Le chantier naval Dufour, ancré près de La Rochelle en France, évoque immédiatement pour les plaisanciers plus âgés l'Arpège, l'un des premiers, si ce n'est le premier bateau de grande série. Cette embarcation a marqué l'histoire de la plaisance avec 1500 unités construites, un chiffre presque gigantesque pour l'époque et même pour aujourd'hui. Michel Dufour, l'ingénieur visionnaire à l'origine de cette success story, fut très tôt convaincu des possibilités offertes par le polyester, un matériau nouveau à l'époque. L'Arpège a été lancé sur le marché en 1966. Quarante ans plus tard, le chantier naval célébrait cet héritage avec une série de modèles spéciaux qui portaient le nom du bateau ayant jadis fondé la réussite de l'entreprise. C'est ainsi que le Dufour 365 Grand'Large Édition Arpège s'inscrit dans cette lignée prestigieuse.
Le terme Grand'Large signifiait alors que le yacht appartenait à la gamme croisière du chantier naval. En effet, il existait également une ligne Performance, conçue pour s'adresser à une clientèle plus sportive. Le Dufour 365 GL est le fruit de cette expertise, un voilier qui, selon les propriétaires, est bien conçu pour sa taille, agréable à vivre tout en conservant des performances à la voile au-dessus du lot.
Une Conception Esthétique et Robuste
Les lignes qu'Umberto Felci a couchées sur le papier devaient être typiquement italiennes et élégantes, et c'est une réussite incontestable. Bien qu'il soit plus large de cinq centimètres qu'un Bavaria 36 de même âge, le Dufour 365 apparaît frais et léger. Un saut de pont discret, une cabine plate mais très avancée et quelques lignes judicieusement placées sur la coque : tout cela confère de l'élégance au bateau. Cette particularité a d'ailleurs séduit bon nombre de propriétaires, pour qui il ne s'agissait justement pas de la grande série habituelle, mais d'un bateau un peu particulier parmi les bateaux de série.
La qualité globale de fabrication, bien que n'étant pas parfaite, repose sur une conception solide. La construction du Dufour 365 GL est élaborée, avec une coque et un pont fabriqués par injection ou infusion, utilisant des résines iso. Le pont et la coque sont ensuite collés et vissés, et les cloisons sont laminées, garantissant ainsi la rigidité structurelle. Le pont est injecté, la résine étant pressée et aspirée dans les fibres de verre. Cela rend la structure à la fois solide et légère, offrant des surfaces agréables des deux côtés, sans coque intérieure. La coque, quant à elle, est réalisée par infusion, la résine étant aspirée par dépression dans les fibres placées à sec dans le moule. La mousse est utilisée comme matériau sandwich, ce qui la rend légère, solide, isolante et moins sensible à la pénétration de l'humidité qu'une âme en balsa, par exemple. Des surfaces en fibre de verre propres, une couche de finition partout et le sentiment d'un bateau rigide et solide caractérisent l'image générale de ce voilier, attestant d'un très bon niveau de finition.
Confort Intérieur et Aménagements Innovants
Le confort intérieur du Dufour 365 Grand'Large a été une nouveauté pour certains propriétaires en comparaison avec des bateaux possédés précédemment, offrant plus de volume, un moteur moins bruyant, et de l'eau chaude sous pression. Cependant, malgré ces avancées appréciables, quelques points ont été identifiés comme des axes d'amélioration. On peut noter l’absence d’ouverture au-dessus de la cuisine, la fragilité des vernis par endroits, une conception parfois légère de la menuiserie, comme pour le bac à légumes, et le manque de jeu au niveau des fermetures. L’option « carré transformable en couchette » s’est également révélée très inconfortable et pénible à mettre en place.
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Malgré ces réserves, le plan de cuisine en long s’est montré très pratique aussi bien en mer qu’au port. Cette particularité se manifeste également sous le pont grâce à sa grande largeur, le Dufour disposant d'un pont longitudinal à bâbord. Ce type d'agencement est normalement présent sur des yachts à partir de 40 pieds, mais sur le Dufour 365, cela fonctionne assez bien. Cependant, le chemin vers l'avant est obstrué lorsque l'on cuisine. En revanche, l'avantage de la cuisine latérale est la facilité d'accès à la salle d'eau ou à la chambre arrière, personne ne se trouvant dans le chemin pendant la préparation des repas. Il n'y a qu'à l'avant que l'on ne peut pas accéder facilement.
La deuxième particularité de l'agencement du Dufour est la couchette à l'avant, décalée latéralement à tribord. Malheureusement, elle ne mesure que 1,35 mètre de large et est donc un peu trop étroite selon certaines définitions. De plus, la personne couchée contre le bord doit enjamber son compagnon de couchage pour monter ou descendre de la couchette, ce qui n'est pas idéal. Les avantages de cette disposition sont d'une part l'espace de rangement énorme et facilement accessible sous la couchette et d'autre part la surface latérale pour se tenir debout. On peut donc s'y habiller sans problème, et il y a même une place pour s'asseoir, bien que son utilisation fréquente soit incertaine.
En version avec une seule chambre arrière, il y a de la place à l'arrière pour un très grand cabinet de toilette, offrant une salle d'eau vraiment spacieuse. La douche séparable invite effectivement à se rafraîchir à bord, il y a suffisamment de place. Il en va de même pour la couchette arrière qui, avec 1,95 mètre de long et 1,60 mètre de large, est également spacieuse. Si deux chambres sont installées à l'arrière, la largeur des couchettes se réduit à 1,40 mètre, et la grande douche séparée ainsi que l'énorme coffre de rangement disparaissent.
Le bateau est parsemé d'espaces de rangement, que ce soit dans les chambres, les salles d'eau ou la cuisine. Même après 14 ans, le bois sous le pont conserve son bel aspect, en particulier lorsque les propriétaires précédents en ont pris grand soin. La construction des meubles est soignée, avec de bonnes ferrures qui assurent une fermeture sûre et une ouverture solide, même après quelques années de service. Sous le pont, rien ne grince, d'autant plus que les cloisons sont également stratifiées. De plus, de petits détails continuent de faire plaisir : les portes disposent toutes de trous d'aération, assurant une certaine circulation et évitant les odeurs de moisi sous le pont. Les coins ont tous des rebords solides, auxquels on peut généralement se tenir en toute sécurité. Le Dufour dispose également de poignées à divers endroits utiles, rendant le bateau très accessible sous le pont en mer.
Performances sous Voiles et Équilibre à la Barre
Malgré un rapport de lest assez faible, la stabilité de forme du Dufour 365 joue son rôle et, dans les angles de gîte inférieurs à 30°, sa raideur est supérieure à celle de certains concurrents. Effectivement, il remonte à environ 30-35° du vent apparent, mais avec une dérive plus importante que des voiliers de conception différente. Sur ce point, le lest long est conseillé pour son meilleur plan de dérive. Par petit temps, le Dufour 365 fait souvent la différence avec les bateaux de conception plus ancienne. Par mer formée, il arrive parfois qu'il tape, un inconvénient dû à une forme de carène assez plate, mais globalement, il reste très confortable. Comme la plupart des Dufours, il est très équilibré à la barre, offrant un pilotage direct qui, même par vent faible, donne de bonnes informations sur l'état de santé du bateau. Cette performance est maintenue même avec un pilote automatique couplé et un vent très faible.
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La charge de voile de 4,4 est considérée comme au moins correcte. Les haubans sont situés à l'intérieur du pont, ce qui est appréciable car cela permet un gréement très étroit. Cette configuration nécessite des renforts importants mais offre un passage libre sur le pont avant et des angles d'écoute plus étroits. Le test d'un nouveau bateau en 2005 a montré que le Dufour 365 est tout à fait capable de naviguer rapidement, puisqu'il a été qualifié de "très bonne vitesse et de bonne hauteur". À l'époque, le voilier français avait croisé au large de La Rochelle par 4 Beaufort à 7 nœuds avec des angles de virement de 90 degrés, une performance très solide. Pour faciliter l'utilisation des performances du Dufour, certains propriétaires ont déplacé le traveller du toit de la cabine au cockpit pour avoir un accès direct à l'écoute de grand-voile, une modification nécessaire car cela n'était pas possible dans l'agencement initial si la grand-voile était manœuvrée sur la superstructure de la cabine. Le tendeur de pataras du chantier naval, qui n'est pas conçu pour un réglage rapide, a également été remplacé par une variante puissante à manivelle.
Lors d'une navigation test, même par un vent de 8 nœuds en rafales, le Dufour était déjà en route, bien que seul le petit foc ait été hissé. Avec le grand génois, cela aurait certainement été encore mieux. Le voilier est agréable à mener et parfaitement entretenu, avec une grande voile full-batten et un génois sur enrouleur de belle facture, dont les voiles sont parfois datées de 2020. La manœuvre de sortie de panne est une simple formalité avec son safran plongeant à 1,70 m, souvent associé à un propulseur d’étrave. La fluidité des manœuvres et la bonne marche de ce voilier décidément bien né sont appréciées, comme lors d'un louvoyage au plus près de la pointe de Port-Navalo.
Motorisation et Entretien Stratégique
Sous la machine, le Dufour 365 ne soulève aucune question majeure. Le moteur Volvo Penta D1-30B, d'une puissance de 21 kW (29-30 ch), est largement suffisant. L'insonorisation est bonne ; dans le cockpit, le moteur est certes clairement audible, mais ne dérange pas vraiment.
Comme toujours avec les bateaux d'occasion, il est crucial de penser à la manchette de saildrive. Le propriétaire du bateau de test l'a fait remplacer dès l'achat, un investissement judicieux après 15 ans de service. Il est également conseillé de remplacer les bagues d'étanchéité du saildrive, une opération peu coûteuse qui permet d'éviter des réparations plus onéreuses dues à l'eau dans l'huile du saildrive. Pour le reste, le 365 est peu exigeant en termes d'entretien courant. Le teck du cockpit est généralement en bon état, bien qu'il ne dispose pas de bois d'œuvre, et il n'y a pas de bois sur le pont, à part une plinthe en teck, ce qui nécessite peu d'entretien.
Il est recommandé de jeter un coup d'œil aux boulons de quille, même s'ils sont difficilement accessibles, car il faut démonter le petit banc devant la cuisine. Cela vaut la peine d'y regarder de près, car les cales d'origine peuvent être plutôt mal fabriquées, avec des coins non arrondis. En cas de contact avec le sol, cela peut provoquer un énorme effet d'entaille qui peut se manifester sous forme de fissures dans le topcoat. Dans ce cas, un examen plus approfondi est absolument nécessaire. L'idéal est de remplacer les cales par des cales plus grandes aux bords arrondis et de les placer non pas dans du mastic mais dans de la résine époxy épaissie.
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L'entretien régulier est également visible sur les œuvres vives et la coque. Un antifouling est appliqué tous les ans, avec une couche toute fraîche qui peut même être d'une couleur spécifique. Cependant, il est important de vérifier l'absence de retour systématique sur l'enduit, ce qui pourrait impliquer un bon travail de ponçage pour retrouver une carène parfaitement lisse. Du côté du joint de quille, l'absence de fissure ou de dégradation est un bon signe, ainsi que l'absence de foisonnement inquiétant sur le voile de quille en fonte, malgré l'apparition de légers points de corrosion. À la poupe, les bords de fuite et d’attaque du safran doivent être exempts de toute craquelure, et le profil, notamment au niveau de l’implantation de la mèche en acier, ne doit pas présenter de déformation.
La présence d'un propulseur d’étrave, si équipé, est un atout pour la manœuvrabilité, mais son entretien se doit d'être irréprochable. Il faut veiller à l'absence de coquillages près de l'hélice et à l'état de l'anode, qui ne doit pas être peinte au risque de perdre de son pouvoir sacrificiel, et doit être remplacée régulièrement. Au-dessus de la flottaison, la jupe se présente bien, sans impact visible, seul le joint pouvant parfois montrer des signes de piquage d'humidité. Le gelcoat blanc du bordé est à son avantage, sans farinage, souvent grâce à un polissage et lustrage annuel de la coque. L’étrave, bien protégée par sa ferrure et un pare-battage dédié, résiste bien aux outrages du temps.
Parmi les équipements complémentaires, il est recommandé de choisir un modèle avec chauffage, car il n'est pas toujours présent sur les bateaux en provenance de la Méditerranée, mais est indispensable pour l'utilisation en Europe du Nord. L'installation ultérieure est possible, mais il est préférable que les gros tuyaux d'air chaud aient déjà été posés par le chantier naval. Étrangement, le bateau ne pouvait pas être commandé avec une barre de frottement, même en tant qu'équipement supplémentaire. Si une barre de frottement est présente, c'est qu'un revendeur ou le propriétaire a mis la main à la pâte, et il convient de veiller tout particulièrement à l'étanchéité de cette installation. L'éolienne, si présente, permet de faire l’appoint d’énergie au mouillage.
Le Dufour 365 Grand'Large sur le Marché de l'Occasion
Construit entre 2004 et 2010 (ou 2005-2012 selon les sources), à plus de 400 ou 480 exemplaires, le Dufour 365 GL est de ces voiliers qui peuvent se targuer d’une carrière irréprochable. Marin, véloce et confortable, ce plan Felci est une valeur sûre sur le marché de l’occasion. Un Dufour 365 d'occasion coûte entre 70 000 et 92 000 euros, selon son état, son équipement et son emplacement au 01/2024. Le prix neuf prêt à naviguer était de 116 500 €.
Pour ce prix, on peut aussi obtenir un Bavaria de la nouvelle ligne, celui avec les fenêtres carrées, de la même taille. Il est alors plus jeune de quelques années, mais a peut-être aussi été utilisé plus longtemps comme bateau de location. Ce sera rarement le cas pour le Dufour, et certainement pas s'il s'agit de la version à deux cabines, qui présente de nombreux avantages pour un utilisateur privé, notamment un grand coffre arrière, une douche et une couchette plus large.
Des alternatives au Dufour 365 GL de grande série existent, comme le Sun Odyssey 36i, également plus récent et se distinguant quelque peu de la grande série. Les amateurs de sport se tourneront vers le First 36.7, qui risque toutefois de faire une carrière dans la régate, avec les conséquences que cela implique pour l'intérieur. Un Oceanis 37 est également disponible pour ce budget, mais pourrait aussi avoir un passé de yacht de location. Le segment des jeunes bateaux de grande série est actuellement très demandé par les courtiers, les bateaux ne restant souvent que quelques semaines avant qu'un acheteur ne se manifeste.
Le Dufour 365 offre une belle alternative aux personnes qui recherchent quelque chose de légèrement spécial sans pour autant vouloir être extravagant. Bien fini, joli à regarder et naviguant avec aisance, il offre un package idéal pour les jeunes familles ou les couples plus âgés qui souhaitent voyager avec élégance. Le "bonheur à l'état pur" promis par la plaquette de lancement du bateau semble se vérifier au fil des ans.