L'Art de Construire un Voilier de Bassin en Bois : Entre Tradition et Innovation Radio-Commandée

La construction d'un voilier en bois représente une quête intemporelle, mêlant l'ingéniosité humaine à la noblesse d'un matériau ancestral. Des pirogues primitives sculptées dans des troncs d'arbres aux voiliers de plaisance contemporains, le bois demeure un prototype du matériau de construction des voiliers. Cette tradition se perpétue aujourd'hui à travers l'engagement passionné de nombreux constructeurs amateurs, qui, sous leur toit, hébergent un véritable puzzle de bois qu’ils comptent bien voir flotter un jour. Que ce soit pour le plaisir de la navigation, l'amour du travail manuel ou la réalisation d'un objet unique, ces projets incarnent une forme d'artisanat où l'apprentissage, l'expérimentation et le partage des connaissances sont omniprésents. Cette démarche peut prendre des années, transformant le chantier en un espace onéreux et chronophage, où l'on ne sait, à la fin, lequel du bâtisseur ou du bateau a construit l'autre. Mais au-delà de l'effort, c'est le plaisir du temps, le contact avec le bois et la satisfaction de voir un rêve prendre forme qui motivent ces aventuriers des temps modernes.

La Construction d'un Voilier de Bassin Radio-Commandé : Étude de Cas

La réalisation d'un voilier radio commandé, sur la base d'un voilier de bassin, est un projet qui illustre parfaitement cette rencontre entre tradition et modernité. L'objectif consiste souvent à conserver les caractéristiques intrinsèques du voilier de bassin : robustesse, insubmersibilité, et un look simple, permettant une utilisation éventuelle sans la radio par un enfant avec une baguette. Il est primordial pour certains constructeurs que l'on ne voie pas qu'il y a une radiocommande, mais seulement du bois, du coton, du laiton et du plomb, privilégiant l'esthétique classique à la performance absolue. Il ne s'agit pas alors de faire un bateau de compétition, mais juste un bateau qui navigue à peu près correctement pour s'amuser sur un bassin.

L'ambition d'un voilier de bassin à l'esthétique traditionnelle

Prenons l'exemple d'un projet basé sur une coque d'un voilier de bassin de marque Tirot, modèle 504. L'entreprise Tirot, créée en 1946 et auparavant une fabrique de sabots, est reconnue pour ses derniers voiliers de bassin en bois encore construits en France. Cependant, un exemplaire ancien peut présenter des particularités, comme l'absence du bout dehors, du foc ou de la trinquette, et dater d'une époque où le lest était en plomb. Ces bateaux, construits en hêtre massif, un bois relativement dense, et bien que creusés, avec un pont de 6mm en hêtre également, de même que les espars, rendent le bateau assez lourd. La coque étant plutôt plate, le franc bord peut s'avérer faible. Il est vrai que les voiliers de bassin en bois sont souvent plus enfoncés que les bateaux en plastique, mais cela peut parfois être excessif.

Les Caractéristiques d'une Base Existante et les Premiers Défis

Les dimensions d'une telle base peuvent être les suivantes : une longueur de 64 cm, une largeur au maître bau de 14,5 cm, une hauteur de coque de 6 cm, une hauteur de mât de 77 cm et une hauteur de quille de 13 cm. Le poids total estimé peut atteindre 2940 grammes, avec un gréement pesant environ 125 grammes et un lest en plomb, constitué de deux demi-coquilles, de 911 grammes. Ces chiffres révèlent d'emblée la lourdeur de la construction initiale.

Devant la difficulté à alléger une coque déjà robuste, des contraintes supplémentaires sont parfois auto-imposées par le constructeur, transformant un projet simple en une entreprise plus complexe et enrichissante. Par exemple, l'intégration de la batterie directement dans le lest de la quille est une solution ingénieuse. Une boîte en aluminium étanche, certifiée IP68, peut être récupérée et adaptée, notamment pour loger les accus de radio et de récepteur. Par ponçage, elle peut être amincie, et un passe-câble soudé à froid, rempli de colle silicone, assure l'étanchéité nécessaire.

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Stratégies d'Optimisation : Allègement, Étanchéité et Intégration de la Radiocommande

La question de la légèreté est centrale. Si la coque est lourde, il devient impératif de chercher des solutions pour l'alléger par l'intérieur et rehausser le pont afin de compenser un franc bord jugé trop faible. L'ouverture du pont d'origine, souvent collé solidement et fait de hêtre massif de 6mm, est une étape délicate mais nécessaire. Après cette opération, le poids de la coque sans le lest en plomb peut encore être de 1630 grammes, ce qui reste considérable. Pour réduire davantage ce poids et maintenir la solidité, il est possible de creuser un peu plus la proue et la poupe. Par ailleurs, ajouter une tranche de 5mm en hauteur et placer un pont de 5mm, moins épais que l'original, contribue à cet allègement. Un renfort sous le mât est également essentiel pour la structure.

Le choix des voiles est également une composante clé de l'esthétique et de la performance. Des voiles en coton, récupérées d'une épave de vieille maquette statique, peuvent correspondre approximativement à ce que l'on imagine pour la coque. Un gréement de type aurique est souvent apprécié pour son look traditionnel.

Des Solutions Techniques Innovantes pour la Fonctionnalité et l'Intégration

Un autre aspect fondamental est de conserver la cavité de la coque complètement close, comme sur un voilier de bassin, garantissant ainsi son insubmersibilité. L'espace restant pour placer le bloc électronique étanche, comprenant le récepteur, le servo de barre et le treuil, est alors le roof. Pour éviter que le roof ne soit trop gros et disgracieux, il est judicieux de concevoir son intérieur de manière à ce qu'il descende un peu sous le pont. Un schéma de l'ensemble peut être dessiné, même si la base de la coque initialement envisagée a pu être modifiée par la suite.

Du bloc électronique étanche sortiront plusieurs câbles et écoutes essentiels à la commande du voilier. Il y aura le câble d’alimentation avec son connecteur, deux écoutes pour le gouvernail, passant à travers des soufflets d’étanchéité, et deux écoutes pour le circuit d'écoute externe sur le pont arrière, commandant la grand-voile et, par renvoi, le foc et la trinquette. Ces dernières passeront également à travers deux soufflets d'étanchéité.

Un tube reliant la batterie dans la quille au roof a une double fonction : il sert à passer le câble d’alimentation et permet également la vidange du roof. En effet, bien que la boîte radio étanche soit conçue pour ne pas laisser entrer l'eau, le roof lui-même, en bois, peut avoir une ouverture à l'arrière pour laisser sortir les écoutes. Si l'eau y rentre, elle ressortira par gravité par ce tuyau. Il est donc impératif que ce plancher de roof se situe au-dessus de la ligne de flottaison.

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Le Choix du Gréement et la Philosophie de la Construction Amateur

Les modifications apportées à un modèle existant peuvent parfois susciter des interrogations, voire des critiques, concernant le respect de l'architecture navale d'origine. Passer d'une voile Bermudienne à une aurique, ou déplacer le mât, ainsi que d'autres "bidouilles," peut être perçu comme une atteinte à l'équilibre initial du bateau. Cependant, pour un voilier jouet dont l'objectif n'est pas la compétition, la dérogation aux plans sans un doctorat est tout à fait envisageable. L'expérience montre que de nombreux voiliers de bassin, même modifiés à partir d'épaves sans modèle de gréement précis, peuvent devenir capables de tenir un cap, sans télécommande ni barre de braine. La philosophie ici est souvent de procéder par approximations successives, en se fiant davantage au "feeling" qu'à l'application rigoureuse de cours de mécanique des fluides. L'important est de s'amuser.

Ce type de projet est une opportunité de créer, de se planter un peu ou beaucoup, de transformer et finalement d'arriver au résultat escompté. Plutôt que de déplorer les écarts par rapport à l'architecture navale académique, il est plus constructif d'apporter des éléments pertinents. Par exemple, expliquer les risques potentiels du passage d'un gréement bermudien à aurique peut être très instructif. Pour l'amateur, la prise en compte de la position du centre de poussée vélique est souvent une approximation qui peut donner de bons résultats. Après tout, le modélisme est un domaine où l'amusement et l'expérimentation sont primordiaux.

Les Fondamentaux de la Construction Navale en Bois : Techniques et Matériaux

La construction navale en bois, qu'elle soit à l'échelle d'un modèle réduit ou d'une embarcation grandeur nature, repose sur des principes et des techniques éprouvées au fil des siècles. Le bois, en tant que matériau, offre des qualités uniques qui continuent de séduire les bâtisseurs.

L'Héritage du Bois dans la Construction Maritime

Le bois est par excellence le matériau prototype des voiliers, son histoire remontant aux pirogues construites directement à partir de troncs d’arbres. Il a longtemps été le choix prédominant pour les navires de toutes tailles, des petites barques aux grands voiliers. Comparé à une construction en polyester, le bois est nettement plus durable et nécessite étonnamment peu d’entretien, en particulier lorsque le bois et la résine sont combinés.

La construction traditionnelle en bois est une méthode qui consiste à assembler un voilier entier en bois, en utilisant des planches de différentes tailles. Cette technique a été largement développée dans les années 1960 et a été employée par les architectes de l’époque pour construire des séries célèbres, telles que le Muscadet, le Corsaire et le Vaulian, des bateaux emblématiques qui ont marqué leur temps.

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Méthodes de Construction Modernes : Contreplaqué, Lattes et Époxy

Au-delà de la méthode traditionnelle à planches, d'autres techniques de construction en bois se sont développées pour répondre à des besoins spécifiques de performance, de coût ou de complexité.

Le contreplaqué est un assemblage de planches de bois collées entre elles. Il offre une bonne résistance et une certaine facilité de mise en œuvre. Cependant, un inconvénient majeur du contreplaqué réside dans l’utilisation de colles qui doivent impérativement résister à l’eau, un défi technique crucial pour la durabilité du bateau. Cette méthode de construction peut s'avérer plus légère que les voiliers en aluminium ou en composite monolithique, mais elle implique généralement la construction d’une coque à bouchain, caractérisée par des angles vifs entre ses surfaces. Cette technique est couramment utilisée pour les bateaux de taille moyenne et confère une solidité appréciable.

Une autre méthode, celle du lattage ou "strip planking", consiste à coller des placages sur un mannequin, ou "moule", avec des grands placages. Pour augmenter la résistance de la structure, les fibres du placage sont croisées entre les différentes couches. De cette manière, la coque est façonnée sans chaînage interne (pas de membrures apparentes dans le sens longitudinal), et la résistance obtenue est égale à celle du contreplaqué. Contrairement au contreplaqué, la latte est suffisamment fine pour épouser la forme ronde du moule et ne se fissure donc pas, permettant ainsi de créer des formes de coque plus complexes et harmonieuses.

L'époxy joue un rôle central dans les constructions en bois modernes. Pour rendre la structure étanche et rigide, les différentes parties du contreplaqué ou les lattes sont collées à l’époxy. Une des caractéristiques fondamentales du pont dans la construction de yachts en bois est qu'il est également collé à la coque à l’aide d’époxy, créant ainsi une monocoque résistante et parfaitement solidaire.

Le Processus de Mise en Œuvre et les Finitions

Le processus de construction en bois, notamment avec les techniques modernes, suit des étapes précises pour garantir la qualité et la durabilité de l'embarcation. Juste avant le démoulage, une première inspection doit être effectuée pour compléter les joints serrés entre les cloisons. Chaque cloison étant structurelle, elle est laminée à la coque, assurant une rigidité maximale.

Lorsqu'on travaille avec de la résine époxy, notamment pour les finitions, la précision est de mise. Alors que la coque est encore à l’envers, la résine époxy est appliquée sur le bouchain et les strates de liaison. Cette première application est suivie d'un premier ponçage. Une deuxième couche d’apprêt époxy, plus fine et destinée à la finition, est ensuite appliquée. Un deuxième ponçage est alors effectué pour obtenir une surface lisse et prête pour la peinture ou le vernis. Une fois ces étapes franchies, la monocoque arrive au poste d’assemblage final, où les différents éléments d'accastillage, le mât et les appendices sont installés.

L'Art du Bâtisseur Amateur : Passion, Méthodologie et Partage

Les constructeurs amateurs sont des figures emblématiques de l'univers maritime, animés par une passion dévorante pour le bois et la navigation. Si leurs chemins et leurs motivations divergent, c’est cette passion et un petit grain de folie qui les rassemblent. Ils se lancent dans des chantiers qui sont à leur mesure, des projets qu'ils pensent, mesurent et conçoivent précisément en fonction de leurs besoins et de l'espace disponible.

Motivations et Approches Diverses des Constructeurs

Chaque constructeur amateur apporte sa propre perspective et ses motivations. Lucas, charpentier et aspirant Compagnon, incarne l'amour du travail du bois et de la main. Son approche est marquée par la quête d’esthétisme et le respect de la tradition. Il s’est lancé dans cette aventure avant tout pour l’objet, pour la beauté des charpentes traditionnelles. Il a choisi de réaliser son propre esquif, un Beg Meil sur plans Vivier, mais avec un bordé à lattes et non à clins, pour le rendu final et le plaisir du geste, même si le chantier est plus long. Il passe des heures à ajuster la latte du bordé, prenant le temps d'affûter soigneusement son rabot pour obtenir un résultat lissé, travaillant comme si la résine n’était pas là pour combler les anfractuosités. Cette passion du travail manuel est née parfois de contraintes, comme la nécessité de limiter au maximum l'emploi de machines bruyantes, ce qui est devenu une contrainte créative, lui faisant redécouvrir la patience, le silence, la lenteur et la précision de l’ajustement à la main.

Julien, quant à lui, est davantage du côté des pragmatiques. Son projet n'est pas rêvé, il est pensé, mesuré. Habitant non loin du golfe du Morbihan, il a opté pour un Morbic 12, une coque à clins en contreplaqué de 5 millimètres et mâtée, simple à manier et rapide à construire. Son objectif est de voir naître un bateau à son image, un canot pour se faire plaisir, capable de faire ce qu’un plus gros ne pourrait pas, comme être mis à l’eau à peu près n’importe où. Ancien technicien dans le nautisme, il a pris le temps de réfléchir, un recul nécessaire pour choisir le bon bateau et le bon architecte, s'assurant d'être en capacité de l'assumer. Pour lui, la clé est de démarrer sans se mettre de pression excessive, considérant son projet comme une grande maquette. Son but ultime est de naviguer : « Ce n’est pas faire pour faire, mais faire pour aller naviguer. »

Olivier, enfin, représente le rêve de mer. Sa bâtisse en meulière, flanquée de volets jaunes, évoque un pont entre la campagne de Seine-et-Marne et la Bretagne, où son "chantier naval" est installé dans la grange attenante. Il s'est lancé dans la construction d'un Bepox 701 de 7 mètres hors tout. Avant de débuter, il a méticuleusement vérifié si le navire sortirait bien par la porte, commençant par une maquette à l'échelle 1/10e en papier, puis un gabarit en tasseaux à l'échelle 1. Sa préparation mentale a pris sept ans de recherches, de réflexions, de questionnements et d’impasses, avant de franchir le pas, comprenant qu’il n’arriverait pas à tout prévoir. L’euphorie du lancement n’empêche pas certaines peurs, notamment celle du travail de l'époxy, qu'il a dépassée grâce à un stage et la réalisation d'une maquette pour tester ses compétences.

De la Conception à la Réalisation : La Gestion du Projet

Le processus de construction pour un amateur est une aventure jalonnée d'apprentissage. Lucas a dû intégrer un nouveau vocabulaire, apprendre les techniques de fabrication, et définir précisément ce qu’il aimerait. C’était à lui de déterminer le cahier des charges : la pratique qu’il voulait avoir, le type de plan d’eau où il souhaitait naviguer, le nombre de personnes qu’il désirait embarquer. Cette équation l'a orienté vers le plan idoine.

Pour Julien, l'anticipation des difficultés est essentielle. Il se souvient que dans sa jeunesse, à la fin des années 70, de nombreux bateaux fleurissaient dans les jardins environnants, mais beaucoup n’ont jamais goûté à l’eau salée, souvent à cause d’une mauvaise anticipation de la difficulté ou du temps nécessaire. Son propre chantier est à l’abri au fond de son garage, un espace ordinaire pour un passe-temps qui ne l’est pas tout à fait. Il a découvert le plaisir et les sensations procurées par le travail des mains, le silence, le calme et la précision. Même s'il estime le temps de construction à moins de quatre semaines au total sans le mât, il compte l’étaler sur deux ans maximum, sûr de le terminer.

Olivier a appris qu'on ne se lance pas dans un chantier de cette envergure sans s’y être conditionné. Il a dû s'assurer que le bateau épouserait parfaitement l'espace disponible. Son projet avance par l’expérience, de questions en réponses concrètes. La question d'acheter un bateau d'occasion s'est posée, mais la frustration de ne pas pouvoir naviguer souvent lui a semblé plus grande que le plaisir de construire.

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