Le monde des nageurs de combat est un univers de discrétion, d'endurance extrême et de compétences sur-mesure, où chaque action est calibrée pour servir des intérêts supérieurs. Ces opérateurs d'élite évoluent dans l'ombre, où la furtivité est de rigueur, réalisant des missions d'infiltration, d'exfiltration, de renseignement ou d'action offensive avec une précision redoutable. Leur entraînement rigoureux les prépare à affronter les environnements les plus hostiles, qu'ils soient sous-marins, fluviaux ou terrestres, faisant d'eux des acteurs stratégiques indispensables dans la protection des nations.
Immersion dans l'Entraînement Opérationnel : Des Scénarios Exigeants
Le quotidien des élèves nageurs de combat est jalonné de mises en situation d'une intensité remarquable, conçues pour forger leur résilience et affûter leurs compétences. Dans le département du Var, en 2022, un élève du cours de nageur de combat grée l’équipement nécessaire à une mission d’infiltration de nuit. Peu après, ils rejoignent une embarcation de soutien avant de se mettre à l’eau pour une plongée de plusieurs heures dans l’obscurité la plus totale, une scène récurrente dans le département du Finistère la même année. Toujours dans le Var, silhouettés par les reflets de la lune sur la surface, les élèves progressent discrètement lors d’une mission d’exfiltration en Méditerranée. Au petit matin, les masques reflètent la lumière de l’océan tandis que les élèves s’apprêtent à plonger pour une mission d’infiltration/destruction, un autre exercice crucial mené dans le Finistère en 2022.
L'entraînement ne se limite pas à l'élément liquide. Les élèves s’entraînent également à l’infiltration sous voile après un saut en ouverture automatique, réalisant ce jour-là quatre sauts en parachute à ouverture automatique à plus de 300 mètres d’altitude. Juste avant de toucher la surface, le parachutiste doit se libérer de son harnais et se laisser chuter, une manœuvre délicate exigeant une parfaite maîtrise. L'endurance physique est une constante, comme en témoignent ces élèves qui progressent vers un nouvel objectif lors d’une nage de 15 kilomètres dans le Finistère.
La transition entre les milieux est une compétence clé. Infiltrés sur un îlot, dilués dans le monde civil et dissimulés par la végétation, les élèves élaborent le projet d’attaque de leur nouvelle mission dans le Var. Sur un îlot en Méditerranée, ils préparent leur moyen d’infiltration privilégié : le kayak. Lorsque la mission s'achève, sous les regards médusés des touristes prenant une collation, les élèves reconditionnent leur matériel de plongée et leurs moyens d’infiltration sur une plage « amie ». La sobriété du geste et l'économie du verbe sont de mise : les élèves disparaîtront de la surface aussi discrètement qu’ils sont arrivés.
La navigation sous-marine constitue un pilier de leur savoir-faire. Pour remplir sa mission, le nageur de combat doit s’orienter sans jamais refaire surface, et conserver une parfaite maîtrise du temps et de sa profondeur d’immersion. Dans cet environnement exigeant, pas question de GPS ou d’objets connectés. Le chef de mission possède une planchette de navigation équipée d’un compas et d’un profondimètre. Quant au coéquipier, il est le « gardien du temps ». La mémoire des hommes en noir fait le reste : ils naviguent sous la surface en retenant des dizaines de caps et de temps différents.
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Le Kayak : Un Vecteur d'Infiltration Historique et Stratégique
Parmi les méthodes d'approche privilégiées par les nageurs de combat, le kayak occupe une place particulière. Le raid en kayak est l’une des épreuves historiques du cours nageur de combat, soumettant les élèves à des défis physiques et mentaux extrêmes. Au cours de cet exercice, ils parcourent en deux jours les 100 kilomètres qui les séparent de leur objectif final, une épreuve qui se déroule notamment dans le département du Var.
Si son usage en opération est moins courant aujourd’hui, le kayak possède encore des qualités tactiques inégalées. Basse sur l’eau, effilée et démontable, l’embarcation est d’une grande discrétion, permettant des approches furtives dans des zones sensibles. Sur le fleuve, « à bras fermes », les élèves franchissent les obstacles, démontrant la puissance et la ténacité nécessaires à cette discipline. C’est aussi une école de la volonté. Plusieurs heures de navigation usent les corps et les nerfs des plus aguerris. Au cours du raid, il arrive parfois, malgré leurs efforts de discrétion, que les élèves surprennent les pêcheurs.
Le passage d'un milieu à l'autre, connu sous le nom de « changement de milieu », est une phase critique. À la confluence du fleuve et de la rivière, les élèves doivent parfaitement maîtriser ce passage de l’élément liquide à la berge. Cependant, les nageurs de combat apprécient modérément la terre ferme sur laquelle ils sont tactiquement plus vulnérables.
L'Équipement du Nageur de Combat : Technologie et Adaptabilité
L'efficacité du nageur de combat repose en grande partie sur l'utilisation d'un équipement hautement spécialisé, conçu pour l'environnement subaquatique et les missions d'infiltration. Au cœur de leur panoplie de plongée se trouvent les recycleurs à circuit fermé, tels que l'OXYGERS 57 et le F.R.O.G.S., qui éliminent les bulles d'expiration, assurant une discrétion maximale sous l'eau.
Leur tenue est adaptée aux conditions extrêmes : une combinaison humide ou semi-étanche en néoprène de 5, 7 ou 9mm d'épaisseur, complétée par des gants et des chaussettes de plongée en néoprène. Les palmes, souvent du type « Force Fin » en caoutchouc naturel vulcanisé, sont conçues pour une propulsion efficace et silencieuse. Le masque de plongée panoramique en silicone avec fixations renforcées offre une vision optimale, tandis que le tuba en silicone avec tube en PVC et soupape de purge permet une respiration aisée en surface. Pour la navigation sous-marine, chaque nageur est équipé d'une boussole de poignet, d'un profondimètre et d'une montre de plongée étanche à 200 mètres.
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En matière d'armement, la discrétion n'exclut pas une capacité de neutralisation ciblée. Le pistolet d'auto-défense sous-marin SPP-1, doté d’un magasin de 4 cartouches, chacune d’un dard en tungstène de 5mm, est un outil redoutable. Le couteau de combat des nageurs, avec sa lame de 180mm en acier inoxydable et son manche en caoutchouc antidérapant, est conçu pour l'efficacité sous l'eau comme sur terre. Les charges explosives sous-marines, composées de tolite d'aluminium, et les charges explosives de type « plastique », associées à un dispositif d'allumage électrique de mise à feu, leur confèrent une capacité de nuisance considérable contre des cibles stratégiques.
Pour l'infiltration et l'exfiltration, une gamme de moyens est utilisée, allant des kayaks aux scooters sous-marins et mini-submersibles. Les sauts en parachute en ouverture automatique, avec des charges et gaines EL 20, sont essentiels pour l'insertion par voie aérienne. Les communications sont assurées par des émetteurs-récepteurs radio étanches et des systèmes de communication intra-auriculaire. Des moyens de reconnaissance comme le ballon, la photographie et la vidéo, ainsi que des kits de survie, complètent leur équipement. Pour les opérations sur terre ou en surface, ils peuvent porter un gilet pare-balles de type centre-europe, un gilet de combat modulaire, un casque d'intervention avec visière pare-balles, et utiliser un sac à dos tactique étanche de 60 litres. L'équipement de vision nocturne est crucial pour leurs missions d'infiltration dans l'obscurité.
L'Origine et l'Évolution d'une Spécialité d'Élite
Le concept du nageur de combat, tel que nous le connaissons aujourd'hui, a pris forme en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L'attaque par nageur de combat démontre qu'un homme seul et audacieux peut réduire à l’impuissance la plus robuste coque de guerre là où elle est la plus vulnérable, sous la ligne de flottaison. Ce nouveau genre de combattant subaquatique, doté d’une capacité de nuisance considérable au prix d’un entraînement intensif, a rapidement été reconnu pour son potentiel stratégique.
C'est en 1950 que le SDECE (Service de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage), sous l'impulsion du Colonel Morlane, a créé une unité de nageurs de combat. Initialement, ces pionniers étaient issus soit du "Choc", soit des commandos marine, des unités déjà reconnues pour leur expertise en opérations spéciales. Le Commando Hubert a ensuite été choisi comme unité d'accueil pour cette nouvelle spécialité. Le 1er avril 1952 marque la date d'ouverture du CNC, le Cours de Nageur de Combat, officialisant ainsi la formation de ces combattants d'un genre nouveau.
Les premières actions menées par ces nageurs ont rapidement prouvé leur efficacité. Une opération réussie fut l'attaque contre un cargo ancré au large de Sète. Un autre succès fut une attaque téléphonique, démontrant la polyvalence de leurs compétences en matière d'action clandestine. Ces succès initiaux ont cimenté la légitimité et la nécessité de cette unité spécialisée, ouvrant la voie à son développement et à sa professionnalisation continue.
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Le Chemin vers l'Excellence : Sélection et Formation Rigoureuse
Le chemin pour rejoindre les unités de nageurs de combat peut sembler complexe, et il est effectivement parsemé d'embûches. Cependant, la formation est ouverte à tous les volontaires de l’armée de Terre, toutes armes et tous grades confondus. Pour intégrer cette unité du service action de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), une qualité prime : l’humilité. Il n’est pas nécessaire d’être excellent en natation pour y être admis, mais la rigueur est absolue : l’"à peu près" n’existe pas, il est synonyme de danger pour la sécurité du binôme et la réalisation de la mission.
Le processus débute par une série d'étapes. Après avoir pris rendez-vous avec un Conseiller en Recrutement pour discuter des opportunités professionnelles proposées par l'armée de Terre, les candidats passent des tests et choisissent leur orientation. Une fois le contrat signé, ils deviennent soldats et suivent la formation initiale en CFIM (Centre de Formation Initiale des Militaires du rang) tout en percevant une rémunération. La formation se poursuit avec la formation spécialisée au sein du régiment d’affectation, avant d'être affecté au poste de plongeur de combat du génie dans le régiment choisi lors de l'orientation.
Avant d’accéder au cours des nageurs de combat à l’École de plongée de Saint-Mandrier-sur-Mer, le candidat passe plusieurs stades de présélections. Pour les candidats issus des commandos marine, il leur faut avoir servi au moins six mois dans ces unités, et avoir suivi le cours de plongeur de bord. Une fois ces étapes franchies, le cours nageur lui-même est intensif, s'étendant sur huit mois. Les stagiaires sont encadrés tout au long de la formation. Durant cette période, ils passent leur permis bateau côtier et sont formés à l'utilisation de recycleurs en binôme, dont le DC-55 avec un mélange à 60% d'oxygène, ainsi qu'à trois semaines de navigation sous-marine.
La formation ne s'arrête pas là. Au terme des huit mois du cours nageur, débute la formation d’agent clandestin. Les nageurs suivent ensuite une instruction spécifique comprenant une phase de spécialisation à la plongée et à la navigation clandestines. L'objectif est clair : former des nageurs de combat polyvalents. Selon le chef de corps du CPEOM, ils savent piloter différents types de vecteurs maritimes et sont autonomes sur les plans technique et tactique. La formation se termine par une série d'examens validant l'acquisition de toutes ces compétences. C'est un parcours extrêmement difficile, jalonné de plusieurs "péages" qu'il faut franchir avec succès.