Le Catchiky, conçu par l'architecte Loick Bourdon et fabriqué par Plasmor, demeure le kayak de mer français par excellence. Ce modèle, qui a équipé de nombreuses expéditions françaises, fascine par sa carène élégante et le fini de sa fabrication. Son allure de coque légèrement "bananée" lui confère un tempérament joueur, mais il est également reconnu comme un bateau de grande randonnée capable d'avaler les milles nautiques. Pour tout acquéreur potentiel, une analyse fine des qualités marines, de l'ergonomie et de l'état structurel s'impose avant tout investissement.
L'état structurel et les interventions de maintenance
L'acquisition d'un modèle d'occasion, notamment à un prix attractif de 100€, nécessite une inspection rigoureuse. La présence de grosses rustines sur la coque est une source d'interrogation. Bien que les fuites soient souvent des orifices mineurs, visibles depuis l'intérieur via les caissons étanches, de larges réparations grossières peuvent masquer des dommages structurels plus profonds.
Concernant la remise en état de la surface, une ponceuse excentrique utilisée "à la sauvage" pourrait s'avérer destructrice pour la fibre. Il est préférable d'adopter une approche méthodique par ponçage humide progressif. Pour la finition, le choix entre une peinture mono ou bi-composant dépendra de votre volonté de durabilité : les peintures bi-composantes (polyuréthane) offrent une résistance aux UV et aux chocs bien supérieure, malgré une mise en œuvre plus exigeante.
L'optimisation du matériel embarqué, telle que le remplacement de la trappe d'accès au caisson étanche arrière par une trappe ovale, est une modification judicieuse. À ce sujet, les trappes de marque Valley (VCP) font figure de référence en termes d'étanchéité et de fiabilité. Quant au compas de pont, si le verre est dépoli au point d'être opaque, le ponçage délicat au papier abrasif très fin (grain 2000 à l'eau) suivi d'un lustrage peut parfois redonner une transparence acceptable, évitant ainsi un remplacement coûteux.
Ergonomie, gabarit et confort de pagayage
Le Catchiky est un kayak particulièrement rigide et résistant, mais son habitabilité est sujette à débat. Avec une longueur de 535 cm pour 54 cm de largeur, il est fin et nerveux. Cependant, il est originellement destiné aux gabarits petits à moyens. Pour un pagayeur mesurant 1m85 et pesant 80-82 kg, l'accès à l'hiloire peut s'apparenter à une épreuve physique ("rentrer au chausse-pied").
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L'hiloire "trou de serrure" (keyhole) est une option impérative pour les grands gabarits, offrant une meilleure accessibilité et permettant de dégager les jambes lors de longues navigations. Le siège d'origine, souvent critiqué pour son inconfort au niveau du dosseret ou pour le manque de calages, peut être avantageusement remplacé ou modifié. Des systèmes de calages pointus, à l'instar de ce que propose la marque Prijon avec son système "Flex", permettent un réglage ergonomique fin du siège et des cuisses, ce qui est crucial pour maintenir une position active et réduire la fatigue.
Comportement marin et navigation
Les qualités marines du Catchiky sont remarquables, notamment par sa tenue par mer de travers. À des allures portantes, le bateau est rapide et possède une excellente tenue de route. Par mer trois-quarts arrière, le kayak a une légère tendance à abattre, ce qui peut être compensé par une gestion précise de la dérive.
La question de l'utilité de la dérive est centrale : le Catchiky a tendance à loffer par vent soutenu. Une dérive manœuvrable permet d'équilibrer le bateau, bien que le système d'origine, nécessitant l'usage des deux mains, puisse être gênant en mer formée. Le Catchiky ne possède pas de dérive auto-rétractable, contrairement à certains modèles de chez Polyform, ce qui demande une vigilance accrue en zone peu profonde. En remontée au vent, dérive relevée, le bateau passe très bien dans le clapot sans tosser ni enfourner.
Capacité d'expédition et performance
Ce kayak est un véritable outil d'expédition en autonomie, ayant prouvé ses capacités lors d'expéditions au Pôle Nord magnétique ou au Cap Horn. Il possède une grande capacité de chargement grâce à ses trappes ovales, bien que ce volume soit légèrement inférieur à celui d'un Bélouga 1.
C'est un bateau rapide, doté d'une glisse fluide, permettant de gérer son effort sur la durée. Le rapport entre l'effort à fournir et la vitesse moyenne obtenue est excellent. S'il offre une manœuvrabilité moyenne sur les appels et les circulaires, il compense par une facilité d'esquimautage exemplaire et une excellente accroche à la vague. Il est toutefois à noter que sa stabilité initiale est modeste, surtout lorsqu'il est déchargé. Il nécessite donc un certain temps d'adaptation et de maîtrise technique pour être pleinement exploité.
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