Analyse comparative et expertise technique : Le voilier Edel IV face aux défis de la navigation de plaisance

Genèse et conception d'un voilier iconique

L'Edel IV, lancé en 1971, s'inscrit dans la continuité de la philosophie des chantiers lyonnais, initiée par le modèle Grand Large. Surnommé le bateau « caravane » par son architecte Maurice Edel, l'Edel IV est à la fois habitable et marin, son confort étant un argument de poids à sa sortie. Dans le sillage du Grand Large, les chantiers lyonnais poursuivent leur principe d'un voilier confortable, maniable et tractable par la route. À la limite du transportable, l'Edel 4 ou Edel IV a besoin d'air pour s'animer, mais il constitue encore un très bon voilier de randonnée côtière. Son carré « dînette », sa cabine avant isolée et son pavillon mobile en font un bateau astucieux et agréable à vivre. Bien construit, peu coûteux d'entretien, c'est un bon choix compte tenu des prix pratiqués.

La disposition intérieure reflète cette volonté d'optimisation de l'espace : sa cabine se décompose avec un carré doté de banquettes sur bâbord, une cuisine sur tribord, juste derrière la couchette double et, à l'avant, une vraie cabine dans la pointe avec toilettes. Même dans un petit bateau on peut tenir debout avec le toit qui se relève et si l'on ajoute une toile tout au tour c'est très confortable.

Analyse des performances et comportement en navigation

Le comportement marin de l'Edel IV suscite des débats nourris entre les passionnés de quillard et les adeptes de la version dériveur lesté (DL). Un quillard s'avère souvent peu adapté à l'échouage dans certaines zones, comme à Keraudren, contrairement à un dériveur lesté qui peut s'échouer en douceur. La stabilité initiale de ces unités est souvent questionnée. En navigation sur lac, les surventes et tourbillons imprévisibles sont fréquents, s'apparentant à des « avalanches » de masses d'air froid descendues des sommets. C'est dans ces conditions qu'un Edel IV quillard peut être mis « au tapis » sous asymétrique, avec une gîte marquée faisant monter l'eau jusqu'au niveau du hublot latéral. Néanmoins, le brave bateau se redresse aussitôt, vent debout.

En termes de performance au près, le retour d'expérience indique que l'on peut tester l'Edel IV avec tout dessus, mais avec foc plutôt que génois, jusqu'à 20 nœuds de vent. Bien que peu confortable et parfois stressant pour les passagers, cette configuration reste très amusante. Certains propriétaires notent que, faute de dérive, la version DL peut manquer de précision au près serré, tandis que des voiles entièrement lattées permettent au voilier de mieux remonter au vent, le bateau pouvant même parfois tenir sa route seul une fois la grand-voile bien étarquée. Le couple de rappel est principalement constitué par le saumon, et la forme du roof volumineux participe au couple de redressement une fois qu'il est immergé.

Robustesse et pérennité d'un voilier des années 70

La réputation de la marque repose sur la solidité et le sérieux des fabrications. Un témoignage marquant illustre cette robustesse : suite à un coup de mistral, un Edel a cassé son mouillage et s'est retrouvé coulé et échoué sur les rochers avec un trou important dans la coque. Après avoir évacué le sable et l'eau, il a été possible de basculer le bateau pour accéder à la brèche, d'effectuer une réparation de fortune avec des feuilles de plastiques autocollantes, puis de naviguer vers une grue pour une remise en état complète. Ces bateaux, malgré leur âge, démontrent une résistance structurelle exemplaire.

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Le choix entre quillard et dériveur dépend essentiellement du terrain de jeu. Le quillard a été acquis d'occasion par certains plaisanciers en 88, avec des modifications apportées au fil du temps : changement des câbles pour plus de résistance, installation d'une bôme plus profilée issue d'un First, mise en place d'une voile Elvström lattée et d'un génois sur enrouleur. Avec ces améliorations, il est possible de naviguer par tous les temps, même dans des conditions extrêmes. En revanche, le dériveur lesté offre une liberté accrue pour les zones de faible profondeur, même si cela peut impliquer une vitesse de croisière plus modérée ou une sensibilité accrue au vent de travers.

Stratégies d'entretien et choix d'acquisition

La recherche de voiliers anciens, particulièrement ceux des années 70 à 80, reste une stratégie pertinente face aux coûts élevés des unités modernes. Pour un voilier moderne entre 7 et 8 mètres, il faut compter au minimum 20.000 € pour une occasion récente. En comparaison, l'inventaire d'un voilier d'époque, en additionnant la valeur initiale et les accessoires, aboutit à des montants bien inférieurs, rendant ces bateaux très accessibles. Le chantier n'existant plus, les recherches sont parfois délicates, mais le marché de l'occasion reste dynamique, porté par des communautés de passionnés comme le Club Edel, qui regroupe plusieurs centaines de propriétaires.

La gestion du mouillage est un élément central du choix du bateau. Les difficultés liées à l'affectation de nouveaux mouillages ou l'éloignement de certains sites de stockage poussent les propriétaires à privilégier la simplicité. Le transport et la manutention d'un bateau comme l'Edel IV sont relativement aisés, facilitant les opérations de rapatriement ou d'hivernage. L'esprit marin d'entraide et de cordialité entre les membres de la communauté voile permet de pallier les difficultés techniques et de partager les savoir-faire sur des questions pointues, comme le calcul de l'indice ZV ou le réglage fin du gréement.

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