Nous nous rendons dans le 1er arrondissement de Paris, sur une place fort connue pour ses joailliers. Jusque-là, rien de fatiguant, mais c’est maintenant que tout se gâte, parce que, bien sûr, on a compris qu’on est Place Vendôme, mais ce qui nous intéresse c’est la colonne en plein centre de cette place, et là, elle fait presque 45 mètres de haut. Prêt à y monter ? Encore qu’on peut peut-être en parler en restant au pied. Oui, c’est mon avis. C’est qu’elle est imposante : 44,30 mètres de haut, 3,60 mètres de diamètre, avec une statue de Napoléon à son sommet, et sur les 98 tambours de pierre un parement de bronze de 1200 canons qui viennent des armées russes et autrichiennes. On dénombre 435 plaques de bronze. Tout cela pour commémorer la bataille d’Austerlitz.
Architecture et genèse d'un monument impérial
Érigée au centre de la place éponyme construite par Louis XIV, la colonne Vendôme est achevée le 15 août 1810. En 1685, Louis XIV fait aménager un lieu prestigieux à la place de l’hôtel de Vendôme, qui lui donne son nom : la place Vendôme. Cette place est entourée de bâtiments publics : hôtel des Monnaies, hôtel des Académies, Bibliothèque royale, hôtel des Ambassadeurs extraordinaires… L’architecte Jules Hardouin-Mansart mène les travaux et François Girardon réalise la monumentale statue équestre de Louis XIV qui est installée au milieu de la place. Toutefois, l’argent manque. Le projet est modifié. L’idée des bâtiments publics est abandonnée, mais on imagine des façades luxueuses devant des terrains nus. Un décor de théâtre, en quelque sorte. Les façades sont achevées, les terrains à l’arrière sont vendus à de riches acquéreurs (les architectes Hardouin-Mansart, Robert de Cotte, Gabriel, les financiers Crozat ou John Law…), qui construisent de somptueux hôtels particuliers. Pendant la Révolution, la place Vendôme devient la place des Piques. La statue de Louis XIV est fondue en 1792.
En 1800, Napoléon Bonaparte ordonne l’érection d’un monument « à la mémoire des braves du département ». Grand admirateur de Rome, il s’inspire de la colonne Trajane, qui raconte et commémore les victoires de l’empereur Trajan. C’est ainsi qu’en 1803, il fait ériger une colonne au milieu de la place Vendôme dédiée à la gloire du peuple français. Sacré empereur le 2 décembre 1804, Napoléon Ier est victorieux à Austerlitz le 2 décembre 1805. Il prend à l’ennemi 1 200 canons de bronze, qui seront fondus pour réaliser la colonne. Vivant-Denon, directeur du musée Napoléon (aujourd’hui musée du Louvre), dirige le projet, sur lequel la « dernière expédition y serait écrite en bronze par un bas-relief de huit cent trente pieds, représentant les opérations de la mémorable campagne de 1805, de même que l’expédition contre les Daces l’a été sur la colonne Trajane ».
Les architectes Lepère et Gondouin construisent un piédestal qui supporte la colonne. Celle-ci est couverte de 425 plaques de bronze. Au centre, un escalier très étroit de 176 marches, qui mène à la plateforme supérieure s’enroule en spirale autour du fût, sur lequel sont relatés des faits militaires : le camp de Boulogne-sur-Mer face à l’Angleterre, le départ de l’armée, les batailles, le retour triomphal de l’empereur à Paris à la tête de sa garde, le 26 janvier 1806. Au sommet, se trouve une statue de Napoléon Ier en empereur romain (que nous appelons version 1) par Chaudet. Une inscription l’identifie : « Monument élevé à la gloire de la Grande Armée par Napoléon le Grand, commencé le 25 août 1806, terminé le 15 août 1810. »
Les métamorphoses de la nomenclature et de l'identité
En fait à Paris, il y a aussi la colonne dite de Juillet sur la place de la Bastille, de même style, inspirées par la colonne Trajane à Rome, colonne dite triomphale de 40 mètres de hauteur avec un bas-relief qui s’enroule en spirale autour de son fût pour commémorer la victoire de l’empereur Trajan sur les Daces en 106. La colonne qu’on dit colonne Vendôme a de fait eu plusieurs noms et colonne Vendôme n’est pas son nom précis. Là, on a besoin d’explications. C’est quoi finalement son nom exact alors ? Eh bien elle s’est d’abord appelée logiquement Colonne d’Austerlitz, puis ce fut la Colonne de la Victoire, et enfin la Colonne de la Grande Armée, celle de Napoléon Ier.
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Et là il y a un problème qui me touche. On signale en effet toujours qu’il ne faut pas la confondre avec la Colonne de la Grande Armée, de Boulogne-sur-Mer, que je connais très bien, mes Grands Parents paternels y habitaient ! Avec également une statue de Napoléon à son sommet, elle fait 50 m de haut. Et à Boulogne on est très fier de dire Napoléon tourne le dos à l’Angleterre, qu’on voit parfois par beau temps. Alors une question : Place Vendôme, où regarde Napoléon ? J’ai l’impression qu’il regarde vers Boulogne-sur-Mer !
Les avatars de bronze : de la Restauration au Second Empire
En 1814, le roi Louis XVIII succède à l’Empire : c’est la Restauration. La statue de l’empereur (version 1) est fondue. À l’époque du roi Louis-Philippe, en 1831, la popularité de Napoléon est considérable. Aussi, le roi fait replacer une statue sur la colonne le 28 juillet 1833. Le sculpteur Charles-Émile Seurre représente l’empereur en soldat (version 2). Il est vêtu de la redingote et du bicorne de « petit caporal », la main gauche glissée dans son gilet. Il porte l’étoile de la Légion d’honneur.
En 1852, sous le Second Empire, Napoléon III, neveu de Napoléon Ier, considère que cette précieuse statue de son oncle en soldat (version 2) est en péril au sommet de la colonne et la fait déposer en 1863. Il demande au sculpteur Dumont une copie de la statue de Napoléon en empereur par Chaudet (version 1), qui avait été fondue en 1818, et dont seule la Victoire semble avoir été préservée. Dumont sculpte un autre Napoléon en empereur (version 3) et replace dans sa main la Victoire de la version 1. Napoléon III trouvait sûrement plus prestigieux de représenter son oncle en empereur.
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