La Fascinante Odyssée de la Construction d'un Canoë : Du Tronçon de Cèdre aux Finesses des Matériaux

L'appel du large, l'envie de glisser sur l'eau dans une embarcation façonnée de ses propres mains, est une quête intemporelle pour nombre d'esprits aventureux. Qu'il s'agisse de perpétuer des techniques ancestrales ou d'embrasser des designs modernes, la construction d'un canoë est une aventure qui allie savoir-faire artisanal, persévérance et une profonde connexion avec le matériau choisi. Si la jeunesse est souvent le théâtre de premières expériences nautiques, comme la pratique du kayak, l'âge adulte peut réveiller un désir d'aller "au-delà", de construire "autre chose", quelque chose de léger, de robuste, de pratique et surtout, de très beau. Cette démarche se distingue des solutions plus communes, telles qu'un canoë gonflable, qui, bien que "très sympa", impose le rituel du séchage en rentrant. L'entreprise de construire un canoë, qu'il soit en lattes de bois ou, dans une perspective plus large, en explorant d'autres matériaux, est une expérience transformatrice, où chaque étape, du choix de la matière première à la première immersion, est imprégnée de sens.

Les Racines de la Navigation : Des Troncs Sculptés aux Lattes Délicates

Depuis des millénaires, les hommes ont compté sur le canoë pour leurs trajets sur l'eau, chaque culture développant des techniques de construction transmises de génération en génération. À la base, les canoës étaient construits sommairement à partir d'un gros rondin, une méthode simple mais efficace. Pour créer une pirogue de cette manière, il faut d'abord rechercher quels sont les genres d'arbres qui poussent dans la forêt du coin. Ensuite, il est nécessaire de sélectionner celui qui sera utilisé, sachant que les pirogues sont souvent faites de cèdre, de pin, de sapin, d'épicéa, de saule, de peuplier ou de séquoia. Il s'agit de se promener dans une forêt proche et de trouver un arbre, en cherchant un spécimen qui soit assez large et assez grand pour faire une pirogue. Si l'arbre est toujours debout, une aide est précieuse pour la première taille. Ensuite, il faut faire deux coupures propres aux extrémités du rondin. Il est impératif qu'aucune branche ne pousse nulle part sur le rondin, qui devra être aussi long que souhaité pour le canoë. Si la longueur précise n'est pas encore décidée, couper un rondin un petit peu plus grand est une sage précaution. Vu la taille énorme du rondin, il peut être préférable de travailler dans la forêt elle-même, dans une clairière par exemple. Si l'on choisit de le déplacer malgré tout vers un autre lieu de travail, il faut s'assurer d'avoir de l'aide et un moyen de transport adéquat.

Le déblayage de l'écorce est la première étape de façonnage. Il est recommandé d'utiliser l'outil qui convient le mieux ; une pelle est sans doute le plus efficace pour retirer les grands morceaux d'écorce rapidement, et ces derniers sont par ailleurs pratiques pour allumer le feu. Avec un crayon, on dessine le long des côtés du rondin ce qui sera la limite de la pirogue, et au sommet du rondin, on dessine les extrémités coniques. Au centre, une marque est apposée pour localiser le centre du bateau, la délimitation de l'embarcation devant ressembler un petit peu à un ovale. Des coupures perpendiculaires sont ensuite réalisées à travers la largeur du rondin. Il faudra de l'aide et de la corde pour déposer délicatement la partie plate sur le sol. À nouveau, des coupures perpendiculaires sont faites dans la largeur de la bûche, et les sections entre les coupures sont séparées. Pour évider l'intérieur, on peut soit utiliser une tronçonneuse pour retirer grossièrement de larges morceaux de bois, soit une herminette ou une hache pour retirer la quantité de bois désirée. Habituellement, les extrémités sont coniques. Il est crucial de regarder les limites tracées et de laisser au moins 2 à 2,5 cm de chaque côté, une précaution qui préservera de trous accidentels dans la pirogue. Même si l'on a l'impression de retirer trop de bois, cette étape est nécessaire, car il faut réduire le poids de la pirogue. Une petite herminette de charpentier peut être employée pour plus de précision. Jusqu'ici, le canoë est encore un petit peu cubique. Même si l'essentiel du bois a déjà été retiré du centre de la pirogue, il faut encore donner un petit coup de canif, de hache ou d'herminette pour les finitions. Le ponçage est l'étape suivante, où du papier de ponçage abrasif est passé sur toute la surface de la pirogue, en travaillant le papier contre les grains du bois. Enfin, du vernis croisé est appliqué en couches successives, avec un ponçage léger entre chaque couche.

Cependant, il est possible de rendre la construction plus sophistiquée en utilisant des lattes de bois, une technique qui a donné naissance à des embarcations d'une grande élégance et légèreté. Cette approche moderne et raffinée représente un chantier souvent plus complexe mais très gratifiant.

L'Élaboration d'un Rêve : De la Matière Première au Gabarit

L'aventure de la construction d'un canoë en lattes, tel que le modèle KAPALO, commence souvent par une lecture assidue de la documentation. Après avoir parcouru un livret envoyé par la Canoterie, la quête des matériaux essentiels prend place. Il s'agit notamment de la recherche d'une poutre en red cedar et de quelques plaques de contreplaqué. Trouver ces matériaux peut s'avérer plus facile que prévu, même si le transport n'est pas toujours des plus aisés. Un "coût certain à coup sûr" peut ajouter une pression, l'envie de ne pas gâcher cette poutre en red cedar étant palpable.

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Un dimanche ensoleillé, le processus de débitage peut commencer. La "bestcombi" est posée à l'entrée du garage, la porte est ouverte en grand, et c'est parti pour le débitage. Cette étape est facilitée par l'aide de "deux de mes fils", car une poutre de 4m90 est longue, et même si le bois est léger, la poutre fait 100 par 200 de section. Cette poutre massive deviendra la matière première de nombreuses lattes, exigeant précision et soin.

L'étape suivante, cruciale pour la forme future du canoë, est la fabrication d'un support et d'un moule. "Rien de compliqué surtout que le manuel est très bien fait", il suffit de "juste suivre les consignes" et de "ne pas se presser". Les plans du canoë KAPALO, par exemple, sont inspirés des bateaux de la vallée de Kootenay dans l'État de Washington aux États-Unis. Ces bateaux sont caractérisés par des extrémités dites inversées, une forme qui leur était imposée par l'emploi d'écorces rigides et peu malléables. Ces canoës avaient un fond arrondi de sorte que bien peu des jointures de l'avant jusqu'à l'arrière se trouvaient sous l'eau. Pour le canoë à lattes, des formes ou des lignes directrices pour les gabarits sont nécessaires, ces formes étant attachées au plan de travail pour servir à soutenir et à placer les lattes de bois étendues. Les formes devraient ressembler à un grand champignon lorsque empilées. Certains kits incluent parfois des formes prédécoupées. Il est important de ne pas attacher les formes aux blocs fixes, mais de vérifier que la partie la plus large des formes soit en contact avec un bloc fixe. Les blocs et les formes sont attachés à environ 12 cm les uns des autres, en s'assurant que tout est bien centré. Des vis à cloison sont utilisées pour attacher les extrémités au plan de travail, en s'assurant qu'elles soient parfaitement centrées. Les lattes de bois seront attachées à la fin pour éviter qu'elles ne se collent accidentellement aux extrémités. Il faut couvrir de scotch le sommet des formes pour que la colle des lattes de bois ne s'y attache pas.

La création des étraves, les pointes avant et arrière du canoë, représente un moment délicat. Il s'agit de prendre 6 baguettes de 5 mm d'épaisseur, de les mettre dans une étuve, puis de les placer sur le moule d'étrave avec "tous les serres joints disponible", les laissant sécher. Après séchage, il faut démouler, puis remouler avec de la colle PU. L'expérience peut révéler des imprévus : "A part faire les lattes, je n'avais jamais fait le reste!" Une première tentative peut se solder par "un échec et une petite rectification", et parfois même "presque mettre le feu à la maison mais complètement les deux étraves". Malgré les difficultés, cette étape est gratifiante : "C'est la meilleure partie de la construction. Le kayak prend forme."

L'Art de Courber le Bois : L'Assemblage et la Forme Élégante

Une fois les moules et les étraves en place, le canoë commence véritablement à prendre forme. Les lattes du canoë sont couvertes de colle, car c'est cela qui devrait leur permettre de donner forme au canoë par la suite. L'assemblage des lattes est un processus méticuleux. "Chaque jour sa latte!" symbolise la patience et la constance requises. On commence par placer les lattes de bois les plus fines directement sur les extrémités et sur les formes, en s'assurant que les premières lattes placées forment la partie la plus haute du canoë (elles seront donc les plus proches du plan de travail). Les lattes sont posées alternativement d'un côté puis de l'autre, en veillant à ce qu'elles soient placées "tout juste les unes à côté des autres de manière très serrée". On continue à agrafer et à engluer les lattes des deux côtés, donnant progressivement à la coque sa courbure distinctive.

Une fois que toutes les lattes sont attachées et que la colle a séché, on retire délicatement les agrafes des formes et des extrémités. Il y aura sans doute un petit peu de bois qui dépasse aux extrémités, et une plane est utilisée pour éliminer ce qui dépasse. C'est un moment où l'on "adore passer des heures avec ma ponceuse excentrique et l'aspirateur! C'est le kiffe total! Si c'était un métier je le ferai de suite!" La mise en place des étraves externes est également un processus agréable, avec "beaucoup de plaisir à poser et mettre en forme les étraves externes", en veillant à l'absence de "visses en métal qui dépassent!"

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Le Défi de la Résine et de la Fibre de Verre : Imperfections et Persévérance

C'est souvent à l'étape de la stratification que les "emm…des" peuvent commencer. Après l'achat de la résine chez un fournisseur spécialisé comme Sicomin et de la toile de verre sur un autre site, des complications peuvent survenir, comme l'obtention d'une "catastrophe", où "toute la toile de verre ne disparaît pas dans la résine". Une telle situation peut générer une "envie de prendre une tronçonneuse", mais la persévérance est la clé. Un appel au technicien du fournisseur (souvent "très sympathique au passage") peut fournir les conseils nécessaires pour rectifier le tir. Il faut parfois "arracher tout alors que c'était sec", et se remettre au ponçage. Cette opération peut même entraîner la "décès" de la ponceuse, nécessitant de "s'équiper d'une nouvelle ponceuse avec tous les plateaux mousse et disques de ponçage". La "note est salée mais je ne regrette pas!" car un bon équipement est essentiel pour la qualité du travail.

Le ponçage est une tâche omniprésente dans la construction d'un canoë en lattes. "Rien de compliqué, il suffit de savoir poncer….encore et toujours…" Cela garantit une surface lisse et prête à recevoir les couches de protection. Beaucoup de canoës à lattes utilisent une combinaison de fibre de verre, de l'époxyde et du vernis pour imperméabiliser et renforcer les lattes de bois. Il est crucial de suivre les instructions spécifiques indiquées et d'être prudent.

Les Dernières Touches : Démoulage, Plats-Bords et Accastillage

Vient enfin un "grand jour" : le démoulage du canoë et sa stratification avant de ne plus pouvoir utiliser la résine. Quelques sueurs sont inévitables pour enlever les deux moules d'étraves qui "restaient collé à la coque". Pour information, un tel projet, débuté en février, peut facilement se terminer "l'année prochaine compte tenu que je ne vais plus pouvoir travailler la résine à cause des températures froides qui sont bien là". Les basses températures sont en effet un facteur limitant pour l'application et la polymérisation de la résine.

Normalement, la suite ne devait pas être très difficile. Les plats-bords sont la première étape des finitions : un petit gabarit est utilisé pour faire les "encoches", puis un côté est dégraissé au rabot à main. C'est une opération qui procure un plaisir particulier : "C'est dingue le plaisir qu'on peut prendre à raboter à la main… pas de bruit, un rendu superbe, pas de poussières… mais c'est un autre débat…" L'autre côté est travaillé après avoir plaqué ce dernier "à grand renforts de serre joints". Viennent ensuite les pontets, qui ne présentent pas de grande difficulté. On peut "laisser parler l'artiste que je suis peu et l'ajusteur que je ne suis pas du tout". Et, au risque de se répéter, les rabots à main sont des outils précieux, complétés par la ponceuse à bande au grain 40 pour des travaux plus larges. Les listons sont mis en place, et ici encore, "merci les serres joints!" pour leur rôle essentiel dans la tenue des pièces. Et voilà une "belle structure terminée". Il restera à "jouer de la ponceuse à bande et excentrique pendant plusieurs heures" pour une finition impeccable.

Le canoë KAPALO est conçu pour les pagayeurs solo. Moderne avec ses bouchains vifs, il est très manœuvrant. L'espace intérieur est important et permet de stocker du matériel pour le bivouac. Le pont et la coque sont construits séparément. Il n'y a pas de massif pour faire la liaison coque-pont, celui-ci est remplacé par un joint-congé époxy et tissu de verre. Les assemblages des bordés sont réalisés avec un joint-congé renforcé à l'intérieur et de la fibre de verre à l'extérieur. Pour le montage des extrémités, un remplissage est réalisé par l'extérieur pour assurer une parfaite solidité et durabilité. Quant aux équipements de pont, des inserts sont collés à l'intérieur pour fixer solidement les éléments. Des capots étanches peuvent être créés avec une jupe souple fixée sur un support en bois, et les cale-pieds sont fixés avec des inserts. Le canoë KAPALO a une longueur de 4.2 m, une largeur de 75 cm, et un poids tout équipé de 21 kg, avec une capacité de chargement maximale de 120 kg. C'est un bateau en époxy (meilleur que le polyester), et qui se répare aussi très bien, évitant le noircissement.

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Les sièges peuvent également être l'objet d'une personnalisation minutieuse. Des "idées à la con" peuvent parfois conduire à des réalisations magnifiques, comme celle de "canner mes sièges à l'ancienne!" On commande alors de la canne de rotin en 2,5 mm et 5 mm, on fait "plein de trous tout autour des sièges", et après lecture d'un bouquin et de vidéos YouTube, on se lance. Le résultat est souvent satisfaisant, bien que le processus soit "très long…chronophage à souhait".

L'Heure du Lancement et les Sensations de Navigation

Le "moment rêvé du lancement est arrivé!" C'est une étape pleine d'excitation, où les enfants sont "plus excités que moi", et les amis sont prévenus et présents. L'expérience de navigation est la récompense de toutes ces heures de travail. N'ayant pas encore fabriquées les pagaies, un ami peut prêter "deux pagaies de paddle", qui, bien que "pas complètement adaptées", "font le taf" du moment qu'on maîtrise un peu le pagayage. Après, "ce n'est que du bonheur! C'est rapide fluide facile à tourner… hyper agréable et confortable!" Le résultat est un bateau léger, robuste, pratique et surtout très beau.

Sur l'eau, les qualités nautiques du canoë sont mises à l'épreuve. La maniabilité d'un canoë est une caractéristique essentielle, et le concept de "couple gyroscopique" joue un rôle significatif. Ce phénomène, observable par exemple avec une meuleuse de 2200 W et un disque de 230 mm, montre qu'une fois stabilisée en rotation, la faire changer de position dans l'espace demande un effort bien plus important. Ce couple doit être combattu, dans sa version "inertielle", sur un voilier régatier (pour que le bateau vire le plus vite possible autour d'une bouée), et… sur les canoës, où l'embarcation doit répondre le plus rapidement possible pour que le pagayeur puisse éviter un caillou. Le couple est directement proportionnel aux éléments de masse et de distance au centre. C'est pourquoi l'idée de coffre étanche à une extrémité peut être une fausse bonne idée : elle accroît la masse du canoë sans augmenter sa solidité, et cette masse supplémentaire se trouve loin du centre du bateau. La position normale d'un pagayeur sur un canoë monoplace est sensiblement au centre. Un coffre fermant à clé sur un canoë ne sert à rien : si le propriétaire peut mettre le canoë sur le toit de sa voiture, tout le monde peut faire pareil, et c'est le canoë complet qui risque de "prendre des jambes".

Choix et Accompagnement : Construire son Canoë KAPALO

La construction d'un canoë comme le KAPALO est accessible à tous, que l'on découvre le travail du bois ou des matériaux composites, ou les deux. La Canoterie propose diverses formules pour accompagner les constructeurs. À chacun sa formule, du plan de construction au bateau prêt à naviguer.Pour ceux qui souhaitent construire à partir d'un plan, trois types de plans sont disponibles, accompagnés d'un dossier de construction et d'un suivi. On peut opter pour un plan papier à transférer (79€60) avec des pièces superposées, à reporter et à découper. Il existe aussi une option à 129€50 avec des pièces non superposées, où il suffit de coller le plan et de découper. Pour les plus technophiles, un fichier de découpe numérique (149€50) au format DXF est téléchargeable après achat. Toutes ces formules incluent un suivi de construction.

Si l'on préfère construire à partir d'un kit, là encore, trois types de kits sont disponibles, incluant un dossier de construction et un suivi. Un kit matériaux sans découpe inclut le bois, la résine, les équipements et le plan. Un kit complet avec découpe fournit le bois déjà découpé ainsi que tous les matériaux. Enfin, un kit bois offre le bois découpé et le plan. Il est possible de commander un kit de construction sans la résine époxy, ou séparément les produits en boutique, car "toutes les formules sont possibles". Toutefois, dans le cas d'un kit matériaux sans découpe, il faudra acheter un plan papier pour tracer les plaques.

Pour une immersion totale, des stages de construction sont proposés, incluant un kit complet et un encadrement professionnel, avec pension possible. Pour ceux qui préfèrent acquérir un bateau sans passer par la construction, une construction intégrale et personnalisable est possible, avec un choix d'équipements, ou un bateau prêt à naviguer avec tout l'équipement. Le vernissage est la touche finale. Il faut compter en moyenne 150 heures pour la construction.

Ces approches s'inscrivent dans une démarche de propriété intellectuelle respectée, avec des plans et kits destinés à un propre usage. Elles visent à améliorer l'esthétique, les qualités nautiques et la facilité de construction, s'inspirant de modèles "historiques" tels que le Chestnut Prospector 16 et 14 pieds ou le Seyler Hirondelle. Des plans sont disponibles en France, en Europe, dans les Dom-Tom, et au Canada.

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