Guide Complet de la Construction Amateur de Kayak en Contreplaqué : Techniques et Étapes

La construction d'un kayak amateur représente une aventure passionnante, alliant le plaisir du travail manuel à la satisfaction de naviguer sur sa propre embarcation. Cette démarche séduit de plus en plus d'individus désireux de s'approprier un objet unique, façonné selon leurs propres critères. L'idée de construire un kayak en bois est un appel à l'aventure, une concrétisation d'un rêve d'autonomie et de connexion avec la nature. Que ce soit pour une simple balade ou une expédition de plusieurs jours, fabriquer son bateau confère une fierté incomparable. On en est fier, on trouve toujours qu'il est mieux que les autres, comme le souligne un constructeur passionné. Ce processus n'est pas seulement technique, il est avant tout une affaire de plaisir et de passion, une manière de créer un lien profond avec son futur compagnon de navigation.

Pourquoi Construire Son Propre Kayak ?

L'attrait principal de l'auto-construction réside dans la personnalisation et la fierté qui en découle. Choisir de se lancer dans la fabrication de son kayak, c'est opter pour une embarcation sur mesure, adaptée à ses besoins et à son style de navigation. Un constructeur amateur, après une sortie avec Les Rats toqués site OICO, a pu définir ses propres critères pour son futur kayak : pas plus de quatre mètres, léger, avec une autonomie pour un week-end de deux nuits, une étrave rivière-mer et une très bonne stabilité. Cette démarche permet de concrétiser des exigences spécifiques que l'on ne trouverait pas toujours dans le commerce.

La dimension émotionnelle est également prépondérante. Fabriquer son bateau, c'est s'engager dans un projet où chaque étape est une victoire. La satisfaction de voir son embarcation prendre forme, pièce après pièce, est une récompense en soi. Bien que Pierre Gingueneau, architecte naval et fondateur de Oh My Boat, admette que fabriquer son bateau n'est pas forcément le moins cher, il insiste sur le fait que ce n'est pas comparable aux achats de série. Le coût d'un plan peut être de 60 € et celui d'un kit de 900 €, mais l'investissement va au-delà du financier ; il s'agit d'une expérience unique, enrichissante et profondément gratifiante. Cette approche permet également de développer une meilleure compréhension de la structure et du comportement de son kayak, ce qui peut s'avérer utile pour les réparations ou les ajustements futurs.

Les Techniques de Construction en Bois : Cousu-Collé et Strip Planking

Deux techniques principales dominent la construction amateur de kayaks en bois : le cousu-collé (stitch & glue) et le strip planking (à lattes). Chacune a ses spécificités, ses avantages et ses défis, influençant le temps de construction, les outils nécessaires, le budget et l'esthétique finale de l'embarcation. Pierre Gingueneau a adapté les formes actuelles des bateaux à l'autoconstruction, avec des techniques et des formes simplifiées, rendant ces méthodes accessibles à un public plus large.

Le Cousu-Collé : Simplicité et Robustesse

Le cousu-collé, ou stitch & glue, est une technique dérivée des bateaux cousus de l'antiquité. Elle est particulièrement populaire pour sa relative simplicité et sa rapidité de mise en œuvre. Cette méthode consiste à réunir par sutures des plaques de contreplaqué, découpées selon des formes précises. Les morceaux du bateau sont en contreplaqué, explique Pierre Gingueneau. Ils sont cousus grâce à des colliers d'électriciens ou avec des fils de cuivre. Les panneaux de contreplaqué sont d'abord découpés selon des plans détaillés, puis cousus ensemble à l'aide de fil de cuivre pour former la structure de base. Une fois les coutures en place, on finalise l'assemblage en déposant un joint-congé de colle à la jonction des plaques, avant de retirer les sutures. La colle époxy étanchéifie le tout. Les joints sont réalisés avec de la résine époxy, rendant l'ensemble étanche et résistant.

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Les avantages du cousu-collé sont nombreux. La méthode de montage demande peu d'outils, ce qui réduit la barrière à l'entrée pour les débutants. Les kayaks en contreplaqué cousu-collé sont très performants à condition de construire léger, avec une coque en 6mm, un pont en 3mm et des cloisons en 3mm. Cette technique demande moins de temps et moins de matériel que le strip planking. Le résultat est un bateau léger, robuste, pratique et surtout très beau.

Le Strip Planking : Élégance et Précision

Le strip planking, ou construction à lattes, est une méthode plus traditionnelle, ancêtre de l'actuel bordé Norvégien, qui donne des coques aux lignes fluides et une esthétique bois incomparable. Elle implique l'utilisation de petites lattes de bois (strips) qui sont collées bord à bord sur un mannequin (un ensemble de gabarits). Les avancées sur les colles avant et après la 2ème boucherie du siècle dernier ont permis la construction à petites lattes jointives dite à l'époque "bordé Norvégien". Ce sont des lattes à la section proche du carré, bouvetées ou non, collées entre elles et clouées sur chant. Les coques étaient construites sur moule et des membrures ployées espacées (deux fois plus que la normale) ajoutées par la suite.

Cette technique est une école de patience et de précision, comme le souligne un constructeur ayant réalisé des maquettes de voiliers. Elle permet d'obtenir des formes complexes et une finition exceptionnelle. Pour les bois décoratifs comme l'érable sycomore, on peut privilégier les cernes à plat dans le sens de la largeur, le bois prend un aspect moiré très beau, mais cela génère des déchets. Heureusement, il suffit de quelques lattes sur le pont pour faire un effet décor. Les lattes sont souvent en redcedar de 6mm d'épaisseur par 20mm de large avec bouvetage 1/2 rond fait à la défonceuse de table et fraise achetée sur un site américain spécialisé dans les wooden boats. Certains utilisent du pin Douglas, fréquent en France, trouvé chez des revendeurs classiques.

Le strip planking, tout en étant plus exigeant en temps et en outils (comme un jeu de fraises pour les lattes), offre une récompense visuelle unique. L'idée est de ne surtout pas peindre qui masquerait toute la beauté du bois et des lattes, mais plutôt de lustrer l'ensemble à la peau de mouton pour une finition naturelle et brillante.

La Technique du Cousu-Collé en Détail : L'Exemple du Kayak LÉO

La construction d'un kayak Léo avec la technique du cousu-collé suit un processus bien défini, depuis la préparation des panneaux jusqu'aux finitions. Ce kayak polyvalent, de 4 m de long par 65 cm de largeur, se caractérise par un cockpit de grande taille et une très bonne stabilité qui assure une belle sensation de sécurité à bord.

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Planification et Préparation du Kit

L'aventure commence souvent par une idée, puis la collaboration avec un architecte naval. Un constructeur a fait appel à Pierre, jeune archi naval qui a plein de bonnes idées, pour réaliser le plan et préparer les kits du kayak Léo. Pour diminuer les coûts d'achats, il est possible de fabriquer une petite série de kayaks. Oh My Boat, fondée par Pierre Gingueneau, s'est orientée vers l'auto-construction de kayaks en proposant une offre complète, incluant des plans de bateaux et des kits pour construire soi-même son kayak, son canoë ou sa pirogue, tout en bois. Les kits sont rapidement prêts, et il ne reste plus qu'à se lancer.

Découpe et Assemblage Initiale (Cousu)

Les panneaux de contreplaqué sont d'abord découpés selon des plans détaillés. Une fois les pièces prêtes, le montage en cousu-collé des CP sur les conformateurs peut commencer. Les panneaux sont cousus ensemble à l'aide de fil de cuivre pour former la structure de base. Des colliers d'électriciens peuvent également être utilisés pour cette étape. Cette phase permet de donner au bateau sa forme générale.

La Phase de Collage et d'Étanchéification

Une fois les coutures en place, les joints sont réalisés avec de la résine époxy, rendant l'ensemble étanche et résistant. C'est le début des congés en résine. Le joint-congé, ou "fillet", est une bande de résine époxy épaissie appliquée dans l'angle formé par deux panneaux pour assurer une liaison solide et étanche. Une fois les congés faits, le résultat est visible. Le processus de collage comprend également l'intégration d'inserts pour les poignées et le filet.

Renforcement et Stratification

Une étape délicate mais cruciale est la mise en place du tissu de verre. Avant que la résine soit totalement prise, on procède à la découpe du tissu. Ce tissu, généralement de la fibre de verre, est appliqué sur la coque et le pont avec de la résine époxy pour créer une couche de renforcement durable et résistante à l'abrasion. Le pont est collé à la coque après la pose de la fibre de verre, assurant une jonction solide entre les deux parties. Une fois les congés et les inserts mis en place, et le tissu de verre appliqué, le travail de base est bien avancé.

Assemblage Final de la Coque et du Pont

La coque et le pont sont fabriqués séparément avant d'être assemblés à l'aide de tasseaux de liaison, ce qui assure une jonction solide entre les deux parties. Avant la fermeture des deux parties, il est essentiel de penser aux détails, comme les renforts de cales-pieds. On applique le même principe : congé, tissu, et un petit coup de râpe pour ajuster.

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Finitions et Équipements

Les finitions sont essentielles pour la durabilité et le confort du kayak. La mise en place des cales-pieds réglables est très pratique selon le type de chaussures. Une bande de Kevlar est collée sur les deux étraves pour protéger des arrivées sur les cailloux, offrant une protection essentielle contre l'usure et les impacts. Ensuite, vient la mise en place des bandes caches avant peinture. Une peinture bi-composant est souvent utilisée pour sa résistance. Enfin, la mise en place des poignées et du filet complète l'équipement. Et voilà ! Le kayak est fini, il ne reste plus qu'à le mettre à l'eau !

La Technique du Strip Planking en Détail : De la Latte au Kayak

La construction d'un kayak en strip planking, bien que plus exigeante, offre une liberté de forme et une esthétique incomparable.

Choix des Plans et Préparation du Mannequin

Un modèle comme le Vember, en forme, en petites lattes (strip planking), peut être choisi, avec des plans gratuits disponibles sur des sites spécialisés. Les plans Guillemot sont très bons. Les plans de chez Guillemot Kayak sont livrés en grandeur 1, chaque couple de mannequin individuel, ce qui est un gain de temps formidable. La première étape consiste à monter le mannequin sur une poutre rectiligne de sapin placée sur des tréteaux. Les gabarits sont placés dans des encoches réalisées sur la poutre tous les 30cm, puis les gabarits proue-poupe sont fixés. Certains plans, comme ceux de Guillemot, fournissent les gabarits avec les plans, facilitant leur réalisation.

Préparation des Lattes

Les lattes sont généralement en redcedar, un bois léger et résistant à la pourriture, mais le pin Douglas, fréquent en France, peut aussi être utilisé. Pour les lattes en redcedar, une épaisseur de 6mm par 20mm de large est courante, avec un bouvetage 1/2 rond fait à la défonceuse de table et une fraise spécifique. Ce profilage assure un ajustement parfait entre les lattes. Le fraisage des champs des lattes en formes concave et convexe est une étape cruciale pour un assemblage sans faille. Il faut également considérer l'orientation du grain du bois. En gros, il y a le risque de fente lors du sciage, la facilité de grattage/rabotage, mais surtout le risque de surcreusement des zones de bois tendre, lors du ponçage avec un papier un peu fatigué. Visiblement, même si c'est un tout petit peu de traviole, il n'y a pas de problème. Pour des bois décoratifs comme l'érable sycomore, on peut préférer les cernes à plat dans le sens de la largeur, le bois prend un aspect moiré très beau, mais il y a 1/3 de déchets.

Assemblage des Lattes sur le Mannequin

Les lattes sont ensuite collées une à une sur le mannequin. Des colles comme la PPU en cartouches peuvent être utilisées, utilisables par temps froid, 5 degrés, sans problèmes dix ans après. Certains utilisent une colle "extérieur" blanche, d'origine britannique, pour coller toutes les lattes. Une fois le lattage terminé, l'embarcation commence à prendre sa forme finale.

Stratification et Finition

Une couche d'imprégnation par précaution est souvent appliquée. Pour la construction, il est préférable de privilégier la légèreté, un tissu sergé de 170 ou 140 g/m2 est suffisant pour la stratification avec de la résine époxy. La résine doit bien résister aux coquilles d'huîtres, et les rayures sont très superficielles. Une fois la stratification terminée, la finition est généralement réalisée avec plusieurs couches de vernis 2 composants, car peindre un kayak en bois serait une super mauvaise idée, masquant la beauté du bois et des lattes. L'entretien consiste principalement en un simple rinçage avant rangement, un stockage à l'abri des UV et des retouches au vernis monocomposant sur les rayures éventuelles.

Matériaux Essentiels et Outillage Spécifique

La réussite de la construction d'un kayak dépend grandement du choix des matériaux et de l'utilisation des bons outils.

Bois : Contreplaqué Marine et Lattes

Pour le cousu-collé, le contreplaqué marine est indispensable. Sa résistance à l'humidité et sa durabilité en font le matériau de choix. Le cp marine est cher en 3 ou 6mm. Pour le strip planking, le redcedar est la référence pour sa légèreté et sa facilité de travail. Le pin Douglas est une alternative économique et accessible en France. La densité du bois peut être du simple au double, ce qui est crucial pour le poids final de l'embarcation. Si c'est de l'encapsulage, on peut mettre ce que l'on veut dedans… ou presque.

Résines et Colles

La résine époxy est le liant universel pour ces techniques. Une nouvelle époxy non toxique, résistante aux UV, et avec d'autres propriétés améliorées, est disponible sur le marché. Un conditionnement de résine peut suffire pour deux kayaks avec quatre ou cinq couches par kayak. Pour doser finement l'époxy au gramme près, des seringues de 60 ml sont super-pratiques et peuvent être trouvées à un bon coût en pharmacie. Outre l'époxy, des colles spécifiques comme la PPU en cartouches pour les lattes ou des colles "extérieur" peuvent être utilisées.

Tissus de Renfort

La fibre de verre, souvent en tissu sergé de 170 ou 140 g/m2, est utilisée pour la stratification. Une bande de Kevlar est collée sur les deux étraves pour protéger des arrivées sur les cailloux, ajoutant une résistance accrue aux zones d'impact.

Outillage Spécifique

La méthode de montage demande peu d'outils. Cependant, certains sont très utiles. Une râpe Shinto wood rasp, d'environ 29.95 dollars, est recommandée pour les ajustements du bois. Pour le strip planking, une défonceuse de table avec une fraise spécifique est nécessaire pour le bouvetage des lattes. Un châssis et un plan de travail stables sont également essentiels.

Stages de Construction et Accompagnement

L'auto-construction de kayaks peut sembler intimidante au premier abord, mais de nombreuses ressources et opportunités d'accompagnement existent pour faciliter la démarche.

Les Ateliers et Stages

Le site Oh my boat propose des conseils et des stages de construction des bateaux. Des stages de construction de bateaux sont organisés, comme celui à Vannes en 2013, lors de la semaine du Golf. L'objectif est de développer ces stages. Ces ateliers permettent aux constructeurs amateurs d'arriver les mains dans les poches et de repartir avec leur bateau, bénéficiant de l'expertise de professionnels. Ils découvrent là le travail du bois ou des matériaux composites, ou les deux.

Accès aux Plans et Kits

Oh My Boat vend des plans de bateaux qu'il a dessinés et des kits pour construire soi-même son kayak, son canoë ou sa pirogue, tout en bois. Les plans de chez Guillemot Kayak sont très bons. Les plans sont souvent livrés à l'échelle 1, avec chaque couple de mannequin individuel, ce qui représente un gain de temps formidable. Certains sites proposent des plans gratuits, comme cnckayaks.com avec le modèle Vember.

La Communauté des Constructeurs

Pierre Gingueneau aimerait créer une dynamique avec les constructeurs amateurs, qui pourraient donner des nouvelles et des photos de l'avancée de leur bateau sur le site Internet. L'idée est de populariser cette activité. Participer à des forums et partager l'avancement de son projet est une source d'émulation et d'entraide précieuse.

Aspects à Considérer pour une Construction Réussie

Pour que l'aventure de la construction aboutisse à un kayak performant et durable, plusieurs aspects pratiques doivent être pris en compte dès la conception.

Poids et Performances

Le poids du kayak est un facteur critique pour ses qualités nautiques. Il faut tout mesurer, y compris la densité du bois qui peut être du simple au double, pour arriver à un kayak léger, par exemple de 20 kg pour un Chesapeake 16LT de 474cm de long et 58cm de large. Les constructeurs expérimentés conseillent de s'initier à ce sport dans une école de kayak de mer pour essayer différents kayaks en plastique, et comparer leur confort, et surtout apprendre les règles de sécurité qui permettent de s'aventurer en mer. Pour une utilisation occasionnelle, un kayak de 4,80m doit être confortable pour une stature moins encombrante. Un tissu sergé de 170 ou 140 g/m2 est suffisant pour privilégier la légèreté.

Durabilité et Entretien

Le bateau est en époxy, meilleur que le polyester, et se répare aussi très bien. Pour l'entretien, rien n'est nécessaire sauf un rinçage avant rangement, un stockage à l'abri des UV et des retouches au vernis monocomposant sur les rayures éventuelles. La bande de Kevlar sur les étraves protège des arrivées sur les cailloux, prolongeant la durée de vie du bateau.

Conception et Aménagements Intérieurs

La prévision des aménagements est cruciale. Si des randonnées de plusieurs jours sont envisagées, la présence de deux trappes est nécessaire. Les renforts de cales-pieds et la mise en place de cales-pieds réglables sont des détails qui améliorent grandement le confort. Un kayak type Guillemot, caractérisé par une largeur suffisante pour une bonne stabilité sans être trop lourd à traîner, est très maniable et n'a pas besoin de gouvernail. Une dérive centrale pourrait être utile par vent latéral, mais le surpoids et la complication de fabrication ne se justifient pas pour une utilisation d'un amateur occasionnel.

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