Entretien et carénage de voilier : le guide pratique de la maintenance

Le carénage de votre bateau est une étape très importante d’entretien qui consiste à nettoyer les parties immergées de la coque, autrement appelées œuvres vives, pour lui redonner son aspect original propre et lisse. Son nom vient de la carène du bateau qui est la partie de la coque qui se situe sous la ligne de flottaison. Depuis que l’homme navigue, la question de la protection contre le « fouling », la salissure dans la langue de Shakespeare, se pose aux nombreux marins qui bourlinguent sur les océans du Globe. La grande majorité des plaisanciers effectuent le carénage de leur bateau une fois par an, au printemps entre mars et juin, avant la mise à l’eau. Si cette tâche peut paraître assez impressionnante au premier abord, en suivant nos étapes et nos conseils, vous verrez que ce n’est pas bien méchant.

Les enjeux environnementaux et réglementaires

Le L216-6 du Code l’environnement dispose : « Le fait de jeter, déverser ou laisser s’écouler dans les eaux superficielles, souterraines ou les eaux de la mer dans la limite des eaux territoriales, directement ou indirectement, une ou des substances quelconques dont l’action ou les réactions entraînent, même provisoirement, des effets nuisibles sur la santé ou des dommages à la flore ou à la faune ».

Il est aujourd’hui interdit d’effectuer un carénage sur une cale. Désormais, vous devez vous trouver dans une zone équipée de bacs de récupération des eaux sales, soit un port ou un chantier. Ces réglementations ne sont pas une formalité administrative : les eaux de carénage sont chargées en biocides, résidus de peinture, métaux lourds (cuivre, zinc) et huiles de moteur. Leur rejet direct en mer est une pollution réelle. L’Office Français de la Biodiversité publie régulièrement des données sur l’impact des biocides : 1 gramme de biocide suffit à polluer 10 000 m³ d’eau. Les labels à vérifier avant de choisir votre chantier ou votre aire portuaire sont le label « Port Propre » et la certification ISO 14001. Le Pavillon Bleu est aussi un indicateur fiable de démarche environnementale globale.

La préparation du chantier : organisation et sécurité

Faire le carénage de son bateau soi-même est un réel gain financier, vous économiserez environ 30% du prix d’un carénage global. Toutefois, le grutage ne s’improvise pas. En avril et mai, les aires de carénage affichent complet plusieurs semaines à l’avance. Il est conseillé de contacter le chantier ou la capitainerie dès la mi-mars pour réserver votre créneau. Lors de la planification, il faut prévoir le grutage de remise à l’eau en même temps que la sortie.

Une organisation rigoureuse est indispensable pour la mise en peinture. Il faut s’assurer qu’on a tout le matériel nécessaire : adhésif de masquage, escabeau, chiffons, rouleaux, gants, masque à solvants, produit diluant, sans oublier son pot de peinture antifouling. Pour protéger votre santé, prévoyez une combinaison, une paire de bottes et des lunettes : un retour de jet lors du lavage haute pression est vite arrivé. Ne poncez jamais à sec car la poussière d’antifouling est très nocive à respirer.

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Nettoyage et inspection de la carène

Une fois que le grutier vous donne son feu vert, entrez dans la cale à grutage avec votre bateau. Le grutier va positionner les sangles de levage sous votre bateau, placez de vieilles couvertures ou cartons entre la coque et les sangles. IMPORTANT : Si vous possédez un bateau avec ligne d'arbre ou un voilier, informez-en le grutier. Précisez s'il s'agit d'un quillard ou d'un dériveur (sortez-le dérive descendue) car le calage sera différent.

Dès que le bateau est sur son ber, commencez le nettoyage à haute pression. Il faudra d’abord passer un coup de nettoyeur haute pression sur la surface en gardant une distance de 20 à 30 cm de votre coque, avec un angle d’attaque de 30 à 45 degrés. Travaillez par passes horizontales régulières, en remontant de la quille vers la ligne de flottaison. Si certains organismes marins persistent, utilisez un grattoir ou un riflard. En inspectant minutieusement la carène de votre bateau, vous pouvez remarquer des petites éraflures, traces de chocs ou fissures peu profondes.

Traitement des anomalies : l'osmose et les dommages de structure

Vous remarquez un ensemble de cloques ou bulles sur les œuvres vives de votre bateau ? Vous pensez qu'il s'agit sûrement de l'osmose. Sur un bateau, le gelcoat n'est pas totalement étanche. L'eau qui s'y infiltre se propage jusqu'à la résine, provoquant une hydrolyse et produisant un liquide ayant l'odeur de vinaigre (acide acétique). Le premier symptôme visible est la formation de cloques. Le traitement doit être effectué après élimination du gelcoat et sur une carène parfaitement sèche (environ 6 mois).

Pour combler les cratères ou les traces de chocs, on peut opter pour un enduit époxy applicable sur tout type de support. L'enduit époxy à prise rapide se présente sous la forme de deux tubes (bi-composant). La pâte obtenue est facile à travailler. On applique le produit à la raclette, puis on lisse bien la préparation pour éviter d’avoir trop de ponçage à réaliser.

Gestion des anodes et organes de propulsion

L’anode est une assurance-vie pour la coque et le moteur. Vous devrez changer tous les ans l’anode. Contrôlez la présence et l'état de toutes les anodes sous le bateau (quille, dérive, embase, flaps, ligne d'arbre, propulseur, tableau arrière). Une anode doit être posée à même son support, sans peinture et ne doit en aucun cas être peinte. En ce qui concerne l’hélice, vous devez enlever les anodes puis gratter et en poncer les parties métalliques. Si votre bateau est équipé d’un sail drive, vérifiez ses différents joints (tous les 5/7 ans) et si vous disposez d’une ligne d’arbre, vérifiez le presse-étoupe (tous les 2/3 ans).

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Application de l’antifouling

L'antifouling est une peinture qui a pour but d’empêcher que les organismes aquatiques ne s’accrochent à la coque. Pour appliquer l’antifouling, il faut que la coque soit complètement sèche. Il vaut mieux attendre le lendemain. À l’aide d’un ruban adhésif, déterminez la zone à peindre, c'est-à-dire en dessous de la ligne de flottaison. Masquez également la sonde, l’hélice, l’arbre et les emplacements des anodes.

Pour peindre la carène, utilisez un gros rouleau, puis faites les finitions au pinceau. Il est recommandé d’avancer de façon logique, de l’avant vers l’arrière. Après deux couches, retirez rapidement l’adhésif avant que la peinture ne sèche pour éviter d’arracher la peinture. Les zones sous bers restent inaccessibles pendant le carénage ; prévoyez un petit pot d’antifouling et un pinceau pour les peindre rapidement lors du grutage de remise à l’eau.

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