Confidences à mon voile : Entre foi, identité et quête de liberté

Il y a maintenant un an que j’ai décidé de porter le voile. Hawa est musulmane pratiquante. J’ai quatre sœurs et chacune est libre de vivre ses choix. Par exemple, nous sommes deux à avoir choisi de porter le foulard à des moments différents de notre vie, tandis que les trois autres ne le portent pas. Ainsi, j’ai découvert que la modestie était très importante dans ma religion. Elle concerne le comportement, mais aussi la pudeur. On réduit souvent le voile à sa fonction première, qui est de couvrir, alors que le sens en est bien plus profond. C’est se soumettre à la Volonté Divine. Aucune personne ne devrait forcer une femme à porter le voile, cela doit être un choix personnel ! Bien sûr c’est une étape ; le chemin est long pour raffermir et renforcer sa foi. Ce choix m’a appris à lutter contre mes propres craintes. Et croyez-moi, il faut parfois du temps et de la patience lorsque vous décidez d’aller à contre-courant des critères et des diktats de beauté que la société et son culte du paraître tentent de nous imposer.

La pression sociale et les multiples visages de la liberté

On tente de nous faire croire qu’il n’y a qu’un seul modèle de liberté. Pendant mon adolescence et en entrant dans l’âge adulte, entre ce que j’observais dans la société et ce que je lisais dans la presse féminine, voilà ce que j’en tirais : la femme libérée du XXIème siècle est celle qui arrive à jongler sur tous les tableaux. Cette pression sociale est infernale à la longue, et peut provoquer des dégâts considérables. Mais où est la liberté lorsqu’une femme se sent obligée de porter des talons, de perdre du poids, ou encore de s’épiler afin de ressembler à un idéal de beauté ? Il n’y a pas qu’une forme de liberté. On a tous des définitions différentes de ce concept. Se donner le droit de vivre ses choix, c’est déjà une forme de liberté ; accepter ou non l’autre, c’est une liberté, tout comme défendre ses convictions.

L’Occident croit depuis toujours que la femme musulmane est soumise et malheureuse. Mais je ne me reconnais pas dans ce portrait, et je sais que des millions de femmes sont dans ce cas ! Je ne porte pas mon voile pour les hommes, je le porte pour Dieu. En Islam, la notion de modestie englobe d’autres comportements à adopter au quotidien que la pudeur vestimentaire. On ne peut pas parler du voile sans évoquer cela. Tout comme on ne peut pas réduire une femme à son voile. On ne réduit pas une personne à ses piercings, à ses vêtements ou à une coupe de cheveux ! Pourquoi toujours opposer Islam et modernité, féminisme et femme voilée, liberté et femmes musulmanes comme si ces termes étaient forcément antinomiques ? Être croyant ne signifie pas être prisonnier et rétrograde. On peut partager les mêmes idées tout en étant différents.

Témoignages et récits de vie : au-delà des clichés

Si je décide de prendre la plume, c’est pour témoigner de ma vie, de ma réalité, de ma lutte quotidienne puisque pendant trop d’années, on m’a confisqué la parole pour décrire ce que je vivais. Nargesse Bibimoune reprend sa plume pour raconter son quotidien, celui d'une femme qui a décidé de porter le voile en France. Dans un contexte sociétal actuellement sous tension, « Confidences à mon voile » nous présente le parcours d'une Française qui tente de résister contre les polémiques liées à l'Islam et les préjugés contre les Hijab, burkini ou jilbab. Les récits s'enchaînent au fil des années : souvent douloureux, parfois drôles, mais toujours instructifs dans les vérités qu'ils révèlent. Professeurs, clients de restaurants, chefs d'entreprise… Les exemples de personnes relayant le racisme sont multiples.

Raconte-moi ton voile est un podcast qui met en lumière la diversité et la richesse des parcours de femmes voilées. Ici, chaque récit est unique : un cheminement parfois long, parfois évident, mais toujours marqué par le courage, la foi et l’authenticité. Loin des clichés, ces voix racontent la beauté et la profondeur d’un choix intime, souvent incompris. Shaima raconte cette période où elle ne savait plus vraiment qui elle était. Entre ce que qu’elle aimait, ce que sa famille attendait d’elle, et ce que son cœur cherchait profondément. Elle parle de cette crise identitaire silencieuse, de ce tiraillement entre être française, algérienne et musulmane - comme si elle devait choisir. Et puis la omra est venue apaiser ce conflit intérieur. Là-bas, elle a compris qu’elle n’était pas divisée. Qu’elle pouvait être tout à la fois. Entière. Son voile a alors retrouvé son sens : non plus comme une question, mais comme une paix. Un retour à soi. Un alignement. Un témoignage doux sur la réconciliation intérieure… et sur la liberté de ne plus avoir à choisir qui l’on est.

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Safaa raconte comment elle a réappris à voir Allah comme Il mérite d’être vu : non pas à travers nos peurs, nos manques ou nos blessures… mais à travers Sa générosité et Sa sagesse. Elle parle de ces portes qui se ferment, parfois brutalement, et qui nous laissent croire qu’Allah nous abandonne… alors qu’en réalité, Il nous protège, Il nous détourne, Il nous prépare. À travers son cheminement, ses doutes, ses élans du cœur et son voile - cette protection qui apaise, qui recentre, qui élève - Safaa a appris à faire confiance, vraiment. À voir que chaque détour était une direction. Que chaque attente était un cadeau. Que chaque difficulté était, au fond, un signe d’amour. Et si tout changeait le jour où l’on choisit d’avoir une bonne vision d’Allah ?

L'expérience du voile au féminin et le rapport au monde

Dans ce hors-série, on explore les doutes qui se glissent autour du hijab : ces moments où l’on se sent moins légitime, moins belle, moins reconnue. On parle du beauty privilege, des portes qui se ferment, du regard des autres, du travail, de la famille… et de tout ce que ces perceptions viennent ébranler en nous. Mais surtout, on apprend à changer de prisme : à regarder la femme non plus par le prisme du paraître, mais par celui de l’être. À remettre du sens, de la profondeur, de l’intention. À se détacher du bruit des réseaux, des comparaisons, et à revenir à ce qui compte : la sincérité, la foi, la valeur intérieure. Le voile n’est pas un poids, mais un chemin. Un voyage qui commence à l’intérieur.

Une autre femme raconte comment elle a survécu à ce qu’on appelait « l’amour » : un amour déformé, violent, qui brise, isole et étouffe. Elle a connu la peur, l’hôpital, la solitude… jusqu’au jour où une dou‘a l’a ramenée vers la sortie. Parce qu’il existe « l’amour », parfois destructeur, et il existe L’AMOUR, celui d’Allah : illimité, pur, guérisseur. À travers son cheminement, son voile, ses rencontres et ses pertes, elle a appris à se reconstruire et à reconnaître la seule forme d’amour qui ne trahit jamais. Dans mon parcours personnel, je parle d’introspection, de doutes, de transformation, de ma connexion avec Allah, et de la manière dont chaque étape m’a façonnée. Je partage également les projets qui me tiennent à cœur aujourd’hui, ceux qui donnent du sens à mon engagement et à ma voix. Cet épisode, c’est un morceau de vérité, alors j’espère qu’il résonnera en vous, qu’il vous apportera douceur, réflexion et peut-être même un peu de courage dans votre propre cheminement.

Le voile entre histoire, religion et représentations

Le « hidjab » est devenu le symbole de l’archaïsme présumé des sociétés musulmanes. Le voile est une prison. Accusé de priver la femme de sa liberté et d’entraver son émancipation, il est devenu le symbole d’un islam rétrograde, intolérant et incompatible avec la démocratie. Ce point de vue, qui trouve des soutiens non seulement parmi les féministes mais aussi aux deux bords de l’échiquier politique, a le mérite de la simplicité. L’inconvénient, c’est qu’il traduit de façon extrêmement réductrice un phénomène complexe qui n’a rien d’archaïque et qui renvoie avant tout à notre rapport au corps, à la pudeur et à l’altérité. On voit aujourd’hui beaucoup de femmes voilées sur des couvertures de livres, en photographie ou dans l’art contemporain, constate Silvia Naef. Et le plus souvent, ces représentations les placent au centre du prétendu « choc des civilisations » que nous vivons actuellement.

Premier constat : l’usage du voile n’est ni récent ni propre au monde musulman. Le port du voile s’inscrit dans la longue histoire des restrictions et des contraintes auxquelles le corps féminin a été soumis depuis l’Antiquité dans l’ensemble du monde méditerranéen, précise Yasmina Foher-Janssens. Il repose sur la règle, édictée par les hommes, selon laquelle une femme convenable ne doit pas se montrer dans l’espace public tête nue parce que c’est une marque d’impudeur. De ce point de vue, il obéit à une logique vestimentaire qui, jusqu’à une époque très récente, était encore la nôtre.

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Second enseignement : le christianisme est la seule des trois grandes religions monothéistes à avoir sacralisé son usage. En Mésopotamie, les femmes nobles se couvraient le visage avant l’avènement de l’islam parce que c’était un signe de distinction sociale permettant aux bonnes épouses de se démarquer des esclaves, alors souvent vendues comme concubines ou comme prostituées, explique Silvia Naef. Le Coran, de son côté, prescrit certes des règles de pudeur plus strictes pour les femmes que pour les hommes, mais il n’indique pas de tenue précise. A l’inverse, dans le monde chrétien, l’Epître aux Corinthiens de saint Paul enjoint aux femmes qui prophétisent tête nue de se couvrir la tête lorsqu’elles interviennent dans l’espace sacré. Ce que nous appelons aujourd’hui « hidjab », ou voile islamique, est une sorte de tenue globalisée qui s’est imposée à partir des années 1980 à travers l’influence islamiste.

Paradoxes de la visibilité et enjeux de l'émancipation

De façon paradoxale, tout en s’étant étendu, cet usage est allé à l’encontre de ce qu’il aurait dû être dans l’esprit de ses promoteurs. Pour eux, il s’agissait en quelque sorte de rendre la femme invisible. Mais en se maquillant, en choisissant des motifs et des couleurs très voyants, celles-ci ont bien souvent détourné l’usage du voile. Autre mise au point : l’adoption du voile ne signifie pas non plus automatiquement le retour derrière les fourneaux. Ce qui compte surtout pour ces femmes, c’est l’accès à l’éducation et au monde du travail et, de ce point du vue là, la situation a globalement progressé. Au Caire, il y avait 0,8% des femmes qui savaient lire et écrire à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui, dans de nombreux pays arabes et musulmans, il y a plus de femmes parmi les étudiants des universités que d’hommes.

Une partie de l’explication pourrait se trouver dans le fait que si le voile fait à peu près l’unanimité contre lui, ce rejet est fondé sur des raisons très différentes. Enfin, pour nombre de féministes, porter un voile, c’est nier la longue et difficile conquête du libre usage de son corps qui a marqué l’histoire de ce mouvement tout au long du XXe siècle. Le résultat, c’est qu’en prétendant défendre la cause des femmes dans le monde, on stigmatise celles qui portent un voile, alors même qu’elles se trouvent souvent déjà en position sociale d’infériorité. De plus, en imaginant que parce qu’elles sont couvertes, elles ne peuvent rien faire, on les prive de leur capacité à agir en tant que personne à part entière. Selon Abu Hurayra (compagnon de Mahomet), le Prophète a dit : « Certes, Dieu ne regarde pas vos corps ni vos visages, mais il regarde vos cœurs et vos actes ».

Dialogue sur l'identité et la puissance du symbole

Chère Ihsane Haouach, dans la longue interview parue dans le journal Le Soir des 3 et 4 juillet 2021, vous déclarez, à propos du voile qui vous enserre étroitement le visage sans que le moindre cheveu apparaisse : « C’est une partie de mon identité qui n’a pas à être débattue publiquement ni à être justifiée. Je ne viens pas parler de religion, moi. » Disant cela, vous donnez à voir une seule facette de votre identité dont vous refusez de parler, ce qui est votre droit mais qui n’empêche pas que nous, qui vous côtoyons, nous tentons de découvrir les autres facettes de votre identité tout simplement parce que nous sommes des êtres relationnels. Par la vue, nous entrons en dialogue muet. Nous nous positionnons en fonction des informations que chacun de nous communique, même silencieusement, par notre seule apparence. Ce sont des codes multiples enrichis par les diversités culturelles, qui nous permettent de nous comprendre, de nous situer socialement et culturellement.

Ce voile qui est une partie de votre identité ainsi que vous l’affirmez, n’est pas qu’un simple élément de mode ; il a une signification bien ancrée dans notre présent et une symbolique à la longue histoire. Il signifie une conviction musulmane que la femme doit être pudique, s’effacer devant le regard des hommes, se soumettre à l’ordre patriarcal instauré par des religieux et des guerriers malgré le fait que l’instaurateur de cette religion, le prophète, n’ait jamais obligé aucune femme à porter ce voile. Vous ne « parlez » pas de religion, c’est un fait. Vous « montrez » une facette de votre identité qui est lue par tous comme un des symboles d’une des déclinaisons de la religion musulmane. Nous connaissons bien ce symbole de soumission à un ordre établi : nous avons connu l’époque où une femme « bien » à savoir blanche, bourgeoise, catholique, se devait de porter un chapeau à l’extérieur du logis où sa fonction d’épouse et de mère la cantonnait trop souvent. A l’inverse, une femme « en cheveux », c’est-à-dire nu-tête, exhibant ses cheveux comme un signe sexuel triomphant, était considérée comme une femme facile, une prostituée, pas une femme « bien » même si comme les autres elle se mettait un voile, un foulard, une mantille ou quoi que ce soit sur la tête lorsqu’elle entrait dans une église…

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Paradoxes des habillements et évolution sociétale

Le chapeau a été mis bas, comme d’ailleurs les diverses formes de foulards, de voiles, de cornettes ont chu des têtes des religieuses, en même temps que les prêtres tombaient la soutane… Curieux paradoxe des habillements : la robe pour les hommes, le chapeau pour les femmes… Cela c’était notre folklore symbolique d’avant la réforme de l’église catholique, il n’y a pas si longtemps que cela : en 1962, lorsque le pape Jean XXIII lança un concile œcuménique Vatican II. On y affirmait enfin l’égalité des droits entre hommes et femmes mais aussi les droits collectifs de solidarité. Cela se passait au moment où avec les décolonisations, les indépendances des peuples, des millions de femmes de pays à culture musulmane tombaient le voile, symbole de soumission, pour affirmer leur liberté d’êtres humains, égale aux hommes. Et cela ne signifiait pas qu’elles renonçaient à leur religion. Simplement, elles la modernisaient, elles conquéraient l’espace public, elles devenaient des citoyennes à part entière, elles exerçaient leur libre arbitre.

Aujourd’hui, ne sont-elles pas belles ces femmes iraniennes musulmanes qui protestent contre les ayatollah, cheveux au vent ? Une émancipation dont toutes les femmes bénéficient aujourd’hui, dont vous, chère Ihsane, qui occupez un poste supérieur dans la gestion de notre société belge. Autre paradoxe amusant de la libération par les cheveux : à l’époque où les femmes dévoilaient cet important élément de leur beauté, beaucoup d’hommes laissaient pousser les leurs, en guise de protestation contre le service militaire, contre la guerre du Vietnam, contre l’obligation qui leur était faite de couper barbes et cheveux pour ressembler à des bourgeois respectables. Souvenons-nous des hippies, des révoltés contre l’ordre établi, des homos, des trans, qui affichaient enfin leur genre en mettant en valeur leur beauté capillaire.

Nos identités multiples face à l'identité exclusive

Revenons sur le concept d’identité. Vous dites que votre choix n’a pas à être débattu. Mais qu’est-ce que l’identité ? Dans son livre « Identité et violence », Amartya Sen, économiste indien, explique que la violence provient du choix par les individus et les groupes d’une identité exclusive censée les définir entièrement : française pour Marine le Pen, musulmane pour les intégristes islamistes, hutue pour les génocidaires rwandais massacrant les Tutsis, etc. Or, explique Amartya Sen, des exemples historiques démontrent qu’on peut avoir une identité religieuse forte et des opinions politiques très tolérantes. Il cite notamment l’empereur Saladin qui combattit les Croisés au nom de l’islam au XIIe siècle mais qui ne voyait aucune contradiction à accueillir à la cour d’Egypte le philosophe juif Maïmonide fuyant une Europe particulièrement intolérante.

Au XVIe siècle, lorsque la Rome catholique brûlait l’hérétique Giordano Bruno, le grand empereur moghol Akbar, musulman convaincu, venait d’achever à Agra son grand projet de codification du droit des minorités, accordant à tous la liberté de religion. Le pari de la sagesse et de la raison est de reconnaître nos identités multiples qui font de nous des citoyens du monde tout en restant fiers de nos origines et de nos cultures partagées. Amartya Sen se définit lui-même comme asiatique, citoyen indien, bengali d’origine bangladeshi, résider au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, être économiste, enseigner la philosophie, écrire des livres, connaître le sanskrit, croire dur comme fer en la laïcité et la démocratie, être un homme, féministe, hétérosexuel, défendre les droits des homosexuels, exclure la religion de son mode de vie, être de culture hindoue, ne pas être brahmane, ne pas croire en une vie après la mort. Il est tout cela et plus encore. Il s’agit d’un bel exercice de définition de soi-même que chacun peut faire : quelles sont nos identités multiples ? Quelles sont celles que nous choisissons ? Il s’agit de notre liberté fondamentale malgré ces déterminismes historiques, culturels, économiques et sociaux.

Neutralité : un terrain de rencontre indispensable

Vos identités multiples entrent ainsi en résonnance avec nos identités multiples et c’est bien ce qui fait le plaisir de rencontrer, de dialoguer avec nos semblables tous si différents. Pour cela, il nous faut un terrain de rencontre, un langage commun, des symboles partagés sinon personne ne peut comprendre l’autre. Cette base-là, ce sont les espaces neutres dans notre vie sociale. Ces espaces qui favorisent la rencontre des différences autour d’un socle de valeurs que nous acceptons tous car ce socle n’enferme pas mais il protège et il libère la parole. Le socle des valeurs de la Déclaration universelle des droits de l’Homme est réellement universel dans le sens où ces valeurs proviennent de toutes les cultures humaines depuis le début des civilisations.

La première déclaration des droits de l'Homme connue serait celle transcrite sur le Cylindre de Cyrus, rédigé par Cyrus le Grand, fondateur de l'empire Perse en l'année -539. Il ne s’agit pas d’un néocolonialisme civilisationnel commis par les Occidentaux, ainsi que le décrivent certains pouvoirs politiques - notamment musulmans et principalement les « Frères musulmans » - s’appuyant sur des identités exclusives afin de dominer des populations. Ces espaces de neutralité à laquelle nous tenons tant, sont la seule sauvegarde des libertés individuelles et collectives auxquelles vous tenez tant. L’universel des droits humains, choisi librement par l’humanité, pour autant que les peuples en soient informés, ne vise pas à diviser ni à créer la violence. Il permet cependant de justifier des rébellions, des insurrections de la pensée des personnes mais aussi des peuples qui veulent conquérir leurs droits reconnus par cette universalité. Il permet d’être citoyens du monde mais aussi de son pays, de sa ville ou de son village, de son quartier.

La fonction publique et le devoir de représentation

Il s’agit d’une grille d’analyse et de références aidant à évaluer les choix politiques et philosophiques personnels et collectifs, quel que soit le cocktail doux ou amer que représente l’accumulation de nos identités singulières. Voilà pourquoi, dans une fonction publique et particulièrement dans une relation d’autorité avec la population, il faut être vu et compris comme représentant de la fonction publique ou d’un.e chargé.e de mission publique. C’est cette identité là qu’il vous faut afficher dans votre relation avec les concitoyens, ce qui n’empêche en rien d’afficher vos autres identités en dehors de cette mission publique. Nous avons connu cela en tant qu’écolière portant un uniforme censé gommer les différences de classe et de richesse entre nous.

La classe devenait un lieu neutre où l’on se concentrait sur l’apprentissage. Il y avait aussi l’uniforme de scouts/guides nous mettant tous sur pied d’égalité tout en nous permettant de découvrir et de révéler des facettes de notre identité que nous ne connaissions pas : c’était le rôle de l’équipe des chefs/cheftaines de débusquer le « totem » en nous, apparaissant grâce aux relations avec les autres. L'identité n'est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l'existence. Il faudrait faire en sorte que personne ne se sente exclu de la civilisation commune qui est en train de naître, que chacun puisse y retrouver sa langue identitaire, et certains symboles de sa culture propre, que chacun, là encore, puisse s'identifier, ne serait-ce qu'un peu, à ce qu'il voit émerger dans le monde qui l'entoure.

La voile et le monde maritime : une autre forme d'engagement

Naviguer en couple est le rêve de nombreux plaisanciers. Malheureusement il semble que ce ne soit pas toujours partagé, loin de là. De fait la voile, et le monde maritime en général, reste un milieu très masculin, même s’il est beaucoup moins machiste qu’il ne l’était il y a encore 20 ans. J’en veux pour exemple cette édition du Télégramme Tresco Trophée que j’ai courue avec un équipage féminin en 2014. Sur une centaine de voiliers inscrits, j’étais la seule femme skipper, et nous étions le seul équipage féminin. En réalité je crois que beaucoup d’hommes et de femmes apprécient la mixité sur les bateaux. Mais quelles sont donc les raisons qui retiennent certaines femmes de naviguer avec leur conjoint ?

Vraiment, elles n’aiment pas la voile ? Pour des raisons de facilité, j’ai pris le parti de considérer que la difficulté venait du refus d’une femme de naviguer avec son compagnon. Elle n’aime pas la voile, point. Elle n’apprécie ni le vent, ni le froid, ni la pluie, ni l’inconfort de la gîte. Elle déteste les longs bords interminables et l’impossibilité de brancher son sèche-cheveux au mouillage. Ou alors, elle a le mal de mer et ça ne lui passe pas. Impossible de s’amariner. A moins de dormir pendant toute la balade, elle ne peut pas parcourir plus de 3 milles sans sortir le seau. Parfois, elle a peur. Comme votre femme ne maîtrise pas le voilier, ou qu’elle ne parvient pas à lire les éléments (direction du vent, présence du courant, position du bateau relativement à la côte etc.), il se peut que votre compagne éprouve une certaine angoisse. Une excellente parade à son angoisse serait qu’elle se forme. Je vous arrête tout de suite : initier soi-même sa moitié à la navigation est une entreprise délicate. Un ou plusieurs stages en école de voile peuvent donc améliorer considérablement la situation.

Défis techniques et relationnels sur un voilier

Il arrive aussi que vous soyez agressif et impatient. Nous avons tous en tête ces arrivées de port loufoques où monsieur, derrière sa barre à roue, arrête son bateau trop loin du ponton et enguirlande copieusement son équipière. Ne dramatisez pas chaque manœuvre en criant sur votre équipage si celle-ci n’est pas exécutée exactement selon vos consignes. « Elle est tannée de se faire mansplainer ». Parfois, les winchs sont trop petits ou le bateau est trop grand. La majorité des femmes n’ont pas une force physique comparable à celle d’un homme de même taille. Se trouver dans l’incapacité de dominer physiquement son bateau est dangereux. Ou encore, le bateau est mal entretenu. L’anti-dérapant glisse et les voiles se déchirent. Une femme n’appréciera pas de vous suivre sur un bateau qui dégage une odeur de renfermé et/ou de gas-oil.

Il se peut également qu’elle soit aussi ou plus compétente que vous et ça vous met en difficulté. Le plaisir est incontestablement plus grand quand chacun sait naviguer suffisamment pour prendre des décisions sans réveiller l’autre. Dans le cas contraire cela signifie que vous n’arrivez pas à vous faire mutuellement confiance. Ou que vous n’avez pas les mêmes exigences de confort. Peut-être êtes-vous un aventurier de ceux qui dorment dans les spis et se passent de douche chaude ? Sans tomber dans ces extrêmes, en bateau chaque femme a ses exigences de confort. Enfin, parce qu’elle n’est pas aussi rapide que vous, elle est parfois cantonnée à jouer les sirènes dans le cockpit. Or bien des femmes n’osent pas prendre d’initiative sur un bateau sans y être invitées. On leur a tellement dit que les hommes manœuvraient mieux les voitures qu’elles croient que pour les bateaux c’est pareil. Encouragez-les à manœuvrer et à barrer.

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