Guide Pratique de la Navigation en Dériveur sur la Rivière la Rance

L'estuaire de la Rance, s'étendant entre Saint-Malo et Dinan, offre aux plaisanciers un espace de navigation unique, mêlant les influences maritimes aux charmes fluviaux. Cette voie d'eau, qui a su préserver son caractère authentique et ses paysages bucoliques, est une invitation à la découverte pour les navigateurs cherchant à délaisser le large et les grandes étendues. La navigation sur la Rance révèle des caractéristiques techniques distinctes entre ses sections maritime et fluviale, tout en partageant des contraintes communes, notamment celle d'un tirant d'eau maximal de 1m40 pour les navires.

Franchir le Barrage de la Rance : Une Porte entre Mer et Estuaire

L'aventure sur la Rance commence souvent depuis Saint-Malo, nécessitant d'abord de franchir le fameux barrage qui relie la cité corsaire à Dinard. Ce barrage, inauguré le 26 novembre 1966 par le Président de l’époque Charles de Gaulle, abrite l'usine marémotrice de la Rance, un ouvrage d'ingénierie remarquable. Cette centrale utilise la force des marées pour produire de l'électricité, grâce à 24 turbines réversibles actionnées par le flux et le reflux, amplifiés par la différence de niveau d’eau entre l’estuaire et la pleine mer.

L’écluse du barrage, avec ses mensurations impressionnantes de 65 mètres de large pour 13 mètres de long, est la plus célèbre écluse maritime d’Europe. Les plaisanciers peuvent l'emprunter à heure fixe pour rejoindre ou quitter l’estuaire de la Rance. Son fonctionnement est synchronisé avec les marées, l’écluse s’ouvrant à chaque heure pleine lorsque le niveau de la mer est égal ou supérieur à +4 mètres. Le passage d’écluse dure un maximum de 15 minutes. Cependant, une attention particulière est requise car le fonctionnement de l’usine marémotrice génère des courants puissants, aussi bien côté estuaire que côté mer. Il est donc impératif de disposer d’un moteur fiable pour éviter de se trouver en mauvaise posture et de prendre garde aux tourbillons occasionnés par le turbinage. Des ducs d'Albe sont disponibles pour l'attente avant le passage de l'écluse. Une fois sortis du barrage, les navigateurs entrent dans un plan d’eau qui se présente comme un espace fermé et étroit.

La Rance Maritime : Navigation au Cœur d'un Bassin Protégé

La Rance maritime s’étend du barrage de la Rance à l’écluse du Châtelier. Cette section constitue un superbe bassin de navigation, efficacement protégé de la houle, offrant des conditions propices à la plaisance. À bord d’un First 235, décrit comme véloce, agile, à l’aise dans le petit temps et sur mer plate, la navigation ne présente pas de difficultés particulières, démontrant l’adéquation de ce type de support. Le vent de nord, par exemple, peut permettre de descendre au portant sans difficulté. Cependant, l’idée d’envoyer le spi est souvent délaissée en raison d’un vent instable, d’un courant non négligeable et de la perspective de nombreux empannages.

L’ambiance sur cette partie de la Rance est résolument bucolique. Les navigateurs ont la chance de longer des champs verdoyants, d'apercevoir des vaches paître, un spectacle peu commun en voilier et qui confère à cette navigation un charme particulier. Pour les moins familiers avec la zone, il est fortement recommandé de rester autant que possible dans le chenal balisé par des bouées latérales, afin d’éviter les nombreux hauts-fonds disséminés le long du parcours.

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La vitesse est limitée sur la Rance, à l'instar de toutes les rivières et canaux, afin de préserver l'état des berges. La vitesse maximale autorisée est généralement de 3 nœuds sur les canaux et de 5 nœuds sur les rivières. Sur certains tronçons spécifiques et à proximité des ports, la vitesse peut être encore inférieure, une signalisation appropriée l'indiquant clairement.

Parmi les escales immanquables de la Rance maritime, Saint-Suliac se distingue, classé comme l’un des « plus beaux villages de France ». Cet ancien village de pêcheurs a su conserver toute son authenticité et son charme. Une balade à pied dans ses "ruettes" - ici, on ne parle pas de rues ou de ruelles - est un incontournable pour profiter de jolis points de vue sur la Rance et admirer les maisons au bord de l’eau.

En poursuivant la navigation, le passage sous les ponts Saint-Hubert et Châteaubriand est identifié comme un moment technique. Cette zone est en effet étroite et soumise à un vent erratique, ce qui demande une attention accrue. Plus loin, Plouër-sur-Rance abrite le seul port de la Rance maritime équipé de pontons, offrant une escale pratique pour les plaisanciers. Après Plouër, la configuration du paysage et de la voie d’eau commence à changer, marquant le début de la transition vers la Rance fluviale. L'eau devient moins bleue, annonçant une partie moins maritime.

Le domaine maritime, quant à lui, s'étend jusqu'au premier pont que les navires maritimes ne peuvent pas franchir. Bien que les termes exacts de cette délimitation puissent prêter à discussion, il semblerait qu'il existe un "vide juridique" à cet égard, engendrant une très large tolérance de navigation. Si la navigation jusqu'à Saint-Suliac semble raisonnable pour les dériveurs et autres petits voiliers, remonter plus en amont peut devenir quelque peu difficile en raison de l'évolution des conditions.

Transition vers la Rance Fluviale : Un Changement de Nature

Au-delà de Plouër-sur-Rance, la Rance mute progressivement pour prendre un caractère plus fluvial. Dans cette partie, la navigation sous voiles devient difficile, voire impossible, en raison de l'envahissement progressif de la vase. Il est alors impératif de respecter scrupuleusement le chenal, qui devient étroit et sinueux, balisé par des perches. Cette vigilance est d'autant plus cruciale à marée basse, où il ne reste qu’un mince filet d’eau entre deux bancs de vase, augmentant le risque d'échouage.

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Malgré ces défis de navigation, le paysage conserve toute sa splendeur. L’environnement est magnifique, verdoyant et boisé, offrant une ambiance très calme où les oiseaux sont nombreux. À l’approche de l’écluse du Châtelier, il devient absolument nécessaire de naviguer au moteur, la voile n'étant plus une option viable.

L'Écluse du Châtelier et l'Accès à la Rance Fluviale Intérieure

L’écluse du Châtelier, distante d’environ 10 milles de celle du barrage de la Rance, marque le passage officiel entre la Rance maritime et la Rance fluviale. Comme pour le barrage, il est primordial de bien vérifier les plages d’ouverture de l'écluse et de contacter l’éclusier, généralement sur le canal 14 de la VHF, avant de se présenter. Une fois franchie, cette écluse ouvre les portes du port de Lyvet, où l’eau est totalement douce et où l'on rencontre de nombreux canards, signifiant un changement complet d'écosystème.

De ce point, la rivière continue son cours en direction de Dinan, offrant un extraordinaire espace de navigation champêtre, bien à l’abri des soubresauts de la Manche, tel un fleuve accompagnant la découverte de toute la Vallée de la Rance. Les distances peuvent sembler courtes, mais la vitesse faible, limitée comme sur toutes les rivières et canaux, invite à une navigation douce et contemplative.

Pour ceux qui s'aventurent sur cette partie fluviale, il est important de noter les hauteurs sous ouvrages. Le tirant d'air est une considération cruciale, avec des hauteurs sous ouvrages de 2,50 mètres à plusieurs endroits pour le niveau normal de navigation (NNN) et de 2,30 mètres pour les plus hautes eaux navigables (PHEN). Ces mesures peuvent rendre l'accès difficile pour certains bateaux, certains plaisanciers s'interrogeant sur des normes comme "4m50 un maximum ?" ou notant que "la norme est 5m10" pour certaines caractéristiques de gabarit. Un utilisateur a rectifié son propos en précisant qu'il voulait écrire "2,70m et pas 4,70!", soulignant l'importance de ces cotes pour la planification.

Des sondages sur les cartes sont essentiels pour une navigation sécurisée. Il est impératif de consulter les dates de ces sondages pour s'assurer de leur validité, car "Je n’ai pas trouvé les dates des sondages sur la carte… Mais bon… sont encore valides…" indique que ces informations peuvent varier et sont cruciales. Il est conseillé de "Suivez la vallée et sa rivière, doucement, et voyez par vous-même où elle vous mène", invitant à la prudence et à l'observation directe.

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Réglementation et Permis de Navigation sur la Rance

La question du permis fluvial est fréquente pour la navigation sur la Rance. En France, les bateaux de navigation intérieure (lacs, rivières et plans d'eau) tout comme les bateaux maritimes doivent disposer d'un titre de navigation conformément à la réglementation en vigueur. Les conducteurs doivent détenir un permis en fonction de la puissance de la motorisation et de la longueur de leur bateau.

Le permis de conduire des bateaux de plaisance à moteur, option de base "Eaux intérieures", est requis pour les bateaux dont le moteur a une puissance supérieure à 4,5 Kw (6 cv) ou pour les bateaux dont la longueur est inférieure à 20 mètres. Pour les bateaux dont la longueur est supérieure ou égale à 20 mètres, le permis "extension Grande plaisance eaux intérieures" est nécessaire. En outre, les bateaux doivent embarquer l'armement de sécurité en fonction de la nature de leur navigation. Pour les activités nautiques à caractère sportif ou de loisirs, les dispositions de sécurité prévues par la fédération à laquelle les activités sont affiliées doivent être appliquées. Il est aussi important de considérer que le barrage est capable de "lâchers d'eau" qui contribuent à maintenir la rivière à niveau.

Durée du Trajet et Conseils Pratiques pour l'Aventure Rance

La remontée de la Rance de Saint-Malo jusqu’à Dinan représente une véritable expédition dont la durée peut varier considérablement. Si "il faut compter combien de temps depuis Saint Malô jusqu'a Dinan", les estimations des plaisanciers divergent. Certains évoquent un trajet de 8 jours "si tout va bien", tandis que d'autres mentionnent 5 jours, voire même se questionnent sur la faisabilité "en 3 jours?". Cette variabilité souligne que l'objectif n'est pas la rapidité, mais bien la découverte et la jouissance des paysages. Comme l'a dit un plaisancier, "c'est pas un concours !". Une navigation plus lente offre l'opportunité de "Bouquiner!!!" et de s'imprégner de l'environnement.

Le retour vers Saint-Malo peut s'avérer plus complexe, notamment si la navigation se fait "face au vent", entraînant "un nombre de virements de bord incalculable". La remontée implique de passer sous le "viaduc de Lessard", toujours sur la commune de La-Vicomté-sur-Rance. Le port en rive droite y est plutôt réservé aux résidents.

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