueurs identitaires basés sur la religion.
La discrimination et une hostilité subies par des femmes du monde entier. En France et en Europe, les discussions sur le port du foulard sont emblématiques de ces discriminations liées au genre.
Le voile et la laïcité
Un autre argument souvent avancé contre le voile est qu'il est incompatible avec les principes de laïcité. Selon cette perspective, le voile est une manifestation ostentatoire de religion qui contrevient à la neutralité de l'espace public et à la séparation de l'Église et de l'État.
Ceux qui expliquent cela définissent la laïcité comme la société protectrice des religions, devant veiller à leur expression et à leur égalité. Or la neutralité des agents du service public vient du fait que les religions ne sont pas reconnues comme jouant un rôle dans la sphère publique, elles n’ont donc pas à être prises en compte, ce sont des opinions personnelles.
Le voile et l'intégration
Certains soutiennent que le port du voile peut entraver l'intégration des femmes musulmanes dans la société française. Selon cet argument, le voile peut créer une barrière culturelle et sociale qui rend difficile l'accès à l'emploi, à l'éducation et aux interactions sociales.
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Ces tenues visent à distinguer la musulmane du reste des femmes. Ils marquent une identité religieuse qui se traduit en impossibilité d’intégration et d’assimilation. Pourquoi vouloir que l’on sache qu’une femme est musulmane au premier coup d’œil? Pour que la clôture communautaire devienne infranchissable. Les interdits alimentaires et vestimentaires visent à empêcher l’alliance hors de la communauté d’origine. Ils visent à créer une séparation, des distinctions qui empêchent de partager la même nourriture, de se marier, de faire société et cantonnent chacun dans une identité particulière plus forte que la communauté nationale. Pour cela on remplace la distinction entre le bien et le mal, par celle entre le pur et l’impur. Or la distinction entre le bien et le mal est une démarche universelle, liée au libre arbitre et qui met en jeu la responsabilité. En revanche la distinction entre pur et impur dépend du suivi précis de prescriptions extérieures religieuses, elle réclame la soumission et l’abandon d’une pensée en propre.
Le voile et la sécurité
Dans un contexte de menaces terroristes, certains considèrent que le port du voile intégral (niqab, burqa) pose des problèmes de sécurité. Le fait de dissimuler le visage rend difficile l'identification des personnes et peut faciliter la commission d'actes criminels ou terroristes.
Les limites de l'argumentaire anti-voile
La diversité des motivations
Il est important de souligner que les femmes musulmanes portent le voile pour des raisons diverses et complexes. Certaines le font par conviction religieuse, d'autres par tradition familiale, d'autres encore pour affirmer leur identité culturelle ou pour se protéger du regard des hommes. Il est donc réducteur de considérer le voile comme un simple symbole d'oppression.
Pourtant, les raisons qui poussent des femmes musulmanes à porter le voile sont très différentes. Certaines, par exemple, n’ont pas le choix et subissent des pressions dans leur environnement familial ou social. C’est au nom de ces femmes que des responsables politiques et des intellectuels mènent un combat contre le voile. D’autres femmes décident de porter le voile de leur plein gré. C’est à ces femmes que la journaliste Faïza Zerouala a décidé de consacré un livre : « Des voix derrière le voile ». Elle a rencontré dix femmes aux profils très différents. Une étudiante, une mère au foyer, une cheffe d’entreprise, une enseignante, … Elles ont entre 18 à 59 ans et ont toutes à un moment « charnière de leur vie » décidé « un retour à la religion » qui est notamment passé par le port du voile. Des parcours qui se ressemblent, mais des histoires différentes qui ont poussé l’auteure du livre à ce constat : « La femme voilée telle qu’on la fantasme n’existe pas ». Le but de l’ouvrage est donc de « dés-hystériser ce débat, et juste essayer de comprendre ou au moins d’écouter les raisons qui ont conduit des femmes françaises » à se voiler.
Il est faux de supposer que le port du foulard résulte nécessairement d'une pression ou d'une coercition. Le port du foulard, ou de tout vêtement qui peut être considéré comme religieux ou culturel, revêt des sens très variés que seules les femmes qui le portent sont à même de définir, pour elles-mêmes, individuellement. Définir à leur place le sens de ses vêtements, et ainsi leur confisquer le droit de définir elles-mêmes le sens qu’elles leur donne, constitue une nouvelle violence.
Le risque de stigmatisation
Les critiques du voile peuvent parfois alimenter la stigmatisation et la discrimination envers les femmes musulmanes. Il est important de veiller à ne pas essentialiser les identités et à respecter la liberté de conscience de chacun.
En France, ces vingt dernières années, nous constatons une prolifération des lois et mesures visant à interdire aux femmes certains vêtements considérés comme religieux. Ces mesures s’inscrivent dans un contexte de montée de discours de haine, stigmatisant les personnes musulmanes et tout particulièrement les femmes et les filles portant le foulard. Dans son rapport de 2021, le rapporteur spécial de l’ONU sur la liberté de religion ou de conviction a par ailleurs souligné le caractère intersectionnel de la discrimination et de l’hostilité subies par les femmes musulmanes, qui « peuvent être confrontées à une “triple peine”, en tant que femmes, issues d’une minorité ethnique et musulmane ». Ainsi, si les mesures limitant le port de signes religieux et culturels ne mentionnent pas les femmes musulmanes explicitement, dans les faits, les débats politiques et médiatiques qui entourent leur adoption visent expressément celles-ci ; rendant ces mesures discriminatoires.
Certains médias décrivent systématiquement les femmes musulmanes comme un problème. Elles sont présentées comme étant soit « opprimées », et victimes d’un patriarcat religieux ; soit « dangereuses », et assimilées à l’« islam radical », ou encore comme enfreignant les « valeurs républicaines » de « laïcité » et de « neutralité ». Ces discours, qui nient l’individualité des femmes musulmanes, et leur attribue des caractéristiques prétendues propres à un groupe dans la société (les “musulmans”), sont des discours racistes.
La complexité de la laïcité
La laïcité est un principe complexe qui peut être interprété de différentes manières. Certains considèrent qu'elle implique une stricte neutralité de l'espace public, tandis que d'autres estiment qu'elle doit garantir la liberté de conscience et de religion de chacun. Il est donc important de ne pas réduire le débat sur le voile à une simple question de conformité aux principes de laïcité.
La définition précise de ce principe varie entre les différents responsables politiques. Certains le conçoivent comme un moyen de préserver la liberté de culte (y compris l’absence de croyance), d’autres considèrent qu’il implique une expression du culte réduite au cercle familial/intime, voire une absence totale de religion ou de croyance.